Chute libre (Breaking Bad)

épisode de Breaking Bad

Chute Libre (Pilot) est le premier épisode de la saison 1 de la série américaine Breaking Bad, écrit et réalisé par son créateur Vince Gilligan.

L'épisode a originellement été diffusé le sur la chaîne américaine AMC[1].

Il a été diffusé en France pour la première fois sur Orange Cinémax le puis sur la chaîne Arte le .

RésuméModifier

Un homme en sous-vêtements (Bryan Cranston), portant un masque à gaz conduit à toute allure sur une route déserte du désert du Nouveau-Mexique. Un jeune homme, portant également un masque à gaz, le visage boursouflé, occupe inconscient le siège passager du véhicule. Alors que la caravane s'enfonce dans un fossé, deux corps inertes roulent sur le sol du véhicule. Le conducteur, essoufflé, s'échappe du véhicule une caméra à la main, équipé d'un revolver et de son porte-feuilles. Se présentant comme Walter Hartwell White, il enregistre alors un adieu désespéré adressé à sa femme, son fils et sa fille au son lointain des sirènes de la police. Walt s'écarte alors de la route, l'arme à la main.

Trois semaines plus tôt, Walt fête à son domicile son cinquantième anniversaire. Il réside dans la ville d'Albuquerque, avec sa femme Skyler (Anna Gunn), et son fils Walter Jr. (RJ Mitte), atteint de paralysie cérébrale. Professeur de chimie désabusé, il arrondit ses fins de mois difficiles en tant que caissier dans une station de lavage. Parmi les invités de son anniversaire surprise se trouvent son beau-frère, Hank (Dean Norris), agent de la DEA, et sa femme Marie (Betsy Brandt). Plus tard dans la soirée, Hank apparaît dans un reportage télévisé relatant sa descente dans un laboratoire clandestin de méthamphétamine. Intrigué, Walter découvre alors un monde où l'argent facile semble être à la portée de tous.

Le jour suivant, Walter s'évanouit à la station. Une fois à l'hôpital, il apprend alors qu'il est atteint d'un cancer du poumon en phase terminale, et n'a plus que quelques années à vivre. De retour chez lui, il décide de ne pas partager la nouvelle avec sa famille. Le lendemain, dans un excès de colère, Walter décide de démissionner de son second emploi humiliant. Invité par son beau-frère Hank, il assiste alors à l'une de ses opérations policières dans le but de « pimenter son quotidien ». Alors que Hank et son partenaire Steven Gomez (Steven Michael Quezada) balaient la scène d'un laboratoire clandestin, Walt aperçoit Jesse (Aaron Paul), un de ses anciens élèves, s'échappant du lieu du crime tandis que son partenaire Emilio Koyama (John Koyama) se fait arrêter par la DEA. Plus tard dans la soirée, Walt se rend chez Jesse et lui propose alors un marché : s'associer avec lui pour produire de la méthamphétamine ou le dénoncer à son beau-frère.

Walt retourne alors au lycée qui l'emploie, dans le but de voler du matériel lui permettant de fabriquer de la drogue. Jesse, quant à lui, s'arrange pour acheter une caravane usagée pour le transformer en laboratoire mobile. Après avoir récupéré ses économies pour payer le véhicule, Walt disparaît dans le désert accompagné de son ancien élève devenu partenaire. Utilisant ses facultés exceptionnelles de chimiste, Walter produit alors ce que Jesse décrira comme la drogue la plus pure qu'il ait jamais vue.

De retour à Albuquerque, Jesse décide d'emmener un échantillon de la marchandise à son partenaire Krazy-8 (Maximino Arciniega), un cousin de son ancien associé Emilio. Libéré sous caution, Emilio s'attaque alors à Jesse qu'il décrit comme un informateur de la police. Pour lui donner tort, Walter et Jesse décident de les emmener dans le désert afin de témoigner de leur désir de s'associer. Néanmoins, Emilio reconnaît Walter, présent quelques jours auparavant lors de la descente de la DEA à son domicile. Tenu en joue par Krazy-8, Jesse essaie de s'échapper du véhicule mais trébuche et perd conscience. Walt, suppliant pour sa vie, promet alors de révéler sa formule aux deux cousins. De retour dans la caravane, Walter prépare alors méticuleusement les ingrédients nécessaires à la fabrication de la drogue. Profitant d'un feu de broussailles déclenché accidentellement par Emilio, Walt s'échappe du laboratoire en relâchant de la phosphine en mélangeant des produits chimiques. Alors que Walter bloque la porte de la caravane, les deux trafiquants perdent connaissance.

