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Fidus
Fidus by Wilhelm Fechner, c. 1902.PNG
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Friedhof Woltersdorf - Fidus-Grab 1.jpg
Vue de la sépulture.

Fidus (né Hugo Höppener le à Lubeck et mort le à Woltersdorf) est un peintre, illustrateur et écrivain allemand, inspiré par le Jugendstil et le mouvement völkisch. Il est élève de Karl Wilhelm Diefenbach et partisan de la Lebensreform[1],[2].


Sommaire

BiographieModifier

1868-1892 : enfance à Lubeck puis études en BavièreModifier

Les parents de Hugo se nomment Julius Höppener et Camilla Stender[3], ils sont tout deux pâtissiers[3],[4]. Enfant, il est très souvent malade et doit rester alité, il passe beaucoup de temps à dessiner[2]. Il fréquente l'école des arts et métiers de Lubeck[1].

Au printemps 1887, il passe avec succès le concours d'entrée aux Beaux-Arts de Munich, mais au cours de l'été il fait la connaissance du peintre Karl Wilhelm Diefenbach pour qui il tombe en admiration[2],[3],[5].

Hugo choisit d'abandonner ses études pour suivre l'exemple de celui qui est devenu son maître spirituel. Il rejoint Diefenbach qui vit en communauté dans une carrière désaffectée à Hollriegelskreuth au Sud de Munich[3],[1],[2],[4],[5]. Hugo se laisse alors pousser les cheveux, devient végétarien porte des vêtements de laine et pratique parfois le naturisme.

Les habitants du village voisin n’apprécies guère les mœurs de la communauté, des accrochages ont souvent lieu[2],[1],[3]. Les autorités Bavaroise, tentent elle de retirer à Diefenbach la garde de ses enfants mais sans succès. De son coté Hugo est condamné à huit jours de prison en Aout 1887 pour « nudité pendant une activité artistique »[2],[3]. Diefenbach lui attribut alors le surnom de Fidus (le fidèle)[1],[2],[3],[4],[5].

À l’automne 1887, Diefenbach à le bras droit paralysé, Fidus peint une fresque d’après les croquis de ce dernier. Cette fresque s’intitule Per aspera ad astra elle mesure de soixante huit mètre de long et elle est peinte en ombres chinoise[1],[5],[2].

Au printemps 1889, Fidus organise une exposition des œuvres de Diefenbach à Munich. Néanmoins, ne supportant plus l’irascibilité de son maitre[2], il décide de quitter Hollriegelskreuth et de retourner à l’Académie des beaux-art de Munich[1],[2],[5].

En 1890, il rencontre Wilhelm Hübbe-Schleiden qui lui fait découvrir la théosophie[5]. Fidus reste à l'académie jusqu’à l’obtention de son diplôme en 1892. À l'automne de la même année, il décide de partir pour Berlin[1],[2],[5].

1892-1903 : premières années à BerlinModifier

À son arrivée Fidus loue un atelier très cher[2]. Peu de temps après, il travaille alors comme illustrateur pour la revue ésotérique Sphinx[2],[4],[5], revue fortement influencée par la doctrine de la Société théosophique d’Helena Blavatsky [2],[5]. Il travaille aussi pour Jugend et la revue homosexuelle Der egeine fondée par Adolf Brand.[4] C'est cette année-là qu'il dessine les plans d’un temple dédié à Lucifer (Luzifertempel), premier d'une longue série de temples qu’il réunira au fil des années dans l'essai Tempel-Kunst[2],[5]. Dans cet ouvrage il explique vouloir sortir l'art des logis et des expositions. Les temples doivent être de vrais lieux de pèlerinage artistique[2].

En 1893, il expose ses œuvres à Hambourg[2],[5] ou il rencontre Annalie Reich. Ils tombent tous deux amoureux. Elle a été enseignante en Suède et donne l’envie à Fidus de découvrir les paysages nordiques. Ils se rendent plusieurs fois en Norvège les années suivantes.

