Hémorragie du post-partum

Perte de sang suite à l'accouchement
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Hémorragie de la délivrance
Description de l'image NASG rocket girl photo.jpg.
Spécialité ObstétriqueVoir et modifier les données sur Wikidata
CISP-2 W17Voir et modifier les données sur Wikidata
CIM-10 O72
CIM-9 666
eMedicine 275038Voir et modifier les données sur Wikidata
MeSH D006473
Patient UK Postpartum-haemorrhage

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Les hémorragies du post-partum (HPP) se divisent en HPP précoce ou hémorragie de la délivrance, et HPP tardive. La très grande majorité des HPP sont des HPP précoces.

Une hémorragie de la délivrance est définie par l'OMS comme une hémorragie d'origine utérine, survenant dans les 24 heures suivant l'accouchement, et responsable d'une perte sanguine estimée à au moins 500 millilitres[1]. C'est une complication redoutable de l'accouchement qui concerne 5 % des femmes et est la première cause de mortalité maternelle liée à la grossesse en France[2] et dans le monde.

L’Enquête Confidentielle sur les Morts Maternelles (ENCMM), analysant la période 2010-2012 et menée par l’équipe Inserm EPOPé « Équipe de Recherche en Épidémiologie Obstétricale, Périnatale et Pédiatrique » du Centre de Recherche Épidémiologie et Statistique Sorbonne Paris Cité (Unité 1153 CRESS) montre que sur les 24 femmes décédées en France entre 2010 et 2012 d'une hémorragie de la délivrance, 12 sont des décès évitables c'est-à-dire qu'une meilleure prise en charge aurait pu éviter la mort maternelle.

Description généraleModifier

Dès l'expulsion, la sage-femme met un sachet destiné à recueillir le saignement. D'une façon générale, les pertes sanguines sont sous évaluées en l'absence de sachet entraînant un retard de la prise en charge des hémorragies. Un volume de saignement supérieur à 500 ml doit déclencher un protocole rigoureux et stéréotypé par l'équipe obstétricale responsable de l'accouchement. Tout retard de prise en charge ou de non respect du protocole peut aboutir à l’apparition de trouble important de la coagulation et/ou d'une hypovolémie avec possible arrêt cardiaque.

La surveillance du saignement après l’accouchement par la sage-femme est fondamentale.

PhysiopathologieModifier

L'expulsion du placenta au cours de la délivrance est une étape obligatoire pour assurer une bonne rétraction de l'utérus. Cette rétraction utérine collabe mécaniquement les petites artères intramyométriales qui alimentaient le placenta. Cette hémostase mécanique est connue sous le nom de ligature vivante de Pinard. La délivrance physiologique doit respecter quatre points :

  • délivrance complète du placenta et de ses membranes ;
  • utérus vide ;
  • rétraction utérine satisfaisante ;
  • absence de troubles de la coagulation.

ÉtiologieModifier

Atonie utérineModifier

Un utérus atone est un utérus qui ne se rétracte pas bien après l'accouchement ; à la palpation abdominale, on retrouve un gros utérus mou au lieu d'un globe utérin ferme. L'atonie entraîne une mauvaise hémostase mécanique et un saignement prolongé des vaisseaux utérins. Elle peut être causée par un travail trop prolongé ayant épuisé le myomètre (ou au contraire un travail très rapide), une distension utérine pendant la grossesse (grossesse multiple, hydramnios, macrosomie, volumineux fibromes ), un nombre de grossesse élevé (multiparité), l'âge maternel avancé, une anesthésie profonde par halogénés.

Rétention placentaireModifier

L'utérus ne peut se rétracter s’il n'est pas totalement vide. C'est le cas lorsque la délivrance naturelle ne s'est pas faite, ou lorsque la délivrance est incomplète (présence de fragments de placenta ou de membranes dans l'utérus malgré la délivrance). Celle-ci est diagnostiquée par l'examen systématique du délivre par la sage-femme ou l'obstétricien à la recherche d'un cotylédon manquant ou de membranes non intègres. Au moindre doute, on effectue une révision utérine (la main est introduite dans l'utérus et l'explore intégralement, sous asepsie stricte et parfois anesthésie générale s'il n'existe pas d'analgésie avant la naissance). Si la délivrance ne s'est pas effectuée, on procède à une délivrance artificielle de la même façon que la révision utérine dans le but de décoller manuellement le placenta et de l'extraire de l'utérus.

Troubles de la coagulationModifier

Ils sont dominés par la coagulation intra vasculaire disséminée et la fibrinolyse. Ils peuvent entraîner à eux seuls une hémorragie de la délivrance.

