Britonia est le nom historique d'un évêché établi en Gallaecia (province romaine, correspondant au territoire actuel de la Galice), au nord-ouest de la péninsule ibérique, à la fin des Ve et VIe siècles par des Britto-romains qui fuyaient les Anglo-saxons venus conquérir l'île de Bretagne[1],[2].

Carte des migrations bretonnes au VIe siècle.

PrésentationModifier

 
Basilique Saint-Martin de Mondoñedo, ancien Monastère de Britonia

Les colons bretons fondèrent Britonia dans la seconde moitié du Ve siècle, entre 460 et 500 apr. J.-C.[3],[N 1]. Le peu que l'on connaisse de Britonia est déduit de son histoire religieuse. Elle a eu l'honneur de jouir pendant deux à trois siècles du titre de cité épiscopale[4]. La colonie bretonne a été reconnue lors du premier concile de Lugo en 569 et un évêché indépendant fut mis en place[5],[6].

« XIII. Diocese de Britonia: Ad sedem Britonorum ecclesias (Santa María de Bretoña, A Pastoriza) que sunt intro Britones una cum monasterio Maximi (Saint Martin de Mondoñedo à Foz[7]) et que in Asturiis sunt." »

— Concile de Lugo, DAVID, Pierre (1947). Études historiques sur la Galice et le Portugal du VIe au XIIe siècle, págs. 19-82. Instituto de Estudos Históricos Dr António de Vasconcelos, Coimbra.

Par ce document l'on apprend que l'évêché de Britonia est constitué d'une église à Santa Maria de Britonia et d'un monastère, Mailoc[N 2],[6] est son évêque et a signé l’acta au Deuxième concile de Braga en 572[8],[9], (il figure peut-être déjà au Premier concile de Braga de l'année 561 sous le nom de "Maliosus"[10]). Les colonies celtiques bretonnes ont été rapidement intégrées et leur adhésion au rite celtique n'a duré que jusqu'au quatrième concile de Tolède en 633 où fut imposé le rite wisigoth, dans la liturgie d'Hispania.

La cité de Britonia était entourée d'une enceinte de deux lieues, de remparts et d'un double fossé [11]. Britonia a existé au moins jusqu'en 830, lorsque la région a été soumises aux invasions arabes, saccagée, elle fut désertée pendant bon nombre d'années, « Sedes Britoniensis ab Ismahelitis destructa et inhabitabilis facta est, » disait le roi Alphonse II des Asturies dans un diplôme en 830[12]. L'évêché de Britonia a cependant perduré jusqu'au concile d'Oviedo en 900. Il a finalement été fusionné avec le diocèse de Mondoñedo-Ferrol. Mais le nom de Britonia n'a pas disparu de la carte de l'Espagne pour autant, c'est ce qu'on lit dans la division des provinces d'Espagne sous le roi wisigoth Wamba[13]. Il est resté attaché au bourg ou pueblo de Bretoña, aliàs Santa-Maria-de-Bretoña. Située au sud de Zoñánde à Mondoñedo, sur les pentes de la montagne où prend sa source le Miño, l'un des principaux fleuves du Portugal, cette localité continua à occuper tout l'emplacement de l'ancienne cité de Britonia[14],[15].

Évêques successifsModifier

  • Mailoc : dont le nom est d’origine celte brittonique Maglācos. Il assista au deuxième concile de Braga en 572, et signa « Mailoc, Britanorum ecclesiae episcopus »[16].
  • Metopius : Il assista, avec le prêtre Matericus, au VIe concile de Tolède vers 633, et signa : « Metopius, Britannensis ecclesiae episcopus »[17].
  • Sona ou Sonna ou Sonanius. Il a assisté à plusieurs conciles tenus dans la même ville entre 645 et 660, dont au VIIe concile de Tolède en 646 et signe : « Sona, Britannensis ecclesiae indignus episcopus »[18].
  • Susa : aurait participé au VIIIe concile de Tolède en 653. Il s'agit peut-être de Sona !
  • Bela : Il fut l'un des pères du troisième concile de Braga en 675[19].
  • Theodesindus : il assista, comme titulaire d'un ancien siège épiscopal, à la consécration de l'église de Compostelle vers 871 et au concile d'Oviédo vers 872[20].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

(en)/(es) Cet article est partiellement ou en totalité issu des articles intitulés en anglais « Britonia » (voir la liste des auteurs) et en espagnol « Bretones en Galicia y Asturias » (voir la liste des auteurs).
  1. Denis Menjot évoque l'année 552[2].
  2. Mailoc, ou mieux HAILOCH, Heloch, l'aspirée H ayant fait place à la forte M, en traversant l'océan, est un nom qui n'a pas d'analogue dans la liste des évêques d'Espagne. Le nom de Mailoc est breton, issu d'un anthroponyme brittonique non attesté Maglācos, ce qui témoigne de la présence de clercs bretons dans la région.

