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L'historiographie de l’histoire des femmes étudie l'évolution de la place de la femme dans l'Histoire. Le mouvement de l'histoire des femmes apparaît à la fin du XIXe et au début du XXe siècle. Le but principal était de rendre les femmes visibles dans l’Histoire. Ce courant s’inscrit dans la montée des socialismes et dans la volonté des historiens d'étudier les minorités absentes de l’Histoire. Par la suite, lors de son développement durant la seconde moitié du XXe siècle, l'histoire des femmes cherche leur libération en bouleversant les concepts et les méthodes de l'historiographie[1]. Le mouvement tente ainsi de donner une existence aux femmes à la fois dans leur vie quotidienne et dans l'Histoire. Les femmes sont étudiées dans leurs rapports aux hommes, à la famille, à la société et dans leur existence propre en tant qu'individu[2],[3].

Sommaire

Historiographie de l'Histoire des femmesModifier

Naissance et origineModifier

L'histoire des femmes est née pendant la seconde moitié du XIXe siècle. Elle apparaît en réaction à l'invisibilité des femmes dans les travaux scientifiques. En effet, malgré l'existence de quelques ouvrages isolés, les femmes sont rarement traitées comme sujet de recherche[4]. Leurs vies et leurs conditions sont totalement absentes de l'Histoire. En outre, très peu d'entre elles ont accès à une éducation universitaire qui leur permettrait d'être auteurs de travaux scientifiques[5],[6].

Dans les différents pays, le contexte dans lequel apparaît l'histoire des femmes est très large. Cependant, le point commun est l'influence du mouvement féministe dans l'augmentation de l'intérêt pour cette histoire. L'histoire des femmes naît ainsi dans un contexte militant, historiographique et social. Elle a plusieurs buts : signaler le caractère masculin des sources, montrer l'oppression dont étaient victimes les femmes et enfin, les rendre visibles en faisant d'elles des actrices de l'histoire. Dans les années 1950, différents auteurs engagés dans le mouvement féministe font les premières recherches sur les femmes, mais elles restent toutefois marginalisés. Il y a un réel décalage entre la réalité sociale des années d'après-guerre (comme l'acquisition du droit de vote) et le vide dans l'historiographie de l'histoire des femmes. Les historiens ne peuvent rester indifférents aux changements comme la modification du statut des femmes et de leurs droits [7],[8]. Mais pour que l'histoire des femmes s'impose, il faut des cadres intellectuels. Dans la première moitié du XXe siècle, il y a un nombre très réduit, voire inexistant de femmes présentes dans les universités[9].

Avant 1960, des chercheurs comme Ivy Pinchbeck en Angleterre, Mary Beard aux États-Unis et Léon Abensour en France, publient des travaux pionniers traçant les bases à partir desquelles l'Histoire des femmes va se développer. Ils désirent ainsi comprendre les structures sociales, politiques et légales qui ont mis en place l'inégalité des femmes dans la société. Ils démontrent également que les femmes ont été agents de l'Histoire. La London School Economics est un lieu important où des universitaires étudient ensemble de 1910 à 1935 l'impact de l'industrialisation sur le travail des femmes. Les différents travaux issus de cette étude vont guider les historiens et préfigurer les thèmes traités par la suite durant la seconde vague[10].

EvolutionModifier

La seconde vague de l'histoire des femmes est liée aux mouvements sociaux de la fin des années 1960. Ce développement s'initie aux États-Unis avec le mouvement de libération de la population Afro-américaine et les protestations anti-guerre, et en Europe occidentale avec les grèves et mouvements étudiants du printemps 1968[11]. Alors que les prémices de l'histoire des femmes n'étaient que marginaux et isolés, le mouvement prend son essor avec l'apparition des femmes sur la scène publique[12]. Ces dernières ont acquis des droits et des responsabilités depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Ceux-ci leur permettent de s'épanouir, d'affirmer leur indépendance et de devenir des actrices politiques, économiques, sociales et culturelles dans leur communauté et dans le monde. Après avoir obtenu le droit de vote, la suppression de la Puissance maritale et d'autres avantages, les femmes ont pu accéder aux écoles secondaires et à l'enseignement supérieur[13]. Elles s'intègrent alors progressivement dans toutes les professions et acquièrent la maîtrise de leur vie par le contrôle de leur fécondité et sexualité[14]. L'histoire des femmes évolue ainsi en un mouvement intellectuel large et soutenu par une production scientifique conséquente[15].

