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Heures de Louis de Laval

livre d'heures enluminé
Heures de Louis de Laval
Heures de Louis de Laval - BNF Lat920 f2r (Dieu créateur de la terre).jpg
Dieu créateur de la terre, f.2r
Artiste
Jean Colombe, Maître du Missel de Yale et deux autres artistes anonymes
Date
vers 1470-1475 puis 1480-1485
Commanditaire
Technique
Enluminures sur vélin
Dimensions (H × L)
24,5 × 17,5 cm
Format
342 folios reliés
Collection
N° d’inventaire
Latin 920
Localisation

Les Heures de Louis de Laval sont un livre d'heures commandé à Bourges par Louis de Laval (1411-1489) à l'enlumineur Jean Colombe et plusieurs autres collaborateurs. Décoré, en deux campagnes, de 1234 miniatures dont 137 en pleine page, il constitue le livres d'heures le plus richement décoré de son époque. Il est conservé à la Bibliothèque nationale de France sous la cote Latin 920.

Sommaire

HistoriqueModifier

Le manuscrit est commandé par le seigneur bibliophile Louis de Laval : l'ouvrage contient de nombreuses marques de propriété comme ses armes entourées du collier de l'ordre de Saint-Michel, notamment à toutes les pages du calendrier et sur deux miniatures en pleine page (f.39v et f.50). Il est aussi portraituré à deux reprises : sur un bifolio placé au début des heures de la Vierge, il est représenté, sous des traits âgés, agenouillé en prière devant la Vierge à l'Enfant (f.50v-51r) ainsi que dans la même position mais sous des traits plus jeunes, devant son tombeau, au f.334v. Pour ce décor, le seigneur, qui possède un fief à Vierzon, fait appel à Jean Colombe, un enlumineur installé à Bourges à qui il a commandé plusieurs autres manuscrits par ailleurs. L'artiste réalise le décor à l'occasion de deux campagnes, vers 1470 puis vers 1480[1].

À la mort du seigneur le 21 août 1489, le manuscrit est légué par ce dernier à Anne de France fille du roi Louis XI et épouse de Pierre II de Bourbon, dont il était un proche. François Robertet, secrétaire du duc de Bourbon, rapporte cette information dans une inscription à la fin de l'ouvrage (f.342v). Anne de France possédait elle-même un livre d'heures enluminé par Jean Colombe (Morgan Library and Museum, M.677). Il passe ensuite en possession de la fille d'Anne, Suzanne de Bourbon et de son époux Charles III de Bourbon, connétable de France. L'ensemble des biens de ce derniers sont saisis par François Ier en 1523 à la suite de sa défection. Le livre d'heures ne figure pas pourtant dans l'inventaire des livres du château de Moulins car les livres de la duchesse ne devaient pas être conservés sur place. Le livre est ainsi intégré à la bibliothèque royale. Il est aussitôt extrait de cette bibliothèque pour rentrer dans la bibliothèque personnelle de François Ier, lui attribuant le numéro 255. Il passe ensuite peut-être par la chapelle royale puis réintègre la bibliothèque royale. Sa reliure actuelle date de l'époque d'Henri IV[1],[2].

DescriptionModifier

Composition de l'ouvrageModifier

L'ouvrage contient les chapitres suivants :

  • f.1-4v : Un cycle de miniatures en pleines page représentant des scènes de la Création (ce cycle d'illustrations bibliques continue par des miniatures en bas de page jusqu'à la fin de l'ouvrage de la Genèse jusqu'au livre de Daniel, sauf aux f.17-29v)
  • f.5-16v : calendrier, avec des saints angevins et tourangeaux
  • f.17-29v : cycle de miniatures en pleine page représentant les Sibylles
  • f.30-49v : extraits des évangiles (Jean, Luc, Matthieu, Marc), prières à la Vierge Obsecro te et O Intemerata
  • f.51v-176v : les heures de la Vierge à l'usage de Rome, les psaumes de pénitence
  • f.177-189v : les litanies de Tours
  • f.190-252v : l'office des morts à l'usage de Rome
  • f.252v-322v : suffrages des saints
  • f.323-328v : « Les dix commandements de La loi » ; « Les cinq cens de nature » ; « Les sept œuvres de miséricorde » ; « Les sept sacrements » ; « Les sept vertus contre les sept pêchés mortels » ; « Les douze articles de la foi ».
  • f. 329-341v : Épître de saint Paul aux Corinthiens, Passion selon saint Jean et fragments d'évangile (en français).

