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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Lhassa (homonymie).

Lhassa, étoile-fleur est la version en français parue en 1976 de Lhasa, the Open City: A Journey to Tibet[1], compte rendu que l'écrivain d'origine chinoise et belge Han Suyin fit de son séjour à Lhassa dans la région autonome du Tibet en octobre-novembre 1975[2]. L'écrivain et journaliste Max Olivier-Lacamp, qui signe la préface de l'ouvrage, collabora à son édition en français. Le titre renvoie à l'image du « Toit du Monde, où les étoiles sont fleurs à portée de main »[3].

Han Suyin avait été la première étrangère autorisée à se rendre au Tibet après le journaliste britannique Stuart Gelder et son épouse Roma en 1962. Sa famille chinoise, habitant le Sichuan, avait entretenu des rapports (commerce du thé) avec le Tibet pendant plus de deux siècles[4],[5]. L'ouvrage est considéré comme relevant de la propagande.

Accueil critiqueModifier

Selon Teresa Kowalska, la traductrice en polonais de son ouvrage, Han Suyin « rappelle la vassalisation ancienne du Tibet par rapport à la Chine, puis les machinations ourdies par les Britanniques pour conquérir les contrées himalayennes stratégiques, dont le Tibet. Elle fait l'éloge des progrès matériels réalisés sous la direction des communistes chinois, du passage d'une théocratie médiévale arriérée à une société laïque éduquée et productrice »[6]. Toujours selon Kowalska, « en tant que médecin, elle fait état de certaines superstitions de l'ancien Tibet, comme l'autodafé des mères qui accouchaient de jumeaux, triplés, quadruplés, etc., naissances qui étaient considérées comme étant la punition de graves péchés ainsi qu'un signe de très mauvais augure qu'il fallait éradiquer sur le champ. Également l'obligation faite aux Tibétaines d'accoucher dans l'étable et d'y rester pendant la prétendue période de purification, pratique qui se soldait souvent par l'infection et la mort de la parturiente »[7]. Cependant, selon le Dr Lobsang Dolma Khangkar, née au Tibet en 1934[8], déclare que, en relation avec le karma, ceux qui naissent jumeaux ont été très proches dans une vie passée. Elle affirme aussi qu'au Tibet, bien souvent les Tibétaines accouchaient chez elles, en présence d'une sage-femme[9].

Peter Bishop, l'auteur de The Myth of Shangri-La, met cet ouvrage dans ce qu'il appelle « la catégorie de la propagande chinoise »[10]. Ainsi, selon Bertil Lintner (en), elle y reproduit la version officielle chinoise sans critique[11].

Warren W. Smith Jr, historien du droit et animateur au service tibétain de Radio Free Asia[12], a fait une analyse critique de Lhassa étoile-fleur, où il écrit notamment que « le ton prédominant du livre est celui du chauvinisme Han tempéré par une préoccupation bienveillante pour les pauvres Tibétains arriérés. »[13]. Au début des années 1980, le Tibet fut ouvert à nombres d'autres observateurs moins réceptifs à l'égard des affirmations chinoises d'avoir libéré les Tibétains. Selon cet auteur, les récits comme ceux d'Han Suyin, affirmant que tout allait bien au Tibet et que les Tibétains étaient des sujets heureux de la Chine, sont apparus comme très éloignés de la vérité[14].

Le journaliste et écrivain Claude Arpi, directeur du pavillon de la culture tibétaine à Auroville, considère que cet ouvrage permet de connaitre le point de vue chinois sur le Tibet[15].

