Roxana Eminescu

historienne, critique littéraire, journaliste d'origine roumaine

Roxana Eminescu, née le à Bucarest, est une femme de lettres, historienne, critique littéraire, journaliste et traductrice. De 1995 à 2014, elle a exercé en tant maîtresse de conférences à la Faculté de lettres et sciences sociale de l’Université de Bretagne Occidentale à Brest et comme enseignante-chercheuse au CREPAL, le Centre de recherches sur les pays lusophones de la Sorbonne.

Roxana Eminescu en 2020
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BiographieModifier

Fille unique de Yolanda Eminescu (1921-1998), première femme juge de Roumanie et spécialiste du droit de la propriété intellectuelle, et de Ștefan Stătescu, médecin ophtalmologue et poète (1917-1989), Roxana Eminescu n'a jamais été mariée. Elle a élevé seule son fils unique Ion Teodor, diplômé en droit et en management des institutions culturelles. En couple et père de deux enfants, il travaille dans un grand organisme français de coopération internationale.

En 1971, Roxana Eminescu soutient, à la Faculté de lettres et langues romanes de Bucarest, son mémoire de 3e cycle avec une étude sur Le Fantastique dans la littérature médiévale française. En 1978, elle obtient son doctorat en philologie romane avec une thèse sur Fernando Pessoa, portugais universel, sous la direction de l’académicien  Iorgu Iordan (1888-1986), docteur honoris causa des universités de Berlin, de Gand, de Montpellier et de Rome.

En Roumanie (1971-1981)Modifier

Entre 1971 et 1981, elle a été enseignante-chercheuse à l’Académie de sciences sociales et politiques de Roumanie. Avec le professeur Carlos Lélis, à l’époque, lecteur de portugais à Bucarest, elle a fondé le premier enseignement universitaire de portugais de la Roumanie d’après-guerre.

Avant son exil, elle a publié la monographie Preliminarii la o istorie a literaturii portugheze (Préliminaires pour une histoire de la littérature portugaise) et bon nombre d’études et articles dans des ouvrages collectifs ou revues à comité de lecture de l’Académie Roumaine des sciences sociales et politiques et dans la presse littéraire et culturelle roumaine. Ses contributions dans la presse littéraire, ont été signées Roxana Stătescu ou avec les pseudonymes Ana Maria Rareş et Riana Maria Rareş.

Au Portugal (1981-1984)Modifier

Son autre monographie, Novas coordenadas no romance português (Nouvelles coordonnées dans le roman portugais) a bénéficié d’un certain succès, durable même au-delà des frontières. Titulaire d’un cours hebdomadaire d’art comparé à IADE, Institut universitaire d’art, de décoration et de design, elle a dispensé en outre des cours de langue roumaine à la Faculté de lettres de l’Université de Lisbonne et a animé un séminaire de théorie littéraire à l’Universidade Nova. Roxana Eminescu a été responsable de la page culturelle hebdomadaire du quotidien O Tempo et a collaboré régulièrement à la revue Colóquio/Letras de la Fondation Calouste-Gulbenkian.

En France (depuis 1984)Modifier

En 1984, Roxana Eminescu obtient l’asile politique en France. Les dix premières années de sa vie parisienne, elle enchaîne des petits boulots de secrétaire et travaille au noir comme traductrice, correctrice et dactylo. Durant cette période, seul « ce Diogène égaré sur le pavé parisien » qui fut Michel Butel (1940-2018) lui fait confiance et lui ouvre les pages de son mensuel l’Autre Journal et de son hebdomadaire Encore.

En 1994, elle obtient enfin l’équivalence de ses diplômes et travaux et la qualification indispensable pour se présenter aux concours de l’Enseignement supérieur. En 1995, elle est recrutée à l’Université de Brest. Jusqu’à sa retraite prise en 2014, elle a aussi rédigé des cours et corrigé des copies pour la préparation au CAPES et à l’agrégation de portugais et d’espagnol du CNED.

En 2002, Roxana Eminescu soutient à la Sorbonne son Habilitation à diriger des recherches, sous la direction de Michelle Giudicelli. En 2003 et en 2007 elle est qualifiée par le Conseil national des universités aux fonctions de professeur des universités. Jamais elle n’a été auditionnée à un concours pour ce type de poste. Même pas lorsqu’elle était la seule candidate.

Syndicaliste, militante de gauche sans étiquette mais active, féministe au sens large et toujours non alignée, athée, républicaine et anticléricale, Roxana Eminescu collabore au Club MEDIAPART et continue à travailler à ses œuvres posthumes.

