Lactarius deterrimus

espèce de champignons

Lactaire de l'épicéa

Le Lactaire de l'épicéa (Lactarius deterrimus) est une espèce de champignons de la famille des Russulaceae. Il est orange, verdissant avec l'âge, et sécrète un lait orangé qui vire au pourpre. Il pousse principalement sous les épicéas, ce qui permet de le distinguer d'autres lactaires très similaires. C'est un champignon comestible, mais bien moins intéressant que le Lactaire délicieux à qui il ressemble beaucoup, car sa chair est assez amère.

Taxinomie et dénominationsModifier

Le champignon est longtemps confondu avec le Lactaire délicieux, auquel il ressemble beaucoup. Miroslav Smotlacha (en) le décrit en 1946 comme une de ses variétés, Lactarius deliciosus var. piceus[1]. Après la découverte du Lactaire semi-sanguin (Lactarius semisanguifluus (en)) en 1950, on l'assimile à ce dernier[2]. C'est finalement le mycologue allemand Frieder Gröger (en) qui en fait une espèce séparée en 1968. Il choisit l'épithète spécifique deterrimus (« moins bon » en latin) par allusion à son arrière-goût amer, qui le rend moins « délicieux » que son célèbre précédent[3]. Son habitat distinctif lui vaut son nom français normalisé de Lactaire de l'épicéa[4] (Lactaire des épinettes au Québec[5]).

En 1979, les formes nord-américaines sont réduites à nouveau en variétés : Lactarius deliciosus var. deterrimus[6]. Bien que ce nom soit considéré comme un synonyme de Lactarius deterrimus[7], ces formes ne semblent pas former de groupe monophylétique avec les formes européennes[8]. Lactarius deterrimus appartient à la section Deliciosi du genre Lactarius, dont les membres se distinguent par leur latex orange ou rouge à bleu[9]. Il est très proche d'une autre espèce plus rare découverte en 1998, Lactarius fennoscandicus (en)[10].

DescriptionModifier

 
Chapeau verdissant et cerne blanc au sommet du pied.

Le chapeau, qui mesure entre 4 et 12 cm de diamètre, est d'abord ombiliqué, puis déprimé à infundibuliforme[3]. Il est lisse et viscidule, orange carotte, parfois zoné de bandes orange roux, et se tache de vert avec l'âge[5]. Les lames sont adnées à subdécurrentes, serrées et modérément larges, jusqu'à 5 mm d'épaisseur[3]. Elles sont d'abord concolores au chapeau, puis plus ou moins saumonées, et enfin maculées de vert. Le stipe, qui mesure 3 à 5 cm de long pour 1,5 à 3 cm d'épaisseur, est sec et lisse, sans scrobicules. Il est également orangé, souvent orné d'un cerne blanc au sommet[11]. La chair est blanchâtre à jaune orangé pâle et sécrète un lait (latex) peu abondant, orange carotte puis pourpre vineux[5]. Ils ont une saveur peu agréable, plus ou moins piquante et amère, et une odeur fruitée[11]. La sporée est crème ocré[5].

Espèces prochesModifier

Le Lactaire de l'épicéa est souvent confondu avec le Lactaire délicieux (Lactarius deliciosus), qui pousse seulement sous les pins et se distingue par son chapeau orné de zones concentriques bien marquées, les scrobicules de son pied et son lait orange vif qui ne change presque pas de couleur. Plus rare, le Lactaire semi-sanguin (Lactarius semisanguifluus) croît aussi sous les pins et verdit presque complètement avec l'âge. Son chapeau est souvent teinté de gris lilas. Le Lactaire saumon (Lactarius salmonicolor) apparaît quant à lui sous les sapins, surtout en montagne, et d'une teinte saumonée uniforme[11].

Écologie et distributionModifier

C'est une espèce ectomycorhizienne, qu'on croyait exclusive avec l'Épicéa commun (Picea abies), mais qui a également été observée en symbiose avec le Raisin d'ours (Arctostaphylos uva-ursi)[12].

ComestibilitéModifier

C'est un comestible médiocre, au goût peu agréable[11].

Notes et référencesModifier

  1. (en) Jacob Heilmann-Clausen, Annemieke Verbeken et Jan Vesterholt, The genus Lactarius, The Danish Mycological Society, , 287 p. (ISBN 87-983581-4-6 et 978-87-983581-4-5, OCLC 40692593), p. 150-153.
  2. (de) Maria-A. Jahn, « Zum Geschmackswert des Kiefern- und Fichten-Blutreizkers », Westfälische Pilzbriefe, vol. 2,‎ , p. 12–13 (lire en ligne [PDF]).
  3. a b et c (de) Frieder Gröger, « Zur Kenntnis von Lactarius semisanguifluus Heim et Leclair », Westfälische Pilzbriefe, Hermann Jahn, vol. 7,‎ , p. 3–11 (lire en ligne [PDF], consulté le 4 avril 2020).
  4. Société mycologique de France, « Les noms français des champignons », sur Mycofrance.fr (consulté le 4 avril 2020).
  5. a b c et d Roland Labbé, « Lactarius deterrimus / Lactaire des épinettes », sur Mycoquébec.org, (consulté le 4 avril 2020).
  6. (en) Lexemuel R. Hesler et Alexander H. Smith, North American species of Lactarius, Ann Arbor, University of Michigan Press, , 841 p. (lire en ligne), p. 94-95.
  7. MycoBank, consulté le 4 avril 2020
  8. (en) Jorinde Nuytinck, Annemieke Verbeken et Steven L. Miller, « Worldwide phylogeny of Lactarius section Deliciosi inferred from ITS and glyceraldehyde-3-phosphate dehydrogenase gene sequences », Mycologia, vol. 99, no 6,‎ , p. 820–832 (ISSN 0027-5514 et 1557-2536, DOI 10.1080/15572536.2007.11832514, lire en ligne, consulté le 4 avril 2020).
  9. (en) Jorinde Nuytinck et Annemieke Verbeken, « Morphology and taxonomy of the European species in Lactarius sect. Deliciosi (Russulales) », Mycotaxon, vol. 92,‎ , p. 125–168 (lire en ligne).
  10. (en) Jorinde Nuytinck et Annemieke Verbeken, « Species delimitation and phylogenetic relationships in Lactarius section Deliciosi in Europe », Mycological Research, vol. 111, no 11,‎ , p. 1285–1297 (DOI 10.1016/j.mycres.2007.09.001, lire en ligne, consulté le 4 avril 2020)
  11. a b c et d Guillaume Eyssartier et Pierre Roux, L'indispensable guide du cueilleur de champignons, Belin, , 355 p., p. 90-91.
  12. (en) Oliver Mühlmann et Friederike Göbl, « Mycorrhiza of the host-specific Lactarius deterrimus on the roots of Picea abies and Arctostaphylos uva-ursi », Mycorrhiza, vol. 16, no 4,‎ , p. 245–250 (ISSN 0940-6360 et 1432-1890, DOI 10.1007/s00572-006-0038-9, lire en ligne, consulté le 4 avril 2020).

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