Race méditerranéenne

La race méditerranéenne est, pour la plupart des anthropologues entre la fin du XIXe siècle et le milieu du XXe siècle[1], l'une des races du groupe caucasoïde[2],[3].

Irlandais de « type méditerranéen », selon l'ouvrage d'Augustus Henry Keane (en), Man, Past and Present (1899).

Les caractéristiques physiques qui unissent la Méditerranée sont: la peau olivâtre ou blanc ivoire, les cheveux généralement foncés ou noirs, les yeux la plupart du temps foncés, le crâne allongé ou modéré, le visage étroit et long, la carrure élancée, la stature nasale généralement moyenne-basse et étroite[4].

On ne parle plus aujourd'hui de race méditerranéenne car il ne s'agit que d'un phénotype observable dans des groupes de populations même génétiquement éloignées les unes des autres[4].

Théories racialesModifier

Les premiers débatsModifier

Au XIXe siècleModifier

Au XXe siècleModifier

 
Répartition des différentes races de l'Europe, selon Madison Grant dans son ouvrage The Passing of the Great Race (1916).

Le fait que les peuples méditerranéens étaient responsables de la plus importante des civilisations antiques était un problème pour les promoteurs de la supériorité nordique. Le livre très controversé de Giuseppe Sergi, The Mediterranean Race (1901), a fait valoir que la race méditerranéenne était en fait originaire d'Afrique, probablement de la région saharienne, et qu'elle a aussi inclus un certain nombre de peuples du continent africain (Afrique du Nord et corne de l'Afrique) à la peau sombre, comme les Éthiopiens et les Somalis. Giuseppe Sergi a ajouté que la race méditerranéenne est caractérisée par « une espèce humaine ni foncée, ni blanche, ni négroïde, mais pure dans ses éléments, c'est-à-dire [que ce n'est] pas un produit du mélange des Blancs avec les Noirs ou les peuples négroïdes »[5]. Il émit également l'hypothèse que toutes les races (les Nordiques de la Méditerranée, de l'Afrique, etc.) sont originaires d'une même espèce eurafricaine[6]. Il a expliqué sa taxonomie comme étant inspirée par une compréhension de « la morphologie du crâne révélant les caractères physiques de la race humaine, qui restent les mêmes à travers les longs siècles et à des endroits éloignés […]. Tel un zoologiste qui peut reconnaître le caractère d'une espèce ou d'une variété appartenant à une région du globe ou sur une période de temps, un anthropologue suit la même méthode pour enquêter sur les caractéristiques morphologiques du crâne […]. Cette méthode [l'a] guidé dans [ses] enquêtes sur le problème actuel et […] a donné des résultats inattendus qui ont été souvent par la suite confirmés par l'archéologie ou l'histoire »[7].

Selon Giuseppe Sergi, la race méditerranéenne était la « plus grande espèce du monde » et a été singulièrement responsable des civilisations les plus accomplies de l'Antiquité, y compris Carthage, celles de la Mésopotamie, de la Perse, de l'Égypte antique, de la Grèce antique et de la Rome antique. Les quatre grandes branches de la race méditerranéenne étaient les Libyens (ou Berbères), les Ligures, les Pélasges et les Ibères[8]. Les habitants de l'Égypte antique ont été identifiés par Giuseppe Sergi comme un sous-groupe des Hamites, constituant une variété proche de la race méditerranéenne[9].

Au XXIe siècleModifier

La notion de race humaine (race méditerranéenne en particulier) a été abandonnée car elle n'est pas justifiable au niveau scientifique. La locution race humaine, est employée lorsqu'il s'agit de classer les êtres humains selon des critères géographiques, religieux ou de couleurs de peau, sans considération pour le patrimoine génétique partagé[réf. nécessaire]. En France, le , les députés votent à l'unanimité la suppression du mot race de l'article 1 de la Constitution de la Ve République. Il serait désormais écrit : la France « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction de sexe, d’origine ou de religion », au lieu de « …sans distinction d’origine, de race ou de religion ». Ce changement doit être officialisé avec la prochaine révision constitutionnelle (après 2020).

La police française continue d'employer sans définition officielle la catégorie « de type méditerranéen », qui figure dans le fichier STIC (système de traitement des infractions constatées) à côté du « type maghrébin ». Elle peut s'appliquer à toute personne aux cheveux noirs et au teint mat, Maghrébin, mulâtre, « gens du voyage » (Roms), etc.[10] En 2008, le ministère de l'intérieur a refusé l'inclusion de ces catégories dans un fichier national[11].

