Féminisme chicana

mouvement politique, social et culturel défendant les femmes d’origine mexicaine vivant aux États-Unis

Le féminisme chicana est un mouvement politique, social et culturel qui naît aux États-Unis dans les années 1970. Il inclut différents champs disciplinaires comme la sociologie, l’économie, la philosophie, la littérature et l’art.

Le féminisme chicana analyse les formes de domination, de discrimination et d’oppression que vivent les femmes chicanas, c’est-à-dire les femmes d’origine mexicaine vivant aux États-Unis[1].  

La communauté chicana aux États-UnisModifier

La communauté chicana aux États-Unis est une communauté à la formation relativement ancienne et complexe.

Dès le milieu du XIXe siècle, le Mexique connait ses premières vagues de migration vers les États-Unis dues à la guerre. Une forte population latino-américaine commence alors à apparaitre aux États-Unis. Plus tard, au cours du XXe siècle, les migrations économiques, qui ne se limitent plus uniquement au Mexique mais également à d’autres pays d’Amérique Latine, vont accroitre à nouveau cette population. Cette population est donc diverse et variée et regroupe des individus d’origines différentes qui vont se mélanger.

De ce fait, aujourd’hui, l’identité chicana ne se limite pas forcément seulement à la population issue de l’immigration mexicaine, mais à la population latino-américaine de manière générale. C’est pourquoi l’identité chicana est difficile à définir avec précision, et peut admettre plusieurs définitions d’un penseur à l’autre.

C’est à partir de cette population issue de l’immigration latino-américaine qu’une véritable identité chicana est née. Cette identité inclut aujourd’hui des coutumes et un ensemble de traditions qui s’incorporent dans la culture américaine.

Chicanas et intersectionnalitéModifier

L’intersectionnalité désigne le fait de subir plusieurs formes de domination simultanément dans une société donnée. Ces différentes dominations se juxtaposent et s’associent : aucune ne précède une autre. Ainsi, les femmes chicanas se trouvent dans une position d’intersectionnalité dans la société américaine.

Les femmes chicanas se situent à l’intersection du genre, de l'ethnie de la culture. En tant que femmes, elles subissent la domination masculine. En tant qu’individus issus de l’immigration latino-américaine, elles subissent des dominations raciales. Enfin, en tant qu’individus installés aux États-Unis mais ayant des origines étrangères, elles subissent des discriminations propres à leur double culture. Ces différentes formes de domination s’associent pour former une domination propre aux femmes chicanas.

Cette idée d'intersectionnalité est particulièrement étudiée dans la perspectives des études postcoloniales[2], et nourrit d'autres types de féminismes, tel que le black feminism.

De ce fait, le féminisme chicana est né d’un sentiment de non représentativité dans les mouvements déjà existants, car aucun ne tenait compte de toutes les intersections qui concernaient les femmes chicanas. Elles ne se sentaient pas représentées complètement par le féminisme blanc existant aux États-Unis, ni par le mouvement de défense des droits chicanos. Elles ont donc rencontré un besoin de distinction des mouvements déjà existants pour obtenir une meilleure considération de toutes les formes de domination qui les concernent.

Luttes et analysesModifier

Le féminisme chicana a d'abord convergé avec les luttes des autres féminismes aux Etats-Unis. Progressivement, les luttes du féminisme chicana se centrent essentiellement sur les oppressions dues au patriarcat et au capitalisme. Elles analysent la manière dont les femmes chicanas sont sujettes à la pauvreté et au sexisme d’une manière particulière et qui se distingue des femmes blanches et des hommes chicanos. Elles cherchent donc à s’ancrer dans leurs propres réalités et ne pas détacher leurs analyses de leur expérience de femmes chicanas.

Leurs analyses et leurs luttes sont tournées vers la sphère du travail, de la vie publique, de la vie maritale et familiale ou encore vers la sphère intellectuelle. Le féminisme chicana s’appuie donc sur tous les pans de la société.  

Les diverses analyses du féminisme chicana s'ancrent dans des champs disciplinaires variées : la politique, l'Histoire, mais aussi la littérature et la musique. Ainsi, ces analyses nourrissent, et se nourrissent dans le même temps, une culture riche et variée.

Les féministes chicanas lesbiennes participent à de nombreuses activités mais ne commencent à être écoutées et incluses dans les revendications qu'à la fin des années 1970[3].

Figures importantesModifier

Plusieurs personnalités marquent l'histoire du féminisme chicana :

  • Gloria Anzaldúa[2],[4] : Elle est une autrice, poète et universitaire. Elle est militante du féminisme chicana et une des figures majeures de ce mouvement. Elle est une des premières penseuses du Queer dans le féminisme chicana.
  • Martha P. Cotera : Elle est une bibliothécaire et écrivaine chicana. Elle est une importante activiste du mouvement chicano et du féminisme chicana. Elle a participé, au nom des femmes chicanas, à la National Women's Conference de 1977.
  • Cherríe Moraga[2] : Elle est une autrice, poétesse, dramaturge et militante du féminisme chicana. Son père est un homme blanc et sa mère est mexicaine. Elle est lesbienne, motif que l'on retrouve beaucoup dans ses poèmes. Elle travaille donc sur les identités multiples.
  • Anna Nieto-Gomez : Elle est une activiste majeure du féminisme chicana. Elle travaille sur les inégalités entre hommes et femmes en particulier sur le plan économique. Elle analyse le fossé qui les sépare et le phénomène de Féminisation de la pauvreté, et cela en perspective avec les spécificités chicanas. Elle a créé le journal féministe Encuentro Feminil.
  • Martha Gonzalez : Elle est une musicienne, chanteuse et théoricienne de la musique féministe chicana. Elle est également professeur à l'université et travaille sur les Latina et chicana Studies. Elle a largement permis de faire connaitre la musique chicana, notamment grâce à son groupe Quetzal.

Notes et référencesModifier

  1. « Chicanas.com redesign », sur www.chicanas.com (consulté le 10 novembre 2019)
  2. a b et c Laetitia Dechaufour, « Introduction au féminisme postcolonial », Nouvelles Questions Féministes, vol. 27, no 2,‎ , p. 99 (ISSN 0248-4951 et 2297-3850, DOI 10.3917/nqf.272.0099, lire en ligne, consulté le 24 novembre 2019)
  3. (es) Elena Margarita Cacheux Pulido, « Feminismo chicano: raíces, pensamiento político e identidad de las mujeres », Reencuentro, no 37,‎ , p. 43-53 (ISSN 0188-168X, lire en ligne, consulté le 8 décembre 2019)
  4. Gloria Anzaldúa, « La conscience de la Mestiza. Vers une nouvelle conscience », Les cahiers du CEDREF. Centre d’enseignement, d’études et de recherches pour les études féministes, no 18,‎ , p. 75–96 (ISSN 1146-6472, lire en ligne, consulté le 10 novembre 2019)

Voir aussiModifier