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Andrée Dumon
Description de l'image Andrée Dumon.jpg.
Alias
Nadine
Naissance (97 ans)
Nationalité Drapeau : Belgique belge
Pays de résidence Belgique
Autres activités
Ascendants
Marie Plessix « Françoise » et Eugène Dumon († Gross-Rosen, )
Conjoint
Gustave Antoine
Descendants
deux enfants
Famille
deux sœurs : Aline « Michou » et Francine (Cicine)

Andrée Dumon, Nadine dans la résistance, née le à Bruxelles, est une résistante de la Seconde Guerre mondiale qui œuvra au sein du réseau d'évasion Comète qui venait en aide aux pilotes alliés tombés en territoire occupé, pour leur permettre de rallier l'Angleterre à travers la Belgique, la France et l'Espagne. Trahie, elle sera arrêtée puis déportée à Ravensbrück et enfin à Mauthausen. Elle ne sera libérée qu'en . Après de nombreuses années de silence, elle décide de témoigner auprès des plus jeunes et du grand public[1],[2],[3].

Sommaire

Éléments biographiquesModifier

EnfanceModifier

Andrée Dumon est née le . Jusqu'à ses six ans, la famille s'installe au Congo. La maman prend en charge l'instruction de ses enfants. En 1928, la famille revient en Belgique et Andrée est inscrite en cinquième année primaire en raison de ses lacunes en néerlandais. Elle termine néanmoins seconde de classe. Par la suite, elle est inscrite à l'Athénée royal d'Uccle. Aline, sa sœur, entame des études d'infirmière. En 1939, âgée de 17 ans, elle ne comprend pas que la Belgique ne sorte pas de sa neutralité, pas plus qu'elle ne comprendra la capitulation belge de 1940. La famille Dumon, traversée par une fibre patriotique hors du commun veut absolument faire quelque chose contre cet occupant. Eugène, le papa, médecin colonial, sera l'un des dirigeants du Réseau Luc-Marc. Les parents d'Andrée et sa sœur, s'investissent également au sein de la Croix-Rouge de Belgique. Ils sont ainsi informés que des aviateurs alliés se cachent sur le territoire belge. Andrée commencera de bon heure son entrée en résistance, tout d'abord à sa manière, en semant au vent, par exemple, dans les rues de Bruxelles des "V" découpés dans du papier-journal ou encore en chantant haut et fort des chants patriotiques de son cru[1],[4].

Action durant la Seconde Guerre mondialeModifier

Andrée, dont le pseudonyme sera Nadine pour éviter la confusion avec Andrée de Jongh, commencera véritablement son action dans la résistance en étant courrier pour son père. Elle accomplit ainsi de multiples missions, d'abord à Bruxelles, ensuite à Tronchiennes, à Bruges. En , la maman d'Andrée rencontre le papa d'Andrée de Jongh, qui était à l'origine de la ligne d'évasion Comète, Frédéric de Jongh. Ce dernier proposa à Andrée-Nadine de travailler pour lui. Elle accepte immédiatement avec enthousiasme. Elle mène ainsi avec succès différentes missions à Bruxelles. En , elle conduit pour la première fois un pilote allié, Albert Day, de Bruxelles à Valenciennes. Elle doit en effet l'amener chez Charles Morelle qui le prendra en charge pour l'amener à Paris. Bien vite, Nadine conduira elle-même ses protégés jusqu'à Paris. Ce sont ainsi plusieurs dizaines de pilotes alliés, des Anglais, des Canadiens, des Australiens et même un Américain, qui bénéficièrent de ses services pour traverser la Belgique et la France occupée[1],[4]. À Paris, ils étaient pris en charge par d'autres passeurs du réseau Comète qui les acheminaient en Espagne via les Pyrénées.

ArrestationModifier

Le , sa famille, dénoncée par un des agents du réseau dont le nom de code était "Coco"[5], est arrêtée. Lorsque la police allemande débarque chez les Dumon au petit matin, c'est la panique, les Allemands se trompent dans un premier temps de maison et tambourinent à la porte des grands-parents. Le grand-père n'a le temps que de crier par la porte de communication entre les deux habitations: "Police allemande!"[6]. Eugène suggère à sa fille de tenter de fuir par l'arrière tandis que lui essaye de gagner les toits par la terrasse. La maison est cernée, ils sont interceptés et arrêtés. Marie, la maman qui sera connue sous le pseudonyme de Françoise dans la résistance en 1943, est conduite à la prison de Saint-Gilles, elle ne sera entendue que bien plus tard, tandis qu'Eugène et Andrée sont conduits dans deux véhicules distincts vers les locaux de la Geheime Feldpolizei, rue de la Traversière à Bruxelles[1]. Seule sa sœur Aline, n'étant pas à la maison, a échappé à l'arrestation. Celle-ci deviendra plus tard une agent de Comète : "Michou" (Après une arrestation manquée, elle ralliera l'Angleterre en 1944).

