La Guerre (triptyque)

triptyque d'Otto Dix

La Guerre (en allemand : Der Krieg) est un triptyque à prédelle réalisé entre 1929 et 1932 par le peintre et graveur allemand Otto Dix[1]. Ce tableau appartient au mouvement de la Nouvelle Objectivité. Sur le modèle d'un retable, ce tableau est inspiré des triptyques de la Renaissance qui représentaient dans les deux planches supérieures la vie sur Terre et sur la prédelle la mort, l'enfer et le chaos. Ainsi sur le tableau de Dix, on observe ce contraste qui dépeint l'enfer sur la partie liée à la vie et sur la prédelle le repos et la paix.

La Guerre, Dresde.

Avant ce triptyque, Dix a publié en 1924 un portfolio de cinquante estampes également intitulé Der Krieg.

Historique modifier

Otto Dix attendu plus de dix années après la fin de la Première Guerre mondiale pour entreprendre La Guerre. Il a passé près de trois années à sa réalisation. Le triptyque n’a pas été composé sur commande mais fait partie de la démarche qu’effectue Otto Dix en transmettant ses souvenirs hérités de la Grande Guerre. Fortement marqué par celle-ci, à laquelle il participe en tant que simple soldat, Dix produit un grand nombre de dessins et de peintures retraçant cette période. Quand on lui demande pourquoi il a réalisé La Guerre, il répond : « Je voulais me débarrasser de tout ça ! »[2].

La Guerre a été exposée une seule fois à Berlin en 1938; elle fut ensuite cachée pour éviter la destruction[3]. En effet, pendant le Troisième Reich (1933-1945), nombre de travaux produits par les artistes de la mouvance de Dix seront jugés comme art dégénéré[4]. Pour les nazis, l’art moderne était perçu comme une « insulte au sentiment allemand ». Les œuvres des artistes juifs ou communistes étaient également considérée comme de l'art dégénéré. Parce que La Guerre d'Otto Dix montre des soldats blessés ou morts, le tableau était jugé comme n'étant pas digne d'être exposé. L'art nazi préférait des représentations de héros ou d'actes patriotiques.

La Galerie Neue Meister (Stadtmuseum) de Dresde en Allemagne a acquis La Guerre en 1968.

L'œuvre modifier

L’œuvre, entièrement figurative, mesure : 204 × 204 cm pour le panneau central, 204 × 102 cm pour les panneaux latéraux et 60 × 204 cm pour la prédelle (panneau inférieur)[5].

La technique employée est la tempera sur bois (peinture à base d'émulsion d’œufs), une technique ancestrale souvent utilisée pour les tableaux religieux.

Le peintre utilise une palette de couleurs assez restreinte, très sombres, toutes associées à la mort et à la destruction. La mort : couleurs froides (vert, gris, blanc) pour les corps en décomposition, le ciel saturé de gaz … La destruction : couleurs chaudes, comme le rouge et l'orange, qui renvoient aux couleurs du feu, des obus et du sang.

La composition est dynamique : le sens de lecture, de la droite vers la gauche, suit le parcours des soldats, qui aboutit en bas à la mort. La disposition des personnages est rigoureuse : les lignes des corps et des armes sur le panneau gauche forment une symétrie avec celles du panneau de droite. L'amoncellement des corps forme un grand V et la courbe au-dessus des morts répond en symétrie à celle du cadavre en haut du panneau central.

La Guerre d'Otto Dix appartient au courant artistique de la Nouvelle Objectivité. Il s'agit pour l'artiste de montrer la réalité dramatique du conflit, de choquer par des détails morbides.

Panneau de gauche modifier

Sur le panneau de gauche est représentée une armée sans visage. L'armée avance vers le front que l'on peut distinguer en arrière-plan. Sur la gauche, certains soldats sont cachés par la brume.

Panneau central modifier

Le panneau central est un grand carré mesurant 204 cm de côté. Sur cette partie est représenté un paysage ravagé par un bombardement. On peut discerner ce qui semble être le reste d'une ville en arrière-plan. Le tableau est séparé par une diagonale imaginaire, séparant le côté « mort » (droite) du côté « vivant » (gauche). Au premier-plan sont représentés des cadavres appartenant aux soldats et civils victimes de la guerre et un poteau calciné. Au-dessus est représenté un cadavre embroché par une poutre de métal qui semble montrer du doigt des jambes criblées de balles. On aperçoit un soldat portant un masque à gaz, le rendant anonyme, enroulé dans une cape. Il semble immobile.

Panneau de droite modifier

Sur le panneau latéral droit se trouve un autoportrait d'Otto Dix, il est représenté en train de sauver un camarade. Il est d'ailleurs le seul homme représenté avec la capacité de voir (il a les yeux ouverts et le regard fixé sur le spectateur) et il n'a pas d'uniforme[6]. Il regarde le spectateur droit dans les yeux.

Prédelle modifier

Dans la prédelle sont représentés plusieurs hommes les uns aux côtés des autres. Le triptyque montre, tour à tour, la montée au front, le champ de bataille (et la mort), le retour du front.

Arts, ruptures, continuités modifier

 
Hans Holbein Le Jeune, Le Christ mort, 1521-1522

Otto Dix a choisi de représenter la guerre sous la forme d'un triptyque : il s'agit d'un format apprécié à la fin du Moyen Âge pour les œuvres religieuses : composés de trois panneaux mobiles, les panneaux latéraux pouvaient être rabattus sur la partie centrale. Mais alors que des anges peuplent souvent le ciel des retables, ici ce sont des cadavres qui sont représentés. Alors que les retables étaient exposés dans les églises, au-dessus de l'autel, ici l'œuvre d'Otto Dix est profane et est exposée dans un musée.

La peinture religieuse est une source d'inspiration pour la scène de droite : le soldat (peut-être Otto Dix lui-même) ne portant pas l'uniforme vient sauver ses camarades : il soulève un corps comme dans une descente de croix. L'œuvre d'Otto Dix s'inspire des grands maîtres de la peinture allemande : sa référence au Retable d'Issenheim de Matthias Grünewald est évidente.

Pour la prédelle, Otto Dix s'inspire du tableau d'Hans Holbein le jeune intitulé Le Christ mort (1521-1522). Ce tableau grandeur nature, d'un réalisme cru, montre le cadavre de Jésus-Christ allongé, avec des signes de putréfaction sur le visage, les mains et les pieds. Le thème du désastre est inspiré de Francisco Goya[3].

Otto Dix s'attache à dénoncer la guerre comme d'autres peintres de la même époque. Par exemple, Félix Vallotton dans son tableau Verdun, choisit de montrer un champ de bataille sans représenter les soldats.

Notes et références modifier

  1. (en) Fred S. Kleiner, Helen Gardner, Gardner's Art Through the Ages: A Global History, Wadsworth Publishing Co Inc, 14th revised edition, 2012, p. 874.
  2. Analyse des Joueurs de Skat d'Otto Dix.
  3. a et b « " La guerre " (triptyque,1929-1932) d'Otto Dix (1891-1969) », sur France Culture, (consulté le )
  4. Adelin Guyot, Patrick Restellini, L'Art nazi : un art de propagande, Complexe, 1996, p. 59
  5. (de) Jahrbuch 1968, Staatliche Kunstsammlungen Dresden, 1968.
  6. profAbbal, « Otto DIX, La Guerre, 1929-1932 - L'Histoire des Arts au Collège Abbal », L'Histoire des Arts au Collège Abbal,‎ (lire en ligne, consulté le ).

Article connexe modifier

Liens externes modifier