Détachant hâtivement Jesse et l'équipant d'un masque à gaz, Walter l'installe sur le siège passager et décide de s'éloigner de la scène, le feu étant devenu hors de contrôle. Après une collision, Walt s'installe au milieu de la route, et tente de se tirer une balle de revolver dans la tête. À son grand soulagement, la sécurité de l'arme l'en empêche. Alors qu'au loin les sirènes de la police semblent se rapprocher, Walter s'aperçoit qu'elles appartiennent en fait à des camions de pompiers. Walt cache alors son revolver. Jesse, le visage abîmé, rampe alors hors du laboratoire afin de rejoindre son nouveau partenaire. Plus tard dans la nuit, Walt rentre chez lui et se retrouve nez à nez avec Skyler, endormie, lui demandant si elle avait bien affaire à ce dernier.

ProductionModifier

La série Breaking Bad a été créée par le scénariste américain Vince Gilligan, souhaitant faire mettre au cœur de son œuvre le passage progressif de son protagoniste en antagoniste. Selon lui « la télévision a toujours été efficace pour préserver ses personnages dans des rôles prédéfinis pour que les programmes puissent durer des années durant, voire pendant des décennies. Lorsque je m'en suis rendu compte, l'étape suivante a alors été de me demander comment je pourrais mettre en scène une série dont le cœur serait le changement fondamental d'un protagoniste[2]. » Il ajoutera par la suite que son but premier a été de transformer Walter White d'un "M. Chips" en un véritable "Scarface"[3]. L'idée de la transformation de Walt en dealer de méthamphétamine serait venue lors d'une discussion entre Vince Gilligan et son collègue Thomas Schnauz, plaisantant sur le fait que la solution à leur non-emploi serait de « fabriquer de la meth à bord d'une caravane, et de parcourir le pays pour la vendre »[4]. La série était à la base censée se dérouler dans la ville de Riverside en Californie, mais après les suggestions du studio Sony, la ville d'Albuquerque au Nouveau Mexique a été choisie pour des raisons fiscales[5].

Vince Gilligan choisit de donner le rôle de Walter White à Bryan Cranston, à la suite de leur collaboration antérieure sur un épisode de la saison 6 de la série X-Files : Aux frontières du réel lorsque Gilligan commençait alors sa carrière de scénariste à la télévision. Cranston jouait alors un anti-sémite atteint d'une maladie en phase terminale, qui détenait l'agent Fox Mulder (David Duchovny) en otage. Selon Gilligan, son protagoniste devait à la fois être détestable et antipathique pour les téléspectateurs, un tour de force pouvant être réalisé aisément par Bryan Cranston[6]. Les cadres de la chaîne AMC, quant à eux, étaient dans un premier temps hésitants à engager l'acteur, à cause de sa popularité dans le rôle comique de Hal dans la série Malcolm. Ils proposèrent alors le rôle à Matthew Broderick puis à John Cusack, qui refusèrent leur offre[7]. Ce n'est qu'après avoir vu la prestation de Cranston dans X-Files que les cadres changèrent d'avis, impressionnés par le potentiel dramatique de l'acteur[8]. Afin de refléter l'état de déclin mental de son personnage, Bryan Cranston prit plus de 5 kilos pour le premier épisode de la série, et décida de se teindre les cheveux en châtain afin de masquer sa rousseur naturelle. Pour rendre Walter White le plus impotent possible et le moins remarquable lors de cet épisode, il travailla avec les costumières de la production pour en faire un personnage particulièrement fade et passe-partout[9].

Musiques du filmModifier

Réception critiqueModifier

L'épisode a été particulièrement bien reçu par la critique. On peut notamment citer Télérama, qui, à la suite de la diffusion de l'épisode sur Arte encense la série et son créateur : « Unique, très noire, récompensée à de multiples reprises, Breaking Bad est l'une des productions les plus poignantes de ces dernières années »[10].

Aux États-Unis, la diffusion de l'épisode en 2008 avait à l'époque rassemblé moins d'un million de téléspectateurs, étant diffusé en même temps qu'un important match des playoffs de la NFL, le championnat de football américain[11].

Pour sa prestation dans cet épisode, Bryan Cranston a remporté l'Emmy Award du Meilleur Acteur dans une série dramatique[12]. Vince Gilligan quant à lui, a été nominé en tant que Meilleur réalisateur pour une série dramatique lors de cette même cérémonie, et remporta le prix du Meilleur épisode de série dramatique de la Writers Guild of America, syndicat des scénaristes américains.