Lésions cervicales et vaginalesModifier

Les saignements provenant des lésions des parties molles (vagin et col de l'utérus) peuvent perturber le diagnostic de l'hémorragie du post-partum. Il convient donc de vérifier devant tout saignement anormal l'absence de lésions à l'aide d'un examen sous valves et le cas échéant de procéder à la suture des lésions.

Facteurs de risqueModifier

Il existe une prédisposition génétique[3]. La présence d'un trouble de la coagulation ou la prise d'un médicament jouant sur la coagulation peut augmenter les saignements.

La prise d'un antidépresseur peu avant l'accouchement peut majorer le risque d'hémorragie du post-partum[4].

Prise en charge et traitementModifier

Prise en charge et traitement en FranceModifier

Chaque maternité de France doit élaborer un protocole de prise en charge. Ce protocole doit être discuté avec toute l'équipe médicale. Il prend en compte les disponibilités techniques et les compétences professionnelles du réseau de périnatalité. Le protocole fera l'objet d'un document écrit disponible pour tout le monde et dans toutes les salles d’accouchement. Il sera fortement encouragé d’apprendre par cœur les doses et les modalités thérapeutiques d'administration des différents substances utilisées.

Prise en charge et traitement fondés sur les références de la Haute Autorité de santé de 2004(HAS)[5] :

Traitement de première intentionModifier

L'hémorragie de la délivrance est une urgence thérapeutique, la rapidité de la mise en place d'un traitement efficace conditionne le pronostic vital.

  • si la délivrance est faite, il faut faire une révision utérine à la recherche d'un cotylédon aberrant. Cette révision utérine permet aussi d'enlever les caillots sanguins qui peuvent entraver une bonne rétraction utérine.
  • Si la délivrance n'a pas eu lieu, il faut procéder à une délivrance artificielle puis une révision utérine avec ou sans anesthésie[6]. Dans le cas d'une délivrance naturelle, la vérification de l'intégralité du placenta ainsi qu'une révision utérine systématique, toujours sous anesthésie, doit être effectuée.
  • Examen de la filière génitale sous valves à la recherche d'une plaie cervicale, vaginale, ou périnéale. Suture de toute plaie, même minime.
  • Perfusion d'ocytocine afin de favoriser la rétraction utérine, associée à un massage utérin.
  • Mesures de réanimation :
  • Surveillance du saignement, du globe utérin, de la tolérance maternelle.

En cas d'échecModifier

Après 30 minutes :

  • Perfusion de prostaglandines : molécules vasoconstrictrices,
  • Injection d' acide tranexamique 1 gramme en 10 minutes,
  • Recherche et traitement d'une anomalie de la coagulation,
  • Tamponnement utérin par ballonnet : selon le CNGOF, « il peut être proposé en cas d'échec des injections sulprostone et avant un recours à une prise en charge chirurgicale ou par radiologie interventionnelle »[7].

En dernière intentionModifier

Dans les hémorragies cataclysmiques résistantes au traitement, une sanction chirurgicale ou radio-interventionnelle doit être envisagée :

  • ligature chirurgicale des artères utérines (voire ligature des artères hypogastriques) ;
  • capitonnage utérin, technique simple permettant de comprimer l'utérus ;
  • embolisation des artères utérines par micro-particules pendant une artériographie (traitement uniquement possible dans les hôpitaux pourvus d'un plateau technique de radiologie interventionnelle et état stable de la patiente) ;
  • hystérectomie d'hémostase (ablation de l'utérus) en ultime intention, lorsque toutes les autres méthodes possibles ont échoué.

Prise en charge et traitement dans les pays à ressources limitéesModifier

PréventionModifier

Mesures de prévention en cas d'accouchement par césarienneModifier

  • En cas de césarienne, l’ocytocine (par voie IV ou IM) est l’utérotonique recommandée en prévention de l’HPP.[8].
  • La traction contrôlée du cordon est la méthode recommandée pour l’extraction du placenta en cas de césarienne[8]..

Mesures de prévention en cas d'accouchement par voie basseModifier

Mesures de prévention en FranceModifier

Mesures de prévention, selon le Collège national des gynécologues et obstétriciens français[9] :

  • délivrance dirigée par injection intraveineuse d'ocytocique soit au dégagement de l'épaule antérieure de l'enfant, soit après l'expulsion du placenta. (5 voire 10 UI selon les protocoles) ;
  • délivrance artificielle si la délivrance n'a pas eu lieu 30 minutes après l'accouchement ;
  • vérification de l'intégrité du placenta et des membranes.

