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Le terme de pluriel interne a deux acceptions principales en linguistique, celles-ci n'ayant pas de rapport entre elles :

  • au niveau morphologique, on parle de pluriel interne pour décrire une forme plurielle construite, non par adjonction d'affixes, mais par modification du radical (on parle aussi de pluriel brisé) ;
  • au niveau cognitif et grammatical, le pluriel interne concerne des termes pluriels envisagés comme des singuliers. Ce terme a été proposé dans ce sens par le linguiste Gustave Guillaume.

Sommaire

Pluriel interne morphologiqueModifier

Il est répandu dans les langues chamito-sémitiques, sans leur être spécifique toutefois.

En françaisModifier

  • bœuf [bœf] → bœufs [bø] est intéressant car c'est un pluriel interne uniquement à l'oral.

En arabeModifier

Une grande partie de noms (et même certains adjectifs) arabes forment leur pluriel en réorganisant les voyelles intercalées entre les trois consonnes radicales. Il existe un nombre de modèles (ou formes) communs au pluriel et il arrive souvent que des noms singuliers du même modèle prendront le même modèle au pluriel. Par exemple, qimmah (قمّة - sommet) prend la même forme au pluriel (qimam قمم) que l'exemple qiTTah/qiTaT affiché ci-dessous.  

En maltaisModifier

Le maltais est une langue d'origine arabe, qui a emprunté des éléments notamment à l'Italien et au sicilien :

  • skolaskejjel « école(s) »

En hébreuModifier

L'hébreu israélien a hérité de la langue classique des formes de pluriel "brisé" dans le groupe des "ségolés":

  • shekelshkalim « sicle(s)/shekel », kotelktalim« muraille, mur(s)/Mur des Lamentations » et les correspondants féminins de formes ségolées (en) comme "yalda" → yeladot « fille »; ou shixvashxavot « couche/classe d'âge ». Leur nombre est relativement restreint et parallèlement, la langue actuelle a créé des formes qui ne répondent pas au schéma classique, comme "shimsha" qui présente le pluriel ""shimshot" non standard.

En guèze et en amhariqueModifier

L'amharique a conservé des formes archaïques de pluriel interne héritées du guèze, ainsi que des formes combinant pluriels interne et externe. Ce mode de formation n'est plus productif de nos jours :

  • hagärahəgur « pays » (en guèze : hagarāhgur)
  • kokäbkäwakəb-t « étoile(-s) »

En bretonModifier

Il existe en breton quelques cas de pluriels internes par alternance vocalique, mais il s'agit généralement de formes archaïques ou régionales, en concurrence avec d'autres formes[1] :

  • louarnlern « renard(s) » (également : louarn(i)ed, louarni, luerned)
  • tarvterv « taureau(x) » (également : tirvi, taroioù)
  • maenmein « pierre(s) »

En anglaisModifier

  • manmen « homme(s) »
  • mousemice « souris »
  • goosegeese « oie(s) »

Pluriel interne cognitifModifier

Guillaume oppose, dans le cadre de l'opposition conceptuelle continu/discontinu (ou discret), le « pluriel externe », auquel nous sommes habitués, qui serait une « saisie du singulier sous une forme multipliante de pluriel », et le « pluriel interne », qui serait, au contraire, une « saisie du pluriel sous une forme unifiante de singulier[2] ».

Selon Guillaume, le pluriel interne serait la marque de langues anciennes ; il aurait « pratiquement disparu des langues évoluées dont nous nous servons en Europe et qui ont conquis le Nouveau Monde ». Il en subsisterait en français d' « infimes vestiges » :

  • les mots qui ne s'emploient qu'au pluriel (fiançailles, obsèques, limbes) ; on parle aussi de plurale tantum.
  • certains pluriels irréguliers comme yeux, par opposition à œils (des œils-de-bœuf).

Le pluriel interne, qui aurait généralement disparu à l'époque « préhistorique », resterait représenté dans les langues indo-européennes archaïsantes par le duel[a].

Marc Wilmet reprend le terme de pluriel interne à propos de mots tels que lunettes, ciseaux, bretelles (représentant un seul objet). Il rapproche également l'aspect multiplicatif induit par certains infixes comme -aill-, -ot-, etc. (« criailler, clignoter, etc. ») de la notion de pluriel interne[3].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. La théorie du nombre grammatical de Guillaume a été critiquée, notamment par Hervé Curat et Paulo de Carvalho.

RéférencesModifier

  1. Favereau 1997[réf. non conforme]
  2. Gustave Guillaume, Leçons de linguistique, 1944-1945, séries A et B, p.206
  3. Marc Wilmet, Grammaire critique du français, Duculot, 2003 (ISBN 2-8011-1337-9), §§ 153, 156, 407

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Francis Favereau, Grammaire du breton contemporain, Skol Vreizh, (ISBN 2-911447-12-3)
  • M. Arkoun, Études de linguistique arabe, E.J. Brill, Leiden, 1982 (ISBN 90-04-06796-5) : Karel Petráček, Le système de l'arabe dans une perspective diachronique

Liens externesModifier