InterrogatoireModifier

Mise au secret, Andrée refuse de dire quoi que ce soit durant les deux premiers jours. Une confrontation est alors organisée avec son délateur dont l'obséquiosité servile à l'égard des Nazis la révulse. Son interrogatoire, parsemé de coups et de menaces d'exécution, se poursuivra durant plusieurs semaines. L'officier instructeur revenait fréquemment sur Frédéric De Jongh, posant sans cesse les mêmes questions. À cette époque, Andrée de Jongh avait déjà envoyé son père à Paris. Un jour, n'ignorant pas que la fouille à laquelle elle était soumise avant chaque interrogatoire le détecterait, elle feignit de dissimuler un billet adressé à sa maman dans lequel elle la disculpait entièrement : « toi qui n'a rien à voir dans tout ceci ». Cela contribua peut-être à sa libération après une année de prison. Il n'en fut pas de même pour « Nadine » dont l'interrogatoire se poursuivit jusqu'à la fin de , date à laquelle elle fut incarcérée à la prison de Saint-Gilles où elle restera un an avant de disparaître des registres comme Nacht und Nebel. Nadine était aidée par cette foi inébranlable en la victoire finale, son jeune âge (vingt ans) et sa capacité à ne jamais se départir de son humour[1].

DéportationModifier

Départ de Saint-Gilles le . Sa déportation commença par une joie intense, celle des retrouvailles avec son papa, déporté lui aussi vers l'Est par le même transport : Trèves (une nuit), Cologne (une nuit), Mesum (petit camp de 3 barraquements où ils ont eu très froid et très faim, la surveillante du camp volait la nourriture), retour vers Deux-Ponts (où elle confectionne une statuette de la Vierge Marie en mie de pain), puis Essen. Ils ne s'étaient pas revus depuis leur arrestation. Un soldat allemand compatissant les laisse quelque temps ensemble mais à Cologne, ils furent séparés pour se retrouver ensuite brièvement à Essen. Par la suite, Andrée le revoit dans une colonne de prisonniers. Afin de préserver toutes ses chances de le revoir encore par la suite sans éveiller les soupçons des Allemands, elle ne se précipite pas vers lui et décide de se faire discrète. Ce sera la dernière fois qu'elle voyait son père. Déporté à Gross-Rosen, Eugène Dumon y décède, le . Andrée continue sa route, fait plusieurs camps, tente même une évasion d'une forteresse à Grosz-Strelitz pas loin de Tarnowskie Góry en Haute Silésie, Pologne. L'évasion ne durera pas plus de deux heures, les deux fugitives sont repérées par un berger allemand. Nina Vankerkhove sera battue au bâton par un soldat allemand, celui-ci renonça à faire de même avec Andrée qui le fixait droit dans les yeux en souriant. Elle fit quatre semaines sur les six prévues dans une cage d'un minuscule cachot. Le responsable des camps, un homme habillé en civil, surnommé « 50 centimes » l'en sort. Par la suite, elle est envoyée au camp pour femmes de Ravensbrück et finalement de Mauthausen, nous sommes en . Le voyage de Ravensbrück à Mauthausen dura quatre jours, sans manger, sans boire, dans des conditions d'hygiène déplorables. Andrée souffre d'une double otite purulente. À l'arrivée, elle est tellement faible que lorsqu'elle saute du fourgon à bestiaux dans lequel elle avait fait le voyage, ses jambes se dérobent, ses articulations cèdent. Elle s'effondre au sol n'ignorant pas que les Allemands, si elle ne parvenaient pas à se relever, l'abattront. Ne sachant trop comment, elle parvient néanmoins à se redresser et à se remettre sur ses deux jambes pour une marche vers le camp de Mauthausen. Il fait encore noir, l'air est pur, la neige recouvre les arbres, le ciel est étoilé, l'Enns[6], un affluent du Danube, scintille. Andrée est au bout de ses forces. Elle est tentée de s'allonger sur le sol, pour en finir. Elle entend en son for intérieur une voix qui annonce à sa maman que sa fille a été abattue sur la route. Cette idée la répugne, elle trouve alors la force, aidée par deux compagnes, de poursuivre la route. Arrivées au camp, elles durent encore patienter plusieurs heures debout dans la neige que le camp se réveille. Les prisonniers furent conduits à la douche, on leur donna ensuite des vêtements de prisonniers. Nadine hérita d'une chemise pour homme trop grande et dépourvue de bouton. Un Allemand la marqua sur le devant et dans le dos d'un K à la peinture rouge pour Krank: malade. Avec l'aide d'un soldat français qui l'informe que cette lettre marquée sur elle la condamne à très brève échéance, elle parvient à l'effacer presque totalement. Tandis qu'un homme la porte pour l'amener vers son baraquement, des prisonniers lui adressent des mots de réconfort l'invitant au courage, elle répond : « Mais j'en ai du courage, mais je n'ai plus la force ». Mauthausen, c'était là qu'étaient envoyés les irréductibles ennemis du Troisième Reich. Ce camp fonctionnait selon une politique d'extermination par le travail. Très vite, elle est envoyée à la carrière où les prisonniers travaillent comme des bêtes de somme[1].