Fidus qui a toujours affectionné l’idéal héroïque, tant dans le symbolisme théosophique que chrétien, notamment saint George dans Drachenforscher (Chercheur de dragons), saint Michel dans Warnender Michael (Michel met en garde) et surtout Lucifer dans Luzifer Morgensten (Lucifer étoile du matin), Luzifer Erwachen (L'Éveil de Lucifer), Luziferischer Wille (Volonté luciférienne) se trouve fortement influencé par ces voyages. A son art s’ajoute à présent l’imagerie de la mythologie nordique.

En 1895, il dessine le Temple de la Terre (Tempel der Erde), un édifice qui se situerait en pleine forêt, entouré de douves, de forme cubique relié à un dôme. Il devrait contenir des salles de différentes couleurs. Les plans, eux ne seront réalisé que six ans plus tard[2],[5].

En 1896, Annalie met au monde une fille qu’ils choisissent d’appeler Hilde. Ce sera l’unique enfant de leur union. Il reçoit à cette époque la visite de Lou Andreas-Salomé et aussi de Rainer Maria Rilke. Aussi il dessine le Temple de l'étreinte universelle (Tempel der Allumarmung).

En 1897,il dessine le Temple du dragon (Drachentempel).

En 1898, Fidus exposes ses œuvres lors d’une grande exposition qui a lieu à Berlin[2]. Il dessine le Temple de l'action (Tempel der Tat)[2],[5], le Temple de la couronne de fer (Tempel der Eisernen) et le Temple blanc (Weisser Tempel).

En 1899, Fidus dessine son dernier temple, le Temple de l'eau calme (Tempel des Stillen Wasser)[2]. La même année, il fait la rencontre d'Else Knorr qui étudie la peinture à Munich, il décide alors de la suivre et l’épouse en février 1900[5],[2]. L’été suivant ils se rendent ensemble en Norvège[2].

Fin décembre, le couple donne naissance à une fille nommée Drude[2],[5]. Ils quittent la Bavière et louent une maison non loin de Berlin à Friedrichhagen, à l’époque l’un des hauts lieux de la contre-culture allemande. Il y rencontre des adeptes de la Lebensreform, un mouvement qui réunit de nombreuses tendances religieuses et politiques. Il fait notamment la connaissance du poète anarchiste Erich Mühsam[2].

Fidus est vers 1900, l'un des peintres les plus connus d'Allemagne. Il est beaucoup influencé par les écrivains Arthur Moeller van den Bruck, Gustav Landauer ainsi que Heinrich et Julius Hart, il est proche des mouvements anti-matérialistes comme le Wandervogel. Aussi il soutient les cité-jardin. Il illustre aussi de nombreux livre[6],[7].

En 1902, Fidus et Else, ont un deuxième enfant qu'ils choisissent de nommer Holger[5].


1903-1914 : séjours en Suisse et construction de la FidushausModifier

 
Fidushaus à Woltersdorf, résidence et atelier de Fidus à partir de 1906.

En avril 1903, Fidus, avec l’aide d’un ami, Wilhelm Sphor, donne une conférence intitulée Fidus’ Tempelkunst à la mairie de Berlin. Il rencontre Josua Klein qui devient son mécène et l’invite à le suivre en Suisse ou il possède des terres au bord du lac de Walenstadt[2].

Au printemps 1904, il décide de partir pour Andem, en compagnie de sa famille ainsi que de Wilhelm Sphor où Josua Klein possède une ferme. Il passe plusieurs mois à chercher des emplacements pour faire ériger ses temples. Fidus souhaite construire le Temple de la terre sur le lac près de la berge, celui de la couronne de fer sur une pente en dessous du village et le Temple de l'action sur une pente très raide en direction de Weesen[2],[5].


Dans ses mémoires, Wilhelm Sphor écrira:

« Nous brisions des rochers, coupions des arbres, et un plateau fut nivelé sur un affleurement rocheux près du lac. Tout allait très bien, mais sans mener à rien puisque le prophète devait prêcher tout les jours, du petit matin à deux heures de l'après-midi [...]Après ça, tout le monde était fatigué [...] »


Fidus finit par trouver ses projets absurdes. Il se sépare de sa femme et de ses enfants et rentre à Berlin avec une femme qu’il a rencontrée à la ferme[2].

