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Grotte de la Roche au Loup (Merry-sur-Yonne)

Ne doit pas être confondu avec la Grotte du Loup (site des grottes d'Arcy-sur-Cure, Yonne), le dolmen de la Roche aux Loups (Buthiers, Seine-et-Marne), ou le vallon de la Chambre au Loup (Iffendic, Ille-et-Vilaine).
Grotte de la Roche au Loup
Localisation
Coordonnées
Pays
Région
Département
commune
Massif
Vallée
Voie d'accès
D100, puis route de la ferme de Ravereau
Caractéristiques
Occupation humaine
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La grotte de la Roche-au-Loup est une grotte préhistorique à Merry-sur-Yonne dans l'Yonne, en Bourgogne, France.

Ses dépôts du Paléolithique moyen et supérieur, sa richesse en faune et sa position à la jonction entre la zone alpine et la plaine nord-européenne en font un site notable[1]. Elle a été occupée au Châtelperronien, un fait rare au nord de la Loire ; et au bronze final.

Elle est également remarquable pour certains de ses objets du Châtelperronien qui démontrent un choix de nature tant psychologique que fonctionnelle.

Situation, descriptionModifier

La grotte se trouve sur la commune de Merry-sur-Yonne, entre Auxerre (33 km au nord) et Vézelay (20 km au sud)[2]. Elle est sur la petite route de la ferme de Ravereau, dans les falaises qui dominent le côté nord de cette route, à 167 m d'altitude[3],[4].

Son porche de 3 m de largeur s'élève à 5 m de hauteur. Il s'ouvre sur une grande salle, elle-même prolongée par deux galeries.

Dans les années 1980, les fouilles archéologiques ont révélé l’existence d'une seconde entrée : une sorte de puits profond de 5 m débouche dans la première salle à 10 m de son entrée principale, du côté de la paroi Est. Cette entrée a été rebouchée pour préserver le microclimat de la grotte, de même que le puis permettant d'atteindre la partie basse de la grotte[3].

Son développement[N 1] est de 50 m[3], avec une dénivellation de -6 m[5].

Découverte et fouillesModifier

La grotte est découverte par l'abbé Parat, qui la fouille en 1897 et 1898[6]. Il n'identifie que deux niveaux d’occupation : Moustérien et Magdalénien. Il ne mentionne le Châtelperronien que pour en signaler l’absence, lorsqu'il dit ne pas avoir observé « comme à la grotte de l’Ours, à Arcy, le passage d’une industrie à l’autre »[7].

Poplin mentionne l'exitence de quelques fouilles ultérieures qui n'ont laissé que très peu de traces écrites[1].

Puis François Poplin y consacre sept campagnes de fouilles entre 1981 et 1987[8].

CollectionsModifier

La plupart des objets collectés par Poplin et son équipe sont stockés au MNHN[8].

La série Parat a été déposée au musée d'Avallon[9]

Occupation humaineModifier

La grotte a été occupée au Paléolithique moyen, au Châtelperronien, au Gravettien, au Magdalénien ancien (Badegoulien) et au Magdalénien moyen ou final[10]. Noter que les sites châtelperroniens sont rares au nord de la Loire[7].

Des restes humains fragmentaires sont découverts, mais le contexte de la découverte est incertain même si l’un d’entre eux (une dent) semble provenir de la brèche attribuée, pour partie, au Châtelperronien[11].

ArchéologieModifier

ChâtelperronienModifier

En 1983 Poplin et son équipe y trouvent une série d'objets datant du Châtelperronien (environ −38 000 à 32 000 ans avant le présent). Les plus remarquables sont un petit bloc de galène, un morceau de grès en forme de crache de cerf[N 2] et un oursin fossile, le tout entourés d'outils[N 3], de quelques charbons et de morceaux d’ocre[12].

Le fossile d'oursin du genre (disparu) des Micraster, datant du Crétacé[13], a été taillé pour servir de racloir ou de tranchoir[14]. Poplin précise qu'il a été rapporté sur une grande distance, que ce fossile « ne faisait qu'un médiocre galet de matière première », et que son choix procède plus vraisemblablement d'une sensibilité psychologique « aux formes, à la matière, aux couleurs, sens de la découverte, de l'appropriation[15]... ».

Vestiges de faune paléolithiqueModifier

Les vestiges de faune du Paléolithique de la grotte comprennent : Canis lupus Linnaeus, 1758 (loup gris) ; Cervus elaphus Linnaeus, 1758 (cerf élaphe) ; Crocuta crocuta (Erxleben, 1777) (hyène) ; Equus caballus Linnaeus, 1758 (Cheval domestique) ; Gulo gulo (Linnaeus, 1758) (glouton) ; Lepus europaeus Pallas, 1778 (lièvre d'Europe) ; Lynx lynx (Linnaeus, 1758) (lynx boréal) ; Mammuthus primigenius (Blumenbach, 1803) (mammouth) ; Marmota marmota (Linnaeus, 1758) (marmotte des Alpes) ; Martes martes (Linnaeus, 1758) (martre des pins) ; Megaloceros giganteus (Blumenbach, 1799) (cerf géant) ; Meles meles (Linnaeus, 1758) (blaireau européen) ; Mustela erminea Linnaeus, 1758 (hermine) ; Mustela lutreola (Linnaeus, 1760) (vison d'Europe) ; Mustela nivalis Linnaeus, 1766 (belette d'Europe) ; Rangifer tarandus (Linnaeus, 1758) (renne) ; Sus scrofa Linnaeus, 1758 (sanglier) ; Ursus arctos Linnaeus, 1758 (ours brun)[16].

