Décennie perdue (Japon)

La décennie perdue (失われた10年, Ushinawareta jūnen?) désigne la décennie qui suit l'éclatement de la bulle spéculative japonaise. Cette décennie est marquée par une lente dégradation de la situation économique entre 1991 et 2000.

HistoireModifier

Alors que le Japon connaît un miracle économique depuis les années 1960, le pays subit l'éclatement d'une bulle immobilière fondée sur un endettement généralisé dédié aux achats immobiliers[1]. Cet éclatement provoque une déflation importante et ralentit la croissance économique. Bien que les taux d'intérêt soient bas, l'investissement ne reprend pas. La décennie perdue voit une baisse du taux de croissance potentielle, passé de 4% à la fin des années 1980 à 1,5% environ au milieu des années 1990[2].

Cette situation provoque une chute du Nikkei 225. De 39 000 points en décembre 1989, il chute à 14 000 points en août 1992[3].

CausesModifier

Trappe à liquiditéModifier

Cette situation a été décrite comme une trappe à liquidité dès 1998 par des économistes tels que Paul Krugman[4]. Il estimait que la cause de la trop faible croissance était la confiance des acteurs économiques dans la capacité de la Banque du Japon à tenir rigoureusement les objectifs d’inflation qui lui étaient assignés. Krugman en déduisait que pour rendre la politique monétaire efficace, il convenait que la banque centrale soit « irresponsable de façon crédible[4] », c’est-à-dire qu’elle donne aux acteurs économiques des raisons sérieuses de croire qu’elle laisserait de l’inflation se produire. La Banque du Japon a par la suite adopté en ce sens une politique d’assouplissement quantitatif entre 2001 et 2006.

Réduction de l'investissementModifier

Le Japon est également frappé par une crise bancaire, la crise bancaire de 1997, qui ébranle le système bancaire et financier japonais. S'ensuit une période de resserrement du crédit qui freine les investissements et la consommation au Japon, prolongeant la décennie perdue[5].

Réduction de la croissanceModifier

L'augmentation de la dette publique japonaise après la crise conduit les gouvernements successifs à mettre en place des plans d'austérité afin de la réduire. L'augmentation des impôts a un effet récessif et comprime la demande[6].

PostéritéModifier

Reprise provisoire des années 2000Modifier

La reprise économique s'enclenche vers 2002. Le système financier et économique est assaini, le secteur industriel est restructuré, etc[3].

Décennie perdue des années 2010Modifier

Pour Karyn Nishimura-Poupée, la décennie perdue a trouvé un écho dans la décennie perdue entre 2011 et 2021[7].

CritiquesModifier

Cette décennie perdue est cependant à relativiser si l'on tient compte de la démographie et du vieillissement du Japon : en comparant l’évolution du PIB à celle de la population en âge de travailler, Paul Krugman montre que la progression du PIB par tête s’est établie à 1,2 % par an entre 1990 et 2007, concluant que la stagnation du pays sur cette période est un mythe[8].

RéférencesModifier

  1. Philippe GODARD et Alexandre MESSAGER, Le Japon pour les Nuls, edi8, (ISBN 978-2-7540-7760-6, lire en ligne)
  2. OECD, Études économiques de l'OCDE : Japon 2006, OECD Publishing, (ISBN 978-92-64-02698-8, lire en ligne)
  3. a et b Pascal Boniface, Les relations internationales de 1945 à nos jours: Comment en sommes-nous arrivés là ?, Editions Eyrolles, (ISBN 978-2-212-88155-4, lire en ligne)
  4. a et b (en) Paul Krugman, Japan’s trap, 1998, page personnelle[lire en ligne]
  5. (en) Ulrike Schaede et Associate Professor Graduate School of International Relations and Pacific Studies Ulrike Schaede, Choose and Focus: Japanese Business Strategies for the 21st Century, Cornell University Press, (ISBN 978-0-8014-4706-8, lire en ligne)
  6. Nicolas Goetzmann, Sortir l'Europe de la crise : Le modèle japonais, Eyrolles, (ISBN 978-2-212-24153-2, lire en ligne)
  7. Karyn Nishimura-Poupée, Les Japonais, Tallandier, (ISBN 979-10-210-5116-4, lire en ligne)
  8. (en) Paul Krugman, « The Japan Story », The Conscience of a Liberal sur The New York Times, le 5 février 2013

Voir aussiModifier