Mesures de prévention dans les pays à ressources limitéesModifier

  • Dans les milieux où l’ocytocine n’est pas disponible, l’utilisation d’autres utérotoniques injectables (l’ergométrine/la méthylergométrine) ou du misoprostol par voie orale (600 µg) est recommandée[8].
  • Dans les milieux où il n’y a pas d’accoucheuse qualifiée ni d’ocytocine, l’administration de misoprostol (600 µg par voie orale) par les agents de santé communautaires et le personnel non médical est recommandée en prévention de l’HPP[8]..
  • Dans les milieux où des accoucheuses qualifiées sont disponibles, la traction contrôlée du cordon est recommandée dans les accouchements par voie basse si le prestataire de soins et la parturiente considèrent une légère réduction de la perte sanguine et de la durée de la délivrance comme importantes[8]..
  • Dans les milieux ne disposant pas d’accoucheuses qualifiées, la traction contrôlée du cordon n’est pas recommandée[8]..

StatistiquesModifier

L'hémorragie du postpartum est en France la principale cause de mortalité maternelle, avec un taux significativement plus élevé que la moyenne européenne[10].

L'hémorragie se produit dans moins de 3 % des accouchements[11] mais la proportion a tendance à croître[12]. Dans la moitié des hémorragies détectées, c’est « l’atonie utérine (en) » qui serait en cause. La principale technique de prévention consiste donc à administrer à la mère de l'ocytocine artificielle (ou du misoprostol) après la naissance du bébé, dans la mesure où elle n'est plus en mesure de produire spontanément assez d'ocytocine pour relancer les contractions de l'utérus. Quelques études épidémiologiques ont montré que le déclenchement du travail (amniotomie/ocytocines) et l'utilisation de forceps constituaient des facteurs de risque pour l'hémorragie du postpartum[13], mais la plupart des travaux n'ont pas inclus la mesure de ces variables à leur protocole expérimental[14].

Complications à long termeModifier

Une hypovolémie, si elle dure trop longtemps, peut entraîner un nécrose de la glande hypophysaire qui apparaît plusieurs mois après, c'est le syndrome de Sheehan.

Notes et référencesModifier

  1. Prise en charge active de la délivrance, Bibliothèque de Santé génésique de l'OMS
  2. Hémorragies du post-partum immédiat, Haute Autorité de Santé
  3. Oberg AS, Hernandez-Diaz S, Frisell T, Greene MF, Almqvist C, Bateman BT, Genetic contribution to postpartum haemorrhage in Swedish population: cohort study of 466 686 births, BMJ, 2014;349:g4984
  4. (en) Palmsten K, Hernández-Díaz, Huybrechts KF. et al. « Use of antidepressants near delivery and risk of postpartum hemorrhage: cohort study of low income women in the United States » BMJ 2013;347:f4877.
  5. Recommandations de la HAS pour la pratique clinique, Haute Autorité de Santé
  6. « Hémorragies du post-partum : recommandations du CNGOF pour la pratique clinique (décembre 2004) », Gynécologie Obstétrique & Fertilité, no 33,‎ , p. 268–274 (lire en ligne).
  7. CNGOF, « Recommandations pour la pratique clinique : Les hémorragies du post-partum (texte court) », sur cngof.asso.fr,
  8. a b c d e et f Organisation mondiale de la Santé 2014, Recommandations de l’OMS pour la prévention et le traitement de l’hémorragie du post-partum., Genève, OMS, 48 p. (ISBN 978 92 4 254850 1)
  9. Recommandations pour la pratique clinique, Collège national des gynécologues et obstétriciens français
  10. Une femme sur 11 000 meurt pendant la grossesse, l’accouchement, ou les 6 semaines suivantes. Cette statistique est basée sur la classification des maladies numéro 9 (CIM 9) de l'Organisation mondiale de la santé. Dans d'autres pays comme le Royaume-Uni, la mortalité maternelle est mesurée sur la base de la CIM 10 qui prend en compte les morts maternelles (autres qu'accidentelles) survenues dans les 12 mois qui suivent la naissance. Sur cette base, la principale cause de mortalité au Royaume-Uni est le suicide maternel. Source : (en) Lewis G (ed). Why Mothers Die 2000-2002. Sixth Report of the Confidential Enquiries into Maternal Deaths in the United Kingdom. Londres, RCOG Press, 2004. Voir le commentaire de l'AIMS à ce sujet.
  11. (en) Callaghan WM, Kuklina EV, Berg CJ, « Trends in postpartum hemorrhage: United States, 1994-2006 » Am J Obstet Gynecol, 2010;202:353. PMID 20350642
  12. (en) Knight M, Callaghan WM, Berg C et al. « Trends in postpartum hemorrhage in high resource countries: a review and recommendations from the International Postpartum Hemorrhage Collaborative Group » BMC Pregnancy Childbirth, 2009;9:55. PMID 19943928
  13. (en) Gilbert L, Porter W, Brown VA. « Postpartum haemorrhage - a continuing problem » Br J Obstet Gynaecol. 1987 Jan;94(1):67-71. PMID 3493028
  14. Voir la base de données de l'AFAR.