Dans de nombreux pays, ce qui est considéré comme la seconde vague de l'histoire des femmes en Europe et aux États-Unis, est en réalité le début de ce type d'histoire. En effet, en Australie et au Japon par exemple, le féminisme est apparu par l'influence des mouvements occidentaux. Dès lors, vu que les prémices du féminisme entre le XIXe siècle et 1960 n'ont pas eu d'impact et de portée internationale, ces pays n'ont pas connu les revendications féminines avant les années 1970[16].

Histoire du genreModifier

Dès 1986, une des pionnières, Joan Wallach Scott, considère le genre comme une catégorie d'analyse en histoire. Un conflit se dessine entre les chercheurs faisant de l'histoire des femmes dans un militant et ceux qui impliquent l'étude des hommes à l'étude des femmes, comme Natalie Zemon Davis et Michelle Perrot. Avec l'histoire du genre, les historiens sont passés de l'étude d'un groupe social spécifique, les femmes, à l'étude des relations sociales entre les sexes[17]. Ils étudient ainsi l'interaction des femmes et des hommes dans leur vie personnelle et publique. C'est l'histoire de la construction sociale, à travers discours et pratiques, des catégories du masculin et du féminin.

L'histoire du genre est liée et est indispensable à l'histoire des femmes. Elle ne se confond pas avec cette dernière et ne remplace pas non plus une histoire sociale des femmes. Car l'enjeu propre à l'histoire des femmes est de constamment étendre les limites de la mémoire du passé et d'ainsi surmonter une "pénurie des faits". Aujourd'hui, l'histoire des femmes est considérée comme une branche de l'histoire du genre, bien que certains chercheurs aimeraient l'en affranchir[18].

Il est dès lors intéressant de s'interroger sur la définition du terme "genre", qui pose souvent problème et est régulièrement un sujet à controverse. L'Organisation Mondiale de la Santé propose actuellement cette définition-ci : « le genre se réfère à la construction sociale des rôles, des comportements, des activités et des attributs qu'une société considère comme appropriés pour les hommes et les femmes »[19]. L'histoire des femmes, liée à l'histoire du genre, a donc pour but de retracer l'évolution de la place de la femme dans l'Histoire, non seulement à travers des cas spécifiques mais, également, à travers les diverses représentations celle-ci et des normes qui ont découlé de ces représentations. La femme, tout comme l'homme, développe son genre, qui peut être considéré, d'après la sociologue britannique Ann Oakley, comme un attribut psychologique et culturel, aboutissement d’un processus social au cours duquel l’individu acquiert les caractéristiques du masculin ou du féminin.[20] Il est donc important, lorsque l'on étudie l'histoire des femmes, de ne pas omettre l’étude de ces normes ni les différentes représentations de la femme au fil des siècles, car celles-ci ont permis aux femmes qui leur étaient contemporaines de se définir en tant que femme.

Histoire des masculinitésModifier

En réponse à l'intérêt pour l’histoire des femmes, apparait à la fin des années 1980 l’étude de l’histoire des masculinités. Les premières études dites « masculines » mettent ainsi en évidence la souffrance des hommes, devant se conformer à des modèles, à des standards masculins[21]. Selon Natalie Zemon Davis, l’histoire des hommes est indispensable à toute histoire féminine l’histoire de la masculinité visant à conceptualiser la construction mutuelle de la féminité et de la masculinité. Alain Corbin soutient quant à lui que les identités de genre se construisent mutuellement, c’est-à-dire que la représentation d’un sexe par l’autre et sa propre représentation ne se construisent jamais indépendamment de l’autre. Pour lui, il faut donc prendre en compte l’histoire de la sexualité, car on ne peut pas comprendre la souffrance des femmes sans s’intéresser à l’oppression sociale et familiale qui construisait l’identité et la sexualité des hommes comme des femmes[22].

MéthodologieModifier

Quelles sources pour écrire l'histoire des femmes ?Modifier

La grande difficulté pour faire l'histoire des femmes est que ces dernières sont absentes et silencieuses dans les sources, dans les fonds d'archives, etc. Nous n'avons quasiment aucun témoignage direct de leur part, et a fortiori beaucoup d'écrits d'hommes sur les femmes (médecins, pédagogues, hommes de loi). Malgré cela, on réussit tout de même à écrire l'histoire des femmes, notamment grâce aux archives judiciaires, celles-ci mentionnant des femmes et qui ont, parfois, l'avantage de leur donner la parole. Il est également possible de lire en filigrane l'histoire des femmes dans d'autres types de sources tels leurs papiers personnels (correspondance, journaux intimes, livres de compte, photographies)[23]. De plus, ces deux derniers siècles les femmes ont été de plus en plus présentes dans des périodiques, des lettres, des ouvrages[24].

