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Abdou Elimam

linguiste franco-algérien
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Abdou Elimam
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Biographie
Naissance
Voir et modifier les données sur Wikidata (69 ans)
OranVoir et modifier les données sur Wikidata
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Abdou (Abdel Jlil) Elimam (عبده الإمام), né le (69 ans) à Oran, est un linguiste parmi ceux du courant énonciatif français, qui assument l'héritage de Gustave Guillaume et d'Émile Benveniste. Sur les traces de Antoine Culioli, Henri Adamczewski et de Robert Lafont, il soutient une thèse de doctorat de 3e cycle à l'université Sorbonne Nouvelle - Paris 3 (en linguistique anglaise) et une thèse de doctorat d'État à Rouen (linguistique générale). Trois phases ont ponctué ses centres d'intérêt : la sociolinguistique du Maghreb et la défense du maghribi ; la didactique des langues secondes (dont le FLE) ; les retombées des sciences cognitives sur la théorie du langage. Actuellement il travaille sur les bases méthodologiques et théoriques d'un rapprochement entre Ray Jackendoff et Noam Chomsky, d'un côté et Antoine Culioli, de l'autre.

Sommaire

Carrière professionnelleModifier

Abdou Elimam est depuis 2002 maître de conférence à l'École nationale polytechnique d'Oran, naguère École normale supérieure d’enseignement technique (ENSET) d'Oran. Il notamment exercé également les fonctions de directeur du Centre culturel français de Naplouse de 1997 à 2001[1] et a travaillé à l'Institut de culture populaire de Tlemcen. Il a été professeur invité ou chargé de cours à l'Université de Rouen, à l'INALCO et consultant en ingénierie linguistique pour diverses entreprises.

Centres d'intérêtModifier

C'est sa quête du statut de la langue maternelle qui motive Abdou Elimam à s'engager en linguistique. La théorie de l'énonciation initiée par Émile Benveniste et formalisée par Antoine Culioli va le séduire en cela qu'elle prend ancrage dans une théorie de l'acquisition qui permet l'émergence d'un sujet de l'énonciation et conçoit le langage produit comme un événement énonciatif (1981). La sociolinguistique, en tentant de répondre aux questions Qui parle à Qui, de Quoi, Comment, Quand Où et Pourquoi fera intervenir les questions de la norme linguistique, de la diglossie, du bilinguisme et du multilinguisme. Dans une mise en relation dialectique entre Corpus et Statut social (2004), Son engagement en didactique des langues lui permet de formaliser la question du rapport entre langue maternelle et langue autre. C'est dans les thèses de Stephen Pit Corder, Larry Selinker et Stephen Krashen qu'il trouvera des réponses claires sur le rapport entre acquisition et apprentissage (2006(a), 2012). Enfin, les sciences cognitives contemporaines, qui commencent à dévoiler partie des mécanismes de l'activité cérébrale en œuvre dans l'émergence de la langue native. Cependant les retombées des neurosciences invitent à revisiter la théorie linguistique telle qu'elle a prévalu jusqu'ici et Abdou Elimam (20063(b), 2011, 2012), en posant le primat de la question du sens, opère une distinction entre faculté du langage et formes linguistiques d'extériorisation. Se sentant très proches des préoccupations contemporaines de Ray Jackendoff, il envisage de revisiter les thèses de la Grammaire Universelle, de la théorie de l'énonciation et de la question du sens à partir d'une vision rafraîchie.

Par ailleurs, au début des années 90, il a activement participé à la conception et au lancement du projet d'économie Alternative et durable "La Caisse de Transactions" en France en collaboration très étroite avec son fondateur Franck Fouqueray. Ses connaissances de linguiste furent déterminantes dans l'application d'un modèle économique équitable et durable.

