Morgoth

personnage du légendaire de Tolkien

Morgoth
Personnage de fiction apparaissant dans
le légendaire de Tolkien.

Représentation de Morgoth coiffé de sa couronne de fer, sertie des trois Silmarils dérobés à Fëanor.
Représentation de Morgoth coiffé de sa couronne de fer, sertie des trois Silmarils dérobés à Fëanor.

Alias Melkor
(véritable identité ; ancien nom)
Morgoth Bauglir, Belegurth, Moringotto
Naissance Dans le Vide d'avant la création d' (l'univers) par Eru
Origine Arda
Sexe Masculin
Espèce Ainur
Activité Despote, conquérant
Arme favorite Masse d’arme, lance
Adresse mobile (dans le Vide puis sur Arda) ; pendant un temps à Valinor (emprisonné), puis dans ses forteresses d'Utumno et Angband (Beleriand, Terre du Milieu)
Famille Eru Ilúvatar (créateur), les Valar (« frères » et « sœurs »)
Affiliation Ancien membre des Valar
Entourage Sauron, les orques, les balrogs, les dragons (serviteurs) ; Ungoliant (ancienne partenaire)
Ennemi de les Valar (notamment Manwë et Tulkas), les Elfes et les Edain (Hommes) du Premier Âge de la Terre du Milieu

Créé par J. R. R. Tolkien
Romans Le Silmarillion
Le Seigneur des anneaux
Histoire de la Terre du Milieu
Les Enfants de Húrin
Beren et Lúthien
Première apparition Le Silmarillion

Morgoth, à l'origine Melkor, est un personnage de fiction appartenant au légendaire (legendarium) de l'écrivain J. R. R. Tolkien. Principal antagoniste du livre Le Silmarillion, le personnage apparaît également dans l'histoire Les Enfants de Húrin et est brièvement mentionné dans la trilogie Le Seigneur des anneaux.

À l'origine, Melkor faisait partie des Ainur, un groupe d'entités créé par Eru Ilúvatar au début des temps. Après la création du monde d'Arda (par Ilúvatar, à la suite de celle de l'univers visible, ), Melkor fait partie des Valar, les Puissances d'Arda qui modèlent le monde selon la vision qu'ils ont reçus d'Ilúvatar.

Frère du Vala Manwë, Melkor était alors le plus puissant des quinze Valar entrés en Arda. Mais, prenant son indépendance, il se tourne vers le mal, voulant la domination d'Arda pour lui seul et par jalousie envers ses frères Valar. Il fonde alors la forteresse d'Utumno et détruit les Lampes des Valar, qui éclairaient le monde à cette époque.

Après avoir été capturé par les autres Valar, Melkor est emprisonné à Valinor. Par la suite, il y dérobe les joyaux fabuleux nommés les Silmarils ; il est alors surnommé Morgoth Bauglir (le « Noir ennemi du monde ») par Fëanor, le créateur des joyaux qui jure de se venger. Morgoth retourne ensuite en Terre du Milieu et y reprend la tête de son empire au nord du Beleriand, régnant caché dans sa deuxième forteresse d'Angband. Des siècles plus tard, après maintes guerres avec les Elfes et alors qu'il domine cruellement la Terre du Milieu, il est de nouveau capturé par les Valar à l'issue de la Guerre de la Grande Colère, avant d'être finalement banni hors d'Arda par ceux-ci.

Principal agent du mal à l'époque du Premier Âge de la Terre du Milieu (comme raconté dans Le Silmarillion), l'influence de Morgoth demeurera sur Arda bien des siècles après en avoir été chassé, notamment grâce aux actions de l'un de ses principaux serviteurs, Sauron, un Maia que Morgoth avait corrompu et qui poursuivra son œuvre.

Morgoth représente l'archétype du despotisme et de l'avidité, la jalousie, l'orgueil, la colère et l'image de la destruction de soi et d'autrui.

Étymologie et autres noms modifier

Dans le premier chapitre du Silmarillion, l’« Ainulindalë », le personnage s'appelle Melkor ce qui signifie en quenya[a] « le puissant qui se dresse ». En sindarin, le nom devait être Belegûr mais fut employé sous une forme volontairement détournée, « Belegurth », signifiant « grande mort »[1].

« Morgoth Bauglir » provient du sindarin et signifie le « Noir ennemi ». Il est composé de mor, qui se traduit par « noir », et koth, « querelle, inimitié ». Le terme « bauglir », lui-aussi en sindarin, signifie « tyran » ou « oppresseur »[2]. Il est aussi nommé « Moringotto » (en quenya), le « Noir ennemi du monde ».

