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Abraha

général Abyssin du VIe siècle
Royaume axoumite vers 230

Abraha[1], Abraha al-Habasîy (Abraha l'abyssin) ou Abraha al-Achram (Abraha au nez coupé) (env. 535-565)[2] est un général Abyssin qui a conquis l'Arabie du Sud pour le compte du royaume d'Aksoum au VIe siècle. Nommé vice-roi, il prend ensuite son indépendance et s'autoproclame roi de l'Himyar.

BiographieModifier

Abraha est connu par des traditions islamiques, mais aussi par des sources externes comme le texte de l'historien Procope. Il est aussi connu par sept inscriptions s'échelonnant entre 548 et 560[2].

Tabari écrit qu’Abraha s'appelle Abû Yaksum al-Achram Abraha ben as-Sebâh et qu'il est de la famille des rois d'Abyssinie[3].

La conquête du YémenModifier

Vers 520/523, Dhu Nuwas roi arabe converti au judaïsme est au pouvoir dans le royaume d'Himyar. Il tue les chrétiens de l'oasis de Najran.Une ancienne tradition fait remonter au règne de l'empereur Constance II la conversion de la ville de Najran à la foi chrétienne. La ville avait un évêque qui était peut-être rattaché à l'église d'Axum.

Version yéméniteModifier

Ce massacre donne le prétexte au négus chrétien Ella Asbeha (Caleb) d'Éthiopie (Abyssinie) d'envahir le Yémen. Pour permettre cette invasion, l'empereur byzantin Justin Ier lui offre soixante navires. Ella Asbeha envoie une armée commandée par Aryat[4]. Dhu-Nuwas négocie pour éviter l'affrontement avec cette trop forte armée. Il propose de se soumettre. Il attend que les armées éthiopiennes se dispersent pour attaquer et mettre en déroute cette armée divisée. Aryât rentre en Éthiopie pour rendre compte de cet échec. Le négus envoie cette fois une armée sous le commandement d'Abraha[5]. Abraha s'empare de Sanâ'a. Il engage le peuple de la ville à abandonner la religion juive et à se convertir, ceux qui refusent ont la tête tranchée. Le négus attend de recevoir une part du butin et demande à Abraha de rentrer en Éthiopie. Abraha refuse prétextant qu'il ne peut quitter son poste au risque de perdre les positions acquises. Le négus envoie un nouveau contingent conduit par Aryât pour reprendre le contrôle des opérations. Tabari raconte que les deux hommes s'affronterent en duel. Au cours du combat Aryat blesse Abraha au nez. Abraha devient Abraha al-Achram (Abraha au nez coupé). Un général d'Abraha qui se nommait 'Atwada frappe Aryat d'un coup de lance et le tue[6]. Les troupes qui l'accompagnaient se dispersent. Abraha s'installe sur le trône[7]. Ella Asbeha averti de la mort d'Aryat jure de tuer Abraha. Celui-ci sait qu'il risque la mort si le négus vient le combattre car les soldats abyssins refuseront de se battre contre leur roi. Il envoie un messager au négus pour lui présenter une version plus acceptable de la mort d'Aryat. Le négus n'ayant plus réellement les moyens de mobiliser une nouvelle armée se satisfait de cette explication et confirme Abraha dans son poste de roi du Yémen (vers 558).

Version de ProcopeModifier

Procope propose une version un peu différente de la prise de pouvoir par Abraha. Ella Asbeha aurait mené lui-même son armée au Yémen. Dhu-Nuwas est tué pendant les combats. Ella Asbeha nomme Sumyafa' Ashwa'[8] comme vice-roi d'Himyar et rentre en Éthiopie. Sumyafa' Ashwa' est un himyarite de religion chrétienne. Une partie de la troupe venue d'Éthiopie préfère rester au Yémen car le pays leur semble agréable. En 535, la population se révolte contre le vice-roi et met Abraha sur le trône. Ella Asbeha lève une importante armée[9] qu'il envoie au Yémen sous le commandement d'un de ses parents. Les soldats, trouvant le pays à leur goût, se rebellent contre leur chef, le tuent et négocient leur séjour au Yémen avec Abraha. Ella Asbeha envoie une nouvelle armée, c'est un nouvel échec. Par la suite, Ella Asbeha abdique en faveur de son fils Ghebré-Meskel et se retire dans un monastère où il finit ses jours. Abraha conclut alors un traité de paix avec Ghebré-Meskel. Il obtient d'être reconnu comme souverain du Yémen en acceptant de se déclarer vassal du négus et de lui verser un tribut[8].