ÉcritsModifier

Livres et monographiesModifier

  • Fernando Pessoa, portughez universal (Fernando Pessoa, Portugais universel), thèse de doctorat, Université de Bucarest, 1978. Le manuscrit se trouvait sous presse l’année de son exil, puni par la déchéance de nationalité et l’interdiction de publier au pays.
  • Preliminarii la o istorie a literaturii portugheze (Préliminaires pour une histoire de la littérature portugaise), Editura Univers, Bucarest, 1979.
  • Novas coordenadas no romance português, (Nouvelles coordonnées dans le roman portugais), Biblioteca Breve, Lisbonne, 1983.
  • Catalogue des traductions du portugais en français, avec Fatima Gil, Institut Camões/ Fondation Calouste Gulbenkian, Paris-Lisbonne, 1994; deuxième édition revue et augmentée, 1995.
  • Écrits de guerre et d’amour de Geneviève Hennet de Goutel (1885-1917), édition établie et présentée par Roxana Eminescu, L’Harmattan, 2017.
  • Saga levantine, L'Harmattan, 2022, https://www.editions-harmattan.fr/livre-saga_levantine_histoire_de_vies_roxana_eminescu-9782343249995-72891.html

Études et articles sur Fernando PessoaModifier

  • Le temps européen de Fernando Pessoa, dans Synthesis, revue de l’Académie des sciences sociales et politiques, Comité National de littérature comparée, n° 5/1975.
  • “Să fii plural ca universul” (“Être pluriel comme l’univers”), préface à l’anthologie Ploaia oblică (Pluie oblique), Editura Univers, Bucarest, 1980.
  • Um girassol no inverno (Un tournesol en hiver), dans Tempo Magazine du .
  • Incursão no eixo semântico ver/ouvir da “Mensagem” pessoana, (Incursions sur l’axe voir/entendre dans le “Message” de F.P.), Actas do II Congresso internacional de estudos pessoanos, Nashville, Vanderbilt University, EUA, 1983/ Porto, 1985.
  • En terres de Portugal et de l’Espagne. Unamuno et Fernando Pessoa, dans Quadrant n° 14, Université Paul Valéry de Montpellier II, 1997.
  • 'La troisième marge du texte: la figure de l’auteur et son double, dans Figurations identitaires, Actes de colloque, Université de Saint-Denis, Paris VIII, 2000.
  • Espanha (s)em Pessoa ou Pessoa e a Espanha “em oco” ‘L’Espagne sans/dans Pessoa ou l’Espagne “en creux”, dans Relaciones lingüísticas y literarias entre Portugal y España desde el siglo XIX al siglo XXI, Actes de colloque, Université de Salamanque, 2007.

Prosateurs modernesModifier

  • Conştiinţa socială a prozei lusitane (La conscience sociale de la prose lusitaine), dans Secolul 20, n°9/1974.
  • Étude introductive à Casa Mare din Romarigães, version roumaine de A Casa Grande de Romarigães d’Aquilino Ribeiro, Editura Univers, Bucarest, 1974.
  • Los emperadores de la lluvia (Les empereurs de la pluie), étude comparative sur Gabriel Garcia Marquez et Dumitru Radu Popescu, dans Synthesis, revue de l’Académie des sciences sociales et politiques, Comité National de littérature comparée, n°1/1980.
  • Cuvînt pentru două lumi (Parole pour deux mondes), étude introductive à Luuanda de Luandino Vieira, Bucarest, Univers, 1982.
  • O mito do dilúvio em Gabriel Garcia Marquez (Le mythe du déluge dans Gabriel Garcia Marquez), dans Tempo Magazine du .
  • O realismo fantástico do “Mandarim” queirosiano (Le réalisme fantastique du “Mandarin” d’Eça de Queiroz), programme du Théâtre National de Lisbonne, 1982.
  • Um romance total (Un roman total), sur Fernando Namora, dans Jornal de Letras, Lisbonne, .
  • O tempo disfarçado. A estrutura temporal nos romances de Fernando Namora (Le temps déguisé. La structure temporelle dans les romans de F. N.), dans Colóquio/Letras, n° 73/1983.
  • L’écriture de l’Afrique chez Mário de Carvalho, dans Lusophonie-Lusographie, Actes du Colloque International, Rennes, .
  • De Thèbes à Lisbonne: le temps de la ville, dans Les Cahiers du CREPAL n°3, Presses de la Sorbonne Nouvelle, Paris, 1996.
  • Un récit peut en cacher un autre, étude théorique sur la typologie des récits courts en langue portugaise, dans Les Cahiers du CREPAL n°5, 1998.
  • Le monstre du miroir (sur Guimarães Rosa), dans Amadis, revue de l’Université de Bretagne Occidentale, n°2/ 1998.
  • Le médecin, sa maladie, sa mort et la littérature dans les lettres de Fernando Namora, dans Les Cahiers du CREPAL n°9, 2002.
  • Ceci n’est pas un texte... Déréalisation et détournement dans deux romans de Machado de Assis, dans Simulacres, Actes du colloque Annales de l’Université de Savoie (Chambéry), 2003.
  • La langue de Prospéro et Caliban chez Luandino Vieira, dans Écrire en situation bilingue, Actes de colloque, Université de Perpignan, 2004.
  • “Quand tout va bien, Madame la Marquise…”. L’époque Salazar dans les Mémoires de Fernanda de Castro, dans Mémoire et culture dans le monde luso-hispanophone, Actes de colloque, Presses Universitaires de Nancy, .
  • Écriture de soi et paysage dans les Mémoires de Fernanda de Castro, dans Les Cahiers du CREPAL, n° 14, 2008.
  • Paysage et genre dans “O mar de Madrid”, dans Les Cahiers du CREPAL n°15, 2009.