Pendant le Premier Âge de la Terre du Milieu, Melkor est surnommé Morgoth après avoir détruit les Arbres du Valinor, assassiné le roi elfe Finwë et volé les Silmarils de Fëanor. Ce nom lui est attribué par Fëanor (fils de Finwë), et est par la suite utilisé par tous les elfes, ceux-ci ne le nommant plus que sous ce terme.

Comme Sauron, Morgoth avait une foule d'autres titres : le Seigneur des ténèbres, la Puissance sombre du Nord, le Grand ennemi et le Tout-puissant[réf. souhaitée]. Les Edain l'appelaient le « Roi des ténèbres » et la « Puissance des ténèbres ». Les númenóréens, corrompus par Sauron, l'appelaient le « Seigneur de tout » et le « Dispensateur de liberté »[3].

Biographie du personnage modifier

Origines modifier

Comme tous les autres Ainur, Melkor a été conçu par la pensée d'Eru Ilúvatar, avant que ce dernier crée à partir du Vide , l'univers visible, puis Arda, le monde matériel où sera plus tard la Terre du Milieu.

Membre des Valar (ceux des Ainur qui descendirent sur Arda), Melkor est le plus puissant et, dans la pensée d'Ilúvatar, le frère de Manwë. Mais, contrairement à ses frères Valar, Melkor était trop orgueilleux pour n'être qu'un simple vassal d'Eru, et pour admettre que ses créations n'ont été rendues possibles que grâce à lui, Melkor désirant créer de lui-même des choses originales et les posséder, ainsi que tout le travail des autres Valar.

Avant l’Ainulindalë (la création du monde) et, en méconnaissant le dessein final d’Ilúvatar, Melkor parcourut fréquemment le Vide à la recherche de la Flamme impérissable d'Eru (un concept qui symbolise la vie), puisqu'il désirait donner naissance à ses propres créations[4].

Pendant l’Ainulindalë modifier

Lors de la création d'univers matériel (, racontée dans le chapitre de l’Ainulindalë du Silmarillion), Melkor était le plus puissant des Ainur. Comme tous les autres de son espèce, il participa à la Grande Musique (la création conceptuelle d'Eä) mais, à mesure que la chanson avançait, Melkor commença à y inclure des modifications personnelles, ce qui altéra la Grande Musique et amena des discordances dans le thème principal, tel qu'Eru l'avait conçu.

Cependant, ces modifications ne bouleversèrent pas véritablement la Grande Musique, mais modifièrent seulement les intentions initiales d'Eru, la Grande Musique prenant alors plus de profondeur et de beauté (précisément à cause des discordances apportées par Melkor, et grâce aux rectifications faites ensuite par Eru).

La Grande Musique était en fait un modèle de pensée pour la création matérielle de l'univers visible, et par voie de conséquence du monde de la Terre du Milieu, la planète Arda. D'abord chantés, l'univers puis Arda furent créés grâce à la Grande Musique, mais la corruption de Melkor y fut visible, au même titre que tout ce qui avait été pensé et chanté par les Ainur.

Après la création de l'univers, de nombreux Ainur allèrent sur Arda. Les plus puissants d'entre eux étaient les Valar (les Puissances d'Arda), accompagnés d'autres entités, des esprits de moindre puissance (qui agissaient comme partisans et adjoints), les Maiar. Melkor fut le premier à entrer en Arda.

Pendant que les Valar et leurs suivants œuvraient à façonner Arda, Melkor et ses alliés se mirent à défaire ou à ruiner leurs travaux : voulant en effet régner seul sur Arda tout entière, de manière égoïste, Melkor détruisait tout ce qui n'était pas de sa propre création. Il refusa même de prêter allégeance à Manwë, le premier des Rois, Seigneur du royaume d'Arda et de tous ses habitants (Manwë était le plus cher des Valar au cœur d'Eru, car celui-ci comprenait le mieux ses intentions).

Sur Arda, les Valar et les Valier (les femmes Valar) étaient tous attirés par un aspect particulier du monde, qui devint le centre de leurs pouvoirs (les airs pour Manwë, l'océan pour Ossë, la terre et les minéraux pour Aulë, la nature et tout ce qui y pousse pour Yavanna, les cieux étoilés pour Vardaetc.). Melkor, pour sa part, élabora toutes les choses extrêmes et violentes comme les grands froids, la canicule, les tremblements de terre, les ténèbres et le feu brûlant. Il entreprit également de corrompre certains des Maiar, comme Sauron (qui, à l'origine, était un suivant d'Aulë) ou encore les Balrogs (des esprits du feu). Son pouvoir était si grand que les Valar étaient incapables de le retenir.

