Économie du rhume

Le coût du rhume est important. Les jours de travail manqués sont les facteurs contribuant au coût du rhume pour les économies, mais aussi de manière importante les réponses thérapeutiques inutiles ou inappropriées, et la surprescription.

The chemist and druggist (electronic resource)

Dans tout le pays[Lequel ?], des millions de personnes atteintes de cette affectation bénigne demeurent immobilisées à la maison, prenant pilules, pastilles, ou différents remèdes miracles, alors qu'elles mènent une guerre bien trop familière contre un virus imbattable ; cette guerre coûte par exemple à l'économie américaine environ 40 milliards de dollars par an[1], beaucoup plus que d'autres conditions comme l'asthme, l'insuffisance cardiaque et l'emphysème[2],[3]. Hors de ces 40 milliards, plus de 1,1 milliard de dollars sont dépensés chaque année pour 41 millions de prescriptions d'antibiotiques pour des personnes souffrant de rhume ; bien que les antibiotiques n'aient aucun effet sur une maladie virale[4],[3]. Le rhume conduit aux États-Unis à plus de 100 millions de visites chez le médecin et une estimation prudente des coûts de 7,7 milliards de dollars par an. Plus d'un tiers des patients qui ont consulté un médecin ont reçu une prescription d'antibiotique.

Le même constat s'impose en France d'une surprescription dans les cas de rhinopharyngite (rhume)[5].

ÉtudesModifier

 
U.S. National Library of Medicine : History of Medicine The Cost Of The Common Cold & Influenza. Poster britannique de la Seconde Guerre mondiale décrivant le coût du rhume et de la grippe à l'effort de guerre[6]

Parue dans Archives of Internal Medicine, une étude du Consortium for Health Outcomes, Innovation, and Cost Effectiveness Studies à l'Université du Michigan conclut qu'une intervention permettant de prévenir ou de traiter efficacement le rhume aurait un impact clinique et économique énorme, bien plus important que pour certaines maladies chroniques fréquentes[3]. D'une manière générale, les États-Unis dépensent plus d'argent pour les soins de santé que toute autre nation, à la fois en termes absolus et en pourcentage du PIB, quelquefois en vain[7]. Dans cette étude, une enquête téléphonique nationale auprès de plus de 4000 ménages américains, 75 % des personnes interrogées ont déclaré avoir souffert d'un rhume au cours de la dernière année, avec une moyenne de 2,5 épisodes. Le rhume est la maladie la plus fréquente chez l'Homme, le chiffre de 500 millions de rhumes chaque année aux États-Unis est donc tout à fait probable[3].

Différentes études (thèses) existent aussi en France[8],[5].

Réponse médicale inappropriée et surprescriptionModifier

Ce qui a été surprenant dans l'enquête américaine, c'est la fréquence à laquelle le public a utilisé le système de santé pour traiter un rhume[Note 1]. Les personnes interrogées ont rapporté les factures de leurs médecins, les coûts des médicaments en vente libre et les coûts des médicaments sur ordonnance[3]. Les VRTI (Viral respiratory tract infections) non liées à la grippe ont généralement été perçues comme une maladie auto-limitante avec peu ou pas d'impact économique sur la société et le système de santé. Cependant, ces études suggèrent que les ramifications cliniques et financières résultantes attribuables à cette affection courante imposent un fardeau clinique et économique important à la société, approchant ou dépassant les coûts de nombreuses maladies courantes, telles l'hypertension, la maladie pulmonaire obstructive chronique, l'insuffisance cardiaque congestive, l'asthme et la migraine[1].

Les Américains dépensent 2,9 milliards de dollars en médicaments en vente libre et 400 millions de dollars supplémentaires en médicaments sur ordonnance pour le soulagement des symptômes du rhume[3].

En outre, plus de 1,1 milliard de dollars sont dépensés chaque année pour 41 millions de prescriptions d'antibiotiques pour des personnes souffrant de rhume ; bien que les antibiotiques n'aient aucun effet sur une maladie virale. Le rhume conduit à plus de 100 millions de visites chez le médecin par et une estimation prudente des coûts de 7,7 milliards de dollars par an. Plus d'un tiers des patients qui ont consulté un médecin ont reçu une prescription d'antibiotique. Bien que ces coûts inutiles soient problématiques, ce qui est plus inquiétant, c'est la façon dont ces schémas de traitement contribuent au développement de la résistance aux antibiotiques, un problème de santé publique important[3].

En France le même constat s'impose que la rhinopharyngite aiguë (rhume), engendre souvent une réponse thérapeutique inappropriée et une surprescription[5]. Les raisons avancées dans une étude sont d’abord culturelles — pratique médicale ancrée, « pèlerinage » du patient allant du cabinet médical à la pharmacie, réponse obligée au paiement à l’acte, vertu rassurante du médicament, nécessité d’un traitement « minimal » et acte intellectuel médical peu valorisé —; environnementales — pressions des patients, lobbying pharmaceutique, fonctionnement concurrentiel des cabinets médicaux et clientélisme; et universitaires: formation médicale non adaptée à la réalité de la médecine générale, adage immuable: « un symptôme = un médicament »[5].

La rhinopharyngite aiguë (le rhume), affection bénigne, représente en France un des principaux motifs de consultation en médecine générale[9],[10],[5],[11],[12],[13].

