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Meurtres et disparitions de femmes autochtones au Canada

Les meurtres et les disparitions de femmes autochtones au Canada constituent un phénomène sociétal qui a retenu l'attention des médias et du gouvernement canadien en raison de la surreprésentation de femmes autochtones touchées, comparé à leur proportion dans la population féminine canadienne[1]. Le nombre exact de femmes autochtones disparues ou assassinées au Canada depuis 30 à 40 ans est discuté, mais serait compris selon les estimations entre 500[2] et 1 100 personnes[3]. Les informations sur 582 cas ont été recueillies par l'Association des femmes autochtones du Canada, mais celle-ci estime que le nombre réel de femmes disparues ou assassinées est fortement sous-estimé[4].

Sommaire

ContexteModifier

Au Canada, les femmes autochtones représentent 10 % des victimes d'homicide tout en représentant seulement 3 % de la population féminine générale. Concernant les disparitions, il est difficile de faire une comparaison de la proportion entre les femmes autochtones touchées et la population féminine globale car il n'existe pas de base de données nationale recensant les personnes disparues[2]. Cependant, un certain nombre de bases de données ont été créées pour suivre les cas de disparitions et de meurtres de femmes autochtones. Ainsi, selon les données rassemblées sur 582 cas par l'Association des femmes autochtones du Canada, 67 % sont des cas de meurtre par homicide ou négligence, 20 % des disparitions, 4 % des cas de mort suspecte et 9 % des cas dont la nature est inconnue[2]. De même, 55 % concernaient des femmes de moins de 31 ans, de moins de 18 ans dans 17 % des cas, et de plus de 45 ans dans 8 % des cas[2]

En 2013, une étude est lancée par le commissaire de la Gendarmerie royale du Canada sur le sujet dans tous les services de police du Canada. Il indique l'existence de 1 181 cas d'homicides de femmes autochtones, dont 1 017 rapportés entre 1980 et 2012, plus 164 femmes considérées comme disparues au moment du rapport. Sur l'ensemble des cas, 225 demeuraient non résolus[5]. Il y a peu de différence entre le taux d'homicides élucidés entre les femmes autochtones et les femmes non-autochtones. Il n'existe cependant pas de critère clair permettant de déterminer si un cas est inclus ou exclu de ces statistiques[6].

Initiatives militantesModifier

Plusieurs projets ont été élaborés afin d'améliorer la visibilité de la disparition et des meurtres perpétrés contre les femmes autochtones.

Édification d'inukshuksModifier

À la suite d'un projet initié par Kristen Villebrun, militante locale d'Hamilton (Ontario, Canada) et une dizaine d'autres femmes autochtones, des inukshuks ont été édifiés sur la Chedoke Rail Trail[7], sentier qui relie à un cours d'eau nommé Chedoke Creek. Un inukshuk, qui se traduit par « à l'image d'un homme », est une structure en pierre qui rappelle la forme humaine, couramment utilisée pour la navigation ou le marquage de pistes[8].

La construction d'inukshuks a été choisie car leur ombre semble réaliste et peut ainsi évoquer le souvenir des femmes disparues. Destinés à attirer l'attention sur ce phénomène sociétal, 1 181 inukshuks ont été construits, en travaillant six heures par jour et quatre jours par semaine.

Le projet a suscité de nombreuses questions de la part de passants. La poursuite de construction d'inukshuk est prévue jusqu'à ce qu'une enquête officielle du gouvernement soit réalisée sur la disparition des femmes autochtones[9].

Walking With Our SistersModifier

 
Un auditorium présentant Walking With Our Sisters.

Walking With Our Sisters est création artistique permanente débutée en 2012, commémorant les femmes et les enfants autochtones disparus ou assassinés. Dirigé par les communautés autochtones, l'objectif est de sensibiliser à cette question et de créer un espace de dialogue sur le phénomène, basé sur les discussions avec la communauté.

Le projet d'art consiste en une collection de paires de claques (partie supérieure d'une chaussure, entre le bout et la languette) de mocassins, comportant plus de 1 763 paires de claques adulte et 108 paires d'enfants, chaque paire étant authentique et personnalisée pour chaque victime. Les claques représentent l'inachevé de la vie des personnes disparues ou assassinées.

Le projet a commencé en 2012, avec un appel lancé sur le réseau social Facebook, où les personnes étaient invitées à concevoir des parties de mocassins. En juillet 2013, 1 600 claques étaient recueillies, soit plus de trois fois l'objectif initial de 600.

Cette installation itinérante s'expose dans des galeries et des salles d'exposition. Les personnes qui y pénètrent sont invitées à ôter leurs chaussures et à marcher à côté des vamps pour montrer leur solidarité avec ces femmes. L'installation est prévue dans 25 lieux d'Amérique du Nord jusqu'en 2019[10].