En 1905, il illustre la une du journal social-démocrate, Vorwärts. Il illustre également l'ouvrage Die Nacktheit de Richard Ungewitter[7].

Il retourne en Suisse, à Zurich de l’été à l'automne 1906, où il loue un atelier où résida Arnold Bocklin jusqu’à son décès en 1901[2],[5]. Durant cette période il rencontre un homme d’affaires qui lui fait don d’une importante somme d’argent, afin qu’il puisse avoir son propre atelier[2].

Il retourne alors en Allemagne, achète un bout de terrain à Woltersdorf à l’est de Berlin et y fait ériger la Fidushaus[2],[5]. Après réconciliation avec sa famille, elle revient vivre à ses cotés. Pendant les années suivantes la maison reçoit la visite de nombreux admirateurs. Certains artistes y font même des résidences[2].

En 1908, Fidus peint la première version de Lichtgebet, qui deviendra son tableau le plus célèbre. Il représente un jeune homme nu au look androgyne au sommet d'une montagne, agitant les bras en forme de rune de vie[8].

En octobre 1911, un jeune homme nommé Georg Bauernfeind, entame un jeûne à la Fidushaus. Il y meure d'épuisement le 9 décembre[2].

En 1912, il conçoit une affiche pour un congrès hygiéniste à Hambourg. Elle montre un homme en train de briser ses chaines en regardant un ciel étoilés[6]. Cette même année Fidus fonde le Sankt-Georg-Bund (Alliance de Saint Georges), collectif d'artistes, dont la mission est de lutter contre ce qu'ils appellent le Panzermaterialismus[2].

En 1913, il peint une nouvelle version de Lichtgebet[5].

1914-1945 : Fidus nationalisteModifier

 
Monument aux morts dessiné par Fidus à Woltersdorf.

En 1914, lorsque éclate la Première Guerre mondiale, Fidus ne peut y participer en raison d’une blessure au pied. Cependant il rédige un essai intitulé An die deutschen Kunster (Aux artistes allemands) où il fait l’exaltation des combats[2],[5]. Il y voit l’occasion de sortir d’une « existence grasse », sa peinture devient de plus en plus emprunte de germanisme.

En 1915 Else Knorr décède. Un de ses élèves nommé Franz Bernoully est tué front[2],[5].

Après 1918, la carrière de Fidus commence à décliner. Il tient l'expressionnisme,le dadaïsme et le sociale réalisme pour responsable[9]. Cette même année sa fille Drude décède.

En 1922, il se remarie avec une dénommée Elsbet Lehmann-Hohenberg[5].

En 1923, il se rend de nouveau en Suisse. À l’occasion d’une visite de Dornach il se rend sur les ruines du premier Goetheanum, une sorte de temple fondé par Rudolf Steiner, individu que Fidus apprécie. L’édifice fut l'ancien siège de la société anthroposophique. Il a été détruit par un incendie criminel la nuit de la Saint-Sylvestre 1922-1923.

Durant l’automne 1930, à la radio il entend Joseph Goebbels lors du discours du Sportpalast. Enthousiasmé il écrit à ce dernier. Fidus se propose de dessiner des temples et des théâtres pour le Troisième Reich. Il contacte aussi de nombreux maires pour faire édifier des lieux de rassemblement, crématoriums et monuments divers[2].

En 1932, Fidus adhère au NSDAP[10]. Il essayera les années suivantes de trouver preneur pour son Tempelkunst. Personne ne prêtera attention à ses travaux. Fidus comprend vite que son art ne correspond pas à la politique culturelle du nazisme.

En 1933, le tout nouveau régime lui interdit la vente d'une série de cartes postales intitulée L'Allemagne lumineuse.

En 1936, Wolfgang Willrich le qualifie d’artiste dégénéré et la revue Das Schwarze Korps l’accuse de faire sombrer l’art nordique dans le kitsch. Toujours la même année une de ses expositions qui a lieu à Nuremberg est perturbée et annulée en cours par les autorités.