RépartitionModifier

Selon diverses définitions, la race méditerranéenne est répandue en Europe du Sud (Midi de la France compris), en Amérique latine (par ascendance espagnole, portugaise, italienne), dans des parties de l'Europe de l'Est (Roumanie comprise), en Afrique du Nord, dans la corne de l'Afrique, en Asie de l'Ouest et centrale, ainsi que dans certaines parties des îles Britanniques et de l'Allemagne[12],[13],[14],[15],[16].

Traits physiquesModifier

Selon l'anthropologue Carleton Coon, la race méditerranéenne est caractérisée par une taille soit moyenne, soit grande, avec un crâne de taille modérée, un nez aquilin ou droit, des cheveux châtains à foncés, des yeux noisettes à foncés, et d'un teint légèrement mat à mat foncé — le teint olive étant le plus fréquent[17],[18].

Notes et référencesModifier

  1. (en) Karim Murji et John Solomos, Racialization : Studies In Theory And Practice, Oxford University Press, (ISBN 0-19-925703-5), p. 215.
  2. Avec les races est-baltique (slaves, baltes…), nordique, dinarique (Yougoslaves, Albanais, Roumains des Carpates, Tyroliens, Bavarois…), alpine, anatolienne (de la Turquie à l'Inde), touranienne (Asie des steppes), indo-afgane (Pachtounes, Pakistanais du nord, Indiens "Aryens"…) et aïnou.
  3. « Les races humaines », sur races-langues.wifeo.com (consulté le )
  4. a et b Carleton S. Coon on the Mediterranean Race « https://web.archive.org/web/20090201170927/http://dienekes.110mb.com/texts/coonmed/ »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), 1 febbraio 2009 - from C.S. Coon, Caravan : the Story of the Middle East, 1958, pp. 154-157
  5. Sergi 1909, p. 250.
  6. Sergi 1909, p. 259.
  7. Sergi 1909, p. 36.
  8. Sergi 1909, p. 166.
  9. Sergi 1909, p. 39-44.
  10. Institut de recherche sur les mouvements sociaux, Une catégorie policière : « de type méditerranéen », 17 avril 2017 [1].
  11. « Le ministère de l'intérieur dément l'étude d'un fichier par couleur de peau et origine ethnique », 4 décembre 2008.
  12. (en) John Higham, Strangers in the Land : Patterns of American Nativism, 1860–1925, Rutgers University Press, , 447 p. (ISBN 0-8135-3123-3, lire en ligne), p. 273.
  13. (en) Bryan S. Turner, The Early Sociology of Class, Taylor & Francis, (ISBN 0-415-16723-X), p. 241.
  14. (en) Carleton S. Coon, The Races of Europe, Greenwood Press, , 739 p., chap. X-XI.
  15. (en) Patrizia Palumbo, A Place in the Sun : Africa in Italian Colonial Culture from Post-Unification to the Present, University of California Press, , p. 66.
  16. (en) Anne Maxwell, Picture Imperfect : Photography and Eugenics, 1870–1940, Sussex Academic Press, , p. 150.
  17. (en) William Rhind, Second-Class Book of Physical Geography, Édimbourg, , chap. XV.
  18. (en) Carleton S. Coon, Caravan : The Story of the Middle East, (lire en ligne), p. 154-157.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Giuseppe Sergi, The Mediterranean Race : A Study of the Origin of European Peoples, vol. 40, Walter Scott Publications, coll. « Contemporary science », (lire en ligne)  .
  • Madison Grant, The Passing of the Great Race, New York : C. Scribner's Sons, 1916 (publié en français en 1926 chez Payot sous le titre de Le Déclin de la grande race et préfacé par Georges Vacher de Lapouge), réédité aux Éditions de L'Homme Libre, 2002.
  • Henri Victor Vallois, Les races humaines, Paris, PUF, coll. « Que sais-je ? » (no 146), , 5e éd. (1re éd. 1944).
  • Jean-Noël Ferrié, « La naissance de l'aire culturelle méditerranéenne dans l'anthropologie physique de l'Afrique du Nord. », Cahiers d'Études africaines, vol. 33, no 129,‎ , p. 139–151 (DOI 10.3406/cea.1993.2076, lire en ligne, consulté le ).

Articles connexesModifier

Liens externesModifier