Relations entre les littératures et les cultures européennesModifier

  • Gil Vicente şi teatrul modern (Gil Vicente et le théâtre moderne), dans Studii si cercetări de istoria artei, (Etudes et recherches en histoire de l’art), série théâtre-cinéma, Editions de l’Académie roumaine, n°2/1973.
  • Eminescu în portugheză (Eminescu en portugais), dans Limba română, revue de l’Institut de linguistique de l’Académie roumaine, n°5/1975.
  • La littérature du XVIIe siècle dans la culture roumaine, en collaboration avec S. Emilian, dans Histoire de la littérature française, vol. 2, Universitatea Bucureşti, 1981.
  • Aspectos da “Peregrinação” camoeniana na Roménia (Aspects de la “Pérégrination” camoenienne en Roumanie), dans Os Lusíadas. Estudos sobre a Projecção de Camões em Culturas e Literaturas Estrangeiras (Les Lusiades, Etudes sur la projection de Camões dans les cultures et littératures étrangères), Academia das Ciências, Lisbonne, 1984.
  • Des cadavres exquis: les représentations de la mort d’Isabelle de Portugal, dans Les Cahiers du CREPAL n°12, Paris, 2005.
  • La tiercéité ibérique selon Emília Pardo Bazán, dans Cultures lusophones et hispanophones : penser la relation, sous la direction de Maria Graciete Besse, Indigo, 2010.

AutresModifier

  • Le fantastique, dans Travaux de linguistique et de littérature. Etudes littéraires, tome XI, 2, Strasbourg, 1973.
  • Viziune comică şi structuri dramatice (Vision comique et structures dramatiques), dans Teatrul românesc contemporan. 1944-1974 (Le théâtre roumain contemporain), Editura Meridiane, Bucarest, 1974, Prix deThéâtre de l’Académie Roumaine pour l’année 1974.
  • Na iminência duma revelação, introduction à O amor infinito de Joaquim Pessoa, Círculo de Poesia, Moraes Editores, Lisboa, 1983.
  • “La Fédération des Pays Baltes est indispensable”, entretien avec Yves Plasseraud, dans L’Autre Journal, n°1, .
  • Être magyar en Roumanie, entretien avec le professeur Albert Kovács, L’Autre Journal, n°2, .
  • Les Kurdes écartelés, chronique, dans L’Autre Journal, n°3, juillet-.
  • Le Tribunal des peuples juge la politique brésilienne, chronique, dans L’Autre Journal, n°4, .
  • L’avis du caméléon, débat, dans Encore, semaine du 13 au .
  • Censure, mode d’emploi (l’exemple roumain), dans Censure et littérature dans les pays de langues romanes, Cahiers du Lira n° 6, Université Rennes 2, 2000.
  • Fonctions du masque carnavalesque chez Lima de Freitas, dans La Fête dans le monde lusophone. Le Carnaval et son cortège, sous la direction de Jacqueline Penjon, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2003.
  • Da ornitomancia e do sexo dos anjos (De l’ornithomancie et du sexe des anges), dans A Ca(u)sa dos Açores em Lisboa (La Ca(u)se des Açores à Lisbonne), hommage à Eduíno de Jesus, Instituto açoriano de cultura, Angra do Heroísmo, 2009.
  • La langue de l’autre au cinéma, Colloque APEF APFUE SHF sur L’Étranger, Université de l’Algarve, 2011.
  • Le vieil homme et la ville. Paysage urbain et finitude dans le dernier film de João  César Monteiro, dans Paysages urbains du monde lusophone, sous la direction de Jacqueline Penjon et Catherine Dumas, Presses de la Sorbonne Nouvelle, 2014.
  • Interviu inedit cu Iorgu Iordan, Viaţa Românească, n° 11-12, 2021.

TraductionsModifier

  • Patru măsti, un autor : Fernando Pessoa (Quatre masques, un auteur : Fernando Pessoa), anthologie poétique, dans Secolul 20, n° 6/1973.
  • Din lirica portugheză (Lyrique portugaise), dans Secolul 20, n°3/1974.
  • Casa Mare din Romarigães (A Casa Grande de Romarigães) d’Aquilino Ribeiro, Editura Univers, 1974.
  • Tendinţele sculpturii moderne (Tendances de la sculpture moderne) de Walter Zanini, Editura Meridiane, 1977.
  • Ploaia oblică (Pluie oblique), anthologie poétique de Fernando Pessoa, comprenant la traduction complète de Mensagem (Message), Editura Univers, 1980, Prix de traduction de l’Association des Écrivains de Bucarest.
  • Mandarinul (Le Mandarin) d’Eça de Queiroz, traduction et adaptation théâtrale, Théâtre Ţăndărică, Bucarest, 1981.
  • Sigismund, Principele Transilvaniei (El prodigioso príncipe transilvano, attribué à de Lope de Vega selon Morely), Théâtre de Ploieşti, Roumanie, 1982.

Liens externesModifier