Pierre Patry

Pierre Patry
Pierre Patry, Hiver 2012.jpg
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Pierre Patry ([1], à Hull[2],[3],[4]), d'abord intéressé au théâtre et à la communication, est surtout connu comme scénariste, monteur, réalisateur et producteur québécois au cinéma et à la télévision, puis comme intervenant de premier plan dans le développement de la télévision éducative (le Canal Savoir) et, de façon plus générale, dans le développement et le maintien de partenariats et de réseaux, en éducation (notamment en formation à distance) comme dans les activités socio-culturelles ou artistiques, jusque même au niveau international.

BiographieModifier

Pierre Patry débute comme homme de théâtre (acteur, metteur en scène) dans son Outaouais natal. Il est membre fondateur de l'Association canadienne de théâtre amateur.

Puis il fait son entrée à l'Office national du film (ONF), à Montréal, comme scénariste, assistant-réalisateur puis réalisateur (1957-1963). Il quitte l'ONF en 1964, pour fonder Coopératio, une compagnie de production cinématographique[5], qu'il devra fermer au bout de cinq ans à cause des problèmes systémiques de financement et de distribution du long métrage de fiction, s'éternisant jusqu'alors[6]. — Même si Pierre Patry n'a consacré qu'une dizaine d'années au cinéma, ce fut cette courte partie de sa carrière qui a laissé les traces les plus profondes et marquantes, publiquement visibles, indélébiles. Cela tient au domaine, bien en vue, du cinéma, mais aussi à ses efforts méritoires, suscitant la coopération, pour que la production et la distribution du long métrage québécois de fiction soient enfin facilitées, par des décisions gouvernementales appropriées, structurantes, qui étaient attendues en vain depuis la création de l'ONF (cette pépinière de cinéastes, repliée depuis quelque 30 ans sur le court métrage documentaire).

Pierre Patry devient alors, en 1967, le directeur du centre culturel de la toute récente Cité des Jeunes de Vaudreuil.

Il est ensuite, à Québec un adjoint à la vice-présidence aux Communications (de 1975 à 1977), au siège social de l'Université du Québec (UQ), puis le directeur du Bureau de la coopération nationale et internationale de la Télé-université (Téluq), qui était alors une constituante distincte de toute autre à l'intérieur de l'UQ.

C'est à Pierre Patry, directeur du Bureau de la coopération… de Téluq, qu'on a confié le mandat, au cours de la décennie 1980, de négocier avec divers organismes (dont le câblodiffuseur Vidéotron et Radio-Québec, renommée Télé-Québec en 1996) pour rendre opérationnelle au Québec une chaîne télévisée d'enseignement collégial et universitaire, que l'UQ fit incorporer : ce fut C.A.N.A.L.[7], renommé en 1997 Canal SAVOIR, qui émet ses émissions à l'horaire, d'abord par câbles, puis aussi par antenne UHF et satellites de télécommunications, également aujourd'hui par le Web, des émissions éducatives de différentes universités ou collèges (pas seulement de Téluq ou de l'UQ), et maintenant pas seulement au Québec.

En 1988, Pierre Patry participe à la fondation du Réseau d'enseignement francophone à distance du Canada (REFAD)[8] et suscite la fondation des réseaux internationaux CIFFAD, CREAD et COMRED.

Ces diverses fonctions administratives ou de création, d'animation, qui furent confiées à Pierre Patry faisaient appel à son habileté à susciter la concertation, le travail d'équipe, l'entraide par l'écoute orientée vers la résolution ou la prévention des difficultés, une habileté qui déjà ressortait de son bref mais énergique travail antérieur dans le monde du théâtre et du cinéma[9].

FilmographieModifier

Comme monteurModifier

Comme scénaristeModifier

Comme réalisateurModifier

Comme producteurModifier

Son expertise du partenariat en formation à distance (FAD)Modifier

« Ceux qui ont croisé Pierre Patry se souviendront sans peine de ce bâtisseur — certains diraient cet apôtre — des réseaux et partenariats en formation à distance. Il a participé à la création de CANAL (Canal Savoir) et du REFAD, de même qu’à celle d’une longue liste d’organismes internationaux, parmi lesquels le CIFFAD (Consortium international francophone de formation à distance), le CREAD (Consortium des réseaux d'éducation à distance des Amériques), le COL (Commonwealth of Learning) et le COMRED (Concertation mondiale des réseaux d'éducation à distance). […]
 