Durant le Quenta Silmarillion modifier

Lors du Quenta Silmarillion (le récit de l'« Histoire des Silmarils », en quenya), dans les temps anciens (durant les Années des Lampes), la planète Arda, du fait des attaques et changements incessants causés par Melkor sur les travaux des autres Valar, ne semble jamais pouvoir se réaliser sous une forme stable, jusqu'au jour où le Vala Tulkas, arrivant du monde d'en dehors, entre en Arda et fait pencher la balance. Pourchassé par Tulkas, Melkor, effrayé par sa puissance, se retire hors d'Arda et attend le moment propice pour revenir (il attendra près de 2000 ans).

 
Le monde d'Arda dans les temps anciens était éclairé par les Lampes des Valar, jusqu'à ce que Melkor les attaque et les détruise, entraînant dans le même temps la destruction de l'île d'Almaren, au centre[5].

Un jour, au cours d'une fête des Valar décidée par Manwë pour honorer leurs travaux sur Arda, notamment la fin de la construction des deux lampes Illuin et Ormal (les deux immenses lampes des Valar qui éclairent le monde, juchées sur des piliers plus hauts que les montagnes, les lampes étant à cette époque les deux seules sources de lumière), Melkor profite de l'assoupissement de Tulkas lors de la fête et retourne incognito dans le nord d'Arda. Les Valar, qui à cette époque habitent sur l’île d'Almaren, sur le grand lac au centre du monde, ne perçoivent pas son retour.

Caché par la faible lumière de la lampe Illuin, Melkor construit secrètement dans les montagnes du nord (les Monts de fer) deux puissantes forteresses à l'insu des Valar : Utumno et Angband. Après une cinquantaine d’années, il attaque les deux lampes et les détruit, plongeant Arda dans l'obscurité. À la suite de la chute des lampes, les terres d'Arda sont de nouveau profondément modifiées.

 
Valinor (à gauche, avec sa capitale Valimar) dans le pays d'Aman au cours des Années des Arbres, éclairée par les deux Arbres de Valinor.

L'île d'Almaren ayant été détruite à la suite de la chute des Lampes, les Valar décident de quitter le centre du monde et se réfugient dans la région d'Aman, à l'extrême-ouest d'Arda, qu'il modifient et fortifient (en élevant la chaîne montagneuse des Pelóri, les plus hautes montagnes du monde), fondant le pays de Valinor et sa cité de Valimar. Peu après, ils créent les deux Arbres de Valinor, Telperion le Blanc et Laurelin le Doré, leur lumière permettant d’éclairer le pays d'Aman. Pendant ce temps, Melkor se cache dans sa forteresse d'Utumno et, de là, domine la Terre du Milieu avec ses créatures maléfiques, sans que les autres Valar ne puissent l'arrêter.

Plus tard (au cours des Années des Arbres), arrivent en Terre du Milieu les Premiers-Nés, les Elfes, les aînés des Enfants d'Ilúvatar. S'éveillant au bord du lac Cuiviénen, les elfes sont découverts par les Valar (en premier lieu par Oromë) qui les instruisent, et un grand nombre d’entre eux les suivent ensuite vers l’ouest, à Valinor au Pays d'Aman, où ils s'établissent en Eldamar.

Dans le compte rendu publié dans Le Silmarillion, il est dit que Melkor a capturé un certain nombre d'elfes avant d'être attaqué par les Valar. Melkor les aurait torturés et corrompus afin de créer les premiers Orques de la Terre du Milieu[6]. Mais, dans une autre version de l'histoire (écrite avant la publication du Silmarillion), les orques sont évoqués comme le résultat de la corruption des Hommes, ou encore comme des êtres sans âme, uniquement animés par la volonté maléfique de leur seigneur[7]. Melkor créa aussi des dragons, dont le premier et le plus puissant était Glaurung, et les Balrogs, des esprits du feu (des Maiar) corrompus par le mal.

À la suite des attaques répétées de Melkor contre les elfes de la Terre du Milieu, et à cause de sa domination malfaisante du pays, les Valar, incités en ce sens par Yavanna[b] décident d'agir et de partir en guerre contre lui. Les Valar attaquent alors et détruisent Utumno, puis capturent Melkor, terré au fond de sa forteresse, quand celui-ci leur demande grâce. Attaché à une chaîne forgée spécialement pour lui, nommée Angainor, Melkor est conduit ensuite à Valinor pour y être jugé. Il est condamné à rester en captivité dans les cavernes du Vala Mandos pendant trois siècles.

