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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Bloch.
Eduard Bloch
Bundesarchiv Bild 146-1975-096-33A, Dr. Eduard Bloch in Arztpraxis.jpg
Le Dr Eduard Bloch dans son cabinet à Linz
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 73 ans)
BronxVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Beth David Cemetery (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activité
Parentèle
George Kren (d) (petit-fils)
John S. Kafka (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Eduard Bloch () est un docteur juif autrichien, pratiquant à Linz en Autriche. Jusqu'en 1907, Bloch est le médecin de la famille d'Hitler. Plus tard, après l'annexion de l'Autriche par les nazis, Hitler assurera une protection spéciale pour Bloch[1].

Sa jeunesse et ses débuts professionnelsModifier

Bloch est né à Frauenberg (aujourd'hui Hluboká nad Vltavou en République tchèque)[2]. Il étudie la médecine à Prague, puis sert comme médecin-officier dans l'armée autrichienne. En 1899, il est en poste à Linz, où il ouvre, en 1901 après sa démobilisation, un cabinet médical privé au 12 Landstrasse, dans une maison baroque, qui sert aussi d'habitation pour lui et sa petite famille: sa femme Emilie (née Kafka) et leur fille Gertrude (Trude), née en 1903.

Selon le futur maire de Linz, Ernst Koref, Bloch est particulièrement apprécié par ses patients, principalement par ceux des classes sociales inférieures et les indigents. Il est connu pour se déplacer, même au milieu de la nuit, pour visiter ses malades, en utilisant pour ses visites son hansom cab et portant un ostensible chapeau à large bord. Comme la plupart des Juifs de Linz, la famille Bloch est parfaitement assimilée.

Docteur de la famille d'HitlerModifier

Le premier membre de la famille Hitler que Bloch va voir est le jeune Adolf. En 1904, Hitler est sérieusement malade et est alité avec une sérieuse infection des poumons. Pour cette raison, Hitler est autorisé à abandonner ses études à l'école et à rester chez lui. Cependant, plus tard, en consultant le dossier médical d'Hitler, Bloch affirmera qu'il ne l'a alors soigné que pour des maladies bénignes, rhumes ou angines, et qu'Hitler n'était ni robuste ni chétif. Il affirmera aussi qu'Hitler n'a jamais eu aucune maladie grave quelle qu'elle soit, et encore moins de maladie pulmonaire[3].

En 1907, la mère d'Hitler, Klara Hitler, est diagnostiquée avec un cancer du sein. Elle meurt le 21 décembre dans de grandes souffrances, qui nécessitent des sédatifs souvent donnés par Bloch. En raison de la situation économique de la famille d'Hitler à cette époque, Bloch a travaillé en réduisant ses honoraires, et même parfois sans se faire payer. Hitler qui a alors 18 ans, lui accorde sa gratitude éternelle ("Ich werde Ihnen ewig dankbar sein"). Il le confirmera dans une carte postale de 1908 écrite à Bloch. Le jeune Hitler exprimera aussi sa gratitude et son respect en offrant à Bloch un de ses tableaux, qui, d'après la fille de Bloch, Gertrude Kren (née en 1903 en Autriche; décédée en 1992 aux États-Unis), a été perdu lors des différents déménagements. Même en 1937, Hitler se renseigne sur la situation de Bloch et l'appelle Edeljude (noble juif).

Bloch aussi a apparemment une certaine affection pour la famille d'Hitler, ce qui va lui servir dans le futur.

 
Maison du Docteur Bloch peinte par Adolf Hitler en 1913

Émigration aux États-UnisModifier

Après l'Anschluss, l'annexion de l'Autriche par le Troisième Reich, en 1938 (l'Anschluss), la vie devient très difficile pour les Juifs autrichiens. Le cabinet de Bloch est fermé le 1er octobre 1938. La fille et le gendre de Bloch, son jeune assistant, le Dr Franz Kren (né en 1893 en Autriche; décédé en 1976 aux États-Unis), émigrent vers les États-Unis.

Bloch, qui a alors 66 ans, écrit à Hitler pour lui demander de l'aide. En réponse, il est mis sous la protection spéciale de la Gestapo. C'est le seul Juif de Linz avec ce statut. Bloch reste à la maison avec sa femme, sans être importuné, jusqu'à ce que toutes les formalités pour son émigration aux États-Unis soient réglées.

Sans aucune ingérence des autorités, ils vendent leur maison pour une somme assez importante. Cependant, ils ne sont autorisés à sortir d'Autriche que la somme de 16 marks; normalement pour les Juifs, la somme maximale était fixée à 10 marks[4].

En 1940, Bloch émigre et s'installe dans le Bronx, au 2755 Creston Avenue, New York City, mais ne peut exercer en tant que médecin car son diplôme médical n'est pas reconnu. Il meurt d'un cancer de l'estomac à 73 ans en 1945, pratiquement un mois après la mort d'Hitler. Il est enterré au cimetière juif Beth David, section D, bloc 3, à Elmont, New York[5],[6].

Interviews et mémoiresModifier

En 1941 et en 1943 Bloch est interrogé par l'OSS (Office of Strategic Services), l'ancêtre de la CIA (Central Intelligence Agency), qui désire obtenir des informations sur la jeunesse d'Hitler.

