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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Gouvernement Ratas.
Gouvernement Ratas II

République d'Estonie

Description de cette image, également commentée ci-après
Présidente de
la République
Kersti Kaljulaid
Premier ministre Jüri Ratas
Élection 3 mars 2019
Législature XIVe
Formation
Durée 4 mois et 14 jours
Composition initiale
Coalition EK-EKRE-IRL
Représentation
Parlement
57 / 101
Drapeau de l'Estonie

Le gouvernement Ratas II est le gouvernement de la république d'Estonie depuis le , durant la XIVe législature du Riigikogu[1].

Le 30 août 2019, l'opposition parlementaire lance une motion de défiance à l'égard du gouvernement, mais échoue à obtenir les 51 voix nécessaires pour démettre le gouvernement. La coalition reste donc en place[2].

Coalition et historiqueModifier

Dirigé par le Premier ministre sortant, le centriste Jüri Ratas, ce gouvernement est constitué et soutenu par une coalition entre le Parti du centre d'Estonie (EK), le Parti populaire conservateur (EKRE) et l'Union pour la patrie et Res Publica (IRL)[3],[4]. Ensemble, ils disposent de 57 députés sur 101, soit 57,5 % des sièges du Riigikogu[5].

Préalablement à leur nomination, la présidente estonienne, Kersti Kaljulaid, demande à rencontrer individuellement chaque candidat, une procédure inédite[6].

ControversesModifier

Liberté de la presseModifier

La formation du nouveau gouvernement a provoqué un vif débat sur la liberté de la presse. Plusieurs membres d'EKRE, dont Martin Helme, ont publiquement appelé les médias à la modération, voire à l'exclusion de certains journalistes considérés comme partisans[7]. Suite à la nomination à la tête de Postimees (l'un des principaux journaux du pays) de Peter Helme, neveu du président du parti EKRE et cousin de Martin Helme, la journaliste Vilja Kiisler démissionne[8],[9]. Le 26 avril 2019, le journaliste et analyste politique Ahto Lobjakas démissionne de la rédaction d'ERR, la compagnie de radio-télévision nationale, arguant qu'il a été forcé de choisir entre la démission et l'auto-censure[10]. Un autre analyste considère cependant qu'il s'agit d'une "rationalisation" de la liberté de la presse plutôt que d'une censure[11].

Lors d'un discours à l'occasion du centenaire du Parlement estonien, la présidente de la République rappelle l'importance constitutionnelle des libertés, dont la liberté de la presse[12]. Lors de la prestation de serment du nouveau gouvernement, le 29 avril 2019, Kaljulaid porte un sweatshirt floqué des mots "Sõna on vaba", soit "La parole est libre"[13].

Marti KuusikModifier

Au lendemain des élections, le député Marti Kuusik (EKRE) a été arrêté par la police pour excès de vitesse au volant et conduite sous l'emprise d'alcool[14]. Marti Kuusik a admis les faits lors d'une interview, tout en signalant qu'il aurait été plus prudent s'il avait su qu'il serait nommé ministre et en condamnant une telle conduite chez les représentants du gouvernement[14]. Le Premier ministre, Jüri Ratas, déclare toutefois que cela ne le disqualifie pas en tant que candidat à la fonction ministérielle[15].

Le 29 avril 2019, peu avant la prestation de serment du nouveau gouvernement, Eesti Ekspress publie un article accusant Kuusik de violences conjugales[16]. Celui-ci nie les accusations rapidement[17]. Ratas déclare croire Kuusik et ne l'exclut pas de la coalition[18]. Lors de la prestation de serment, la tradition veut que chaque ministre se tourne vers le président de la République (Kersti Kaljulaid). Cependant, lors de la prestation de serment de Kuusik, Kaljulaid a choisi de s'absenter et Kuusik a donc dû prêter serment devant une chaise vide[19],[20].

Le 30 avril 2019, Marti Kuusik évoque le fait qu'une enquête à son encontre ait été lancée et démissionne[21]. Il assure que les allégations à son encontre sont infondées et qu'il démissionne pour se concentrer sur sa défense[22]. EKRE affirme avoir mené sa propre enquête et conclu qu'il ne s'agissait que de rumeurs[23]. ERR note toutefois qu'en démissionnant de son poste au gouvernement, Kuusik pourrait retrouver son siège au Riigikogu et jouir à nouveau de l'immunité parlementaire[24].

Le 16 mai 2019, Kert Kingo (EKRE) est nommée ministre pour le remplacer[25].

La loi estonienne prévoit généralement une indemnité de départ pour les ministres, équivalente à six mois de salaire[26] ; le ministère de l'économie et des communications confirme toutefois le 1er mai que Kuusik ne recevrait pas d'indemnité de départ[27]. Le 10 juin 2019, il est pourtant annoncé que Kuusik entendait réclamer cette compensation devant la justice[28].

À ce jour, Marti Kuusik est le ministre ayant servi le moins longtemps dans un gouvernement estonien, n'étant resté ministre que durant 30 heures[28].

SexismeModifier

Plusieurs personnalités, dont le président du Parti social-démocrate[29], ont critiqué la faible proportion de femmes présentes dans ce nouveau gouvernement (2 femmes pour 15 ministres)[30].

Début mai 2019, Mart Helme déclare lors d'une conférence de presse du gouvernement que la présidente a agi envers Kuusik de manière irréfléchie, "comme une femme en proie à des émotions violentes"[23],[31]. Le ministre de l'Administration publique, Jaak Aab (EK), rejette cette déclaration et accuse Helme de dénigrer "non seulement la présidente mais également toutes les femmes"[32].

RacismeModifier

Lors de leur prestation de serment, Mart et Martin Helme ont joint le pouce et l'index[20], dans un signe que certains, dont l'ancien président estonien Toomas Hendrik Ilves et l'ancien Premier ministre suédois Carl Bildt, interprètent comme un signe de ralliement aux positions des suprématistes blancs[21]. Martin Helme avait notamment déclaré en 2013 "Si vous êtes noir, rentrez chez vous" ("Kui on must, näita ust")[33].

InternationalModifier

Mi-mai 2019, Martin Helme, ministre des Finances, annonce qu'il s'opposera à une intégration plus poussée dans l'Union européenne, notamment en matière d'union monétaire et de politique d'immigration. Il ne remet cependant pas en cause la participation de l'Estonie à l'Union européenne ou à la zone euro[34].

Fin mai 2019, la ministre du Commerce extérieur et des Technologies de l'information, Kert Kingo, annonce qu'elle ne s'exprimera qu'en estonien lors d'un déplacement au Canada[35]. Quelques jours plus tard, elle annonce avoir refusé de participer à une réunion du G20, indiquant qu'elle ne voyagerait "qu'en cas d'extrême nécessité". Le Premier ministre, Jüri Ratas, décide de la remplacer à cette réunion[36]. Cette situation a été largement critiquée par la société estonienne, y compris un député[37],[38],[35].

CompositionModifier

Initiale ()Modifier

  • Les nouveaux ministres sont indiqués en gras, ceux ayant changé d'attributions en italique[39].
Fonction Titulaire Parti
Premier ministre Jüri Ratas EK
Ministre de l'Éducation et de la Recherche Mailis Reps EK
Ministre de la Justice Raivo Aeg IRL
Ministre de l'Intérieur Mart Helme EKRE
Ministre de la Défense Jüri Luik IRL
Ministre de l'Environnement Rene Kokk EKRE
Ministre de la Culture Tõnis Lukas IRL
Ministre des Affaires économiques et des Infrastructures Taavi Aas EK
Ministre des Affaires rurales Mart Järvik EKRE
Ministre des Finances Martin Helme EKRE
Ministre des Affaires sociales Tanel Kiik EK
Ministre des Affaires étrangères Urmas Reinsalu IRL
Ministre du Commerce extérieur et des Technologies de l'information Marti Kuusik (jusqu'au 30/04/2019)
Kert Kingo (à partir du 16 mai 2019)
EKRE
Ministre de la Population Riina Solman IRL
Ministre de l'Administration publique Jaak Aab EK

Notes et référencesModifier

  1. (en) « Ratas' second government sworn in Monday afternoon », sur err.ee, (consulté le 30 avril 2019)
  2. (en) ERR News | ERR, « Vote of no-confidence against Ratas fails », sur ERR, (consulté le 31 août 2019)
  3. (en) « Estonia: Far right set to enter government for first time », sur Deutsche Welle, (consulté le 30 avril 2019)
  4. (en) « Riigikogu backs Centre-EKRE-Isamaa coalition, Ratas to remain PM », sur err.ee, (consulté le 30 avril 2019)
  5. (en) « Seating plan », sur Riigikogu (consulté le 30 avril 2019)
  6. (en) « Gallery: President starts meeting with incoming ministers », sur err.ee, (consulté le 30 avril 2019)
  7. (et) « Martin Helme nõuab ERR-ilt EKRE suhtes kriitiliste ajakirjanike karistamist ja eetrist mahavõtmist », sur delfi.ee, (consulté le 30 avril 2019)
  8. (et) « Postimehe peatoimetajaks saab Peeter Helme », sur delfi.ee, (consulté le 30 avril 2019)
  9. (et) « Ajakirjanik Vilja Kiisler lahkub Postimehest erimeelsuste tõttu peatoimetajaga », sur delfi.ee, (consulté le 30 avril 2019)
  10. (en) « Journalist: I was given a choice between self-censorship and leaving », sur Postimees, (consulté le 30 avril 2019)
  11. (en) « Opinion: Press freedoms in Estonia being rationalized, not attacked », sur err.ee, (consulté le 30 avril 2019)
  12. (en) « With rights come responsibilities, President tells Riigikogu », (consulté le 30 avril 2019)
  13. (en) « President attends Riigikogu oath ceremony wearing 'speech is free' slogan », sur err.ee, (consulté le 30 avril 2019)
  14. a et b (en) « Incoming IT minister caught driving both speeding and with trace alcohol », sur err.ee, (consulté le 30 avril 2019)
  15. (et) « Ratas ei nõua EKRE-lt Kuusiku väljavahetamist », sur err.ee, (consulté le 30 avril 2019)
  16. (et) « Marti Kuusiku suur saladus: peretuttavad räägivad, et uus minister on väga vägivaldne ja on kahel korral purustanud oma naise käeluu », sur Eesti Ekspress, (consulté le 30 avril 2019)
  17. (et) « VIDEO | Peaminister kahtlustas minister Marti Kuusikut lähisuhtevägivallas. Kas Kuusik murdis oma naise käeluu? Mees eitab kõike », sur Delfi, (consulté le 30 avril 2019)
  18. (et) « Ratas: ma ei ole nõudnud Kuusiku väljavahetamist », sur err.ee, (consulté le 30 avril 2019)
  19. (et) « VIDEO | President Kaljulaid lahkus Marti Kuusiku ametivande andmise ajal saalist », sur Delfi, (consulté le 30 avril 2019)
  20. a et b (en) « Gallery: Jüri Ratas cabinet takes oath of office », sur err.ee, (consulté le 30 avril 2019)
  21. a et b (en) « Estonia's far-right ministers face rocky start with first resignation », sur BBC, (consulté le 1er mai 2019)
  22. (en) « Estonia Ministers’ Gesture Raises Fears of Support for White Supremacy », sur NY Times, (consulté le 2 mai 2019)
  23. a et b (en) « President Kaljulaid 'emotionally upset as a woman,' says Helme », sur ERR, (consulté le 3 mai 2019)
  24. (en) « Kuusik resigns from minister role in wake of domestic violence allegations », sur ERR, (consulté le 2 mai 2019)
  25. (en) « Gallery: Kert Kingo new IT minister », sur ERR, (consulté le 28 mai 2019)
  26. (en) « Government of the Republic Act », sur Riigiteataja (consulté le 2 mai 2019)
  27. (en) « Ministry: Kuusik not to receive compensation for leaving office », sur ERR, (consulté le 2 mai 2019)
  28. a et b (en) « EKRE ex-minister Marti Kuusik charged with physical abuse », sur ERR, (consulté le 10 juin 2019)
  29. (et) « Ossinovski hinnangul ei väärtusta loodav valitsus naiste rolli », sur err.ee, (consulté le 30 avril 2019)
  30. (et) « Võimuliidu ettekujutuses kõlbavad valitsema paremini mehed », (consulté le 30 avril 2019)
  31. (en) « Estonia minister calls first female president 'emotionally heated woman' », sur The Guardian, (consulté le 3 mai 2019)
  32. (en) « Prime minister, Centre, squirming a bit over Helme remarks, says minister », sur ERR, (consulté le 3 mai 2019)
  33. (en) « Conservative Politician: If You're Black, Go Back », sur err.ee, (consulté le 1er mai 2019)
  34. (en) « Estonian finance minister vows to oppose further EU integration », sur Baltic Times, (consulté le 28 mai 2019)
  35. a et b (en) « Opinion: Minister refusing to fly in fact refusing to do her job », sur ERR, (consulté le 28 mai 2019)
  36. (en) « PM to stand in for stay-at-home IT minister at upcoming G20 meeting », sur ERR, (consulté le 28 mai 2019)
  37. (et) « Kert Kingo sai väliskomisjoni käest põhjuseta puudumise eest noomida », sur Delfi, (consulté le 28 mai 2019)
  38. (en) « MP: With new EKRE minister, lack of English language skills a good thing », sur ERR, (consulté le 28 mai 2019)
  39. (en) « Government members », sur Valitsus (consulté le 30 avril 2019)

AnnexesModifier