Après avoir purgé son temps de captivité, Melkor est libéré par les Valar quand ceux-ci estiment qu'il s'est amendé, le Vala déchu leur donnant de faux gages de sa sincérité[8] et affichant une humilité et une vertu nouvelles. Mais cette captivité en réalité n'a fait qu’accroître sa rage et son désir de régner sur Arda, et sa volonté de détruire ce qu'il ne peut posséder.

Dans un premier temps, Melkor séjourne à Valinor auprès des autres Valar et des Elfes, adoptant une apparence avenante et respectable tout en diffusant dans le même temps des idées perfides, par de sournoises insinuations, auprès des elfes du pays d'Aman. Il enseigne également beaucoup de son ancien et profond savoir, en particulier aux elfes Ñoldor, ces derniers devenant (grâce à lui, selon Melkor) les plus grands forgerons d'Arda, à l'image de Fëanor. Par la suite, Fëanor crée les Silmarils, des joyaux merveilleux émettant une lumière identique à celle projetée par les Arbres de Valinor, et dont tous sont émerveillés, à l’instar des Valar qui bénissent les joyaux[8].

Fier de sa création, mais d'un caractère avare et suspicieux, Fëanor dépose les Silmarils en sûreté au sein de son trésor dans sa forteresse de Formenos, au nord du pays d'Aman. Mais ces créations sont convoités par Melkor, qui est envieux de Fëanor et de ses œuvres. Cherchant depuis longtemps à corrompre ce prince des Elfes pour le rallier à lui, le rusé Fëanor s'en méfie. Malgré tout, après avoir écouté les mensonges trompeurs de Melkor, Fëanor s'en prend à son demi-frère Fingolfin, qu'il menace de mort quand il soupçonne celui-ci de chercher à l'évincer auprès de leur père Finwë. Jugé par les Valar, Fëanor est exilé de Tirion (la cité des Ñoldor à Valinor), condamné à rester reclus à Formenos pendant douze ans ; mais, à cette occasion, les machinations de Melkor envers les habitants de Valinor sont découvertes. Les Valar décident de capturer Melkor, mais celui-ci se cache et s'enfuit de Valinor.

Melkor est alors vu partir vers le nord d'Aman, en direction la Terre du Milieu, mais change brusquement de direction et se dirige clandestinement au sud du pays, dans la région d'Avathar (au sud d'Eldamar), une région désolée et inhabitée. Il y retrouve l'araignée géante Ungoliant (une créature originaire du Vide extérieur comme lui, et l'une des premières qu'il ait corrompue) qui se cachait dans un ravin obscur loin au sud du Mont Taniquetil. Lui parlant de ses plans, Melkor l'entraîne avec lui à Valinor, désirant son aide pour se venger des Valar. L'araignée tisse alors pour eux deux un manteau de toile obscure afin de cacher leur déplacement, et aide Melkor à traverser les montagnes pour rejoindre Valinor. Profitant du fait que les habitants du pays d'Aman sont tous occupé par une grande fête, donnée en l'honneur d'Eru par Manwë au sommet du Taniquetil (auquel participe également Fëanor), personne ne les voit arriver à Valinor[9].

Melkor et Ungoliant arrivent bientôt en vue de la colline d'Ezellohar où se trouvent Telperion et Laurelin, les deux Arbres de Valinor, qui sont alors sans protection. Melkor en profite et perce les deux arbres de sa lance de ténèbres, Ungoliant aspirant leur sève avant de les empoisonner de son venin, ce qui dessèche les deux arbres jusqu’à la racine et les tue tous les deux. Immédiatement après, Ungoliant aspire le contenu des citernes (qui collectaient la lumière des deux arbres), ce qui la fait augmenter de taille à vue d’œil, sous le regard de Melkor qui prend peur[9].

Dans le chaos qui suit la mort des deux arbres (le pays d'Aman, privé de leur lumière, sombre dans les ténèbres), les deux comparses se rendent à Formenos où ils tuent le roi Finwë (le père de Fëanor), volent les Silmarils et le trésor de Fëanor puis s'enfuient vers la Terre du Milieu. Mais, en chemin, les deux se disputent la possession des joyaux ; Melkor est alors attaqué par Ungoliant. Très vite, le Vala déchu qui a revêtu l'apparence d'un sinistre chevalier noir, a le dessous contre Ungoliant qui a enflé jusqu’à acquérir une taille énorme. Melkor est cependant secouru par ses Balrogs (cachés dans les profondeurs d'Angband, que les Valar avaient omis de fouiller complètement) quand ceux-ci accourent à son terrible appel, finissant par chasser Ungoliant à coups de leurs fouets enflammés[9].

À la suite du vol des Simarils, Melkor est définitivement surnommé « Morgoth » par Fëanor et, par la suite, les Eldar le nomment tous uniquement par ce nom.

