Bet El
Beit El 1.jpg
Géographie
Pays
Territoire disputé/contesté
Superficie
1,53 km2Voir et modifier les données sur Wikidata
Altitude
860 mVoir et modifier les données sur Wikidata
Coordonnées
Démographie
Population
6 115 hab. ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Densité
4 002 hab./km2 ()
Fonctionnement
Statut
Histoire
Origine du nom
Fondation
Identifiants
Site web

Beit El (. בית אל, littéralement « maison de Dieu »), citée dans la Bible hébraïque, est une localité israélienne. Fondée en 1977, elle serait située dans la localité de Bethel, à 10 km au nord de Jérusalem, dans la région historique de Benjamin en ancienne Samarie, précisément à 2 km au nord de Ramallah, en Cisjordanie actuelle.

Certains font correspondre l'implantation israélienne de Beit El au Bethel antique, d'autres au village palestinien de (en) Beitin.

HistoireModifier

BibleModifier

Dès la Genèse, Abraham construit à Louz (qui s'appellera ensuite Beit El ou Bethel) un autel. Beit El figure également le lieu où Dieu demande à Jacob d'habiter, qui dresse un autel en son honneur, ainsi qu'il le lui ordonne (Gn 35.1-15). Là, il prend une pierre pour chevet, s’y endort et rêve de l’échelle de Jacob (Gn 28:10-15)[1]. L’Arche d’alliance y réside plus tard à l’époque des Juges d’Israël et le roi Samuel y tient sa cour de justice[2].

Dans les Evangiles, les pèlerins d’Emmaüs se dirigent vers ce village où Jésus leur apparaît.

Au cours des sièclesModifier

 
Panneau indicatif du site archéologique à proximité de Beit El

D'après les fouilles archéologiques entreprises près du mont Bethel[3],[4] dès le XIXe siècle et se poursuivant actuellement, un premier village aurait été habité au IIe siècle av. J.-C. par les Israélites, à l'époque des Hasmonéens. Ont été retrouvés des bâtiments, des figurines, des pièces de monnaie du roi Alexandre Yannaï (Jannée) ainsi que des statuettes[2],[1],[5].

Le village aurait été abandonné pendant une période de 250 ans, avant de renaître à l’époque byzantine avec une population égyptienne. Les archéologues ont retrouvé la trace d’une église et d’habitations, dont le sol était recouvert de mosaïques[5].

Au VIIIe siècle, sous la dynastie musulmane des Omeyyades, les lieux sont occupés par une nouvelle population, avant d’être à nouveau totalement abandonnés jusqu’aux temps modernes.

Un village palestinien arabe est fondé au XIXe siècle sous l'égide des Ottomans[6].

La conclusion est que « ces recherches permettent d’imaginer les nombreuses civilisations qui se sont succédées [sic][7] à cet endroit avant de disparaître »[5].

De nos joursModifier

 
Bassin reconstruit près de Beit El

Une colonie israélienne composée de 17 familles religieuses s'implante en ce lieu qui s'étendait sur 157 hectares en 1977, près d'une base militaire israélienne, non loin du village arabe de Beitin[8]. Elle prend le nom biblique de la localité située sur les terres de la tribu de Benjamin à l'époque biblique. En 2019, la colonie juive est habitée par plus de 6 000 résidents derrière le mur de séparation[9],[10].

OrganisationModifier

 
Bureaux municipaux de Beit El

Peu après sa fondation, la colonie se scinde en deux communautés religieuses confirmées par le gouvernement en 1978 : A (aleph) et B (beth). Du fait de l'accroissement de la population et de leur proximité, les communautés A et B se retrouvent réunies en 1997 sous une nouvelle autorité locale officielle qui relève du Conseil régional de Benjamin, en obtenant un statut de Conseil municipal.

Les différents quartiers de Beit El et alentour sont Jabel Artis dit Maoz Tsur, Givat Assaf et Ulpana (Giv'at Ha'ulpana).

Les responsables élus de la colonie ont été : Uri Ariel, Israël Rosenberg, Moshé Rosenbaum et Shaÿ Alon. Pendant ces années, les rabbins de l'implantation ont été Shlomo Aviner, Zalman Baruch Melamed et rabbi Ariel Barley.