La question du maghribiModifier

En tentant de jeter la lumière sur la vie langagière du Maghreb pré-islamique, Abdou Elimam découvre que la langue introduite par les Phéniciens en Afrique du Nord, le punique, s'avère langue substrat (à hauteur de 50 % en moyenne) dans les parlers contemporains du Maghreb et de Malte (1997). Ce qui conduit Abdou Elimam à oser un regard renouvelé et critique sur la nature supposée « arabe » des parlers du Maghreb. Son étude assoit la conviction que loin d'être une arabisation (spontanée) de toutes ces contrées, les parlers de Malte et du Maghreb sont des évolutions du punique au contact de l'arabe et du berbère. Rejoignant Charles A. Ferguson et bien des linguistes orientaux, Abdou Elimam nomme maghribi cette identité linguistique polynomique et au substrat punique (1997, 2003). Si peu d'arabisants ont réagi à cette thèse, bien des berbéristes et quelques orientalistes européens s'en sont offusqués car sa thèse du substrat punique dans la darija maghrébine ne prend nullement en compte l'influence de la syntaxe berbère et le substrat berbere, langue pourtant majoritaire lors de l'invasion française. Sa thèse en effet vient conforter l'idée d'une arabisation millénaires, bien utile a l’idéologie panarabisme de l’Afrique du nord confrontée a la résistance des berbères. Peu de linguistes ou d'intellectuels reprennent sa thèse.

La didactique des langues secondesModifier

C'est avec Henri Adamczewski que Abdou Elimam apprend à distinguer entre langue acquise par la naissance et langue apprise au terme d'efforts. Cette distinction constituera un repère essentiel dans ses travaux de didactique des langues. En effet la langue maternelle s'acquiert ; elle ne s'apprend pas comme on apprend à coudre ou à fabriquer un objet. Les moyens cognitifs mobilisés dans un cas et dans l'autre ne sont donc pas les mêmes (2006(a)). Tout cela conduit Abdou Elimam à reconsidérer les apprentissages linguistiques – en les distinguant des apprentissages langagiers – et à concevoir la didactique des langues comme une démarche reposant sur trois piliers : la connaissance du fonctionnement des langues humaines ; les mécanismes cognitifs mis en jeu ; les besoins effectifs en langue seconde (2012).

Sciences cognitives et linguistiqueModifier

Les travaux de Jean-Pierre Changeux, de Antonio Damasio, Michael Tomasello – mais également ceux du linguiste Ray Jackendoff - ont été un facteur d'émulation dans la réflexion contemporaine de Abdou Elimam quant à la théorie du langage. Comment le dispositif natif intervient -il pour mettre en route la mécanique du langage et comment cette dernière s'articule, devraient répondre clairement à la question : qu'est-ce qu'un système linguistique ? Sur la base d'observations irréfutables et méthodologiquement validées, les neurosciences apportent des éclairages qui devraient permettre de mieux (re)définir l'activité langagière et de déterminer le rapport entre sémantique, d'un côté, et morphosyntaxe et phonétique, de l'autre. Abdou Elimam pense pouvoir rapprocher, dans un tel programme, les thèses de Noam Chomsky et Ray Jackendoff de celles de Antoine Culioli.

Bibliographie sélectiveModifier

1981 Le statut du sujet en linguistique, thèse de doctorat de 3e cycle, Sorbonne Nouvelle

1990 « Algérianité linguistique et démocratie », in Peuples Méditerranéens, n°52-53, pp. 103–120.

1997 Le maghribi, langue trois fois millénaire. (ANEP)

2003 Le maghribi, alias “ed-darija”- La langue consensuelle du Maghreb (Dar El-Gharb)

2004 Langues maternelles et citoyenneté. (Dar El-Gharb)

2006(a) L’exception linguistique en didactique. (Dar El-Gharb)

2006(b) « Entre prototypisation et mise en discours : les enjeux du sens », in Mots, Termes et Contextes, dir. D. Blampain, Ph. Thoiron, M. Van Campenhoudt Éditions des archives contemporaines (Paris) / AUF. pp. 109–119.

2009 « Du punique au maghribi : Trajectoires d’une langue sémito-méditerranéenne », In Synergies Tunisie, n° 1, pp. 25–38

2011 « Le français médium d’enseignement (FME) pour non natifs : entre apports de la recherche linguistique et besoins », in ELA (Études de Linguistique Appliquée), n° 161 (janviers-mars 2011), pp. 79–98

2012 Le français langue seconde d’enseignement – (I.L.V.)

RéférencesModifier