Le règneModifier

Abraha déplace la capitale de Zafâr à Sanâ'a. Il entreprend la restauration du barrage de Ma'rib. Le barrage avait souffert à plusieurs reprises au Ve siècle. En 549, Abraha fait d'importantes réparations au barrage de Ma'rib, attestées par une inscription[10]. Cette restauration est complétée par un curage complet en 558.

En 558, début du règne de Ghebré-Meskel, roi d'Aksoum (558-584). Après l'accord de paix Ghebré-Meskel soutient les entreprises menées par le vice-roi du Yémen, Abraha, contre les Perses, les Juifs et les Arabes. Abraha remporte de nombreux succès contre les Arabes établis au nord.

D'après Tabari, Abraha fait construire une cathédrale à Sanâ'a dans le but de créer un pèlerinage capable de concurrencer le pèlerinage païen de la Kaaba[11]. Un païen, habitant de la Mecque, vient visiter Sanâ'a. Il obtient la permission de passer la nuit dans l'église. Le matin il souille l'autel avec des excréments. Abraha furieux de ce forfait jure qu'il va détruire la Kaaba.

L'année de l’éléphantModifier

La tradition musulmane attribue à Abraha une attaque de La Mecque avec son armée et un éléphant, le nom d'Abraha n'est pas cité dans le Coran, mais aussi bien Tabari dans La Chroniqu, que la Sira lui attribuent cette attaque. Abd al-Muttalib, grand-père de Mohammed était intervenu auprès d'Abraha uniquement pour récupérer ses chameaux, laissant la defense de la Kaaba à Dieu. La Mecque est préservée « miraculeusement »[12],[13],[14]. Le Coran rapporte ce récit (Coran 105:1-5), et il est dit que l'attaque fut repoussée par la riposte miraculeuse d'oiseaux Ababils jetant des pierres brûlantes. La tradition musulmane dit que des témoins oculaires de cette attaque étaient encore en vie lors de la révélation de cette sourate. Plusieurs textes éthiopiens mentionnent l'apparition de ces mystérieux oiseaux[15].

Si la campagne d'Abraha contre Makka s'avère historique, il est difficile de dater cet événement, l'histoire de la Mecque ayant été reconstituée en lien avec des événements de la vie de Mahomet et des intervalles numériques symboliques[2]. Certains chercheurs,comme le savant israélien M. J. Kister, ont associé cette campagne à une inscription datée de 552 mais les arguments avancés ne sont plus admis. La date exacte de cette attaque ne peut encore actuellement être confirmée ou infirmée de manière certaine[2]. Pour Robin, " ce contexte politique [contrôle de la péninsule arabique par Abraha à partir de 552] rend parfaitement plausible une expédition d’Abraha en Arabie occidentale contre Makka"[2]

L'expédition de l’Éléphant est citée dans la poésie préislamique. avant d’être reformulée pour respecter le schéma littéraire du "châtiment divin". Les traditions sur le sujet prouvent la connaissances par les traditionnistes de sources non-coraniques[2].

SuccessionModifier

Un de ses fils nommé Axoum (Yaksoum ou Yaksum) lui aurait succédé et aurait régné dix-neuf mois. Son frère Mashrouq (Masruq) le remplace à sa mort[16]. Leur règne tyrannique provoque la réaction des aristocrates Himyarites. Un prince juif yéménite, Sayf Ibn Dhi-Yaz'an, se rend à Constantinople à la cour de Justin II (r. 565-578), à qui il promet le Yémen s'il l'aide à chasser les Éthiopiens. Après l'échec de sa demande, il prend contact avec le prince Lakhmide d'Al-Hira, qui l'introduit à la cour du shah sassanide de Perse. Sayf meurt à la cour de Khosro avant d'avoir eu une réponse. Son fils Ma'di Karib obtient cependant l'envoi d'une expédition de 800 hommes tirés des geôles perses, conduite par Vahriz. Malgré des pertes subies en route, elle parvient à prendre pied au Yémen et à éliminer Masruq (575). Ma'di Karib, devenu tributaire des Perses, règne pendant deux ans avant d'être assassiné par une conspiration orchestrée par les Axoumites. Vahriz est envoyé de nouveau par le roi de Perse, cette fois avec 4 000 hommes, avec l'ordre de massacrer tous les Éthiopiens. Après ce massacre, le Yémen devient une satrapie perse avec Vahriz à sa tête (577)[17].