RéférencesModifier

  1. Koch, John T. (2006) la culture celtique: Une encyclopédie historique. Santa Barbara: ABC-CLIO.
  2. a et b Denis Menjot, Les Espagnes médiévales : 409-1474, Paris, Hachette Livre, coll. « Carré histoire » (no 32), , 2e éd., 240 p. (ISBN 978-2-01-140173-1), p. 13
  3. Article L'ancien évêché de Britonia en Galice, p. 51
  4. Article L'ancien évêché de Britonia en Galice, p. 48
  5. Florèz, Espana Sagrada, t. IV, p. 131
  6. a et b John T. Koch, Britonia. La culture celtique : une encyclopédie historique, 2006, Santa Barbara : ABC-CLIO, p. 291.
  7. Hispania Sacra, LXVI 134, julio-diciembre 2014, 439-480, Organización eclesiástica y social en la Galicia tardoantigua. Una perspectiva geográfico-arqueológica del parroquial suevo, José Carlos Sánchez Pardo, (ISSN 0018-215X)
  8. Richards, Melville, Mailoc, Habis, III, 1972, p. 159.
  9. Mansi-Colati, Concilia, etc., t. VI, p. 581
  10. Synodus Bracarensis prima, Compte rendu du premier concile de Braga en Latin
  11. Florèz, op. cit., t. XVIII, p. 7 et 8
  12. Ibid., p. 21
  13. Mémoires sur la langue celtique, Jean Baptiste Bullet, Volume 1, page 414
  14. Madoz, Diccionario geografico, t. IV, p. 438.
  15. Précis de la géographie universelle, Volume 8, Conrad Malte-Brun, page 81
  16. Mansi-Colati : Concilia, etc., tome VI, page 581
  17. Mansi-Colati : Concilia, etc., tome VI, page 1474
  18. Mansi-Colati : Concilia, etc., t. VI, p. 1598 et t. VII, p. 425
  19. Mansi-Colati : Concilia, etc., tome VII, page 584
  20. Mansi-Colati : Concilia, etc., t. XI, p. 239 et suivantes

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • (fr) RP Dom Plaine, OSB, « L'ancien évêché de Britonia en Galice », dans Bulletin archéologique de l'Association bretonne : 28e congrès tenu à Saint-Malo du 1er au 6 septembre 1885 (Classe d'archéologie, 3e série, tome 5), Saint-Brieuc, Imprimerie-Lithographie de L. Prud'homme, 1886 (lire en ligne), p. 47-53 [PDF]
  • (en) Melville Richards, « Mailoc », Habis, no 3,‎ , p. 159 (ISSN 0210-7694, lire en ligne)
  • (es) Tovar, António, "Un obispo con nombre británico y los orígenes de la diócesis de Mondoñedo", Habis, III, 1972, pp. 155–158.
  • (es) José Vives (avec la collaboration de Tomás Marín et de Gonzalo Martínes), Concilios visigóticos e hispano-romanos, Barcelone/Madrid, CSIC - Instituto Enrique Flórez, , 582 p.
  • (en) Young, Simon, The Bishops of the early medieval diocese of Britonia (forthcoming).
  • (en) Young, Simon, "Note on Britones in Thirteenth-century Galicia", Studia Celtica, XXXV (2001), pp. 361–2.
  • (en) Young, Simon, "The Forgotten Colony", History Today, L, oct. 2000, pp. 5–6.
  • (es) Young, Simon, "Britonia: Camiños Novos", Noia, 2002. (ISBN 84-95622-58-0). (in Galician)
  • (es) Antonio García y García, « El patrimonio artístico-arqueológico de la parroquia de Bretoña », dans El legado cultural de la Iglesia Mindoniense, Universidade da Coruña, (ISBN 84-95322-46-3, lire en ligne), p. 79-101 [PDF]
  • (es) « Rubrique Histoire », sur www.concelloapastoriza.es, commune d'A Pastoriza (consulté le )
  • (es) Xosé Ruiz Leivas, « Britonia », sur www.amigosciudadmondonedo.org, Amigos de la ciudad de Mondoñedo (consulté le )

Liens externesModifier