Le projet REDressModifier

Le projet REDress, mené par Jaime Black, artiste et enseignante en art, a été conçu pour faire connaître le phénomène des femmes autochtones disparues ou assassinées au Canada[11]. Le projet est basé sur l'installation d'une importante collection de robes rouges dans les espaces publics. Le but du projet est de représenter et de donner une représentation visuelle à la mémoire des victimes[12].

Le projet REDress a été présenté à l'Université de Winnipeg, au campus de l'Université de Saskatchewan, à l'Assemblée législative du Manitoba, à l'Université de Kamloops, et à l'Université de l'Alberta[13].

Marche annuelle du 14 févrierModifier

La première marche en mémoire des femmes a eu lieu le 14 février 1991 à Vancouver, à la suite de l'assassinat d'une femme salishe, et a lieu chaque année à la Saint Valentin dans plus de vingt-deux communautés[14]. Le but de l'événement est d'honorer les femmes autochtones assassinées ou portées disparues, dans le but d'obtenir une enquête nationale et des réponses. Au cours de la marche à Vancouver, le défilé s'arrête sur les lieux où les femmes ont été vues pour la dernière fois ou assassinées, pour un moment de silence[15]. Le comité attire l'attention sur le problème au niveau local, national et international afin de sensibiliser les gens à la violence contre les femmes autochtones[16]. Le comité est composé de membres de familles, de travailleurs de première ligne, d'amis proches et de proches qui ont subi la perte de femmes autochtones depuis plusieurs années[14].

Autres organisationsModifier

D'autres initiatives ont été lancées, comme par Amnesty international[17], It Starts With Us[18], Sacred Turtles Women[19], ou l'Association des femmes autochtones du Canada[20].

Base de donnéesModifier

Une base de données sur les femmes disparues et assassinées a été compilée par CBC News[21].

Enquête nationale sur les disparitions et les meurtres de femmes autochtonesModifier

 
Le premier Ministre du Canada, Justin Trudeau, lors d'un discours sur les disparitions et les meurtres de femmes autochtones, face du parlement, à Ottawa en octobre 2016.

Après les élections fédérales canadiennes de 2015, le Gouvernement Libéral confirme sa promesse de campagne et annonce l'ouverture d'une enquête nationale le 9 décembre 2015[22]. Le gouvernement Canadien réalise des réunions de pré-enquête avec diverses personnes, y compris les familles, les travailleurs de première ligne, les provinces et les organisations autochtones de décembre 2015 à février 2016, afin de déterminer la manière dont l'enquête sera structurée. Le mandat et la durée de l'enquête, ainsi que les noms des commissaires, dont fait partie Michèle Audette, sont publiés le 3 août 2016. Le coût estimé de l'enquête est de 53,8 millions de dollars. En outre, le gouvernement a annoncé l'investissement de 16,17 millions de dollars sur quatre ans afin de créer des unités de liaison et d'information avec les familles dans chaque province et territoire[23].

Notes et référencesModifier

Notes de bas de pageModifier

  1. C. Michalke, « Violence against Aboriginal women, a social phenomenon. », Vancouver Island University Library.
  2. a b c et d « Fiche d’information - Femmes et filles autochtones disparues et assassinées » [PDF] (consulté le 21 novembre 2016)
  3. A 2014 report by the RCMP found that 1,181 indigenous women were killed or went missing across the country between 1980 and 2012.
  4. https://www.bbc.com/news/world-us-canada-35590442
  5. (en) Gendarmerie royale du Canada, « Missing and Murdered Aboriginal Women: A National Operational Overview », (consulté le 21 novembre 2016).
  6. (en) Connie Walker, « Missing and murdered women: A look at 5 cases not included in official RCMP tally », sur www.cbc.ca, .
  7. Delaney Windigo, « Inuksuks along Hamilton hiking trail created to remember missing, murdered Indigenous women », Aboriginal Peoples Television Network, (consulté le 11 décembre 2015).
  8. « What is an Inukshuk? ».
  9. Adam, « Aboriginal women remembered with 1,181 inukshuks », .
  10. "Walking With Our Sisters".
  11. « The REDress Project ».
  12. « About The REDress Project ».
  13. « About the REDress project ».
  14. a et b « 26th Annual Feb 14th Women's Memorial March ».
  15. « Women's memorial march in Vancouver attracts hundreds ».
  16. « Annual Women's Memorial March ».
  17. (en) « No more Stolen Sisters ».
  18. (en) « It Starts With Us ».
  19. (en) « Sacred Turtles Women ».
  20. (en) « Association des Femmes autochtones du Canada »
  21. (en) « Missing and Murdered: The unsolved Cases of Indigeneous Women and Girls ».
  22. « Government of Canada:National Inquiry into Missing and Murdered Indigenous Women and Girls ».
  23. National Inquiry into Missing and Murdered Indigenous Women and Girls - Enquête nationale sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinées and CBC

RéférencesModifier

AnnexesModifier