Retourné en Terre du Milieu, Morgoth reprend sa domination du Beleriand à partir d'Angband, sa deuxième forteresse qu'il reconstruit et sur laquelle il élève les trois pics volcaniques du Thangorodrim. Il sertit les Silmarils volés à Fëanor sur sa couronne de fer, qu'il porte en tout temps, comme le symbole de son titre de Roi de la Terre que Morgoth revendique, malgré le fait que ces joyaux (bénis par Varda) le brûlent cruellement aux mains.

Fëanor, bouillant de rage et du désir de se venger, emporte avec lui la plupart de ses parents Ñoldor pour poursuivre Morgoth en Terre du Milieu afin de recouvrer les Silmarils, provoquant le massacre d'Alqualondë (le massacre fratricide des Teleri par les Ñoldor, pour prendre leurs bateaux) lors de leur départ d'Aman, ce qui leur vaudra la malédiction de Mandos et le rejet des Valar, qui ne les aideront pas lors de leur guerres contre Morgoth en Terre du Milieu.

Au Premier Âge modifier

 
Carte du Beleriand à l'époque du Premier Âge.

Lorsque les elfes Ñoldor arrivent au Beleriand, une région au nord-ouest de la Terre du Milieu proche d'Angband, ils établissent des royaumes tout autour de la forteresse de Morgoth et en font le siège. Cependant Fëanor ne pourra pas mener à bien sa vengeance ; il meurt peu de temps après son arrivée en Terre du Milieu, quand il est pris au piège alors qu'il poursuivait les troupes de Morgoth jusqu'à sa forteresse, les Balrogs surgissant d'Angband pour le tuer.

Peu de temps après, le Soleil et la Lune apparaissent pour la première fois dans le ciel d'Arda (créés par les Valar pour redonner espoir aux peuples de la Terre du Milieu, alors sous la domination de Morgoth) ; par la suite, survient l’avènement de la race des hommes avec leur éveil dans l'est de la Terre du Milieu, ce qui marque le début du Premier Âge des Hommes.

De grandes batailles ont alors lieu contre Morgoth, dont Dagor Aglareb (la « Bataille Glorieuse », remportée par les elfes) et plus tard Dagor Bragollach (la « Bataille de la Flamme Subite »), au cours de laquelle le long siège d'Angband des Ñoldor est brisé et nombre d'elfes meurent. Fou de rage, le seigneur-elfe Fingolfin, le roi des Ñoldor à l'époque, voyant que tout est perdu, défie Morgoth en combat singulier, allant jusqu’aux portes même d'Angband pour le forcer à l'affronter. Bien que Morgoth remporte ce duel et tue Fingolfin, ce dernier parviendra à le blesser par sept fois, les plaies causés son épée, Ringil, ne se refermant pas ou difficilement, ce qui fera souffrir Morgoth perpétuellement.

Par la suite, Morgoth restera terré dans sa forteresse d'Angband, déléguant la conduite de ses guerres à ses serviteurs, notamment à Sauron, un Maia déchu qu'il a corrompu et prit à son service.

Dans les siècles qui suivent, les batailles se succèdent, achevant de diminuer la force des seigneurs Ñoldor en Terre du Milieu, malgré l'aide du peuple des Edain (les trois maisons des Hommes, amies des elfes).

 
Nírnaeth Arnoediad, la cinquième bataille entre les elfes et Morgoth, aussi appelée la « Bataille des Larmes Innombrables ».

Des siècles plus tard, Beren Erchamion, un homme de la Maison de Bëor accompagné de l'elfe Lúthien Tinúviel (la fille du roi Thingol de Doriath, et de la Maia Melian), entrent dans Angband et récupèrent un des trois Silmarils de la couronne de Morgoth, accomplissant cet exploit grâce au chant ensorceleur de Lúthien, qui parvient à endormir le Vala déchu. Le Silmaril est par la suite serti sur le Nauglamír, le collier des Nains, qui sera plus tard hérité par leur petite-fille, Elwing.

Lors de la bataille de Nírnaeth Arnoediad (la « bataille des Larmes Innombrables »), les armées Ñoldor alliées aux Edain sont mises en déroute par les forces de Morgoth alliées aux hommes orientaux, qu'il à rallié à lui après les avoir corrompus.

Morgoth effectue ensuite la destruction du royaume de Nargothrond (du seigneur elfe Finrod Felagund) et accomplit la chute de la cité cachée de Gondolin (du seigneur elfe Turgon, fils de Fingolfin). Le royaume de Doriath tombe lui aussi quand meurt le roi Thingol, tué par les Nains qui lui volent le Nauglamir, et quand les derniers fils de Fëanor attaquent son héritier, Dior, pour rependre le Silmaril. Elwing arrive tout de même à s'enfuir avec le joyau.

