Mort de Wissam El-Yamni

Mort de Wissam el-Yamni
Type Violences policières
Pays Drapeau de la France France
Localisation Clermont-Ferrand
Coordonnées 45° 48′ 00″ nord, 3° 06′ 47″ est
Date
Bilan
Morts 1

Géolocalisation sur la carte : France
(Voir situation sur carte : France)
Mort de Wissam el-Yamni

Wissam El-Yamni, âgé de 30 ans, meurt après avoir passé 9 jours dans le coma, suite à son arrestation violente, dans la nuit du au à Clermont-Ferrand. En 2021, l'enquête est toujours ouverte, et se dirige vers un non-lieu.

CirconstancesModifier

Le vers 3 h du matin, les policiers arrivent sur le parking du centre commercial de la Gauthière à Clermont-Ferrand, après qu'ils ont reçu un faux appel au secours depuis le portable de Wissam el-Yamni[1]. Là, ils trouvent une dizaine d'amis éméchés[2]. Wissam lance une pierre sur une des voitures de police et s’enfuit. Les policiers le maîtrisent avec difficulté, l’un d’eux lui met un coup de poing au visage. Ils décrivent une scène de menottage au sol musclé. Ils disent être les seuls policiers à ce moment-là. Des témoins parlent de tabassage[3],[4].

À son arrivée au commissariat, Wissam El-Yamni ne peut pas sortir seul de la voiture. Un policier explique qu'« il faisait semblant de dormir », un autre qu'il « refusait » de sortir du véhicule. L’officier de police judiciaire de permanence du commissariat s’inquiète et appelle les secours, qui ne peuvent le réanimer[3]. Il reste dans le coma jusqu'à sa mort, déclarée le 9 janvier[5],[6].

Les médecins de l'hôpital constatent plusieurs fractures. Des photos témoignent de nombreuses ecchymoses[3].

Le corps, restitué à la famille plus de six mois plus tard en raison de la contre-autopsie réclamée par l'avocat de la famille[7], est inhumé au Maroc[8].

L'affaire provoque plusieurs nuits de tensions dans les rues de Clermont-Ferrand[7],[8]. Le 14 janvier, 10 000 personnes défilent pour rendre hommage au défunt[9].

Suites judiciairesModifier

Le procureur de la République Gérard Davergne ouvre le une information judiciaire pour « violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique »[9]. Le motif des poursuites est ensuite requalifié en « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner »[réf. nécessaire].

Début 2012, le Défenseur des droits Dominique Baudis s'auto-saisit de l'affaire[4], mais ne pourra pas avoir accès aux enregistrements des échanges radio de la police cette nuit-là « malgré de nombreuses relances »[1].

Fin janvier 2012, un rapport de l’IGPN conclut au décès par pratique du « pliage »[10]. Un pré-rapport d’autopsie exclut que le décès soit lié à l’alcool ou à la drogue, et pointe une possible mort par compression de la carotide; l’un des policiers affirme avoir maintenu le jeune homme « plié » pendant le transport vers le commissariat[4],[1]. Une contre expertise contestée par la famille de la victime exclut cette hypothèse et exonère les policiers: elle conclut à une mort par arrêt cardiaque, concluant à un probable malaise cardiaque, dans un contexte de stress et suite à la prise de cocaïne[4].

L’enquête préliminaire permet d'identifier au moins neuf véhicules de police[4] et huit policiers présents au moment de l'arrestation, mais seuls trois équipages seront interrogés[3]. Un an après le décès, les deux policiers visés n’ont pas été mis en examen, ni même entendus[3],[4].

En avril 2013, le rapport de contre-autopsie communiqué par le parquet retient l'hypothèse d'un décès sous l’effet d’un « cocktail toxique », un mélange d'alcool et de cocaïne[11]. Des expertises privées commandées par la famille, rendues en 2013 et 2016 par le chef du service cardiologie du CHU de Clermont-Ferrand et un expert en toxicologie de Strasbourg excluent la thèse du mélange drogue-alcool[1].

