L'Ora (en français : L'Heure) est un ancien quotidien sicilien publié à Palerme qui a été fondé en 1900 et a cessé de paraître en 1992. Dans les années 1950-1980, le journal s'est illustré par ses articles et ses enquêtes sur la mafia sicilienne.

FondationModifier

Le journal est créé à l'initiative de la famille Florio de Palerme, riches industriels ayant des intérêts dans le transport maritime, la construction navale, le commerce et l'industrie du vin, de la pêche, des mines, de la métallurgie et de la céramique[1]. Le premier numéro parait le . Le propriétaire officiel était Carlo Di Rudinì, le fils de l'ancien premier ministre d'Italie, Antonio di Rudinì, mais le principal actionnaire et financier était Ignazio Florio[1].

La direction politique du journal a été généralement républicaine et progressiste, représentant la classe moyenne sicilienne[1]. Après la Première Guerre mondiale, la ligne éditoriale s'est positionnée contre la montée du fascisme. En , après l'attentat manqué contre Benito Mussolini à Bologne, le journal est interdit comme tous les autres journaux anti-fascistes[1].

L'Ora reparaît en , sous la direction de Nicola Pascazio, proche du régime fasciste, ancien rédacteur en chef d’Il Popolo d'Italia, l'organe du Parti national fasciste, avec le sous-titre Le Journal fasciste de la Méditerranée. L'invasion alliée de la Sicile en entraîne la suspension du journal, mais sa publication reprend le [1].

Le journal change plusieurs fois de propriétaires. En 1954, la veuve du dernier propriétaire vend le journal à la société GATE, détenue par le Parti communiste italien et dirigé par Amerigo Terenzi, déjà responsable du journal Paese Sera[1].

Années d'orModifier

Le journal connait son âge d'or sous le rédacteur en chef Vittorio Nistico, qui l'a dirigé entre 1954 et 1975. Durant cette période, le journal publie de nombreux rapports d'enquêtes sur la Mafia Sicilienne, à une époque où l'organisation est peu médiatisée[2],[3].

En 1958, L'Ora publie une série d'enquêtes des journalistes Felice Chilanti, Mario Farinella, Enzo Lucchi, Michele Pantaleone, Castrense Dadò et Enzo Perrone sur la montée de la Mafia et de son chef Luciano Liggio à Corleone après le meurtre du patron précédent Michele Navarra en . Les représailles de Liggio sont immédiates : le  à 4 h 52, une bombe de cinq kilos de TNT explose devant le bureau du journal et détruit la moitié de la presse à imprimer. Deux jours plus tard, le journal est de nouveau édité, titrant en première page : « La mafia nous menace, l'enquête se poursuit[4] ».

Le journal paye cette position au prix du meurtre de trois de ses journaliste : Cosimo Cristina, tué le lors d'une enquête sur la Mafia dans le secteur de Termini Imerese, Mauro De Mauro disparu le , lors de l'enquête sur l'implication de la Mafia dans la mort du président de l'Eni Enrico Mattei, et Giovanni Spampinato, tué le , pour ses recherches dans les activités néofascistes et de contrebande de la Mafia le long de la côte est de la Sicile[1],[2].

DéclinModifier

Dans les années 1970, le journal connaît des premières difficultés financières. Il est plus vulnérable à la concurrence de la télévision que son principal concurrent, le Giornale di Sicilia. Il a également perdu le soutien de la PCI qui préfère se concentrer sur sa principale publication L'Unità en essayant d'accommoder les Chrétiens-Démocrates (DC) à l'époque du compromis historique[5].

En 1976, L'Ora inaugure la publication matinale mais les coûts engendrés s'avèrent excessifs et en 1979, le PCI décide l'arrêt du journal. L'Ora, cependant, « refuse de mourir ». Une coopérative de journalistes et de sympathisants obtiennent le droit d'utiliser le titre et une coopérative de travailleurs celui d'utiliser l'équipement dans l'espoir d'acquérir l'indépendance financière et éditoriale[1]. Néanmoins, en 1980, le Giornale di Sicilia affaiblit le journal en embauchant quatre de ses jeunes et prometteurs journalistes (Roberto Ciuno, Francesco La Licata, Daniele Billiteri et Franco Nicastro) pour former un nouveau centre d'investigation criminelle concurrençant celui de L'Ora sur ses principaux sujets d'actualité[5].

Économiquement, le journal est maintenu en vie grâce à la NEM (Nuova Editrice Meridionale), une société formée par les coopératives en accord avec le Parti communiste qui reste propriétaire du titre et de l'équipement. Malgré les succès de la mise à niveau technique et de la rénovation du siège de Palerme, la rédaction et la gestion des problèmes mettent en évidence un problème de leadership. Bien que le journal ait connu un regain de ventes en 1992, le PDS (Partito Democratico della Sinistra - Parti démocrate de la gauche), le successeur du PCI, liquide L'Ora. Le dernier numéro est publié le [1].

DirecteursModifier

Chronologie[6],[7] :

CollaborateursModifier

RéférencesModifier

  1. a b c d e f g h et i (it) L'Ora: la sua storia, Agave (Contributo allo studio delle fonti della storia dell'arte in Italia nel Novecento - Università degli Studi di Palermo)
  2. a et b (it) Ère de L'Ora della mafia dans prima pagina, La Stampa, le 18 juin 2012
  3. (it) L'Ora, il primo giornale che ha parlato di mafia, Rai Storia, avril 2, 2014
  4. (it) L'Ora, avvertimento al tritolo, La Sicile, le 14 juin 2009
  5. a et b Schneider & Schneider, Réversible Destin, p. 62
  6. (it) « Storia del'Ora », sur accadeinitalia.it (consulté le ).
  7. (it)Direttori, dal sito dell'Università di Palermo

BibliographieModifier

  • (it) Giuliana Saladino Romanzo Civile, Sellerio, 2000
  • (it) Vittorio Nisticò Accadeva in Sicilia - Gli anni ruggenti dell'« Ora » di Palermo, Sellerio, 2001. (ISBN 88-389-1410-9).
  • (it) Vittorio Nisticò L'Ora dei ricordi, Sellerio, 2004. (ISBN 88-389-1900-3).
  • (it) Gabriella De Marco, L'Ora. La cultura in Italia dalle pagine del quotidiano palermitano (1918-1930). Fonti del XX secolo, Silvana editoriale, Cinisello Balsamo 2007
  • (it) Antonio Calabrò, Cuore di cactus, Sellerio, 2010
  • (it) Giuseppe Sottile, Nostra signora della necessità, Einaudi Stile Libero. 2006
  • (it) Gabriella De Marco, L'Ora di Palermo 1909-1943. Lo spoglio degli articoli su F. T. Marinetti e il futurismo e sulla Biennale di Venezia. Fonti del xx secolo, Silvana editoriale, Cinisello Balsamo 2010
  • (it) Roberto Rossi, Era l'Ora. Diario civile del Novecento siciliano, in Problemi dell'Informazione 2/2007, Il Mulino, Bologne.
  • (it) Roberto Rossi, Sotto il segno della precarietà. Il lento declino de L'Ora. Colloquio con Franco Nicastro, in Problemi dell'Informazione 2/2007, Il Mulino, Bologne.
  • (it) Franco Nicastro - Michele Figurelli (a cura), Era L'Ora, XL, 2013

Liens externesModifier

  • (it) sicilianrenaissance, « L'Ora », sur archive.org, (consulté le )