Morgoth s’empare de la quasi-totalité de la Terre du Milieu, ses orques et ses bêtes sauvages parcourant la contrée sans opposition réelle, en opprimant la population qui se cache. Le domaine des elfes est alors réduit à une île dans la baie de Balar où de nombreux réfugiés arrivent, et à une petite colonie en Arvernien, les deux étant sous la protection du seigneur des eaux, le Vala Ulmo, qui seul ne cessera jamais d'aider les elfes tout au long des siècles.

Défaite et bannissement hors d'Arda modifier

Enfin, le salut vient du semi-elfe Eärendil, fils de Tuor (fils de Huor des Edains) et d'Idril (fille de Turgon, le roi elfe de Gondolin).

Eärendil construit un bateau, le Vingilot et, le Silmaril au front (donné par sa femme Elwing, qui l'accompagne dans sa quête), parcourt les mers en cherchant à atteindre le royaume de Valinor, à cette époque caché à la vue des mortels de la Terre du Milieu, les Valar s'étant ainsi prémunis de toute attaque extérieure. Après une longue quête, Eärendil arrive au Pays béni et supplie les Valar, au nom des Enfants d'Ilúvatar (les elfes et les Edain) de les aider contre Morgoth qui les opprime en Terre du Milieu. Malgré le serment des Valar de ne pas aider les Ñoldor après le massacre d'Alqualondë et leur fuite du pays d'Aman, le Vala Manwë s'en émeut et, acceptant la supplique d'Eärendil, décide d'envoyer l'armée de Valinor combattre Morgoth.

C'est la guerre de la Grande Colère, qui dure près de quarante-deux ans et qui se conclut par la chute de Morgoth et de ses armées. Durant la guerre, le Beleriand et une grande partie du nord de la Terre du Milieu sont détruits et remodelés, de nombreuses terres basculant sous les eaux. Mais, à la fin, Morgoth est vaincu, ses armées sont anéanties et ses dragons sont presque tous détruits. La montagne du Thangorodrim tombe lorsque le plus grand des dragons de Morgoth, Ancalagon le noir, s'écrase au sommet, tué par Eärendil. Les quelques dragons survivants se dispersent ainsi que la poignée de Balrogs de Morgoth, qui tous vont se cacher dans les profondeurs de la Terre.

Vaincu, Morgoth se terre au fond de sa forteresse d'Angband jusqu'à ce que ses adversaires parviennent à le retrouver. Il leur demande derechef grâce mais, cette fois-ci, les Valar se montrent sans pitié. Après lui avoir coupé les pieds et l'avoir enchaîné de nouveau à Angainor, Morgorth est conduit à Valinor pour y être jugé. Il est ensuite banni « hors des Cercles du monde », expulsé d'Arda par les Valar. Toutefois, les germes de ses maléfices perdureront longtemps, notamment par l'entremise de son serviteur Sauron, ses dragons et ses Balrogs survivants.

Dans Les Enfants de Húrin modifier

Ce livre est une version plus complète que l'histoire résumée du Quenta Silmarillion. Húrin, avec son frère cadet Huor, sont les dirigeants de la Maison de Hador, une famille d'hommes qui règne sur la troisième et dernière Maison des Edain.

Lors de Nírnaeth Arnoediad, ils couvrent la fuite de Turgon à Gondolin par le sacrifice de leur armée. Huor est tué, mais Húrin est capturé vivant par Morgoth. Pour se venger de son aide apportée à Turgon, Morgoth maudit Húrin et ses enfants, enchaînant Húrin sur un siège placé sur le haut du Thangorodrim, le forçant à être témoin de la malédiction sur sa descendance lors des années à venir en lui octroyant sa vision.

Il y a peu d'informations sur Morgoth dans ce livre, sauf lors de la rencontre avec Húrin. Ce récit est plus détaillé que dans le Silmarillion et possède une meilleure narration que dans les Contes et Légendes inachevés. Il donne la première allusion à la corruption des hommes par Morgoth peu après leur réveil et l'affirmation de son pouvoir sur la Terre entière.

Apparence et caractéristiques modifier

 
Représentation de Morgoth avec sa couronne où brillent les trois Silmarils, par Álvaro Fernández González.