En 1937, à Hambourg, les autorités saisissent plusieurs de ses portfolios et la vente de plusieurs de ses œuvres est interdite. Fidus craint alors d’être frappé d’une interdiction de peindre comme c’est déjà le cas pour de nombreux artistes.

En octobre 1938, il réussit tout de même à exposer ses œuvres à Berlin avec le soutien de Richard Walther Darré. Ce dernier le considère comme pionnier de la pensée nordique[2].

En 1943, à 75 ans, le régime nomme Fidus professeur honoraire et lui octroie une rente[5].

1945-1948 : les dernières annéesModifier

Fidus sort malgré tout de la guerre appauvri, il troque des tableaux contre de la nourriture et des produits de première nécessité. Il peint même des tableaux de Lénine et de Staline pour les autorités Soviétiques. Il est payé en nourriture ou en tickets de rationnement[2].

Fidus décède le 23 février 1948 à Woltersdorf à 79 ans[2],[1]. Lors de la veillée funèbre qui a lieu à la Fidushaus, des poèmes sont récités et des chants entonnés au milieu de ses tableaux. Il est par la suite enterré au cimetière de Woltersdorf[2].

PostéritéModifier

Après sa mort et pendant plusieurs décennies, son art sera oublié. Il a été redécouvert dans les années 1960 et a directement influencé les affiches de concerts psychédéliques qui ont été produites à cette époque, à San Francisco[10].

Une partie des œuvres de Fidus se trouvent à la Galerie berlinoise[6], le collectionneur d'art Jacque Daulton en possède lui aussi une bonne partie[11].

Notes et référencesModifier

  1. a b c d e f g h et i Hofstätter, Hans Helmut, 1928-, Jugendstil et Art nouveau : Œuvres graphiques, A. Michel, (ISBN 2226024751 et 9782226024756, OCLC 417078710, lire en ligne), p.141 à 143
  2. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y z aa ab ac ad ae af ag ah ai aj ak al am an et ao Hallstatt, Gerhard. et Impr. ACORT Europe), Blutleuchte : mysticismes anciens & contemporains, Camion blanc, impr. 2012 (ISBN 9782357792005 et 2357792000, OCLC 829977235, lire en ligne), p.287 à 306
  3. a b c d e f et g (de) Puschner, Uwe., Die völkische Bewegung im wilhelminischen Kaiserreich : Sprache - Rasse - Religion, Wiss. Buchges, (ISBN 353415052X et 9783534150526, OCLC 216476163, lire en ligne), p 167
  4. a b c d et e (en) Harry Oosterhuis, Homosexuality and Male Bonding in Pre-Nazi Germany: The Youth Movement, the Gay Movement, and Male Bonding Before Hitler's Rise : Original Transcripts from Der Eigene, the First Gay Journal in the World, Haworth Press, (ISBN 9781560241645, lire en ligne)
  5. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w et x (it) Carminati, Massimiliano, Fidus - lo Jugendstil esoterico di Hugo Höppener (ISBN 9788889526019 et 8889526017, OCLC 1037940425, lire en ligne)
  6. a b et c « Suchergebnis | Berlinische Galerie | Ihr Museum für moderne und zeitgenössische Kunst in Berlin », sur www.berlinischegalerie.de (consulté le 22 avril 2019)
  7. a et b (en) Arnd Krüger, There Goes This Art of Manliness: Naturism and Racial Hygiene in Germany
  8. (de) Marina Schuster, Fidus – ein Gesinnungskünstler der völkischen Kulturbewegung, Munich, , p 634 à 650
  9. (de) Frecot, Janos. et Kerbs, Diethart., Fidus : 1868-1948 ; zur ästhetischen Praxis bürgerlicher Fluchtbewegungen, Rogner und Bernhard bei Zweitausendeins, (ISBN 3807703594 et 9783807703596, OCLC 75874672, lire en ligne)
  10. a et b « Hippie Roots & The Perennial Subculture Archives - Hippiedom - Hippyland », sur web.archive.org, (consulté le 22 avril 2019)
  11. « Daulton Collection, Symbolismus Home », sur www.symbolismus.com (consulté le 22 avril 2019)

Liens externesModifier