La libérationModifier

Diligentée par l'armée française, une antenne de la Croix-Rouge canadienne libère le camp, le . Deux années et demi se sont écoulées depuis son arrestation. Commence alors un long périple pour regagner la Belgique via Saint-Gall et Annecy où elle prend un train vers Bruxelles. Elle revint chez elle, le . Sa maman et madame de Jongh l'accueillent à la gare[1],[4].

Andrée est extrêmement faible à son retour, elle souffre d'un typhus exanthématique qui sera suivi d'une paratyphoïde et mettra deux années pour marcher à nouveau correctement[6].

Après-guerreModifier

Andrée Dumon, comme de nombreux déportés, ne témoignera tout d'abord pas pendant de nombreuses années. Vers l'âge de 70 ans, elle commença cependant à raconter son histoire auprès des jeunes, accomplissant par là un devoir de mémoire. En 2011, la BBC lui consacre un documentaire, Nadine was betrayed by... (Nadine fut trahie par...).

En juin 2018, elle publie ses mémoires écrits au printemps 2013: "Je ne vous ai pas oubliés"[6].

Quelques personnes aidées par AndréeModifier

Notes et référencesModifier

  1. a b c d e f et g Edward Stourton, « Cruel Crossing: Escaping Hitler Across the Pyrenees », Random House, 2013, 352 p.
  2. Sherri Greene Ottis, Silent Heroes: Downed Airmen and the French Underground University Press of Kentucky, 2001, 235 p.
  3. Dailymail, John Nicol and Tony Renell, A terrible betrayal that haunts British airmen to this day: The untold WWII story, 19 mars 2007, consulté le 5 décembre 2013.
  4. a b et c Témoignage d'Andrée Dumon, IV-INIG, IV-NIOOO, 2012
  5. Marie-Pierre d'Udekem d'Acoz (préface) in Andrée Dumon, "Je ne vous ai pas oubliés", éditions Mols, collection histoire, 2018.
  6. a b c et d Andrée Dumon, "Je ne vous ai pas oubliés", éditions Mols, collection histoire, 2018.

BibliographieModifier

  • Comète, le réseau derrière la ligne DD, Philippe Leblanc, Mémogrammes les Éditions de la Mémoire, Arquennes, 2015.
  • Liberté - Je ne vous ai pas oubliés, Andrée Dumon, 2014 publié par l'auteur.
  • Je ne vous ai pas oubliés, Andrée Dumon, Editions Mols, Collection Histoire, 2018, 235 pages, (ISBN 978-287402-239-5).

DocumentairesModifier

  • Nadine was betrayed by..., BBC, 2011.
  • Les combattants de l'Ombre, témoignage de résistants, Andrée Dumon ARTE-TV, Bernard George, 2011.
  • Témoignage d'Andrée Dumon, IV-INIG, IV-NIOOO, 2012.
  • Shot Down: Escaping Nazi Europe, Le réseau Comète, Nick Maddocks, Testimony Films, Yesterday, 2012.

Liens externesModifier