Les partenariats sont même un des liens qu’il fait entre ses trois carrières successives, d’abord dans les activités socioculturelles (théâtre, radio, télévision, cinéma), puis en animation dans les centres culturels et finalement, en éducation : « En fait, c’est ce que j’ai fait toute ma vie, créer des gangs. » De ses multiples expériences, il retient l’importance de plusieurs points cruciaux, dont :

  • Qualités du leader
    Pour Pierre Patry, le succès d’un partenariat est étroitement lié aux qualités de son leader. « Le leader d’un partenariat est un synchronisateur. Il n’enlève pas de prérogatives aux membres ». Il faut donc un coordonnateur qui a, au départ, une philosophie de respect de l’autonomie des partenaires. « Les tentatives de mainmise d’un partenaire sur le groupe peuvent le tuer ». Mais le leader doit maintenir un équilibre délicat : il doit à la fois savoir partager la décision et exercer son leadership.
    Quand on lui parle de l’importance que certains auteurs accordent à la présence d’un promoteur passionné, d’un « champion » au sein d’un partenariat, il met un bémol : « Un des principaux défis est de faire en sorte que le partenariat survive au départ du leader. Le leader doit savoir se détacher de ce qu’il crée. Il doit s’effacer pour que le partenariat survive. »
  • D’un projet concret
    Quand on l’a vu « tricoter » un partenariat, on pourrait croire que les relations humaines sont, pour lui, le déclencheur usuel des partenariats. Il met plutôt l’emphase sur le besoin. « Il faut un projet concret. On crée des partenariats pour mettre en commun les ressources de chacun des partenaires. » Ce peut être par mesure d’économie, pour partager des infrastructures technologiques autant que des ressources humaines, physiques et intellectuelles. Et s’il n’y a pas rareté de ressources? « Embaucher des sous-traitants ou des employés ne jouirait pas de la dynamique participative partenariale. » Les réseaux humains comptent aussi. Dans certains cas, ce sont les relations de confiance préétablies qui permettent ou, à tout le moins, accélèrent les déblocages. Les associations et réseaux aident à établir ces relations. Mais, selon lui, ils doivent aller au-delà du simple réseautage et du partage d’expertise purement intellectuelle pour mener à des réalisations concrètes partagées.
  • D’une entente claire
    Le partenariat doit-il être formalisé dans un contrat ou une convention ? « Oui », dit-il. Mais il ne peut s’empêcher de s’exclamer : « Ne le faites surtout pas rédiger par un avocat ! ». C‘est qu’il faut que l’entente traduise strictement la volonté des partenaires et ait vraiment l’adhésion de chacun. Sa rédaction est une occasion de clarifier et d’ajuster les attentes. On peut y ajouter une clause générale pour l’assujettir aux lois applicables et même la soumettre, mais seulement après coup, à un conseiller juridique…

Ses vingt-cinq ans de partenariats en FAD ne lui ont pas fait perdre la foi ni dans la formation à distance, ni dans les partenariats. Pierre Patry demeure convaincu que la mondialisation, les besoins pour une éducation généralisée et continue, le multilatéralisme et l’interdisciplinarité feront des partenariats une formule à privilégier en FAD, tant au niveau national qu’international. »
— Lucie Audet, 2007, op. cit., p. 31

Les initiatives internationales de Pierre Patry en FAD francophone resteront pourtant directement sans lendemain évident. Ainsi, le CIFFAD, le CREAD et le COMRED s'avéraient inactifs sur le Web en 2010 et n'avaient eu aucune activité au cours des années précédentes (ce que montre l'étude Re.ViCa en 2009 dans le cas du CIFFAD[10]), tandis que le projet CÆRENAD lancé en 1999 et réunissant la Télé-université ainsi que cinq établissements universitaires situés dans des pays en développement (Brésil, Chili, Costa Rica, Île-Maurice et Sénégal) ne connut pas de suite directe connue. Peut-être la cause en est-elle dans ce qu'Otto Ikomé décrit comme « la difficulté de changer des cultures institutionnelles profondément enracinées, qui trouvent leurs origines dans l’histoire et les pratiques coloniales[11] ». Mais l'ampleur du projet, notamment quant à ses objectifs, l'insuffisance de sa logistique, la diversité et l'éloignement des partenaires, l'absence de résultats tangibles, ainsi que le manque d'enracinement institutionnel de ce projet (notamment à la Télé-université) témoignent d'une aventure sans doute généreuse, mais en réalité largement utopique, dans laquelle le partenariat apparaît plus comme un symbole que comme un moyen permettant l'atteinte de résultats significatifs justifiant les investissements publics qui y furent consacrés. L'impact est d'autant plus difficile à mesurer que, peu après, l'Internet s'est pointé et développé, susceptible de rapprocher les gens, les organisations, les cultures, de diffuser les savoirs… à moindre coût, mais de façon souvent plus informelle, moins contraignante, plus variée, plus difficile à cerner, à voir et à comptabiliser.

