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Mouvement Gülen

Mouvement mondial philanthropique, philosophique et progressiste

Mouvement Gülen
Gülen Hareketi
Situation
Région Turquie puis reste du monde
Création Années 1970
Type Organisation religieuse et sociale
Considérée comme terroriste par la Turquie, Chypre du Nord, le Pakistan, le CCG et l'OCI
Organisation
Fondateur Fethullah Gülen
Organisations affiliées Islam
Sunnisme
Soufisme
Naqshbandiyya
Nurculuk

Site web http://fgulen.com/en

Le mouvement Gülen ou confrérie Gülen (en turc : Gülen Hareketi ou Gülen Cemaati ou Hizmet, le « service ») est un mouvement interculturel et interreligieux issu du nurculuk et dirigé par l'imam turc résidant aux États-Unis, Fethullah Gülen. L'organisation s'est massivement développée dans les années 1990. Elle est constituée d'un réseau d’associations locales, d’hommes d’affaires, d’établissements scolaires (en particulier les dershane, établissements scolaires privés de soutien scolaire ou de préparation aux concours de l’enseignement secondaire et supérieur), de titres de presse, de maisons d'édition, de radio, etc.

HistoriqueModifier

Dans les années 1970 et 1980, Fetullah Gülen crée son propre réseau en Turquie[1]. Dans les années 1980, la libéralisation de l'économie lui permet de développer son premier réseau d'établissements scolaires et de pénétrer les médias[1]. Le mouvement Gülen se distingue par son rapport décomplexé avec l'argent et le capital, à l'inverse d'autres mouvements religieux islamiques[1].

À partir des années 1980, le Gülen infiltre l'armée turque garante de la laïcité. L'état-major procède à plusieurs épurations des écoles militaires, mais l'accession de l'AKP au pouvoir a pour conséquence de faire cesser ces purges et de permettre l'avancement des officiers liés au Gülen[2]. Durant des années, les concours d'entrée aux écoles militaires sont tronqués, les membres du mouvement Gülen ayant connaissance des sujets à l'avance[3].

Le mouvement prospère pendant la première décennie de pouvoir de l'AKP. Ce dernier fait massivement appel à des cadres gülénistes pour remplacer les fonctionnaires kémalistes dans des secteurs tels que la police ou la justice, mais aussi l'armée, où des postes d’officiers ont été libérés à la suite de grand procès menés sur la base de preuves parfois fabriquées[4]. Des triches massives sont organisées au profit des gülenistes dans les concours de recrutement des diplomates[4].

Fin 2013, Recep Tayyip Erdoğan, conscient du poids que représente le Gülen, amnistie les généraux laïques et se retourne contre la confrérie[2]. En décembre 2013, des proches du Premier ministre Erdoğan sont impliqués dans une affaire de détournement de fonds publics. Erdoğan accuse alors le mouvement Gülen et ses disciples d'avoir fomenté un « coup judiciaire » contre lui et ses proches.

À la suite de la tentative de coup d'État de 2016 en Turquie, le président Erdoğan oriente fortement la répression contre le mouvement Gülen, qu'il accuse d'être derrière cette tentative de coup d'État[5], ce que Fetullah Gülen a nié[6]. La proximité notoire du Hizmet avec certains services américains renforce encore cette suspicion[3]. La purge qui s'est étendue le 20 juillet 2016 au système éducatif turc atteint particulièrement le mouvement Gülen, en fermant les nombreuses écoles privées dont il dispose, et en écartant les nombreux enseignants qui avaient profité des places dont avaient été chassés les kémalistes laïcs[7]. Le mouvement est touché par une nouvelle vague de purges en avril 2017 : des opérations de police sont lancées simultanément dans 81 provinces et aboutissent à l'arrestation de plus d'un millier de sympathisants présumés de Gülen[8] ; le même jour, plus de 9 000 policiers accusés de contacts avec le réseau sont suspendus[9].

En plus de la Turquie, la Chypre du Nord (turque), le Pakistan[10], le Conseil de coopération du Golfe et l'Organisation de la coopération islamique ont aussi placé le mouvement Gülen sur leur liste d'organisations terroristes[11],[12]. Les services secrets turcs procèdent aux enlèvements de plus de 80 membres de la confrérie dans 18 pays[13].

Discours et orientations politiquesModifier

Article détaillé : Nurculuk.

Située dans un islam sunnite modéré et empreinte des préceptes de la confrérie soufie naqshbandiyya[1], l'idéologie du mouvement s'inspire des travaux théologiques de Said Nursi (1878-1960), un néo-soufi kurde, qui prône une spiritualité ayant pour vecteur des écoles et non pas des lieux de culte[14]. Le mouvement Gülen prône « l’engagement social de ses membres au « service » de l’humanité »[14]. Hizmet (le « service ») qualifie autant le réseau que ses activités. Empreint de discours nationalistes turcs lors de sa fondation, le mouvement Gülen abandonnera ces positions à mesure de son extension à l'extérieur de la Turquie[1]. Le mouvement est qualifié d'islamiste[15], prosélyte[15] et de conservateur[15] par certains universitaires, et de non-prosélyte et d'apolitique par d'autres [1].

OrganisationModifier

Le réseau güleniste est basé par plusieurs réseaux, actifs en Turquie et en dehors[15],[16] :

Les réseaux ne sont pas organisés sous un mode opérationnel ou hiérarchique[1]. Il n'existe pas non plus d'affiliation formelle des membres du mouvement Gülen, mais il est possible de distinguer deux profils[14] :

  • des « dévôts » vivant selon les préceptes nurcu et réalisant des missions relevant du prosélytisme, comme les enseignants turcs envoyés dans des établissements scolaires à l'étranger[14] ;
  • des « consommateurs » de produits et de prestations du mouvement (éducation, soutien du réseau dans les affaires financières et commerciales), parmi lesquels les élèves d'établissements scolaires qui n'ont souvent pas même conscience du caractère güleniste de l'établissement qu'ils fréquentent[14],[15].