En février 2014[réf. nécessaire], l’ordinateur devant être analysé pour la datation des photos prises le 1er janvier au dossier devient inutilisable car il a été formaté[12].

En 2014 deux policiers sont mis en examen pour « coups mortels »[8],[13]. Ces mises en examen sont annulées en septembre 2015 par manque d'« indices graves ou concordants », et les policiers sont placés sous le statut de témoins assistés[1].

En avril 2017, la chambre d’instruction demande à la juge d’instruction de réétudier les causes médicales de la mort. Elle note que l'expertise de 2015 a procédé « plus par affirmation que par démonstration scientifique ». L'expertise présentée en janvier 2019 conclut que c’est « l’intervention d’un tiers, combinée à une consommation importante d’alcool » qui est le « facteur déclenchant » du malaise fatal[1].

En 2020, les trois témoins présents dans le commissariat n'ont toujours pas été auditionnés par la juge[14],[15]. Mercredi 15 juillet, la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Riom rejette la demande de cette audition faite par la famille du défunt, mais accepte que les policiers soient auditionnés à nouveau, en présence des avocats de la famille[16]. Six mois plus tard, cette audition n’a pas eu lieu[12]. La famille de la victime porte plainte pour « falsification d’expertise », visant le médecin légiste du CHU de Poitiers qui a réalisé l’expertise versée au dossier en 2013[12].

RéférencesModifier

  1. a b c d e et f Aurélie Collas, « « On attend de nous qu’on se taise » : le combat d’une famille pour la vérité sur la mort de Wissam El-Yamni des suites de son interpellation », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 10 janvier 2021)
  2. « Info Obs. Clermont-Ferrand : la vidéo des dernières heures de Wissam El-Yamni », sur L'Obs, (consulté le 10 janvier 2021)
  3. a b c d et e Alice Géraud, « Un an après le décès suspect de Wissam el-Yamni, la famille en quête de vérité », sur Libération, (consulté le 10 janvier 2021)
  4. a b c d e et f Louise Fessard, « Un an après la mort de Wissam El Yamni, une enquête à reculons », sur Mediapart, (consulté le 10 janvier 2021)
  5. « A Clermont-Ferrand, l'homme dans le coma à la suite de son interpellation est mort », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 10 janvier 2021)
  6. « Clermont-Ferrand : une vidéo montre Wissam El-Yamini peu avant son interpellation », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 10 janvier 2021)
  7. a et b « Mort après une interpellation à Clermont-Ferrand : le corps de Wissam El-Yamni rendu à la famille six mois après », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 10 janvier 2021)
  8. a b et c « Décès après une interpellation à Clermont-Ferrand : un policier mis en examen », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 10 janvier 2021)
  9. a et b « Deux policiers de Clermont-Ferrand mis en cause après une interpellation violente », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 10 janvier 2021)
  10. « Une méthode de contention interdite a pu provoquer la mort de Wissam El-Yamni », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 10 janvier 2021)
  11. AFP, « Affaire Wissam El-Yamni : sa mort serait due à un «cocktail toxique» », sur Libération, (consulté le 10 janvier 2021)
  12. a b et c Camille Polloni, « Neuf ans après la mort de Wissam el-Yamni, ses proches réclament toujours justice », sur Mediapart, (consulté le 10 janvier 2021)
  13. « Un deuxième policier mis en examen dans l'affaire Wissam El-Yamni », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 10 janvier 2021)
  14. « La famille de Wissam El-Yamni, mort après son interpellation, réclame de poursuivre l'enquête », sur Le HuffPost, (consulté le 10 janvier 2021)
  15. Rozenn Le Carboulec et Nnoman Cadoret, « Quand on disait que la police a assassiné Wissam, on nous riait au nez », sur StreetPress, (consulté le 10 janvier 2021)
  16. « Affaire Wissam El-Yamni : « L’instruction redémarre » à Clermont-Ferrand », sur France 3 Auvergne-Rhône-Alpes, (consulté le 10 janvier 2021)

Articles connexesModifier