Initialement, les Ainur pouvant prendre n'importe quelle forme. Tolkien décrit la première forme de Melkor en ces termes :

« […] telle une montagne qui s'élève sur l'océan pour dresser sa tête au-dessus des nuages, couverte de glace et couronnée de flammes et de nuées, et dans les yeux de Melkor il y avait comme une flamme dont la chaleur foudroie, dont le froid est mortel[10]. »

Au moment où il détruisit les Deux Arbres et vola les Silmarils, Morgoth prit la forme d'un chevalier noir, gigantesque et terrifiant[11]. La diminution de son pouvoir détruisit sa capacité à changer de forme librement, et il devint lié à cette forme terrible.

Ses mains étaient brûlées par le vol des Silmarils et jamais elles ne purent guérir. Dans sa lutte contre Fingolfin, il souffrit de plusieurs blessures et son pied fut entaillé par Ringil, l'épée du seigneur elfe. Depuis ce jour, Morgoth ne marcha plus que sur un seul pied. À la fin de cette bataille, Thorondor, le plus grand des aigles de la Terre du Milieu, s'abattit sur lui et le marqua au visage de ses serres, d'une plaie qui ne guérit jamais.

Dans la bataille, Morgoth portait une armure noire et maniait une masse d'armes imposante, dénommée Grond, le « Marteau des Enfers »[c]. Morgoth a également utilisé une lance noire et, dans les premiers textes de Tolkien, une épée empoisonnée.

Serviteurs modifier

Parce que Morgoth était la créature la plus puissante d'Arda, nombreux furent ceux à se rallier à sa bannière. Les premiers serviteurs de Morgoth furent notamment :

Ungoliant, une araignée géante maléfique, aida Melkor à détruire les Deux Arbres puis attaqua son complice quand celui-ci refusa de lui céder les Silmarils. Affaibli en raison de l'octroi d'une partie de ses pouvoirs à Ungoliant, Melkor fut incapable de riposter mais parvint à s'échapper grâce à l'arrivée des Balrogs, alertés par le terrible cri poussé par leur maître[12].

Lorsque les hommes se réveillèrent, Morgoth ou ses serviteurs, indépendamment du texte consulté, quittèrent temporairement Angband pour vivre parmi eux. Certains hommes se prosternèrent devant lui et Ilúvatar fut banni de leurs cœurs.

Morgoth fut reconnu pour trahir ses propres serviteurs. Après que les Ñoldor furent vaincus, il confina tous les hommes à son service sur la terre de Hithlum, leur seule récompense provint du pillage des vieillards, femmes et enfants de ce pays, bien qu'ils se fussent battus pour gagner les terres plus riches du Beleriand[13]. Depuis, il ne put jamais dominer totalement les Hommes, il ne put jamais totalement leur faire confiance et se mit même à les craindre.

Conception et évolution modifier

Dans les premières versions, Melkor n'était pas vu comme le plus puissant des Ainur. Il est décrit comme ayant un pouvoir égal à celui de Manwë, le chef des Valar en Arda[14]. Son pouvoir fut augmenté dans les révisions ultérieures de l'histoire jusqu'à ce qu'il devienne le plus puissant des Ainur[15]. Puis, dans un essai tardif, il fut décrit comme étant plus puissant que tous les Valar combinés. Lors d'un texte hors concours, il écrivit qu'il était si puissant, qu'aucune créature ne pouvait le vaincre[16].

Au fil du temps, Tolkien modifia à la fois la conception de sa déchéance et son nom. Le nom donné par Fëanor, Morgoth, était présent dès les premières versions de l'histoire. Il fut pendant longtemps appelé Melko. Tolkien vacilla sur l'équivalent sindarin de ce nom, qui apparut en tant que Belcha, Melegor, et Moeleg. La signification de ce nom varie, à différents moments ce fut Milka, « vorace » ou velka « flamme »[17],[18]. De même, selon les traductions effectuées imaginées par Tolkien à partir du vieil anglais, son nom prend un sens différent. Melko fut Orgel « orgueil » et Morgoth fut Sweart-ós « dieu noir »[19]. Un nom lui donnant un intérêt particulier lui est donné, au début du Conte de Turambar, par Tinwelint, premier nom de Thingol. Il le nomme le « Vala du Fer »[20].

Une grande partie du texte publié dans Le Silmarillion fut écrit plus tôt, dans l’esquisse de la mythologie, reflétant ainsi l'ancienne conception du pouvoir de Morgoth. Dans d'autres sections, dont le projet de 1950 utilisé pour Ainulindalë, l'implication de son pouvoir envahissant est très clair. Bien que n'étant pas inclus dans la version publiée du Silmarillion, d'autres versions indiquent que Melkor échappera à la tutelle d'Eärendil et qu'il reviendra à la fin des temps. Dans la bataille finale, Melkor sera tué par Túrin avec sa célèbre épée noire, Gurthang.

