Mireille Havet

écrivaine française
Mireille Havet
Description de l'image Mireille Havet.jpg.
Naissance
Médan (Drapeau de la France France)
Décès (à 33 ans)
Crans-Montana (Drapeau de la Suisse Suisse)
Activité principale
Auteur
Langue d’écriture Français

Mireille Havet (de Soyécourt), née le à Médan (Yvelines), et morte le au sanatorium de Montana (Suisse), est une écrivaine française.

BiographieModifier

Mireille Havet est la fille du peintre Henri Havet (1862-1913) et de son épouse Léoncine Cornillier (?-1923), sœur de Pierre-Émile Cornillier. Elle est également la petite-fille du linguiste Alfred Havet (1827-1896). La sœur de Mireille, Christiane, qui avait pour parrain le peintre Adolphe Gumery[1], épousera le poète et critique littéraire Paul Aeschimann.

Dans sa jeunesse, elle vit à Auteuil et passe ses vacances au château de Ker Aulen, à Frossay[2], chez son grand-oncle Benjamin-Joseph Leroux et son épouse Marie-Adeline Goüin. Elle grandit dans une atmosphère intellectuelle et artistique tranquille, « faite d’aimable dilletantisme, de mondanités modestes, de pauvreté plus ou moins insouciante, adossée cependant au solide rempart de bonnes origines bourgeoises[2] ». Elle rencontre ainsi, entre autres, Paul Demény, Georges Izambard, et la femme de lettres Georges de Peyrebrune.

Après que sa famille a déménagé à Paris, en 1907, elle fréquente occasionnellement la Chartreuse de Neuville-sous-Montreuil, un foyer social et résidence d'artistes et d'intellectuels[3]. Son père, neurasthénique, meurt en 1913 après s'être fait interner dans une maison de santé, si bien qu'elle connaît une grande liberté dans son éducation, comme elle l'explique dans son Journal en 1919 : « Je fus très jeune libre d’agir et de choisir selon mes goûts et surtout les hasards autoritaires des rencontres et des livres. Cette liberté me fut pour ainsi dire concédée avec le terrible rôle de prodige[4]. » Elle rédige très tôt des poèmes, des textes en prose, et un journal intime, qu'elle commence en à l'occasion d'une opération de l'appendicite[5] et qu'elle tient jusqu'à 1929. Tandis qu'elle est renvoyée du collège Sévigné (soit qu'on lui reproche ses ambitions littéraires, soit qu'on lui reproche ses tendances homosexuelles), surviennent ses premiers échanges avec Apollinaire qui jouera le rôle de mentor, à partir d'avril 1913[2].

Guillaume Apollinaire qui l'appelait « la petite poyétesse[6] », publie son conte fantastique La Maison dans l'œil du chat dans Les Soirées de Paris en 1913. Ce texte ainsi que d'autres poèmes en prose, écrits à 14 ans[7], sont publiés en 1917 par les éditions Crès. Dès lors, elle rencontre le tout-Paris littéraire, de Colette à Jean Cocteau, en passant par André Gide et les premiers surréalistes.

Pendant la Grande guerre, Mireille Havet se réfugie au Colombier avec sa famille. Mais elle revient rapidement à Paris où elle mènera une vie dissolue, marquée par la pauvreté, la drogue (opium, puis cocaïne et morphine à la fin de sa vie[8]), et de nombreuses conquêtes homosexuelles.

En 1917, elle rencontre, par l’intermédiaire de Colette, Hélène et Philippe Berthelot, l’américaine Natalie Clifford Barney, icône du Paris lesbien de l’époque, dont elle fréquente le salon[9]. Elle se lie à de grandes figures comme la comtesse de Limur[10], elle découvre l’œuvre de l’homosexuelle Renée Vivien. La fréquentation de ces femmes jouera un grand rôle dans la reconnaissance personnelle de son homosexualité[9]. Elle était ouvertement homosexuelle, tant dans son journal qu'à la ville[2].

Elle écrit un roman, Carnaval, publié en novembre 1922 dans Les Œuvres libres, puis en septembre 1923 aux éditions Albin Michel[11] et en 2005 par les éditions Claire Paulhan[12]. Ce roman à clef est inspiré de sa relation avec Madeleine de Limur, transposée en relation hétérosexuelle[13].

Elle interprète le rôle de la Mort dans la pièce de Jean Cocteau Orphée en 1926[14]. Elle est très remarquée dans ce rôle[15] mais, dévorée par la drogue, elle ne pourra pas reprendre le même rôle en 1927.

Elle meurt à l'âge de 33 ans de délabrement physique dû notamment à la tuberculose et à la toxicomanie[16], abandonnée de ses amis, offrant pour quelques pièces son corps décharné aux passants. Elle lègue ses cahiers et manuscrits à son amie Ludmila Savitzky[5].

Mireille Havet est « redécouverte » grâce à l'édition de journal, dont le manuscrit n'a été retrouvé qu'en 1995[6] par Dominique Tiry, petite-fille de Ludmila Stavitzky[17]. Donné à la bibliothèque interuniversitaire de Montpellier, ce manuscrit est conservé à l'université Paul-Valéry-Montpellier[18]. Il est publié par les éditions Claire Paulhan de 2003 à 2012.

HommageModifier

La Ville de Paris a nommé place Mireille-Havet une place du 11e arrondissement, inaugurée le [10].