IconographieModifier

Ce livre d'heures en latin est un très gros volume de 342 folios soit 684 pages. Avec 1284 miniatures, presque tous les espaces disponibles de l'ouvrage en dehors du texte sont occupés par des illustrations[1]. Il constitue ainsi l'un des livres d'heures comportant le plus d'illustrations[2].

Le manuscrit a été réalisé en plusieurs campagnes de décorations, entremêlées de manière complexe[1] : la première grande campagne vers 1470-1475 : 96 miniatures en pleine page marquant le début de chaque grand chapitre du livre d'heures (f.30 à 342) ainsi que les miniatures situées dans les marges latérales du texte. Ces décorations sont réalisée d'abord par le Maître du Missel de Yale (f.300 à 312) et son atelier puis par Jean Colombe, aidé de deux collaborateurs de style fouquetien pour les visages des personnages. Très peu de temps après, est ajouté le cycle des sibylles, par Jean Colombe en compagnie d'un des deux collaborateurs qui est intervenu encore une fois sur les visages des personnages. Cette campagne est fortement marquée par l'influence de Jean Fouquet, plusieurs composition du maître tourangeau étant reprises, du Livre d'heures d'Étienne Chevalier notamment[1].

La deuxième campagne, vers 1480-1485, voit l'ajout du cycle de scènes de la bible en ajoutant les 4 premiers feuillets au début de l'ouvrage puis en peignant chaque bas de page jusqu'à la fin du manuscrit et en ajoutant la description de chaque scène en français en haut de la page. À partir du f.252v, chaque page laissée blanche à la fin des sections du livre d'heures est remplie d'une scène toujours tirée du cycle de la Bible, en pleine page, accompagnées d'une légende de quelques lignes en bas de page. La partie du texte qui a parfois été recouvert par la nouvelle image est recopiée de la même écriture dans la partie supérieure. Cette deuxième campagne est de la main de Jean Colombe et de son atelier[1].

Postérité de l'œuvreModifier

Le manuscrit rencontre un écho artistique dans la région de Troyes au XVe siècle. Louis de Laval a en effet été le gouverneur de Champagne entre 1465 et 1473. Il a ainsi sans doute attiré l'attention de la bourgeoisie troyenne vers l'atelier de l'enlumineur de Bourges. L'iconographie du manuscrit se retrouve ainsi dans un autre livre d'heures enluminé par Jean Colombe pour un bourgeois de la ville de Troyes, Guyot le Peley (BM de Troyes, Ms.3901)[3]. Il y reprend le même cycle de l'histoire biblique en bas de page. Cependant, on ne peut pas assurer que les miniatures des Heures de Louis de Laval sont plus anciennes que dans ce dernier manuscrit. Par ailleurs, l'iconographie du livre d'heures a influencé l'enluminure troyenne : dans les Heures de Simon Liboron (coll. part.) enluminées vers 1485 par un maître anonyme de la ville désigné sous le nom de Maître de Guyot Le Peley, on retrouve la copie de la miniature représentant Bethsabée au bain[4].

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • François Avril et Nicole Reynaud, Les manuscrits à peintures en France, 1440-1520, BNF/Flammarion, , 439 p. (ISBN 978-2080121769), p. 330-332 (notice 179 de François Avril)
  • François Avril (dir.), Jean Fouquet, peintre et enlumineur du XVe siècle, catalogue de l'exposition, Paris, Bibliothèque nationale de France / Hazan, , 432 p. (ISBN 2-7177-2257-2), p. 388-394 (notice 52)
  • Claude Schaefer, « Nouvelles observations au sujet des Heures de Louis de Laval », Arts de l'Ouest, n° 1-2, p.33-68
  • François Avril, Maxence Hermant et Françoise Bibolet, Très riches heures de Champagne : l'enluminure en Champagne à la fin du Moyen Âge, Hazan, , 215 p. (ISBN 9782754101882), p. 170 (notice 38 par François Avril)
  • Maxence Hermant (dir.), Trésors royaux : La bibliothèque de François Ier, Rennes, Presses universitaires de Rennes, , 320 p. (ISBN 978-2-7535-4185-6), p. 201-202 (notice 79, par Mathieu Deldicque)

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

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Notes et référencesModifier