Notes et référencesModifier

  1. (en) Lhasa, the Open City: A Journey to Tibet, Putnam, New York, 1976, 180 p.
  2. (en) Warren W. Smith Jr, China's Tibet?: Autonomy or Assimilation, AltaMira Press, U.S., 16 mai 2008, (ISBN 0-7425-3989-X) : « It is an account of a visit by author Han Suyin to Lhasa in October-November 1975. »
  3. Présentation du livre sur la page 4 de couverture.
  4. (en) Book Description (présentation du livre par l'éditeur) : « In October and November 1975 Han Suyin visited Tibet, the region of China which lies next to her own province of Szechuan. Her family in Szechuan had had links with Tibet for over two centuries, and Szechuan itself harbours a great many Tibetans, whose families have lived there for ten centuries or more. This was the first time since 1962, when the English journalist Stuart Gelder and his wife Roma visited Tibet, that a visitor from abroad was admitted to the region. »
  5. « Depuis mon enfance, je connaissais bien des choses sur le Tibet. Mon père me parlait souvent du commerce du thé avec Lhassa, qui avait duré deux siècles dans notre famille », p. 14.
  6. (en) Teresa Kowalska, Han Suyin, sur le site Voices from the Gap de l'Université du Minnesota : « She reminds the historical, many centuries long and so to say natural vassalage (or gravitation) of Tibet toward China and then the nineteenth-century British machinations, aimed at a strategic conquer of all the immediate environments of Himalaya (Tibet included). She praises a perceptible, huge material progress of Tibet under the Communist Chinese rule, in fact transformation of Tibet from a backward, medieval theocracy into the capable, educated, and productive lay society. »
  7. Teresa Kowalska, op. cit. : « As a medical doctor, she recalls multiple abhorring prejudices from Tibet's not very distant religious past, like a compulsory auto da fa of these mothers (obviously, along with their new-born babies), who had just delivered twins, or any higher multiplets. Such deliveries in the traditional Tibetan culture had been recognized as a severe punishment for human sins and a particularly bad omen, which needed to be eradicated from the earth's surface immediately. Another prejudice of a similar sort consisted in forcing Tibetan women to delivering their babies in the yak-sheds and then to remaining in those filthy and repulsive hiding-places for the so-called purification period, the practise which often ended with the confined woman's infection and death. »
  8. (en) Graham Coleman, A Handbook Of Tibetan Culture: A Guide to Tibetan Centres and Resources Throughout the World, Random House, 2016, (ISBN 147355022X et 9781473550223), p. 341-342.
  9. Lobsang Dolma Khangkar, Initiation à la médecine tibétaine, 1998, K. Dhondup, conférences du Dr Lobsang Dolma Khangkar, traduction en français par Bruno Le Guevel, Éditions Dewatshang, (ISBN 2909858049), p. 73 : « ... le karma détermine le milieu de naissance [...] Il est dit que deux personnes qui sont très proches l'une de l'autre ont de grandes chances de renaître jumeaux ou jumelles dans une vie future. », p. 120 : « ... bien souvent au Tibet, les femmes accouchaient chez elles, sans l'assistance d'un médecin, mais seulement d'une sage-femme... »
  10. (en) Peter Bishop, The Myth of Shangri-La: Tibet, Travel Writing, and the Western Creation of Sacred Landscape, University of California Press, 1989, (ISBN 0520066863 et 9780520066861), p. 287 : « H. Suyin's Lhasa: The Open City (New YorkPutnam, 1977) unfortunately has to be classed in the category of Choinese propaganda ».
  11. (en) Bertil Lintner, Great Game East: India, China, and the Struggle for Asia's Most Volatile, Yale University Press, 2015, (ISBN 0300195672 et 9780300195675), p. 18
  12. (en) Warren W Smith Profile, Comment is free…, Guardian online.
  13. Warren W. Smith Jr, op. cit. : « The predominant tone of the book is one of Han Chinese chauvinism tempered by benevolent concern for the poor backward Tibetans. »
  14. Warren W. Smith Jr, op. cit. : « Shortly thereafter, in the early 1980s, Tibet opened to many who were much less sympathetic to Chinese claims to have liberated the Tibetans from themselves. The accounts of those such as Han Suyin, who wrote that everything was fine in Tibet and Tibetans were happy subjects of China, were exposed as being far from the truth. »
  15. Claude Arpi L'essentiel pour connaitre le point de vue chinois, Tibet, le pays sacrifié, 2000.