Foncier et immobillierModifier

La colonie s'est établie sur des terres pour la plupart privées, notamment sur les ruines d'une base jordanienne saisie après la guerre des Six jours en 1970 pour des besoins sécuritaires d'un avant-poste militaire (nommé Maoz Tsour) mais dès 1978, la Haute cour de justice d'Israël reçoit une plainte d'un propriétaire palestinien pour usurpation d'un terrain situé à Beit El[11]. Elle rejette la requête dans une décision estimant qu'il est important pour la sécurité de créer une zone de peuplement civil dans un environnement hostile.

Une année plus tard, le gouvernement décide que la colonie juive en Judée-Samarie serait établie uniquement sur des terrains publics.

Selon un rapport effectué à la demande de la défense au début du XXIe siècle, la colonie est construite sur des terres privées palestiniennes saisies par l'occupation militaire, sur des terrains publics détenues par les autorités jordaniennes et sur des terres privées rachetées à leurs propriétaires par la compagnie Hymena (filiale de FNJ-KKL). Certains des bâtiments ont été construits en dehors des limites de la colonie[12]. D'après l'ONG israélienne (en)Yesh Din[13] en 2007, l'administration civile aurait mené plus de 100 procédures de constructions illégales à Beit El[14].

En 2012, un jugement de la Cour suprême d'Israël ordonne le démantèlement du quartier de la colline Ulpana[15] à côté de Beit El, au motif que cinq de ses quatorze bâtiments étaient construits illégalement sur des parcelles privées palestiniennes. Ces parcelles appartenaient à deux Palestiniens du village Dura al-Qar et ne figuraient pas sur l'ordre de saisie militaire de 1970. Pourtant l'ONG "La Paix maintenant" avait soutenu que la propriété privée palestinienne représentait plus de 96 % des terres de Beit El. Trente-trois familles israéliennes expulsées de ces parcelles sont relogées dans des caravanes dans un autre quartier de Beit El et sur une autre colonie[16],[17].

En , Israël annonce la construction de 300 logements dans l'implantation, promis en 2012, à la suite de l'incendie de deux immeubles et de la destruction trois ans auparavant de constructions illégales juives dans la colonie. Ces nouvelles constructions sont considérées comme un « crime de guerre » par les Palestiniens[18],[19].

Sporadiquement, des affrontements ont lieu entre colons juifs et Palestiniens arabes, et les habitants de Beit El ont pris leur sécurité en main[20],[21],[22],[23].

Le lotissement juif est soutenu par les États-Unis depuis la fin des années 1980 et les « dons ont servi à créer et à développer des yeshivot (écoles talmudiques) »[8]. Le président américain Trump et son entourage continuent à aider cette implantation juive.

ActivitésModifier

Outre les nombreux jardins d'enfants, écoles élémentaires, Talmud Torah, lycées et yeshivot (fréquentées également par des étudiants des colonies voisines), la colonie Beit El composée de 1 200 familles s'occupe de services, de commerces, d'un petit vignoble, d'une fabrique artisanale de tefiline (objet du culte juif) et d'ateliers de menuiserie et métallurgie. Figurent également à Beit El une radio (Canal 7), un centre communautaire, une bibliothèque, un centre pour l'emploi, des mouvements de jeunesse sionistes (Bnei-Akiva notamment) et un club pour les seniors. Des activités touristiques sont aussi organisées. « La plupart des colons travaillent donc à Jérusalem »[8].

Les déplacements s'effectuent en voiture ou en autobus blindés pour se protéger des agressions des voisins arabes.

 
Vue aérienne de Beit El

PopulationModifier

Les habitants de Beit El sont constitués en grande partie d'immigrants venus de Russie, d'Inde (Bné Ménashé des États de Manipur et de Mizoram), du Pérou, d'Éthiopie (Falashas). Nombre d'entre eux vivent dans des caravanes.

 
Un jardin pour enfants de Beit El
Évolution de la population
Année Nombre d'habitants
1977 (17 familles)
1983 1 000
1995 3 200
2005 5 000
2006 5 200
2013 5 600
2016 6 115
2017 6 100
2018 6 500

Source[10],[24]

En 2016-2017, le pourcentage d'élèves admissibles à un diplôme d'études secondaires parmi les élèves de 12e année est de 83,3 %. Le salaire mensuel moyen d'un employé à la fin de 2016 est de 7 067 NIS (moyenne nationale: 8 913 NIS)[25].