Ses créations modifier

Dans les derniers écrits, une distinction est faite entre l'Ainu Melkor, le plus puissant des êtres créés par Eru, et Morgoth, diminutif de style signifiant le « Seigneur Noir d'Arda ». Cette distinction n'est pas seulement limitée au changement de son nom, « Le Puissant qui se Dresse », vers « Le Noir Ennemi ».

Comme décrit dans l’Ainulindalë et la Grande Musique des Ainur, Melkor entache la Grande Musique. Ses variations thématiques dans cette musique se limitaient à sa propre auto-élaboration. Chaque Ainur est né d'un thème divin, n'existant à l'avance que dans l'esprit d'Eru. , ou « le monde qui est », fut formé d'après cette musique. Ainsi, le mal que Melkor tisse dans la musique fut reflété en mal dans la création de la réalité. Par conséquent, le monde d'Arda fut « entaché » et les conceptions originales des Valar ne virent jamais le jour. L'essence même de Melkor fut présente dans toute la création[21].

L'incapacité de Melkor à accomplir la vraie création est liée à l'idée qu'une partie de son être doit passer dans les choses qu'il a créées, afin de leur donner une substance et une conformité avec la réalité. Melkor ne peut rien créer, car il ne possède pas la Flamme Impérissable, donc il peut seulement créer une parodie des créations d'Eru sur Arda. Le pouvoir de Melkor et son essence sont versés dans la création d'Arda. Son pouvoir fut ainsi diminué en conséquence. Il fut réduit à Morgoth, « le Noir Ennemi », poétiquement élaboré comme « l'ennemi du monde »[7].

Morgoth, l'être le plus puissant d'Eä, passa sa volonté à ses vastes armées et des partisans, de sorte que même après la guerre de la Grande Colère, alors que ses armées furent détruites, qu'il fut capturé par Eönwë et fut jeté au-delà des murs de la nuit, sa présence demeura dans la corruption omniprésente du monde[7].

Critique et analyse modifier

Adaptations modifier

Morgoth n'apparaît pas dans les adaptations cinématographiques du Seigneur des Anneaux (2001-2003) et du Hobbit (2012-2014) de Peter Jackson, mais son nom est cité à plusieurs reprises :

Dans la culture populaire modifier

Dans un DLC du jeu vidéo La Terre du Milieu : L'Ombre de la guerre, apparaît un capitaine Orc dénommé Ogg, alias « l'Arc de Morgoth ».

Notes et références modifier

Notes modifier

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Morgoth » (voir la liste des auteurs).
  1. Une langue fictive créée par J. R. R. Tolkien pour les elfes.
  2. Yavanna désespère que ses créations, conçues en Terre du Milieu, ne puissent jamais croître quand le temps sera venu, à cause des méfaits de Melkor.
  3. C'est cette apparence que reprendra plus tard Sauron durant ses propres guerres du Second Âge, dont le fameux siège de Barad-dûr où il perdit sa forme physique.

Références modifier

  1. Le Silmarillion, index des noms, p. 444.
  2. La Route perdue et autres textes, Étymologies, p. 365, 372, et 373.
  3. J.R.R. Tolkien, Le Silmarillion, Akallabêth
  4. J. R. R. Tolkien, Le Silmarillion, Ainulindalë
  5. Image basée sur le livre The Atlas of Middle-earth (en) de Karen Wynn Fonstad
  6. Le Silmarillion, chap. 3 : « La venue des elfes et la captivité de Melkor ».
  7. a b et c (en) Morgoth’s Ring.
  8. a et b Le Silmarillion, chap. 6 : « Fëanor et la libération de Melkor ».
  9. a b et c Le Silmarillion, chap. 8 : « Le crépuscule de Valinor »
  10. Le Silmarillion, Ainulindale, p. 23.
  11. Le Silmarillion, chap. 8 : « Le crépuscule de Valinor », p. 91.
  12. Le Silmarillion, chap. 9 : « La fuite de Ñoldor », p. 100.
  13. Le Silmarillion, chap. 20 : « La cinquième bataille : Nírnaeth Arnoediad », p. 258.
  14. La Route perdue et autres textes, Quenta Silmarillion, p. 206.
  15. La Route perdue et autres textes, Ainulindalë, p. 157, 164.
  16. (en) Morgoth’s Ring, p. 390–393.
  17. La Route perdue et autres textes, Étymologie, p. 373, racine « MIL-IK ».
  18. Le Livre des contes perdus, Appendice, p. 346, « Melko ».
  19. La Formation de la Terre du Milieu, p. 281–283.
  20. Le Second Livre des contes perdus, Turambar et le Foalókë, p. 103.
  21. Le Silmarillion, Ainulindalë, p. 15–22.

Bibliographie modifier