Historiens et historiennesModifier

  • En Europe, nous pouvons relever les historiens et historiennes suivants : Brigitte Mazohl-Wallnig, Patricia Grimshaw, Eliane Gubin, Eliane Gubin, Cécile Dauphin, Michelle Perrot, Efi Avdela, Mary Cullen, Paola Di Cori, Ingeborg Floystad, Yvonne Hirdman, Regina Wecker, Anne Stott, Jane Rendall, Ruth Watts, Andrea Feldman.
  • Pour l'Asie : Aparna Basu, Guli Francis-Dehqani (en), Noriyo Hayakawa.
  • Pour l'Océanie : Ann Curthosy et Anne Summers.
  • Pour l'Amérique : Ruth Roach Pierson, Kate Millett et Phyllis Stock-Morton.

BibliographieModifier

  • Corbin Alain, « Le sexe "en deuil" et l'histoire des femmes au XIXe siècle », dans Michelle Perrot (dir.), Une histoire des femmes est-elle possible ?, Marseille, 1984.
  • Davis Kathy, Evans Mary et Lorber Judith, Handbook of gender and women's studies, London, Sage, 2010.
  • Delacroix Christian, « Espaces Temps et l’histoire de la femme », dans Clio. Femmes, Genre, Histoire, n° 16, 2002, p. 111 à 118.
  • Downs Laura Lee, Writing Gender History, Oxford university press, Londres, 2004 (Writing History).
  • Duby Georges et Perrot Michelle, Femmes et histoire, Paris, Plon, 1993.
  • Duby Georges et Perrot Michelle (dir.), Histoire des Femmes en Occident, Paris, Tempus, 2002.
  • Fraisse Geneviève. La raison des femmes, Paris, Plon, 1992.
  • Fraisse Geneviève. Les femmes et leur histoire, Folio Gallimard, 1998.
  • Gubin Eliane, Choisir l'histoire des femmes, Bruxelles, Université de Bruxelles, 2007 (Histoire).
  • Klapisch-Zuber Christiane, Georges Duby et l'histoire des femmes, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 1989 (Clio ; Histoire, femmes et société ; 8).
  • Morgan Sue, Women, religion, and feminism in Britain. 1750-1900, Basingstoke, Palgrave MacMillan, 2002.
  • Offen Karen, Globalizing feminisms. 1789-1945, London, Routledge, 2010 (Rewriting histories).
  • Offen Karen, Pierson Ruth Roach et Rendall Jane, Writing women's history: international perspectives, Basingstoke, MacMillan, 1992.
  • Perrot Michelle, Mon histoire des femmes, Paris, Seuil, 2008.
  • Perrot Michelle (sous la dir.), Une histoire des femmes est-elle possible ?, Paris, Rivages, 1984.
  • Perrot Michelle e.a. (ed.), « Culture et pouvoir des femmes : essai d'historiographie », dans Annales. Économies, Sociétés, Civilisations, n° 2, 1986, p. 271-293.
  • Porhel Vincent et Zancarini-Fournel Michel, 68' : révolutions dans le genre ?, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 2009 (Clio ; Histoire, femmes et société ; 29).
  • Spongberg Mary, Writing women's history since the Renaissance, New York, Palgrave, 2002.
  • Thébaud Françoise et Corbin Alain, Écrire l’histoire des femmes et du genre. Lyon, Ecole Normale Supérieure, 2007.
  • Tillier Annick (coord.), Des sources pour l'histoire des femmes : guide, Paris, Bibliothèque nationale de France, 2004.
  • Virgili Fabrice, « L’histoire des femmes et l’histoire des genres aujourd’hui », dans Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n°75, 2002/3, p. 5-14.

Sources pour l'histoire des femmesModifier

En 1984, Françoise Blum, Colette Chambelland et Michel Dreyfus, publient un guide des sources documentaires sur les mouvements de femmes pour la période 1919-1940[25].

Françoise Thébaud publie en 2004, un guide des sources documentaires pour la recherche et l'enseignement de l'histoire des femmes[25].