La légende de l'hippopotameModifier

L'abbé Parat avait noté la présence d'hippopotame, sur la base d'un fragment d'incisive de 6 cm de long trouvé dans les couches les plus anciennes et que Gaudry[1], sollicité par Péron[17], identifie comme celle de ce pachyderme antique. Poplin réanalyse ce fragment en 1986 et diagnostique un germe de défense de mammouth, mettant ainsi fin à une longue diatribe. L'erreur initiale venait de ce que cette pièce était encore recouverte de sa coiffe d'émail, que l'usure fait disparaître assez rapidement lorsque l'animal et sa défense grandissent[1].

Bronze finalModifier

La grotte est ausi un site du bronze final III[18],[N 4].

La couche 2 a livré une bonne représentation de poterie noire ou brune foncé, lustrée, avec ou sans décor. ce type de poterie se retrouve dans les autres grottes de la vallée de la Cure et dans certaines grottes de la vallée de l'Yonne (grotte du Cachot, couche 2 de la grotte de Nermont à Saint-Moré)[19].

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • (1904) Abbé Alexandre Parat, « Les Grottes de la Vallée de l'Yonne. La grotte de la Roche-au-Loup et les grottes de Merry-sur-Yonne, Brosses, Chatel-Censoir Crain, Festingy, Druyes », Bulletin de la Société des Sciences Historiques et Naturelles de l'Yonne,‎ .
  • (1911) Abbé Henri Breuil, « Étude de morphologie paléolithique. II : L’industrie de la grotte de Châtelperron (Allier) et d’autres gisements similaires, III : la Roche au Loup (Yonne) », Revue anthropologique,‎ , p. 66-76 (présentation en ligne).
  • (1981) François Poplin, « Rapport sur la campagne de fouilles préhistoriques de 1981 à la Roche-au-Loup, Commune de Merry-sur-Yonne (Yonne) ; Le sondage du Mahaleb », service régional de l’Archéologie de Bourgogne,‎ , 49 p.
  • (1982) François Poplin, « Rapport sur la campagne de fouilles préhistoriques de 1982 à la Roche-au-Loup, Commune de Merry-sur-Yonne (Yonne) ; Le sauvetage de l’entrée, le sondage du cachot », service régional de l’Archéologie de Bourgogne,‎ , 42 p.
  • (1983) François Poplin, « Rapport sur la campagne de fouilles préhistoriques de 1983 à La Roche au Loup (Merry-S/Yonne) : le sauvetage de l'entrée : le sondage du fond », service régional de l’Archéologie de Bourgogne,‎ , 55 p.
  • (1983) François Poplin, « Nouvelles fouilles préhistoriques à la Roche-au-Loup (Merry-sur-Yonne) », Bulletin de la Société des Sciences de l’Yonne, no 114,‎ , p. 23-45.
  • (1984) François Poplin, « Rapport sur la campagne de fouilles préhistoriques de 1984 à la Roche au Loup (Merry-sur-Yonne) ; La coupe du cône de déblais, la brèche du couloir d’entrée, le diverticule à droite au fond de la grande salle, la fouille du fond », service régional de l’Archéologie de Bourgogne,‎ , 20 p.
  • (1985) François Poplin, « Les fouilles préhistoriques de Merry-sur-Yonne, rapport 1985 », service régional de l’Archéologie de Bourgogne, inédit,‎ , 107 p.
  • (1986) François Poplin, « Les fouilles préhistoriques de Merry-sur-Yonne, grotte de la Roche-au-Loup, campagne 1986 », service régional de l’Archéologie de Bourgogne,‎ , 111 p.
  • (1986) François Poplin, « La légende de l’hippopotame de la Roche-au-Loup », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 82, no 8,‎ , p. 232-235 (lire en ligne [Persée], consulté le 19 septembre 2018).
  • (1986) François Poplin, « Découverte et utilisation probable de galène dans le Châtelperronien de Merry-sur-Yonne (Yonne) », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 83,‎ , p. 132.
  • (1987) François Poplin, « Les fouilles préhistoriques de Merry-sur-Yonne, grotte de la Roche-au-Loup, campagne 1987 », service régional de l’Archéologie de Bourgogne,‎ , 61 p.
  • (1990) Marie-Pierre Horard-Herbin (François Poplin dir.), La grotte de La Roche-au-Loup (Pléistocène : Yonne) : gisement naturel ou site anthropique : analyse de la faune du diverticule (mémoire de DEA), Université Panthéon-Sorbonne (Paris), , 65 p..