TourismeModifier

 
Tour d'observation Lift Your Eyes

La localité de Beit El propose différentes visites touristiques et culturelles alentour, en lien avec l'histoire juive religieuse, antique et contemporaine[1] :

  • Le rocher de Jacob sur lequel son célèbre rêve s’est déroulé
  • D'anciennes grottes funéraires de l'époque du Second Temple (du VIe siècle av. J.-C. au Ier siècle)
  • Une ancienne usine d'huile d'olive dans une grotte de l'époque du Second Temple
  • Un site archéologique hébreu à Maoz Tzur (quartier voisin) du temps du roi Yannai (Agrippa II)
  • Une route des presses à vin, avec deux anciens pressoirs vinicoles de l'époque des Premier et Second Temples
  • Une chronologie de Beit El à travers les âges ; un film sur Beit El au Centre culturel de la bibliothèque
  • La boutique « Beit El Winery »[26]
  • Un chêne armoise âgé de 1 000 ans, le plus ancien du genre en Israël
  • La manufacture de téfilines
  • Le site et refuge animalier Havat Ephraim Animal Corner[27], avec plus de 30 espèces animales
  • Les ateliers d'artisanat
  • L'exposition et la vente d’œuvres d’artistes locaux à la galerie et à la boutique de souvenirs « L'Echelle de Jacob »
  • Un panorama sur presque tout le pays de la tour Lift Your Eyes Observation sur le mont Beit El (Jabel Artis) à 915 mètres d'altitude

Notes et référencesModifier

  1. a b et c (en-US) Admin, « BEIT EL TOURISM: Connecting Heaven and Earth », sur מועצה מקומית בית אל (consulté le )
  2. a et b Mikhal, « Les Juifs, le seul peuple à coloniser sa propre terre », sur Terre Promise, (consulté le )
  3. Bethel est mentionné une quarantaine de fois dans la Bible. Lire en ligne
  4. Noga Bar-Noye, « Les fouilles archéologiques reprennent à Beit El », sur AlianceFR.com, (consulté le )
  5. a b et c « Découvertes archéologiques à Bet El », sur Jeshua (consulté le )
  6. Edward Robinson, Biblical Researches in Palestine, 1838–52
  7. La faute de grammaire figure dans le texte original
  8. a b et c Serge Dumont, « Soutenue par des proches de Trump, la colonie de Beit El «sent le vent tourner» », Le Temps (suisse),‎ (ISSN 1423-3967, lire en ligne, consulté le )
  9. « Israël : Beit El, la colonie préférée du clan Trump », sur FIGARO, (consulté le )
  10. a et b http://a7.org/?file=20190318103926.pdf
  11. Idith Zertal & Akiva Eldar, Les Seigneurs de la Terre : Histoire de la colonisation israélienne des territoires occupés, chap. « Des colonies juives civiles », Le Seuil, 2013, (ISBN 9782021126976)
  12. Rapport (.pdf) du brigadier général Baruch Spiegel, publié par l'association Shalom archav (Peace Now, La Paix maintenant)
  13. L'association israélienne (en) Yesh Din (litt. « Il y a une justice ») s'occupe de la défense les droits de l'homme des populations palestiniennes en territoires occupés.
  14. (en-US) « חיפוש עבור beit el », sur Yesh Din (consulté le )
  15. AFP, « Cisjordanie: évacuation des colons israéliens de Beit El » [vidéo], (consulté le )
  16. « Cisjordanie: L'évacuation de la colonie de Beit El se poursuit », sur www.20minutes.fr, (consulté le )
  17. « Cisjordanie : les colons de Beit El acceptent de partir dans une autre colonie », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  18. Israël relance la colonisation, La Croix, 31 juillet 2015
  19. « Israël va construire dans les colonies, un "crime de guerre" pour les Palestiniens », sur Site-LeVif-FR, (consulté le )
  20. (en) « Our History », sur beitelzoo (consulté le )
  21. « Cisjordanie - Nouvelle implantation sauvage - Les colons de Beit El prennent « leur sécurité en main » », sur L'Orient-Le Jour, (consulté le )
  22. « Tirs sur la colonie de Beit El dans le centre de la Cisjordanie », sur french.palinfo.com, (consulté le )
  23. « Itinéraire du terroriste de Beit-El » [vidéo], sur I24NEWS (consulté le )
  24. Bureau central des statistiques (CBS)
  25. Publication CBS, lire en ligne
  26. (en) « בוטיק | בית אל | יקב בית אל », sur Mysite (consulté le )
  27. (en) « Pinat Hai : Ambiance et activités », sur beitelzoo (consulté le )

Voir aussiModifier