C'est pour faciliter la recherche sur l'histoire des femmes, domaine pluridisciplinaire qu’il n'est pas toujours facile d'appréhender que la Bibliothèque nationale de France publie un guide Des sources pour l’histoire des femmes, en 2004. Ce guide présente les principales ressources documentaires ou bibliographiques francophones qui peuvent constituer un corpus de sources et documents pour l'histoire des femmes[26].

En 2008, Christine Bard, Annie Metz, Valérie Neveu publient le Guide des sources de l'histoire du féminisme. Cet ouvrage recense les fonds d'archives publiques, les fonds repérés dans les associations, les bibliothèques, les musées et les centres d’archives privées ainsi que les sources audiovisuelles [25].

RéférencesModifier

  1. Gubin Eliane, Choisir l'histoire des femmes, Bruxelles, Université de Bruxelles, coll. « Histoire », , p. 61-62
  2. (en) Downs Laura Lee, Writing Gender History, London, Oxford university press, coll. « Writing History », , p.9-10
  3. Gubin Eliane, Choisir l'histoire des femmes, Bruxelles, Université de Bruxelles, coll. « Histoire », , p. 48-49
  4. Perrot Michelle, Mon histoire des femmes, Paris, Seuil, 2008, p.22.
  5. Virgili Fabrice, « L’histoire des femmes et l’histoire des genres aujourd’hui », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, no 75,‎ , p. 6
  6. (en) Downs Laura Lee, Writing Gender History, London, Oxford university press, coll. « Writing History », , p. 1
  7. Virgili Fabrice, « L’histoire des femmes et l’histoire des genres aujourd’hui », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, no 75,‎ , p. 6-8
  8. (en) Offen Karen, Pierson Ruth Roach et Rendall Jane, Writing women's history: international perspectives, Basingstoke, MacMillan, , p. 20
  9. Gubin Eliane, Choisir l'histoire des femmes, Bruxelles, Université de Bruxelles, coll. « Histoire », , 46 p.
  10. (en) Downs Laura Lee, Writing gender history, Londres, Oxford university press, coll. « Writing History », , p. 9 et 11
  11. (en) Downs Laura Lee, Writing Gender History, London, Oxford university press, coll. « Writing History », , p. 20-21
  12. (en) Downs Laura Lee, Writing Gender History, London, Oxford university press, coll. « Writing History », , p. 1-8
  13. Perrot Michelle , Mon histoire des femmes, Paris, Seuil, 2008, p.22.
  14. Gubin Eliane, Choisir l'histoire des femmes, Bruxelles, Université de Bruxelles, coll. « Histoire », , p. 60-61
  15. (en) Downs Laura Lee, Writing Gender History, London, Oxford university press, coll. « Writing History », , p. 21
  16. (en) Offen Karen, Pierson Ruth Roach et Rendall Jane, Writing women's history: international perspectives, Basingstoke, MacMillan, , p. xix-xxii
  17. (en) Downs Laura Lee, Writing Gender History, Londres, Oxford university press, coll. « Writing History », , p. 70-73 et 184
  18. Duby Georges et Perrot Michelle, Femmes et histoire, Paris, Plon, , p. 25
  19. (en) « Gender, equity and human rights », sur WHO - World Health Organization (consulté le 17 décembre 2018)
  20. (en) Oakley Ann, Sex, Gender and Society, Londres, Temple Smith,
  21. Corbin Alain, « Le sexe "en deuil" et l'histoire des femmes au XIXe siècle », dans Michelle Perrot (dir.), Une histoire des femmes est-elle possible ?, Marseille, 1984.
  22. Downs Laura Lee, Ibid, p. 74-76
  23. Thébaud Françoise et Corbin Alain, Écrire l'histoire des femmes et du genre, Lyon, Ecole Normale Supérieure, , p. 71
  24. Thébaud Françoise et Corbin Alain, Ibid, p. 72
  25. a b et c Rochefort Florence, « Christine Bard, Annie Metz, Valérie Neveu (dir.), Guide des sources de l'histoire du féminisme », Clio. Histoire‚ femmes et sociétés,‎ (lire en ligne)
  26. « Des sources pour l’histoire des femmes : un guide de la Bibliothèque nationale de France à (re)découvrir », L'Histoire à la BnF,‎ (lire en ligne, consulté le 18 décembre 2017)

Voir aussiModifier