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Mort d'Alexis de Villeneuve
Buste d'Alexis de Villeneuve dans l'avenue de la Victoire, à proximité immédiate du site où il a été abattu.
Buste d'Alexis de Villeneuve dans l'avenue de la Victoire, à proximité immédiate du site où il a été abattu.

Pays Drapeau de la France France
Date

L'homme politique français Alexis de Villeneuve a été tué par balle le dans le centre-ville de Saint-Denis de La Réunion, le chef-lieu de ce département d'outre-mer de l'océan Indien. Il s'agit d'un événement majeur de l'histoire de La Réunion puisque la mort brutale du politicien du Mouvement républicain populaire ouvre une longue période de tensions politiques, ainsi qu'une controverse toujours en cours quant à l'identité du tueur.

Sommaire

PrémicesModifier

En mai 1946, se tient la campagne électorale concernant les élections législatives qui doivent renouveler l'assemblée constituante de 1945. Le candidat sortant, Raymond Vergès, maire de Saint-Denis, du Comité républicain d'action démocratique et sociale (CRADS), haut membre du Parti communiste français, est opposé à Alexis de Villeneuve, maire et conseiller général de Saint-Benoît, du Mouvement républicain populaire (gaulliste)[1].

Le contexte politique se tend rapidement sur l'île : le 24 mai, Marcel Vauthier, allié de De Villeneuve, échappe à un attentat. Un ancien gendarme lui tire dessus, mais son arme s'enraye. Le gouverneur de l'île André Capagorry décide de convoquer le 25 mai les différents candidats afin de calmer les esprits ; en début d'après-midi, ceux-ci s'engagent à ne plus troubler les rassemblements concurrents[1],[2].

DéroulementModifier

Suite à cette réunion, Alexis de Villeneuve participe à un meeting électoral près de la cathédrale de Saint-Denis, dans une rue qui portera plus tard son nom, qui commence à 16h30. Il est accompagné de Vauthier, de Jean Chatel (ancien maire de Saint-Denis). Dès leur arrivée sur la place de la cathédrale, une contre-manifestation menée par Paul Vergès, fils de Raymond, Roger Bourdageau et Émile Quessoy, et comprenant principalement des employées municipales, déclenche un fort tintamarre et perturbe fortement le rassemblement électoral. De Villeneuve demande aux forces de l'ordre, présentes sur place, d'éloigner ses opposants, qui entendent l'empêcher de parler[2]. Dans la bagarre qui s'ensuit entre les manifestants communistes et les partisans gaullistes, de Villeneuve est blessé mortellement de plusieurs balles[1]. Il meurt peu après.

Les policiers arrêtent rapidement un fugitif, Raymond Orre, qui a sur lui un pistolet automatique. Les responsables de la contre-manifestation sont eux arrêtés dans la soirée, les témoins directs les désignant comme auteurs ou complices des coups de feu. L'enquête montre rapidement que l'arme retrouvée sur Orre est enregistrée au nom de Raymond Vergès[2].

Conséquences et procèsModifier

Le gouverneur décide de la dissolution du conseil municipal de Saint-Denis et du report des élections législatives[3]. Il conseille également de faire juger les suspects en métropole, afin d'éviter les débordements. Raymond Vergès utilise également ses appuis pour faire dépayser le procès : le parti communiste, et peut-être le Grand Orient de France influencent tous deux la décision du conseil des ministres sur ce point[2].

Maurice Kriegel-Valrimont, dans L'Humanité, présente le meurtre comme une provocation émanant du gouverneur, et surtout de son secrétaire général, Jean Rivière, qui a servi l'État français au Cameroun[4].

Paul Vergès, Roger Bourdageau et Raymond Orre sont donc transférés en métropole, et jugés aux assises de Lyon en juillet 1947. Selon le chroniqueur judiciaire du Méridional, de Villeneuve a été tué à bout portant, soit directement par Paul Vergès, soit par Orre et Bourdageau. Les témoins les pointent tous les trois comme ayant eu l'arme en main[5]. Le jugement a lieu le 23 juillet 1947 : Paul Vergès est reconnu coupable d'avoir « volontairement porté des coups et fait des blessures au Sieur de Villeneuve […] sans intention de donner la mort » avec circonstances atténuantes ; Roger Bourdageau est reconnu coupable de coups et blessures sur la personne de Charles Séverin[2].

Paul Vergès est condamné à 5 ans de prison avec sursis ; il est ensuite gracié par la loi d'amnistie du 6 août 1953[6],[2].

Suites politiquesModifier

Concernant Raymond Vergès, la mort de De Villeneuve lui coûte aussi bien son siège de député[7], conquis en juin par Marcel Vauthier, que son siège de maire de Saint-Denis, remporté lui en juillet par Jean Chatel. Raymond Vergès récupère toutefois son siège de député aux élections de novembre de la même année[3].

Quant à Paul Vergès, il est élu aux élections législatives de 1956 en tant que député de La Réunion, succédant ainsi à son père qui prend sa retraite politique.

Une rumeur fait également porter la responsabilité des tirs sur Jacques Vergès, frère jumeau de Paul[8].

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

  1. a b et c David Noual et Alban Noyer, « Éthique du politique, ou de la politique », dans Nathalie Bordeaux et David Xavier-Weiss (directeurs de publication), Politique et éthique : regards croisés, Bart & Jones Publishers, , 210 p. (ISBN 9781514816394, lire en ligne), p. 148-149
  2. a b c d e et f Jacques Tillier, Une plume libre : De Mesrine à Sarkozy, souvenirs d’un journaliste pas comme les autres, Pygmalion, coll. « Documents et témoignages », , 422 p. (ISBN 9782756409757, lire en ligne)
  3. a et b « Raymond Vergès », sur Assemblée Nationale (consulté le 13 novembre 2016)
  4. Maurice Kriegel-Valrimont, « Mort d'Alexis de Villeneuve », L'Humanité,‎ , cité dans Mathias Bernard, « Inégibilité et incidents au lendemain de la Seconde Guerre mondiale », dans Philippe Bourdin, Jean-Claude Caron & Mathias Bernard, L'incident électoral : de la Révolution française à la Ve République, Presses Universitaires Blaise Pascal, coll. « Histoires croisées », , 330 p. (ISBN 9782845162082, lire en ligne), p. 268.
  5. Maurice Thiard, Le Méridional, 18 juillet 1947, cité dans Jacques Tillier, Une plume libre : De Mesrine à Sarkozy, souvenirs d’un journaliste pas comme les autres, Pygmalion, coll. « Documents et témoignages », , 422 p. (ISBN 9782756409757, lire en ligne)
  6. Hervé Schulz, « Le sénateur Paul Vergès, figure politique de La Réunion, meurt à 91 ans », Le Monde,‎ (lire en ligne).
  7. L'Année politique, , p. 143, cité dans Mathias Bernard, « Inégibilité et incidents au lendemain de la Seconde Guerre mondiale », dans Philippe Bourdin, Jean-Claude Caron & Mathias Bernard, L'incident électoral : de la Révolution française à la Ve République, Presses Universitaires Blaise Pascal, coll. « Histoires croisées », , 330 p. (ISBN 9782845162082, lire en ligne), p. 268 :

    « Au cours d'une réunion électorale, le candidat MRP Alexis de Villeneuve est assassiné par des hommes présentés comme des proches du député-maire de Saint-Denis, candidat communiste, Paul [sic] Vergès : son Conseil municipal est dissous et son fils est arrêté. »

  8. Ian Hamel, « L'autre secret de Jacques Vergès », Le Point,‎ (lire en ligne).