Bloch publie aussi ses mémoires sur sa rencontre avec celui qui deviendra plus tard le "Führer", dans la revue Collier's Weekly dans lesquelles il fait un tableau remarquablement positif du jeune Hitler, affirmant qu'il se comportait très correctement et qu'il n'était pas un voyou:

« Ceci n'est simplement pas vrai. Quand il était jeune, il était calme, se comportait bien et était habillé avec soin. Il attendait patiemment dans la salle d'attente jusqu'à ce que ce soit son tour, puis comme tous garçons de quatorze ou quinze ans, s'inclinait et toujours remerciait le docteur poliment. Comme les autres garçons de Linz, il portait un Lederhose court et un chapeau vert en laine avec une plume. Il était grand et pâle et paraissait plus grand que son âge. Ses yeux qu'il avait hérités de sa mère, étaient grands, mélancoliques et méditatifs. Dans une certaine mesure, ce garçon vivait renfermé sur lui-même. Quels rêves rêvait-il, je ne sais pas. »

Il indique aussi que le trait le plus frappant d'Hitler, était son amour pour sa mère:

« Bien qu'Hitler ne soit pas dans le sens usuel du terme un garçon à sa maman, je n'ai jamais été témoin d'un attachement aussi profond. Son amour était mutuel. Klara Hitler adorait son fils. Elle l'encourageait à suivre sa propre voie chaque fois que c'était possible. Par exemple, elle admirait ses peintures à l'eau et ses dessins et soutenait ses ambitions artistiques, à l'opposé de son père, quel qu'en soit le coût pour elle-même comme on pouvait le supposer.  »

Cependant, Bloch conteste expressément que l'amour d'Hitler pour sa mère soit pathologique.

Dans ses mémoires, il mentionne qu'Hitler était « l'homme le plus triste qu'il ait jamais vu » lorsqu'il apprit la mort imminente de sa mère. Il se souvient que Klara Hitler était une femme pieuse et bienveillante. « Elle se retournerait dans sa tombe si elle savait ce qu'il est devenu ». Selon Bloch, après la mort de son père, les ressources financières de la famille étaient maigres. Il écrit que Klara Hitler ne se permettait pas la moindre extravagance et vivait frugalement.

Œuvres sur BlochModifier

En dépit de l'affection évidente qu'Hitler montrait pour Bloch, l'historien Rudolph Binion croit qu'il fut l'un des facteurs contribuant à l'antisémitisme d'Hitler, qui conduisit plus tard à la Shoah[7]. À l'opposé, l'historienne Brigitte Hamann soutient que l'antisémitisme d'Hitler s'est forgé plus tard, durant les années à Vienne du futur dictateur.

Parmi les autres connaissances de Bloch, on trouve Hedda Wagner, auteure et militante pour les droits des femmes, qui écrivit un livre qui lui est dédié.

Le roman 1940 de l'écrivain Jay Neugeboren se passe dans le Bronx et traite d'évènements autour d'Eduard Bloch.

NotesModifier

  1. (en): Jason Cowley: The search for Dr.Bloch; Granta; 79; ; consulté le 9 décembre 2012
  2. (de): Brigitte Hamann: Hitlers Edeljude - Das Leben des Armenarztes Eduard Bloch; Munich; 2008; (ISBN 3492051642)
  3. (en) Walter C. Langer, The mind of Adolf Hitler : the secret wartime report, New York, New American Library, (ISBN 978-0-452-00740-6, OCLC 507639345), p. 127-128
  4. (de): Brigitte Hamann. Hitler's Edeljude. Das Leben des Armenarztes Eduard Bloch. Piper Verlag. Munich 2008. p. 427
  5. Steven Lehrer, Hitler sites : a city-by-city guidebook (Austria, Germany, France, United States, Jefferson, N.C, McFarland, , 218 p. (ISBN 978-0-786-41045-3 et 978-0-786-42454-2, lire en ligne)
  6. (en) Steven Lehrer, Wannsee house and the Holocaust, Jefferson, N.C, McFarland, , 196 p. (ISBN 978-0-786-49144-5, lire en ligne)
  7. (en): Rudolph Binion: Springtime for Hitler; New York Review of Books; Volume 22; Numéro 10; 12 juin 1975; Consulté le 9 décembre 2012

BibliographieModifier

  • (en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Eduard Bloch » (voir la liste des auteurs).
  • (en): Eduard Bloch: My Patient Hitler In: Collier’s Weekly du 15 mars et du 22 mars 1941; consultés le 6 décembre 2012
  • (en): Eduard Bloch: The Autobiography of Obermedizinalrat Eduard Bloch; éditeur: J. A. S. Grenville and Raphael Gross; The Leo Baeck Institute Year Book, XLVII (2002)
  • (en): Office of Strategic Services, Hitler Source Book, Interview du Dr Eduard Bloch; 5 mars 1943; consulté le 6 décembre 2012
  • (en) Brigitte Hamann (trad. Thomas Thornton), Hitler's Vienna : a dictator's apprenticeship, New York, Oxford University Press, , 482 p. (ISBN 978-0-195-12537-5, OCLC 964241985).