SMS Ostfriesland

Le SMS Ostfriesland[1] est un cuirassé allemand de classe Helgoland et de type dreadnought qui a participé, au sein de la Kaiserliche Marine, à plusieurs batailles navales durant la Première Guerre mondiale.

Photographie du SMS Ostfriesland

HistoriqueModifier

Le SMS Ostfriesland est construit à partir d' par les chantiers navals impériaux de Wilhelmshaven pour remplacer l'ancien SMS Oldenburg (lancé en 1884) pour la défense côtière. Il a trois sister-ships, les SMS Helgoland, SMS Thüringen et SMS Oldenburg. Il est lancé le et entre en service le avec douze canons de calibre 305 mm en six tourelles jumelles[2]. Sa vitesse maximale est de 21,2 nœuds (39 km/h). Il mesure 167,2 m de longueur, 28,5 m de largeur pour un tirant d'eau de 8,94 m et un déplacement de 24 700 tonnes. Le cuirassé est affecté, après des essais qui ont lieu jusqu'au , au Ier escadron de combat de la Hochseeflotte, le , et participera aux actions majeures contre la Grand Fleet pendant la Première Guerre mondiale. Il prend part aux grandes manœuvres navales de novembre.

Il devient navire amiral lorsque le vizeadmiral von Pohl quitte le le SMS Westphalen pour le SMS Ostfriesland, en commandant l'escadre. Le konteradmiral von Lans (de) lui succède le . Il est nommé vice-amiral, le . la croisière navale estivale habituelle de l'empereur qui a lieu en Norvège commence pour l'année 1914 le et le navire arrive dans les fjords norvégiens le . Mais la flotte est obligée de rentrer en Allemagne le lendemain, après l'ultimatum austro-hongrois à la Serbie (crise de juillet). Elle se rassemble le au cap Skadenes. La guerre entre l'Empire austro-hongrois et la Serbie est déclarée le et en l'espace d'une semaine les puissances européennes entrent dans le conflit. Le SMS Ostfriesland et le reste du Ier escadron arrivent à Wilhelmshaven le .

Première Guerre mondialeModifier

La première bataille navale d'importance du conflit a lieu en mer du Nord, le . C'est la bataille de Heligoland qui coûta la perte de quatre navires du côté allemand, et aucun du côté britannique. Le SMS Helgoland, qui est stationné au large de l'île fortifiée de Wangerooge, reçoit l'ordre à h 30 du matin de rejoindre le SMS Ostfriesland et quitte le port. Les deux navires rejoignent à h les deux croiseurs SMS Frauenlob et SMS Stettin, puis retournent au port pour la nuit. L'après-midi du , le SMS Ostfriesland et le reste de la Hochseeflotte procèdent à un entraînement au large de Heligoland. En octobre, le navire est équipé d'une paire de canons anti-aérien de 8,8 cm.

Il est présent à la sortie de la flotte impériale allemande qui a lieu en mer du Nord, les 2 et . Aucun navire anglais n'est en vue. Une seconde opération a lieu les 15 et . C'est le début d'une stratégie mise en place par l'amiral von Ingenohl, commandant de la Hochseeflotte. Il a l'intention de se servir des croiseurs de bataille du 1er groupe de reconnaissance commandé par le konteradmiral Hipper pour longer les côtes anglaises en attaquant les ports, et détruire le plus possible de navires de la Grand Fleet. La flotte allemande quitte donc le port le pour attaquer Scarborough, Hartlepool et Whitby. Elle comprend douze dreadnoughts (dont le SMS Ostfriesland et ses sister-ships) et huit pré-dreadnoughts et ne rencontre qu'une escadron isolé de six navires de combat ennemis. Cependant Ingenohl évalue mal le nombre de navires et l'obscurité de la nuit et les conditions climatiques lui font croire qu'il s'agit d'une plus grande partie de la flotte anglaise. Il cesse donc l'engagement et, suivant les ordres du Kaiser qui ne voulait pas risquer inutilement « sa » flotte, retourne en Allemagne.

La bataille du Dogger Bank, qui a lieu le , est déclenchée lorsque les escadrons du vice-amiral Beatty prennent en embuscade l'escadre du konteradmiral Hipper. Le SMS Ostfriesland et le reste de son escadron reçoivent l'ordre de sortir pour prêter main-forte aux croiseurs allemands dépassés en nombre. Le Ier escadron de combat quitte donc le port à midi trente-trois avec les pré-dreadnoughts du IIe escadron, mais ils arrivent trop tard et ne parviennent même pas à rencontrer des navires britanniques. Ils sont de retour dans la passe de Schillig (à vingt kilomètres au nord de Wilhelmshaven) le soir même à dix-neuf heures cinq. Le SMS Blücher est coulé, et le SMS Seydlitz est sévèrement endommagé par un incendie. Guillaume II relève en conséquence Ingenohl de son commandement qui est remplacé le par l'amiral von Pohl.