ŒuvresModifier

Éditions originalesModifier

Éditions modernesModifier

  • Carnaval, édition établie, présentée et annotée par Claire Paulhan, aux éditions Claire Paulhan, coll. « Pour mémoire », 2005, 239 p. (ISBN 2-912222-22-2)
  • Correspondance : 1913-1917, avec Guillaume Apollinaire, édition établie par Dominique Tiry, publiée par le Centre d'étude du XXe siècle, Université Paul-Valéry, 2000, 127 p. (ISBN 2-84269-412-0)
  • Journal aux éditions Claire Paulhan, 2003-2010, édition établie par Pierre Plateau :
    • Journal 1918-1919 : « Le monde entier vous tire par le milieu du ventre », présentée et annotée par Dominique Tiry, coll. « Tiré-à-part », 2003, 254 p. (ISBN 2-912222-18-4) ; nouvelle édition augmentée et corrigée en 2011, 300 p.
    • Journal 1919-1924 : « Aller droit à l'enfer, par le chemin même qui le fait oublier », annotée par Dominique Tiry, Pierre Plateau et Claire Paulhan, préf. Béatrice Leca, coll. « Pour mémoire », 2005, 533 p. (ISBN 2-912222-21-4)
    • Journal 1924-1927 : « C'était l'enfer et ses flammes et ses entailles », annotée par Dominique Tiry, avec la collab. de Roland Aeschimann, Claire Paulhan et Pierre Plateau, préf. Laure Murat, coll. « Pour mémoire », 2008, 445 p. (ISBN 978-2-912222-28-2)
    • Journal 1927-1928 : « Héroïne, cocaïne ! La nuit s'avance », annotée par Claire Paulhan, avec l'aide de Pierre Plateau et Dominique Tiry, préf. Patrick Kéchichian, coll. « Pour mémoire », 2010, 350 p. (ISBN 978-2-912222-33-6)
    • Journal 1929 : « Peut-être suis-je morte ? Suicidée il y a quelques mois », annotée par Roland Æschimann, Claire Paulhan, Pierre Plateau & Dominique Tiry, présentée par Roland Æschimann, coll. « Pour mémoire », 2012, 320 p. (ISBN 978-2-912222-39-8)

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Notes et référencesModifier

  1. Mireille Havet et Dominique Tiry (présentation et notes), Journal,1918-1919 : le monde entier vous tire par le milieu du ventre, Editions Claire Paulhan, (ISBN 2-912222-18-4, 978-2-912222-18-3 et 2-912222-21-4, OCLC 52448954, lire en ligne), p. 33
  2. a b c et d Emmanuelle Retaillaud-Bajac, Mireille Havet : L'enfant terrible, Paris, Grasset & Fasquelle, 2008, 524 p. (ISBN 978-2-246-68801-3).
  3. Alice Delmotte-Halter, « Qui a peur de Mireille Havet ? », sur The Conversation, (consulté le 6 avril 2020)
  4. Mireille Havet, Journal 1918-1919, éd. Pierre Plateau, Dominique Tiry et Claire Paulhan, Paris, Claire Paulhan, , p. 8
  5. a et b Marthe Compain, Le journal intime de Mireille Havet : entre écriture de soi et grand œuvre (thèse de doctorat en littératures), Université Toulouse le Mirail - Toulouse II, , 358 p. (lire en ligne), p. 13
  6. a et b La Quinzaine littéraire, no 972, 1er juillet 2008.
  7. « Mort d'une jeune poétesse », sur Gallica, Comœdia, (consulté le 5 avril 2020)
  8. « Surpris par la nuit - Le coeur ouvert de Mireille Havet, journal d'une enfant prodige », sur France Culture, (consulté le 6 avril 2020)
  9. a et b Emmanuelle Rétaillaud-Bajac, « Du « clan divin des femmes amoureuses » à la « race maudite » : élaboration, représentations et discontinuités de l’identité lesbienne dans la trajectoire de Mireille Havet (1898-1932) », Genre, sexualité et société, no 1,‎ (ISSN 2104-3736, DOI 10.4000/gss.893, lire en ligne, consulté le 8 mars 2018)
  10. a et b « Une femme invertie en vaut deux », Libération.fr,‎ (lire en ligne, consulté le 10 mars 2018)
  11. Melanie C. Hawthorne, « Exclues de l'exception : Mireille Havet et Laure Charpentier », dans Marc Dambre (dir.) et Richard J. Golsan (dir.), L'Exception et la France contemporaine : Histoire, imaginaire, littérature, textes issus du Colloque international des études françaises et francophones des XXe et XXIe siècles en 2007 à College Station (Texas), Presses de la Sorbonne nouvelle, 2010, 287 p. (ISBN 978-2-87854-467-1), p. 109–116.
  12. « Mireille Havet • Carnaval », sur www.clairepaulhan.com (consulté le 10 mars 2018)
  13. Patrick Bergeron, « Le livre de Daniel, ou chronique d’un échec amoureux : Carnaval de Mireille Havet », dans Fictions modernistes du masculin-féminin : 1900-1940, Presses universitaires de Rennes, coll. « Interférences », (ISBN 978-2-7535-5735-2, lire en ligne), p. 281–292
  14. Alain Vildart, « Un amour d'Apollinaire », La nouvelle République,‎ (lire en ligne)
  15. Gérard Bauër, « Théâtre des arts : Orphée, de M. Jean Cocteau », sur Gallica, Les Annales politiques et littéraires, (consulté le 5 avril 2020)
  16. Patrick Bergeron, « Mireille Havet, diariste et toxicomane », Drogues, santé et société, vol. 11, no 1,‎ , p. 19 (DOI 10.7202/1013885ar)
  17. Eli Flory, « Claire Paulhan parle de Mireille Havet », sur Du coq à l'âne. Encres sympathiques, (consulté le 6 avril 2020)
  18. « Le fonds Mireille Havet », sur Université Paul-Valéry-Montpellier (consulté le 6 avril 2020)

Liens externesModifier