Scandale de la Terra dei fuochi

Le scandale de la « Terra dei fuochi » (scandale de la Terre des feux), ou scandale du trafic de déchets industriels, désigne la prise de conscience italienne dans les années 2010, aux larges échos de la presse et des associations écologiques, du problème sanitaire causé par l'enfouissement illégal de déchets toxiques et la présence de milliers d'incinérations sauvages de déchets en plein air (d'où le nom), pratiqués par des camorristes dans une région située dans le sud de l'Italie méridionale, entre les provinces de Naples et de Caserte.

Carte de la province de Naples. Le triangle de la mort Acerra-Nola-Marigliano se situe à l'Est de la Terra dei fuochi.

HistoriqueModifier

L'expression « Terra dei fuochi » est utilisée pour la première fois en 2003 dans le Rapporto Ecomafie 2003 (Rapport Écomafia 2003) édité par Legambiente[1], la plus importante association écologique italienne.

Par la suite, elle est vulgarisée par Roberto Saviano qui l'utilise comme titre de chapitres dans son roman accusateur Gomorra paru en 2006.

À l'été 2013, après 16 ans de retard, se produit la levée du secret sur les confessions du camorriste Carmine Schiavone (en), un dirigeant du clan des Casalesi[2].

Le , une importante manifestation se déroule à Naples pour dénoncer le désastre environnemental[3].

Le , arrestation de Cipriano Chianese, un membre du clan des Casalesi, considéré comme l'organisateur et l'inventeur du trafic[2].

Lieux d'incinérationsModifier

La région est comprise approximativement entre les localités de Qualiano, Giugliano in Campania, Orta di Atella, Caivano, Acerra, Nola, Marcianise, Succivo, Frattaminore, Frattamaggiore, Mondragone, Castelvolturno et Melito di Napoli, et couvre des milliers d'hectares contaminés.

Désastre environnemental en coursModifier

La région du désastre (ce dernier est appelé par certains « Fukushima italien »[2]) est caractérisée par le déversement illégal de déchets, certains étant toxiques, par l'organisation criminelle Camorra (la mafia napolitaine) et, en particulier, par le clan des Casalesi. Dans de nombreux cas, les tas de déchets, illégalement déversés à la campagne ou sur le bord des rues, sont mis en feu, provoquant un incendie dont la fumée s'échappe dans l'atmosphère, déposant dans les terres environnantes des substances toxiques.

En particulier, dans les localités de Frattaminore, Acerra ou Giugliano in Campania, s'est produit la combustion de déchets industriels, responsables d'un taux élevé de tumeurs. Dans la Terra dei fuochi, l'enfouissement et la combustion des déchets auraient entraîné une hausse alarmante des cancers[3].

La région serait affectée par un important trafic de déchets, dont les activités de déversement et d'élimination de matériaux, tels les pneumatiques usagés ou les vêtements de rebut, principalement de l'Italie du Nord, ou la récupération du cuivre des câbles électriques. De tels feux sont facilement cachés parmi les incinérations légitimes résultant du problème plus général d'élimination des déchets.

La pollution des sols par les dioxines est extrêmement dangereuse car elle introduit des substances toxiques dans la chaîne alimentaire ; des animaux d'élevage et même l'homme peuvent être atteints.

Chiffres-clésModifier

  • Depuis 30 ans, des déchets toxiques sont enfouis illégalement dans la région[2].
  • Selon l'association Legambiente, de 1991 à 2013, près de 10 millions de tonnes de déchets industriels ont été enfouies illégalement, provenant principalement d'entreprises italiennes, mais aussi allemandes et suisses[3],[2].
  • Le trafic concerne au moins 440 entreprises, 6 000 incinérations illégales, 2 000 décharges polluées[3] et 106 communes[2].

CondamnationsModifier

Le , le décret-loi « Terra dei fuochi » (ou décret-loi Letta) pris en Conseil des ministres vise à mettre fin à 30 ans d'inertie et d'omertà[2]. La pratique de l'incinération de déchets est un délit passible de 3 à 5 ans de prison[3].

RéférencesModifier

  1. (it) [PDF] Rapporto Ecomafie 2003, § 9.1.3
  2. a b c d e f et g Pierre de Gasquet, « À Naples, le scandale des terres empoisonnées », sur lesechos.fr, (consulté le ).
  3. a b c d et e Philippe Ridet, « L'Italie promet de s'attaquer à la mafia des déchets », sur lemonde.fr/planete, (consulté le ).

Articles connexesModifier