Équivalence ricardienne

L’équivalence ricardienne (ou la neutralité ricardienne, ou effet Ricardo-Barro, ou encore « théorème » d'équivalence de Ricardo-Barro) est une théorie économique. Selon cette théorie, les agents économiques sont capables d'anticipations rationnelles et par conséquent prennent en compte l'évolution des dépenses publiques dans leur prise de décision.

ConceptModifier

Première formulation théoriqueModifier

Cette conjecture a été énoncée en premier lieu par David Ricardo, économiste classique du XIXe siècle. Selon lui, il y aurait, sous certaines conditions, équivalence entre l'augmentation de la dette publique aujourd'hui et l'augmentation des impôts requise demain pour le remboursement de cette dette et le paiement des intérêts. La solution du financement d'une guerre par l’État en levant 20 millions de livres sterling d'impôt serait identique à la solution de l'émission d'obligations[1].

Travaux subséquentsModifier

L'économiste Robert Barro reprend cette conjecture en 1974 en la modernisant, dans un article qui marque l'histoire de l'économie : "Are government bonds net wealth?" (Journal of Political Economy)[2]. Pour lui, si les agents économiques se comportent de manière rationnelle, une politique de relance (distributions de revenus financées par la dette publique) ne les poussera pas à consommer, mais plutôt à épargner, en prévision de hausses d’impôts futures[3].

En effet, un gouvernement peut financer ses dépenses publiques soit en levant l'impôt, soit en émettant des obligations (de la dette). Comme les obligations sont des prêts, ils doivent être remboursés, et ce en augmentant les impôts. La dette n'est donc que l'impôt de demain, si l'on postule que les dépenses publiques sont neutres économiquement (qu'elles ne peuvent pas influer sur la production). Or, pour Barro, lorsque l’État s'endette pour financer une politique publique, les agents économiques anticipent que l’État devra bientôt les imposer plus. Par conséquent, ils se mettent à épargner en prévision de l'augmentation prochaine. Le revenu dont ils disposent du fait de l'absence d'augmentation d'impôt dans le premier temps (lorsque l’État a choisi de s'endetter plutôt que d'augmenter les impôts) sera forcément repris par l’État après du fait de l'impôt futur qu'il lèvera bientôt. Les agents économiques épargnent ce revenu non-imposé afin de payer l'impôt futur. L'absence d'augmentation de consommation empêche l'augmentation de la production et donc la croissance.

Tests économétriquesModifier

Débats théoriquesModifier

La validité de l'« équivalence ricardienne » a longtemps été – et est encore – discutée. La conjecture n'a été énoncée que dans des situations très précises, limitées par des hypothèses nombreuses. Elle repose sur des hypothèses lourdes, parmi lesquelles l'altruisme intergénérationnel, la perfection des marchés de capitaux, la capacité d'anticipation rationnelle des ménages, et la neutralité des dépenses publiques (à savoir l'incapacité supposée pour les dépenses publiques de modifier les grandeurs réelles, et donc d'avoir un impact sur l'emploi ou la croissance)[3].

Débats empiriquesModifier

Les études de James Poterba et de Lawrence Summers montrent une absence de comportement ricardien aux États-Unis des années 1980. L'augmentation des dépenses publiques n'a pas été accompagnée d'une épargne prévisionnelle des agents économiques, mais d'une baisse du taux d'épargne[4].

Une étude publiée par la Direction générale du Trésor et de la Politique économique (DGTPE) en 2004 a suggéré que les ménages, de la zone euro et en France, pouvaient suivre un comportement ricardien : « une hausse de 1 point de PIB du déficit public structurel serait compensée par une augmentation de 3/4 de point de PIB de l'épargne privée, ce qui serait cohérent avec un comportement largement ricardien des ménages de la zone euro. » Les auteurs de cette étude notent qu’il convient de ne pas « interpréter trop hâtivement comme une causalité ce type de corrélation »[5].

Des études sur les réponses des ménages japonais aux relances budgétaires de l’État japonais tendent à montrer une forme de comportement ricardien de la part des ménages, qui compriment leur consommation en vue d'une augmentation future des impôts due à la levée de dette nécessaire pour financer la relance. Les auteurs remarquent que ce comportement ricardien existe, mais d'une manière bien plus faible, chez les ménages américains[6].

Notes et référencesModifier

  1. Ricardo, David, 1772-1823., The works of David Ricardo With a notice of the life and writings of the author, J. Murray, (OCLC 894188166, lire en ligne)
  2. (en) Robert J. Barro, « Are Government Bonds Net Wealth? », Journal of Political Economy, vol. 82, no 6,‎ , p. 1095–1117 (ISSN 0022-3808 et 1537-534X, DOI 10.1086/260266, lire en ligne, consulté le 5 juin 2020)
  3. a et b Hsieh, Ching-Yao, 1917-, A search for synthesis in economic theory, M.E. Sharpe, (ISBN 0-87332-328-9, 978-0-87332-328-4 et 0-87332-329-7, OCLC 11621986, lire en ligne)
  4. (en) James M. Poterba et Lawrence H. Summers, « Finite lifetimes and the effects of budget deficits on national saving », Journal of Monetary Economics, vol. 20, no 2,‎ , p. 369–391 (DOI 10.1016/0304-3932(87)90021-3, lire en ligne, consulté le 5 juin 2020)
  5. Sylvie Lefranc et Alexandre Espinoza, « Retour sur la faiblesse de la consommation en zone euro depuis 2001 », Analyses Économiques, DGTPE, no 43,‎ , p. 4 (lire en ligne [PDF]) (voir archive).
  6. (en) John Muellbauer et Keiko =Murata, « Mistaken monetary policy lessons from Japan? », VoxEU.org, (consulté le 4 juin 2020).

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier