Galères (peine)

condamnation pénale
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La peine des galères était une condamnation aux travaux forcés selon le droit pénal surtout pratiquée en France sous l'Ancien Régime et qui consistait à envoyer les forçats comme rameurs sur les galères. D'autres nations usaient aussi de cette pratique : les républiques de Venise et de Gênes, et les empires espagnol[1] et ottoman, mais de manière beaucoup moins systématique que la France.

Représentation de galériens (musée maritime de Barcelone).

Durant toute l'Antiquité, y compris à Rome, et au Moyen Âge, les rameurs sur les galères étaient des hommes libres et des combattants[réf. nécessaire], y compris au cours de la bataille de Lépante qui opposa la flotte chrétienne de la Sainte-Ligue aux Ottomans.

L'évolution technologique de la guerre et des navires imposa des navires de grande dimension chargés de canons qui demandaient un équipage plus expérimenté et spécialisé, rendant moins utile la force physique pour propulser le navire.

En 1571, la bataille de Lépante, à laquelle la France n'avait pas participé, avait démontré la supériorité des galéasses armées de canons, peuplées de rameurs volontaires libres, à la fois soldats et marins, et surtout dotées d'une grande voilure beaucoup plus manœuvrable que celle des galères.

En outre, le glissement de la puissance maritime de la Méditerranée vers l'Atlantique s'appuie sur le développement de la marine à voile avec le galion puis le navire de ligne. La galère, navire sur lequel la puissance maritime de Venise s'appuyait au Moyen Âge, n'avait plus d'utilité commerciale et militaire dès le XVIe siècle. De ce fait, seule la France va mettre en place au XVIIe siècle une organisation pénale spécifique basée sur la peine des galères.

La condamnation aux galèresModifier

La condamnation aux galères est à la fois une réponse face à la déviance, mais aussi une manière, pour le roi Louis XIV, de marquer sa puissance sur l'ensemble de ses sujets, y compris le bas peuple et les opposants religieux (huguenots) au roi.

Les galères sont un type de « peine afflictive et infamante » à laquelle condamnaient les juridictions pénales de l'Ancien Régime pour certains crimes car le droit commun de la France ne prévoyait de peines de prison que pour des causes civiles (en attente de paiement des dettes) ou pour s'assurer de la personne d'un accusé en attente de son jugement.

Outre les condamnations civiles ont été galériens au temps du Roi Soleil :

  • avec la révocation de l'édit de Nantes et la guerre des Camisards qui suivit, plusieurs centaines de protestants y furent condamnés.
  • s'y trouvaient aussi des prisonniers turcs et maures marins ou soldats des navires barbaresques et prisonniers de guerre européens des guerres menées par Louis XIV.

La plus importante flotte européenne de galères au XVIIe siècle était celle de l'arsenal des galères. La Grande Réale[2]avait à bord 450 rameurs esclaves royaux (la chiourme) et mesurait 130 m de long ; à ces hommes s'ajoutaient les soldats, la maistrance qui pilotait le navire et les argousins chargés des garde-chiourmes (pertuisaniers) qui mataient les prisonniers. Sur cet espace se trouvaient donc plus de 600 hommes. La flotte de l'arsenal de Marseille en 1630, qui avait plus de 20 galères, demandait une véritable concentration de galériens, 6 000 hommes.

La mise en place de cet arsenal demandait non seulement une organisation militaire importante mais aussi un système pénitentiaire de plusieurs milliers d'hommes. C'est cet arsenal des galères qui est à l'origine des bagnes maritimes en France. La fin des galères en 1748 se traduisit par le début de la transportation des condamnés aux colonies, suivant pour cela l'exemple anglais de Botany Bay.

Enfin pour faire face aux besoins de la puissance royale de Louis XIV et à la mortalité très importante des galériens, Colbert organise la mise en place d'un véritable réseau de recrutement à partir des prisons dans toutes les provinces de France. C'est l'épreuve de la chaîne qui oblige les prisonniers à aller à pied enchaînés au travers de toute la France[3].

Victor Hugo décrit cette épreuve dans Les Misérables au travers du personnage de Jean Valjean, qui se rend ainsi au bagne de Toulon.

Jean Marteilhe, huguenot condamné pour faits de religion, décrit son parcours au travers de la France et sa vie de galérien dans son livre autobiographique, Mémoires d'un galérien du Roi-Soleil.

La peine pénale aux galèresModifier

La condamnation aux galères, pour un temps de 3, 5, 6 ou 9 ans, voire à perpétuité, consistait en travaux forcés qui s'effectuaient en principe sur les galères du roi, mais à partir de la fin du XVIIe siècle dans les arsenaux de la marine, où des bagnes sont organisés, c'est-à-dire des chantiers fermés et réservés aux personnes forcées de travailler (les forçats).

Les femmes condamnées aux galères voyaient leur peine commuée par des lettres patentes en une réclusion du même temps, soit dans une maison religieuse, soit à l'hôpital général de leur domicile. Ces lettres étaient automatiquement délivrées par les services de la chancellerie, dès qu'un lieu de réclusion était arrêté avec l'avis des familles si elles se manifestaient, et sinon d'office.

Une circulaire ministérielle recommandait aux commandants des arsenaux et chantiers où étaient établis des bagnes de faire en sorte que les personnes instruites, tels que les notaires, soient affectées à des travaux utiles en rapport avec leurs capacités et non à des travaux de force pour lesquels ils n'étaient pas endurcis.

Une déclaration de Louis XV portant règlement des bagnes rappelle que les dimanches et jours de fêtes doivent être observés, que les condamnés ne sont forcés de travailler qu'un jour sur deux afin de contribuer à leur entretien, que pour les autres jours, ils doivent recevoir le salaire qui a cours chez les ouvriers des arsenaux, mais que ces sommes doivent être consignées et leur être remises, comme pécule et contre reçu, le jour de leur libération.

La marine recrutait ses galériens auprès des tribunaux qui condamnaient, dans un premier temps les criminels et, par la suite, les petits délinquants, les faux-sauniers, les contrebandiers, les déserteurs, les mendiants, les vagabonds, les protestants, les révoltés contre les nouveaux impôts.

Colbert intervenait ainsi auprès des juges :

« Le Roi m'a commandé de vous écrire ces lignes de sa part pour vous dire que, Sa Majesté désirant rétablir le corps des galères et en fortifier la chiourme par toutes sortes de moyens, est que vous teniez la main à ce que votre compagnie y condamne le plus grand nombre de coupables qu'il se pourra et que l'on convertisse même la peine de mort en celle des galères. »

— Lettre envoyée aux présidents de parlements (11 avril 1662)

Par une ordonnance signée par Louis XV le , une partie des personnes condamnées aux galères sont dirigées vers des bagnes. On crée alors, dans les différents arsenaux de la marine, le bagne de Toulon et le bagne de Brest.

La peine des galères subsistait pendant la Révolution, comme le montre la loi du , qui condamnait à cette peine les voleurs ou les transporteurs à terre de munitions des vaisseaux d'une valeur supérieure à 50 francs (Bulletin des lois)

Exécution de la peineModifier

La peine des galères s'effectuait sur l'une des nombreuses galères de la flotte royale si la condition physique du condamné le permettaient. Si la santé du détenu ne permettait pas de l'embarquer sur un navire, il restait alors au bagne, sur la terre ferme.

Le départ pour les galèresModifier

Après leur condamnation, les détenus restaient quelque temps dans les prisons de la ville dans laquelle ils avaient été jugés, puis condamnés, jusqu'au prochain départ organisé pour les bagnes et les galères. Lorsque le départ des galères avait lieu, quelques centaines de prisonniers partaient, escortés de gardiens, et enchaînés tous ensemble, soit au cou soit aux chevilles. Ils étaient tous embarqués sur des charrettes ou ils faisaient le trajet depuis leur ville d'origine jusqu'aux galères à pied. Le trajet pouvait durer parfois des semaines, et les bagnards étaient souvent hués sur leur passage par les foules des villes et villages qu'ils traversaient.

L'arrivée aux bagnes et aux galèresModifier

Après le long voyage des détenus, ils arrivaient aux galères ou au bagne.On leur remettait alors leur tenue très reconnaissable, avec un bonnet rouge, puis on les emmenait chez le forgeron du bagne, qui était d'ailleurs souvent lui-même un galérien, pour qu'on leur mette leurs chaînes. Les galériens étaient enchaînés entre les deux chevilles, ce qui limitait leurs mouvements, et leurs chaînes étaient reliées entre plusieurs prisonniers (en général par 2 ou 3). Ces chaînes qu'on leur mettait aux pieds permettaient d'éviter les mouvements brusques, les tentatives d'évasion, et elles permettaient aussi de les reconnaitre lorsqu'on les voyait dans la rue. Ces menottes de métal étaient attachées à leurs pieds pour de longues durées, elles n'avaient donc pas de cadenas et de serrures. On les fermait avec un marteau, en enfonçant très profondément le métal, ce qui rendait quasi-impossible de s'en libérer sans l'aide d'un forgeron ou au moins d'outils de métal.

La peineModifier

Les détenus étaient alors conduits sur les galères royales, des bateaux longs et fins, rarement équipés de voiles. Les galériens vivaient dans des conditions très difficiles, les moins robustes restaient au bagne pour travailler. Les galériens étaient donc à part, et ils vivaient à plein temps sur le même bateau, sans jamais le quitter. La journée, pendant 12 heures, ils devaient ramer sur le bateau, sous la menace du fouets des garde-chiourmes, qui n'hésitaient pas à user de leur fouet pour faire accélérer la cadence aux rameurs trop lents et inefficaces. Les galériens étaient donc enchaînés entre eux sur la galère, ce qui limitait totalement leurs possibilités de mouvements, et les empêchait de quitter la place qui leur était attribuée pour ramer sur le bateau. Lorsqu'ils ne ramaient pas, les galériens pouvaient manger leurs maigres gamelles, qu'ils recevaient deux fois par jour, le midi et le soir. Après avoir ramé toute la journée, on les conduisait le soir sur leur "lit", si on peut appeler cela ainsi. C'était en fait un seul lit pour 40 personnes, qui étaient toutes alignées sur des planches de bois, sans couvertures ni oreillers pour dormir. Le soir, on passait leurs chaînes dans des anneaux de fer soudés au lit, les empêchant ainsi de se lever et de quitter le lit pendant la nuit. Les galériens survivaient rarement plus de 10 ans sur les galères, tant les conditions de vie et d'hygiène étaient déplorables. Comme dit précédemment, ils dormaient à 40 sur un seul grand lit de bois rongé par la vermine, que l'on ne nettoyait jamais. Ils ne changeaient jamais de vêtements, et ne se lavaient jamais. Les épidémies de maladies étaient fréquente, à la suite des invasions de rats et autres vermines sur les bateaux.

 
Galériens sur un navire.

Notes et référencesModifier

  1. Lois 1ª, 2ª, 4ª et 6ª, titre XL, livre XII de la Novísima recopilación.
  2. Grande Réale.
  3. Nicole Castan et André Zysberg, Histoire des galères, bagnes et prison en France de l'Ancien Régime, Édition Privat, , p. 94.

AnnexesModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

BibliographieModifier

  • Revue d'histoire moderne et contemporaine,  
  • André Zysberg, Les Galériens. Vies et destins de 60 000 forçats sur les galères de France (1680-1748), Le Seuil, 1987, (rééd. coll. Points). Extrait : La galère n’est pas née de la dernière pluie.
  • Didier Chirat, Vivre et mourir sur les galères du Roi-Soleil, L'Ancre de Marine, 2007.
  • Nicole Castan, André Zysberg, Histoire des galères, bagnes et prison en France de l'Ancien Régime, Édition Privat, 2002. Pages 89 à 125.
  • Jean Marteilhe, Mémoires d'un galérien du Roi-Soleil, Mercure de France, , 363 p. (lire en ligne).

Articles connexesModifier

Liens externesModifier