Références dans le filmModifier

Culture populaire américaineModifier

Lors du premier épisode, Walter projette de retrouver son ancien élève Jesse Pinkman pour lui proposer de s'associer avec lui dans le trafic de méthamphétamine. Lorsque Walter se rend au domicile de Jesse, ce dernier croit cependant que son ancien professeur de chimie est venu pour l'aider à se sortir de ses difficultés et à se remettre sur le droit chemin. Jesse fait alors allusion à la série américaine Welcome Back, Kotter, où Gabe Kotter est un professeur bienveillant déterminé à prendre en charge les élèves difficiles de son ancien lycée.

JESSE : Look, I don't know what you think you're doing here, Mr. White. I mean, if you're planning on giving me some bullshit about getting right with Jesus by turning myself in (...) High school was a long time ago. You ain't 'Welcome Back, Kotter', so step off. No speeches.


Par la suite, Walter concocte ses premiers cristaux de meth. Jesse est impressionné par le résultat et désire tout de suite y goûter. Walter rétorque qu'ils ne font que vendre, pas consommer. Jesse lui répond qu'il a trop regardé Deux Flics à Miami. Dans cette série, deux inspecteurs aux caractères contrastés collaborent contre le trafic de drogue international en provenance d'Amérique latine.

WALTER : No. No. No, we only sell it, we don’t use it.

JESSE: OK, since when? Listen, you’ve been watching way too much 'Miami Vice'. That ain’t happening.


Lorsque les deux agents de la DEA Hank Schrader et Steven Gomez font une descente pour neutraliser le laboratoire de meth, Hank dit à son collègue que le laboratoire est tenu par quelqu'un se faisant appeler Cap'n Cook (du nom de l'explorateur britannique des terres océaniques, le capitaine James Cook). Par la suite, Hank précise à Steeven que la meth y est coupée avec une pincée de chili et en déduit que le trafiquant est mexicain. Steeven rétorque, que selon lui, pour se faire appeler Cap'n Cook, il s'agit plutôt d'un Blanc. Hank lui parie 20$ que c'est un Mexicain. Quand Hank demande à son équipe d'intervention de quelle origine est la personne arrêtée sur les lieux, on lui répond qu'il s'appelle Emilio Koyama. Steeven affirme qu'il s'agit d'un nom asiatique et s'apprête à prendre les 20$. Hank réplique que Emilio est un prénom mexicain, et qu'il avait donc raison à 50% : il lui laisse alors 10$ et console son collègue hispano-américain en lui disant qu'ils ont tout de même Jennifer Lopez.

HANK : Cheer up, Gomey. You people still got J. Lo.

ChimieModifier

Dès le début du film, on lit sur une affiche du mur de la maison de Walter qu'il a contribué à un projet ayant remporté le prix Nobel de chimie en 1985.


Walter présente allègrement à Jesse sa panoplie de flacons de laboratoire. Ces récipients de différentes formes et fonctions portent souvent le nom du chimiste qui en est à l'origine.

WALTER : Look at this. Kjeldahl-style recovery flask, Very rare. You got your usual paraphernalia: Griffin beakers, your Erlenmeyer flask. But the pièce de résistance: a round bottom boiling flask.
JESSE : Well, I cook in one of those. The big one.
WALTER : One of these? No, this is a volumetric flask. You wouldn't cook in one of these.
JESSE : Yeah, I do.
WALTER : No, you don't. A volumetric flask is for general mixing and titration. You wouldn't apply heat to a volumetric flask. That's what a boiling flask is for. Did you learn nothing from my chemistry class?

La phosphine, gaz incolore hautement toxique et inflammable, revient à deux reprises dans l'épisode pilote : une première fois, lorsque Walter corrige Hank sur le nom du gaz toxique souvent présent dans les laboratoires de meth ; une deuxième fois, lorsque Walter intoxique par surprise Krazy-8 et Emilio.

 
Échantillon de phosphore rouge

HANK : Meth labs are nasty on a good day. You mix that shit wrong and you got mustard gas.
WALTER : Phosphine gas. I think.
HANK : Yeah, exactly. One whiff will kill you. That's why the respirators.

JESSE : What happened? What'd you do to them?
WALTER : Red phosphorus in the presence of moisture and accelerated by heat yields phosphorus hydride. Phosphine gas. One good whiff, and phew!

DrogueModifier

Les personnages du film font allusion à la méthamphétamine à travers plusieurs dénominations : « meth », « crystal meht », « scante[13] », « tick-tick »[14]. Le terme « jibhead » désigne quant à lui un consommateur de meth[15].

JESSE : Tell me that ain't the finest scante you ever laid eyes on.

KRAZY-8 : That's some stone-fine tick tick you been cooking there, ese. How about you come work for me?

JESSE : Every jibhead from here to Timbuktu's gonna want a taste.