MédiasModifier

Jusqu'à sa mise sous tutelle judiciaire en 2016, le quotidien Zaman est considéré comme le principal média güleniste en Turquie.

ÉcolesModifier

Le mouvement Gülen est caractérisé par un important réseau d'établissements scolaires en Turquie et sur le continent africain. Le premier réseau est constitué de dershaneler, des écoles privées dispensant des cours du soir pour préparer aux concours d'entrée à l'université et à la fonction publique[14]. Dans les années 1990, peu de temps après la dissolution de l'Union soviétique, des écoles gülenistes ouvrent dans l'espace turcophone de l'Asie centrale[14]. Dans les années 2000, des établissements sont ouverts en Asie et en Amérique du Nord[14]. Ce réseau turcophone d'établissements scolaires est devenu le principal prestataire de langue turque en dehors de la Turquie, en préparant par ailleurs la plupart des candidats aux olympiades de la langue turque[14].

Établissements en Asie centrale et en Europe balkaniqueModifier

Les ex-républiques soviétiques musulmanes et/ou de culture türk et les ex-états socialistes d'Europe de l'Est constituent un nouvel espace d'expansion, première vague de décloisonnement du mouvement Gülen[1]. Partageant un héritage ottoman ou turco-islamique, ces régions sont sensibles au discours güleniste qui associe à une éthique religieuse une ouverture au capitalisme[1].

Établissements en AfriqueModifier

Inexistantes jusqu'au début des années 2000, les relations diplomatiques entre la Turquie et les pays du continent africain ont largement bénéficié des réseaux gülenistes pour se développer[14]. Profitant de l'endettement de pays africains - en particulier de l'Afrique subsaharienne -, de l'insuffisance de l'offre éducative publique et d'une demande croissante de nouvelles classes aisées, le mouvement Gülen développe un réseau d'établissements scolaires privés, réservés à une élite[16],[14]. Ce réseau, qui fut pendant plusieurs années une vitrine de la Turquie dans un espace où elle n'était pas présente, est mis en danger depuis que Recep Tayyip Erdoğan a cessé la coopération avec les réseaux gülenistes en 2013[16],[14].

Soutiens financiersModifier

RéférencesModifier

  1. a b c d e f g h i et j Balci 2015
  2. a et b Tancrède Josseran, « Turquie : Mars contre Allah », Conflits : histoire, géopolitique, relations internationales, no 11, oct.-déc. 2016, p. 9
  3. a et b Tancrède Josseran, « Où va la Turquie ? », Conflits : histoire, géopolitique, relations internationales, no 12, janv. - mars 2017, p. 59-60
  4. a et b Dorothée Schmid, La Turquie en 100 questions, Texto, , p. 185
  5. BFMTV, « Fethullah Gülen, l'ennemi juré d'Erdogan accusé de la tentative de putsch » (consulté le 16 juillet 2016)
  6. « Turquie : Fethullah Gülen, ennemi juré d'Erdogan, condamne fermement la tentative de coup d'Etat », (consulté le 16 juillet 2016)
  7. « Turquie : La grande peur des laïcs », (consulté le 1er août 2016)
  8. « Turquie: arrestation de plus de 1.000 partisans présumés du prédicateur Gülen », AFP,‎ (lire en ligne, consulté le 27 avril 2017)
  9. « Turquie: suspension de plus de 9.100 policiers accusés de lien avec Gulen », AFP,‎ (lire en ligne, consulté le 27 avril 2017)
  10. « Turkey welcomes Pakistan’s ruling on FETO terror group » (consulté le 10 janvier 2019)
  11. « FETÖ sur la liste des organisations terroristes en République Turque de Chypre du Nord » (consulté le 5 août 2016)
  12. « Gulf Cooperation Council designates FETÖ as terror group », DailySabah,‎ (lire en ligne, consulté le 13 octobre 2016)
  13. « Sur la piste des commandos d'Erdogan », LExpress.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 16 juillet 2018)
  14. a b c d e f g h i j k et l Angey-Sentuc 2015
  15. a b c d et e Lavergne 2006
  16. a b et c Charton 2015

BibliographieModifier

  • Nicolas de Lavergne, « Bayram Balci, Missionnaires de l'Islam en Asie centrale. Les écoles turques de Fethullah Gülen », Archives de sciences sociales des religions, no 134,‎ , p. 147-299 (lire en ligne, consulté le 10 septembre 2015)  
  • Hélène Charton, « Penser la fabrique de l’école comme un objet politique », Politique africaine, vol. 3, no 139,‎ , p. 7-21 (DOI 10.3917/polaf.139.0007, lire en ligne, consulté le 29 juillet 2016)  
  • Gabrielle Angey-Sentuc, « Le mouvement musulman turc de Fethullah Gülen en Afrique subsaharienne : faire l’école au transnational », Politique africaine, vol. 3, no 139,‎ , p. 23-42 (DOI 10.3917/polaf.139.0023, lire en ligne, consulté le 29 juillet 2016)  
  • Bayram Balci, « Le hizmet de Fethullah Gülen. Quelle place dans l’islam en France et en Europe ? », Études, vol. 6,‎ , p. 19-31 (lire en ligne, consulté le 29 juillet 2016)  

Articles connexesModifier