Archives de Dryton et d'Apollonia

Les archives de Dryton et d'Apollonia sont constituées de fragments de 40 papyrus écrits en koinè (une forme de grec ancien) et en démotique (un système d'écriture de l'égyptien courant), entre 150 et 99 av. J.-C. Ces archives contiennent des testaments, des transactions financières et des actes de divorce de la famille de Dryton, qui vivait dans la Thébaïde, plus précisément dans les villes de Ptolemaïs et de Pathyris (au temps de l'Égypte ptolémaïque).

Actuellement, ces documents sont dispersés dans des collections de musées aux États-Unis, en Angleterre, en France, en Allemagne et en Égypte[1]. Ils constituent un corpus unique pour les historiens, puisque ces documents témoignent de la vie quotidienne d'une famille dans le royaume lagide, un type de source très rare pour la période antique.

ContenuModifier

Les documents alternent entre deux langues, de telle sorte que les historiens avancent que l’ensemble du ménage est bilingue. Dryton est officier de cavalerie à Ptolemaïs, une ville grecque de Haute-Égypte. Il était marié à Sarapias dont il avait un fils, Esthladas. Ils ont divorcé, et Dryton a emmené son fils avec lui lors de son transfert à Pathyris vers 152 av. J.-C. C'est là qu'il a rencontré sa deuxième épouse, Apollonia, également connue sous le nom égyptien de Senmonthis, probablement adolescente à ce moment-là. Il était alors âgé d'environ cinquante ans. Dryton semble avoir développé un style de vie « à l'égyptienne » vers la fin de sa vie, après son mariage avec Apollonia. Esthladas apparaît avoir suivi les traces de son père et gagne sa vie en tant que soldat professionnel, et en tant que propriétaire de terres. Il semble s'être adapté à un mode de vie égyptien, et maîtrise parfaitement l'égyptien démotique et le grec, ce qui est attesté dans de nombreux documents plus récents qui le concernent spécifiquement. Il a hérité de la majorité des terres et des biens de son père au décès de celui-ci, mais a partagé une partie de ces terres avec sa belle-mère et ses demi-sœurs[1].

Ceux qui étudient ces archives se concentrent également sur les relations entre la mère et les cinq filles (nom grec accompagné du nom égyptien : Apollonia/Senmouthis, Aristo/Semonthis, Aphrodisia/Akhratis, Nikarion/Thermouthis, Apollonia la jeune/Senpelaia) afin de mieux comprendre la répartition des rôles dans les familles grecques et égyptiennes. Dans le dernier testament de Dryton, établi en 126, il déclare que :

« [...] Et à ma femme Apollonia également appelée Senmonthis, si elle reste à la maison et qu’elle est irréprochable, [mes enfants] lui donneront tous les mois pendant quatre ans pour ses besoins et ceux de ses deux filles, deux artabs de blé, 1/12 de croton et 200 drachmes de cuivre. Quelle que soit la propriété que Senmonthis a manifestement acquise pour elle-même en étant mariée à Dryton, elle en garde la possession [...][2]. »

En plus de garder possession de la terre, Apollonia fait aussi des prêts d’argent, ce qui est attesté dans un certain nombre de documents qui enregistrent des transactions financières. Aucune de ses cinq filles n'a été abandonnée (l'exposition est une pratique courante en Grèce antique) et elles ont toutes été élevées conformément à la coutume égyptienne, qui ne pratique pas l'infanticide ou l'abandon, peu importe le sexe de l'enfant ou les conditions économiques du foyer. Ce testament attribue également à leurs filles une petite partie de la succession. Il pourvoit aussi aux dots d'Aristo et Aphrodisia. À ce moment-là, sa première fille, Apollonia, semble avoir été mariée. Elle n'a donc pas reçu d'argent supplémentaire. Nikarion et Apollonia la jeune n'étaient que des enfants et une somme d'argent devait dès lors leur être versée jusqu'à ce qu'elles atteignent l'âge de 17 ou 18 ans. Dans l’ensemble, il apparaît que ce testament est assez classique pour un citoyen grec de la période hellénistique[3].

RéférencesModifier

  1. a et b Lewis, N, Greeks in Ptolemaic Egypt, pp 88–103.
  2. Pomeroy, S, Women in Hellenistic Egypt, pp 106.
  3. Pomeroy, S: Women in Hellenistic Egypt, pp 103–123.

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • (en) Walter (Jena) Ameling, « Dryton », Brill’s New Pauly,‎ (lire en ligne, consulté le )
  • (en) Naphtali Lewis, Greeks in Ptolemaic Egypt : Case Studies in the Social History of the Hellenistic World, American Society of Papyrologists, , 182 p. (ISBN 978-0-9700591-2-3, lire en ligne)
  • (en) Sarah B. Pomeroy, Women in Hellenistic Egypt : from Alexander to Cleopatra, Schocken Books, (lire en ligne)
  • (en) Katelijn Vandorpe, « Apollonia, a Businesswoman in a Multicultural Society (Hellenistic Egypt, 2nd-1st centuries B.C.) », in H. Melaerts & L. Mooren (edd.), Le rôle et le statut de la femme en Egypte hellénistique, romaine et byzantine Actes de colloque (Studia Hellenistica 37), Leuven, Peeters 2002 , p. 325-336,‎ (lire en ligne, consulté le )
  • (en) Katelijn Vandorpe et Peter Bing (trad. du grec ancien), The Bilingual Family Archive of Dryton, His Wife Apollonia and Their Daughter Senmouthis (P. Dryton), Brussel, Comité Klassieke Studies, Subcomité Hellenisme, Koninklijke Vlaamse Academie van België voor Wetenschappen en Kunsten, , 462 p. (ISBN 978-90-6569-901-5, notice BnF no FRBNF42318434, lire en ligne)
  • Matthieu Vallet, « Dryton et la citoyenneté ptolémaïte : statut juridique et stratégies sociales », Chronique d'Egypte, vol. 88, no 175,‎ , p. 125–146 (ISSN 0009-6067, lire en ligne, consulté le )
  • Mélèze-Modrzejewski, Joseph, « Dryton le Crétois et sa famille ou les mariages mixtes dans l'Égypte hellénistique », Aux origines de l'hellénisme : la Crète et la Grèce : hommage à Henri Van Effenterre / présenté par le Centre G. Glotz, Publications de la Sorbonne,‎ (lire en ligne)
  • Anne-Emmanuelle Veïsse, « Grecques et Égyptiennes en Égypte au temps des Ptolémées », Clio. Femmes, Genre, Histoire, no 33,‎ , p. 125–137 (ISSN 1252-7017, DOI 10.4000/clio.10046, lire en ligne, consulté le )