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La Fleur blanche, était une maison close de la ville de Paris située au 6 rue des Moulins, dans le 1er arrondissement. Elle était notamment fréquentée par Toulouse-Lautrec (où il avait une chambre à demeure, selon la légende[1]). Cet établissement était célèbre pour le superbe décor de ses chambres, et pour sa salle des tortures située dans la cave.

Sommaire

Origines de l'établissementModifier

L'immeuble fait partie d'un ensemble élevé sous Louis XIV (vers 1667-1677) sur l'ancienne butte des Moulins, qui fut arasée et lotie par les soins de l'architecte Villedo ; la rue prit le nom de "rue Royale Saint-Roch". Toutes les maisons étaient ornées d'arcades au rez-de-chaussée ; celle-ci portait alors le n° 3. Selon une légende, sans doute propagée par l'établissement et rapportée dans le roman Moulin Rouge, qui s'appuie sur la vie de Toulouse-Lautrec, la maison aurait été la "folie" (maison de plaisance) d'un financier de la Régence, qui y logeait une "belle laitière". En réalité, elle appartint à Jacques Raudot, ancien intendant du Canada[2], et à son fils, qui fut effectivement directeur de la Compagnie des Indes en 1718 : mais ni l'un ni l'autre ne semblent avoir été des libertins, le premier étant déjà âgé lors de son acquisition en 1713, le second était plutôt janséniste. Elle ne fut pas davantage "l'hôtel de la présidente de Bussy" citée dans les guides[3], cette dernière habitait le n°8[2]. Antoine-Denis Raudot , mort célibataire en 1738, la légua à son avocat pour remboursement de dettes prétendues (on cherchait déjà à échapper au fisc). En 1772, elle appartenait à M. Audoux[2]. On perd ensuite sa trace.

Sous la Révolution, la rue Royale prit le nom de la "rue des Moulins" dont elle formait le prolongement. La maison ne devint un bordel que sous le Second Empire, vers 1860[3], en profitant du percement de l'avenue de l'Opéra et de la proximité du Palais des Tuileries. Au début du XXe siècle, un certain Monsieur Armand y fit d'importants aménagements, embellit la façade (décor en stuc de frontons, corniches et angelots, supprimé lors de la restauration drastique de 1960), aménagea le bel escalier dont la cage fut ornée de pilastres en marbre rouge, à l'imitation des passages voisins, et plusieurs chambres somptueusement décorées et meublées selon différents thèmes (Renaissance, mauresque, chinoise...). On y trouvait, parait-il, le lit de la marquise de Païva[4].

La fin de la Rue des MoulinsModifier

Article détaillé : Paris sous l'Occupation allemande.

L'établissement, l'un des plus luxueux de la capitale, fut réquisitionné par l'armée allemande pour le réserver à ses officiers, tout comme Le Chabanais, le Sphinx ou le One Two Two. À la fermeture, tout son mobilier fut dispersé dans une vente aux enchères menée le 30 octobre 1946 par Maurice Rheims, comme pour le Chabanais. Un peu plus tard, il fut vendu en appartements et les principaux décors disparurent, sauf ceux de l'escalier.

La rue des Moulins dessinée par Toulouse-LautrecModifier

Le peintre y peignit sur les murs en particulier la Griserie de la belle inconnue, et il y puisa son inspiration pour une quarantaine de peintures et dessins, dont Salon de la rue des moulins (1894), Le Sofa (1894) ou encore Monsieur, Madame et le chien, couple de tenanciers de maison close (1893).

Il peignit également les prostituées de la rue des moulins au moment de l'inspection médicale à laquelle elles étaient obligées de se soumettre régulièrement. Dans Inspection médicale rue des Moulins (1894), deux filles de joie lèvent leurs chemises tandis qu'une troisième en kimono turquoise s'éloigne. Un médecin venait leur infliger un examen médical hebdomadaire dans des conditions d'hygiène déplorables, les auscultant avec un spéculum non désinfecté à usage unique[5].

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Notes et référencesModifier

  1. Les maisons closes, émission Deux mille ans d'Histoire sur France Inter le 20 octobre 2010.
  2. a b et c Brette (Armand), Atlas de la censive de l'Archevêché dans Paris, Paris, Impr. Nationale, coll. « Histoire de Paris (Coll. verte) », , feuille 14
  3. a et b Hillairet (Jacques), Dictionnaire historique des rues de Paris, Paris, Ed. de Minuit, 1985 (8e édition), to. 2, p. 168
    Pour citer les propriétaires, l'auteur utilise sans contrôle les affirmations de guides antérieurs ; la leçon de "L'Atlas de la censive" parait préférable..
  4. Romi, Maison closes
  5. Douglas Cooper, Henri de Toulouse-Lautrec, Nouvelles Editions Françaises, , p. 41

BibliographieModifier

Articles connexesModifier