Notes et référencesModifier

  1. Abraha en arabe ʾabraha al-ḥabašīy, أبرهة الحبشي, Abraha l'abyssin ou
    ʾabraha al-ʾašram, أبرهة الأشرم, Abraha au nez coupé
  2. a b c d e et f Christien Julien Robin, "L’ARABIE DANS LE CORAN. RÉEXAMEN DE QUELQUES TERMES À LA LUMIÈRE DES INSCRIPTIONS PRÉISLAMIQUES" dans "Les origines du Coran, le Coran des origines", Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 2015, p..28-48.
  3. Tabari (trad. Herman Zotenberg), La chronique, Histoire des prophètes et des rois, vol. I, Actes-Sud/Sindbad, coll. « Thésaurus », (ISBN 978-2-7427-3317-0), « De Salomon à la chute des Sassanides », p. 267
  4. 70 000 hommes d'après Tabari, op. cit., p. 265
  5. 100 000 hommes d'après Tabari, op. cit., p. 267.
  6. Coup de lance dans Tabari, op. cit., p. 267. Flèche d'après la Mahmoud Hussein (Gaghar Elnadi et Adel Rifaat), Al-sîra, Le prophète de l'islam raconté par ses compagnons, vol. I, Hachette littérature, coll. « Pluriel », , 550 p. (ISBN 978-2-01-279291-3), « Abraha (V) », p. 185-189.
  7. Tabari, op. cit., p. 267.
  8. a et b Sumyafa' Ashwa' est appelé Esimiphée, en grec : Esimiphaios, Ἐσιμιφαῖος, dans Procope, op. cit..
  9. 3 000 homme semble un nombre plus vraisemblable[réf. nécessaire] que les 30 000 et 100 000 évoqués par Tabari
  10. Un article de Jérémie Schiettecatte dans L'Archéo Théma no 9 (revue), juillet-août 2010, page 49. Archeodenum SAS. (ISSN 1969-1815).
  11. Tabari, op. cit., p. 271.
  12. Le Coran, « L’Éléphant », CV, 1-5, (ar) الفيل
  13. Tabari, op. cit., p. 270-281
  14. Mahmoud Hussein, op. cit., « Abraha (V) et L'année de l'éléphant (VI) », p. 185-198
  15. (en) Donald R. Hopkins, The greatest killer: smallpox in history, with a new introduction, University of Chicago Press, , 380 p. (ISBN 0-226-35168-8, lire en ligne), p. 165
  16. Jean Doresse, L'empire du Prêtre-Jean, Volume 1, Plon, (lire en ligne)
  17. Francis E. Peters, Muhammad and the origins of Islam, SUNY Press, (ISBN 0791418766, lire en ligne)

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • Tabari (trad. Hermann Zotenberg), La Chronique, Histoire des prophètes et des rois, vol. I, Actes-Sud/Sindbad, coll. « Thésaurus », (ISBN 978-2-7427-3317-0)
  • Mahmoud Hussein (Gaghar Elnadi et Adel Rifaat), Al-sîra, Le prophète de l'islam raconté par ses compagnons, vol. I, Hachette littérature, coll. « Pluriel », , 550 p. (ISBN 978-2-01-279291-3)
  • (en) Th. Houtsma et E. van Donzel, E. J. Brill's First Encyclopaedia of Islam, 1913-1936, BRILL, (ISBN 90-04-08265-4, présentation en ligne, lire en ligne), p. 72, article Abraha
  • Glen Warren Bowersock : Le Trône d'Adoulis : les guerres de la Mer Rouge à la veille de l'Islam Article du Monde de présentation, 15/10/2014
  • Robin Christian, Tayran Salim. "Soixante-dix ans avant l’Islam : l’Arabie toute entière dominée par un roi chrétien" dans Comptes rendus des séances de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, 156e année, N. 1, 2012. pp. 525-553.

Articles connexesModifier