Notes et référencesModifier

Notes
  1. En spéléologie, le développement correspond à la longueur cumulée des galeries interconnectées qui composent un réseau souterrain.
  2. Une crache de cerf (parfois aussi appelée « croche » de cerf ou « crochet » de cerf), est la canine supérieure surnuméraire atrophiée de ce cervidé. Voir « Préhistoire en Lorraine », sur prehistoire-en-lorraine.over-blog.com (consulté le 18 septembre 2018).
  3. Pour les outils, voir notamment les dessins de couteaux à dos châtelperroniens trouvés sur le site de la Roche-au-Loup lors des fouilles Poplin, dans Bodu et al. 2017, paragr. 41 : fig. 41, fig. 42, fig. 43 et fig. 44..
  4. Les sites du bronze final III ne sont pas très nombreux dans le sud-est de l'Yonne. Ce sont : les Milosiottes à Noyers ; le Gros Chêne à Cry ; le Coin à Argentenay ; le Petit Béru à Tonnerre ; les Roches à La Chapelle-Vaupelteigne ; grottes de Villiers-Tournois à Massangis ; Fontaine Sainte-Marguerite à Guillon ; Cisery ; les Fontaines Salées à Saint-Père-sous-Vézelay ; grotte au Larron à Voutenay-sur-Cure ; grotte de Nermont à Saint-Moré ; grottes et dépôt de fondeur (de métal) à Arcy ; et grotte de la Roche au Loup à Merry-sur-Yonne. Voir Poitout & Mordant 1979, p. 56.
Références
  1. a b c et d Poplin 1986, « Légende de l'hippopotame », p. 233.
  2. « Merry-sur-Yonne », sur google.fr/maps.
    Les distances par route entre deux points donnés sont calculées dans le panneau latéral (voir l'onglet en haut à gauche de l'écran) - cliquer sur "itinéraires".
  3. a b et c Spéléo Club de Chablis, Crots de l´Yonne, , 105 p. (lire en ligne), p. 51
  4. « Route de la ferme de Ravereau, carte interactive » sur Géoportail.
  5. Spéléométrie Icaunaise, « Liste de grottes explorées, développements et dénivellations », sur scchablis.com (consulté le 29 juin 2018).
  6. Poplin 1986, « Légende de l'hippopotame », p. 232.
  7. a et b Pierre Bodu, Hélène Salomon, Jessica Lacarrière, Michael Baillet, Michèle Ballinger, Henri-Georges Naton et Isabelle Théry-Parisot, « Un gisement châtelperronien de plein air dans le Bassin parisien : les Bossats à Ormesson (Seine-et-Marne) », Gallia Préhistoire, no 57,‎ , p. 3-64 (lire en ligne, consulté le 18 septembre 2018), p. 41.
  8. a et b Bodu et al. 2017, note n° 23.
  9. Bodu et al. 2017, p. 41 et note 22.
  10. Bodu et al. 2017, note 25.
  11. Poplin, 1986, p. 38 et 106. Cité dans Bodu et al. 2017, note 24.
  12. Frédéric Joulian, « Le mollusque, la coquille, le fossile », Techniques & Culture, no 59 « Itinéraires de coquillages »,‎ , p. 6-11 (lire en ligne, consulté le 18 septembre 2018), p. 3. Les numéros de page indiqués correspondent aux paragraphes du texte.
  13. François Demnard et Didier Neraudeau, « L'utilisation des oursins fossiles de la Préhistoire à l'époque gallo-romaine », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 98, no 4,‎ , p. 693-715 (lire en ligne, consulté le 18 septembre 2018), p. 703, 709, 713.
  14. Joulian 2012, p. 5.
  15. François Poplin, « Aux origines néandertaliennes de l'art. Matière, forme, symétries. Contribution d'une galène et d'un oursin fossile taillé de Merry-sur-Yonne », L'Homme de Néandertal, vol. 5 « La Pensée »,‎ , p. 109-116. Cité dans Demnard et Neraudeau 2001, p. 709.
  16. Horard-Herbin 1990. Cité dans la fiche Inpn, « Roche au Loup », onglet « Espèces », sur inpn.mnhn.fr (consulté le 24 septembre 2018).
  17. Poplin 1986, « Légende de l'hippopotame », p. 234.
  18. Bernard Poitout et Claude Mordant, « Les incinérations du Bronze final des Milosiottes à Noyers (Yonne) », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 76, no 2,‎ , p. 55-62 (lire en ligne, consulté le 16 juillet 2018).
  19. Augusta Hure, « Une nouvelle Figurine d'argile », Bulletin de la Société préhistorique française, vol. 30, no 4,‎ , p. 261-264 (lire en ligne, consulté le 9 juillet 2018), p. 264, note 4.