Vie privéeModifier

À sa retraite, il habite Vaudreuil-sur-le-Lac. Pierre Patry meurt à 80 ans le [2].

BibliographieModifier

  • 1974 : Pierre Patry (1933-), Le fonctionnaire, un mutant? : pour un système intégré de communications internes : prospective, 1974, Gouvernement du Québec, Ministère des communications, [Direction générale des communications gouvernementales], 520 p. 28 cm, ill., portr.
  • 1995 : Pierre Patry, Composantes et stratégies organisationnelles. Une réflexion informative sur les organismes multilatéraux, internationaux et nationaux, d’éducation à distance dans le monde, 1995 (référencé par Lucie Audet, ci-dessous)
  • 1995 : Pierre Patry, L’autoroute électronique dans la perspective internationale de l’enseignement à distance[12], p. 319–325,
    dans Troisième partie : L’effet de l’implantation des NTIC sur l’organisation du travail et la formation de la main-d’œuvre,
    de Les Autoroutes de l'information : un produit de la convergence (sous la direction de Jean-Guy Lacroix et Gaëtan Tremblay; actes d'un symposium sur les Nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC), tenu à l'Université du Québec à Montréal du au ), 1995, Sainte-Foy, Les Presses de l'Université du Québec, xi, 555 p. 23 cm (ISBN 2-7605-0806-4)
  • 2007 : Lucie Audet, Mémoire sur les stratégies et moyens pour favoriser le partenariat en formation à distance, document préparé pour le Réseau d’enseignement francophone à distance du Canada (REFAD), 2007 (disponible en ligne[13])

HonneursModifier

Notes et référencesModifier

  1. (en) Tom McSorley, Pierre Patry, dans Canadian Film Encyclopedia.
  2. a et b « Patry, Pierre », notice nécrologique, sur aubryetfils.com, le 24 juin 2014.
  3. Charles-Henri Ramond, « Le cinéaste et producteur Pierre Patry est décédé »,filmsquebec.com, 12 juin 2014.
  4. Odile Tremblay, « Mort d’un ardent cinéaste-producteur de la Révolution tranquille », Le Devoir, 17 juin 2014.
  5. [vidéo] Denys Desjardins, « Il était une fois Cooperatio », sur cinemaduquebec.com (Centaure, 30 min, 2013).
  6. [vidéo] Rencontre avec Pierre Patry, Le financement du film sous les projecteurs, télévision de Radio-Canada, entrevue du 5 août 1970 (3 min 42 s).
  7. [PDF] Développement de la télévision éducative au Québec. quelques jalons - p. 19 (dern. par.) à p. 29.
  8. Les succès du REFAD : le 6 août 1998, à Summerside (Île-du-Prince-Édouard), eut lieu la journée spéciale soulignant le 10e anniversaire du REFAD, avec dîner d'honneur pour souligner la contribution des 10 membres fondateurs (dont Pierre Patry).
  9. Claude Fournier, « Pierre Patry n'est plus », sur elephant.canoe.ca, le 17 juin 2014.
  10. (en) « Reviewing (Trace of) European Virtual Campuses », sur www.virtualcampuses.eu, 2007-… (consulté le ).
  11. (en) Otto Mbambe Ikome, « Enhancing Instruction in the Global Context: A Challenge for the Resource Center for Applied Studies in Distance Education (Cærenad) », sur www.cairn.info, Distances et savoirs, Lavoisier, 2003 / 2 (Vol. 1), p. 243-268 (consulté le ).
  12. L’autoroute électronique dans la perspective internationale de l’enseignement à distance, texte (pp. 319-325) de Pierre Patry, directeur du Bureau de coopération nationale et internationale, Télé-université de l'Université du Québec, dans Les autoroutes de l’information : Un produit de la convergence, 1995, PUQ
  13. [PDF] Lucie Audet, Mémoire sur les stratégies et moyens pour favoriser le partenariat en formation à distance, 2007, 48 p., document préparé pour le Réseau d’enseignement francophone à distance du Canada (REFAD).
  14. [vidéo] « Remise de l'Ordre des francophones d'Amérique », Portail Québec : fil de presse, Conseil supérieur de la langue française,‎ (lire en ligne).

Voir aussiModifier

Liens externesModifier