Les huit navires du Ier escadron participent le [3] à des exercices qui ont lieu en mer Baltique et qui se poursuivent jusqu'au . À leur retour en mer du Nord, les navires font quelques sorties, sans rencontrer de navire ennemi, les 29 et , les 17 et , les 21 et , les 17 et , et les 29 et . Le SMS Ostfriesland reste à quai avec le reste de son unité, jusqu'au , date à laquelle le Ier escadron retourne en Baltique pour des manœuvres. Il est affecté ensuite aux opérations qui ont pour but de chasser la flotte impériale russe du golfe de Riga en . Les forces d'assaut comprennent donc les huit navires du Ier escadron de combat (dont le SMS Ostfriesland), ainsi que les croiseurs de bataille SMS Von der Tann, SMS Moltke et SMS Seydlitz, plusieurs croiseurs légers, trente-deux destroyers, et treize dragueurs de mines. Il faut déminer les lieux de passage des navires russes dont le cuirassé pré-dreadnought, le Slava est un ancien fleuron. Le SMS Ostfriesland et la plupart des grands navires de combat restent en dehors du golfe pendant la menée des opérations. Les dreadnoughts SMS Nassau et SMS Posen sont détachés le pour escorter les dragueurs de mines et détruire le Slava. Ils ne parviennent pas à le couler, mais le passage est déminé au bout de trois jours, et la flotte allemande entre dans le golfe de Riga le . L'arrivée de sous-marins ennemis oblige toutefois la flotte allemande à quitter les lieux le lendemain. Le SMS Ostfriesland et son escadron sont de retour à Wilhelmshaven le . Le nouveau chef de l'escadre est le vice-amiral Erhard Schmidt.

Des sorties ont lieu les 11 et puis les 23 et , 5 et , 26 et , 21 et , 24 et et surtout les et 1er juin à la bataille du Jutland. Le SMS Ostfriesland prend part à l'attaque d'un destroyer anglais et du HMS Defence qui sont coulés. Sur le chemin du retour, le SMS Ostfriesland est victime d'une mine qui provoque une brèche, la perte d'un homme d'équipage tué et de dix blessés. Le navire reste à quai pour réparations à Wilhelmshaven, jusqu'au . Des sorties ont lieu les 18 et , les 25 et et les 18, 19 et . L'année 1917 se passe sans combat avec des missions de surveillance d'avant-poste. Le , alors que les combats contre les Russes, en pleine révolution, ont cessé, l'escadre est dans la baie de Putzig. Le lendemain, le SMS Ostfriesland et le SMS Thüringen sont à Arensburg. Le chemin du retour se fait le .

Le vice-amiral Friedrich Boedicker (en), nouveau chef de l'escadre, monte à bord du SMS Ostfriesland le qui devient ainsi navire amiral. La Hochseeflotte prend part une dernière fois à une opération en mer du Nord, les 23 et . Des sorties ont lieu en août dans le cadre de l'opération Schlußstein (avec l'unité spéciale composée du SMS Ostfriesland, du SMS Thüringen et du SMS Nassau) en mer Baltique orientale, mais celle-ci n'a finalement pas lieu[4]. Le SMS Ostfriesland est de retour à Wilhemshaven le .

Fin de serviceModifier

Le SMS Ostfriesland et ses sister-ships reçoivent l'ordre de participer à une dernière action à la fin d' avant l'armistice. Le grand-amiral Scheer a en effet l'intention d'infliger des dommages à la marine britannique, afin que l'Allemagne puisse peser dans les négociations qui vont s'ouvrir. Cependant un certain nombre de membres de l'état-major sont hostiles à cette mesure qui risquerait de prolonger la guerre et d'apporter encore des pertes[5]. L'escadre doit quitter Wilhemshaven le , mais dans la soirée, l'équipage du SMS Thüringen se mutine, ainsi que ceux d'autres navires. Les troubles révolutionnaires forcent Hipper et Scheer à annuler l'opération. Informé de la situation, l'empereur déclare : « je n'ai plus de marine. »

 
L'Ostfriesland en train de couler le 21 juillet 1921.

Le SMS Ostfriesland est mis hors service le . La flotte allemande après la capitulation et la chute de l'Empire allemand est internée à Scapa Flow. Le , le konteradmiral von Reuter lui donne l'ordre de se saborder. Cependant, le SMS Ostfriesland est resté en Allemagne. Il est cédé aux États-Unis, et le un équipage américain en prend possession. Il est utilisé comme navire cible le et resta à flot malgré 52 bombes larguées par l'aviation de la United States Navy et le Marine Corps. Le lendemain les Martin NBS-1 de l’United States Army Air Service passèrent à l’attaque avec 11 bombes de 450 et 900 kg, achevant le navire.

Polémique à propos de l'attaque aérienneModifier

L'auteur anglophone John Costello (Historien) (en) raconte dans son livre La Guerre du Pacifique, page 49 que la marine de guerre américaine réfuta la possibilité qu'une force armée aérienne puisse couler un navire: le bateau-cible étant sans défense face à ses assaillants. Par contre les marins japonais auraient médités cette opportunité qu'ils appliquèrent à Pearl Harbor.

Commandants de bordModifier

  • Kapitän zur See Walter Engelhardt, -
  • Kapitän zur See von Natzmer, -
  • Kapitän zur See Hans Herr, mars-
  • Kapitän zur See Karl Windmüller,

Notes et référencesModifier

  1. Ostfriesland signifie Frise orientale
  2. Une tourelle devant, une à l'arrière et deux de chaque côté
  3. Le nouveau chef de l'escadre est le vice-amiral Eckermann depuis le 16 février
  4. Elle avait pour but de s'emparer de la ligne de chemin de fer de Mourman et de la Carélie, ainsi que de Saint-Pétersbourg. L'escadre avait atteint la Baltique le 10 août
  5. (en) V. E. Tarrant et Roger Chesneau, Jutland: The German Perspective, Londres, Cassell Military Paperbacks, , 350 p. (ISBN 978-0-304-35848-9, OCLC 969772887), p. 280-281

BibliographieModifier

  • Jacques Mordal, Heligoland, Gibraltar allemand de la mer du Nord, Paris, Presses de la Cité, 1967

SourceModifier

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