Suit à l'arrestation de Emilio, quand Krazy-8 demande à Jesse s'il reprend malgré tout les affaires, ce dernier se justifie en répondant qu'il faut bien qu'il gagne sa vie. Il fait alors référence à Vatos Locos, un important gang mexicano-américain actif dans le trafic de drogue.

JESSE : Vato loco gotta make a living.

ArmesModifier

À l'anniversaire des 50 ans de Walter White, son beau-frère Hank Schrader (joué par Dean Norris), agent de la DEA, vante les mérites de son arme de service : le Glock 22, de calibre .40 S&W.

HANK : Glock 22, that’s my daily carry, okay? I mean, unless you’re talking, what, +P+ loads, you can forget the 9 mil, all right? Shit, I’ve seen one of those bounce off a windshield one time. (...) If you’re gonna bring a gun, baby, you gotta bring enough gun. Forty caliber.

Enseignes commercialesModifier

Lorsque Hank affirme que la maison où le laboratoire de meth se trouve est celle de couleur verte, son collège Steven Gomez objecte qu'elle est en fait de couleur sauge. Contrarié, Hank lui demande éroniquement s'il ne travaille pas chez Pottery Barn, la chaîne de meubles et objets décoratifs.

HANK : Sage ? Do you work at the fucking Pottery Barn, Jesus?


Skyler, qui tient les comptes bancaires de près afin de ne pas être à découvert, demande à Walter s'il a vraiment utilisé sa Mastercard chez Staples, le fournisseur américain de fourniture de bureau.

SKYLER : Did you use the Mastercard last month? Ah, fifteen eighty-eight at Staples?
WALTER : We needed printer paper.
SKYLER : Walt, the Mastercard's the one we don't use!


Pour arrondir ses fins de mois, Skyler revend sur Internet un faux vase Lalique, la marque française de luxe spécialisée dans les objets en verre.

SKYLER : That faux-Lalique vase I picked up at the Super-Swap.

Langues étrangèresModifier

D'autres langues que l'anglais américain sont pratiquées dans les scènes du film. L'histoire se déroulant à Albuquerque, au Nouveau-Mexique, quelques mots espagnols (souvent issus de l'argot mexicain) sont utilisés : « ese » (gars, mec)[16], « pendejo » (con, abruti, crétin).[17]. À l'anniversaire des 50 ans de Walter, Hank trinque en polonais (« Na zdorovje! »). Au téléphone, Bogdan Wolynetz, le propriétaire de la station de lavage automobile, parle en roumain.

JESSE : I ain't buying, ese. I'm selling.

EMILIO : Go ahead, pendejo. Kick my ass!

Articles connexesModifier

Notet et référencesModifier

  1. « Breaking Bad : Saison 1 », sur Allociné.fr, (consulté le )
  2. (en) Chuck Klosterman, « Bad Decisions », Grantland,‎ (lire en ligne)
  3. (en) Tim Goodman, « Breaking Bad : Dark Side of the Dream », The Hollywood Reporter,‎ (lire en ligne)
  4. (en) Dylan Callaghan, Script Tease : Today's Hottest Screenwriters Bare All, Adams Media, , 304 p. (ISBN 978-1-4405-4176-6 et 1-4405-4176-0, lire en ligne)
  5. (en) « SERIES BREAKING BAD TO BEGIN PRODUCTION AT ALBUQUERQUE STUDIOS » (version du 14 octobre 2007 sur l'Internet Archive), sur Albuquerque Studios,
  6. (en) David Segal, « The Dark Art of Breaking Bad », The New York Times,‎
  7. (en) Leigh Wingus, « Breaking Bad: John Cusack, Matthew Broderick Turned Down Walter White Role », Huffington Post,‎ (lire en ligne)
  8. (en) « Bleak House », sur WebCitation, (consulté le )
  9. (en) « Breaking Bad - Yeah Bitch (Dead Freight Alternate Ending) », sur Youtube, (consulté le )
  10. Lucas Armati, « Breaking Bad - Chute Libre », Télérama,‎ (lire en ligne)
  11. (en) « The Colbert Report, 23 janvier 2014 », sur The Colber Report, (consulté le )
  12. (en) « Academy of Television Arts & Sciences, Complete 2008 Nominations List », sur Academy of Television Arts & Sciences, (consulté le )
  13. Urban Dictionary, scante, consulté le 26/06/2021
  14. Urban Dictionary, tick-tick, consulté le 26/06/2021
  15. Urban Dictionary, jibhead, consulté le 26/06/2021
  16. Dictionary.com, ese, consulté le 26/06/2021
  17. Reverso (logiciel), pendejo, consulté le 26/06/2021