Pharmacie du rhumeModifier

 
Cold tablets de Vicks, contenant: salicylamide, phénacétine 2½ grs, maléate de pyrilamine, caféine, sulfate d'éphédrine, hydroxyde de magnésium, Composition antiacide d'hydroxyde d'aluminium (brevet US 2 446 981[14]). Ce numéro de brevet date de 1948; ces comprimés auraient été fabriqués peu de temps après. Aux États-Unis, la Food and Drug Administration a ordonné le retrait des médicaments contenant de la phénacétine en novembre 1983, en raison de ses propriétés cancérigènes et néfastes pour les reins[15]. Il a également été interdit en Inde[16].

Par voie orale ou nasale, destinés à soulager des troubles bénins et d'évolution rapidement favorable du rhume, la pharmacie du rhume a produit des médications à l'efficacité incertaine voire dangereuse.

Les décongestionnants, sympathomimétiques vasoconstricteurs tels qu'éphédrine, naphazoline, oxymétazoline, phényléphrine, pseudoéphédrine, tuaminoheptane et xylométazoline, certains en vente libre en pharmacie ou en magasin, notoirement exposent à des troubles cardiovasculaires graves voire mortels[17],[18]. Ils ont été longtemps banalisés sur les rayons des magasins, et dans la publicité[19].

Jours manqués absentéisme et surprésentéismeModifier

L'enquête américaine signale également les jours où le travail et l'école étaient manqués, où les jours de travail étaient manqués pour garder un enfant malade. Les jours manqués au travail ont entraîné la majeure partie des coûts. L'étude rapporte environ 189 millions de jours d'école manqués chaque année à cause d'un rhume; les parents ont manqué 126 millions de jours de travail pour rester à la maison pour s'occuper de leur enfant. Lorsqu'il s'ajoute aux jours de travail manqués par les employés souffrant d'un rhume, l'impact économique total de la perte de travail liée au rhume dépasse 20 milliards de dollars[3]. Un rapport de 1996 National Center for Health Statistics estime que les VRTI (Viral respiratory tract infections donc grippe comprise) entraînent annuellement environ 20 millions de jours de travail perdus chez les adultes et 21 millions de jours d'école perdus chez les enfants[1].

L’absentéisme et le surprésentéisme sont deux réponses différenciées à la problématique d'un souci de santé[20]. 87% des employeurs américains notent que le surprésentéisme (le fait de travailler tout en étant malade) concerne des employés ayant des maladies contagieuses telles qu'un rhume ou la grippe. Le surprésentéisme est particulièrement le fait du personnel soignant[21].

AnnexeModifier

Prendre un ou plusieurs jours de repos est une demande courante de l'employé qui a contracté un rhume (ou toute autre maladie). Le rhume est incapacitant mais surtout contagieux; prendre un congé maladie est la meilleure solution pour se rétablir et prévenir une épidémie virale généralisée au travail. De manière générale et dans tous les pays, la personne malade doit communément avertir rapidement son employeur de son incapacité de travail ; cette clause est éventuellement encadrée par la loi[22]; ensuite selon le régime de santé des pays, une preuve de la maladie peut être demandée par l'employeur (notamment lorsqu'il existe un contrat de travail) qui implique (ou non) le passage obligé par les services de santé. Sur ce point, il existe de grandes différences entre les régimes de santé des pays européens et celui des pays libéraux comme les États-Unis[23] ou l'Australie. Le National Employment Standards (en) australien (NES) par exemple ne précise pas le type de preuve à fournir pour un congé de maladie; le NES prévoit simplement que la preuve requise doit convaincre une personne raisonnable que l'employé avait réellement le droit de prendre le congé: en général, les certificats médicaux rédigés par des médecins et les déclarations statutaires sont des exemples de formes de preuve que la plupart des employeurs accepteront[24]; en vertu du Fair Work Act 2009 d'autre part, des pharmaciens peuvent aussi rédiger un certificat médical pour quelques jours seulement tout en référant le patient à un médecin pour des maladies graves; dans certains cas les services médicaux en ligne permettent aussi via des consultations en visiophonie de produire un certificat[24]. En France, le passage chez le médecin est une obligation du travailleur malade par rapport à son employeur[25]. En Belgique, encadré par la loi, un certificat médical est demandé par l'employeur, lorsqu’une clause du contrat de travail le stipule, qui se traduit par le passage obligé chez un médecin[22]. Aucune justification de maladie n'est en théorie à fournir aux États-Unis, un certificat médical (sick note ou medical note) peut cependant être exigé, en fonction de la politique de l'entreprise[26]. Dans la législation du travail des États-Unis, il n'y a aucune exigence d'un contrat de travail explicite. Le système américain, libéral et fondé sur le marché s’organise autour d’assurances privées souvent liées à l’emploi[27]; aucune exigence fédérale n'exige d'autre part que les employeurs accordent des congés de maladie payés aux employés (congé de maladie aux États-Unis (en))[27]; le Family and Medical Leave Act of 1993 (en) permet à un employé de prendre un congé de maladie prolongé pouvant aller jusqu'à 12 semaines pour un certain nombre de problèmes de santé graves et d'autres raisons, sans représailles de l'employeur. Il existe aussi des régimes de Paid time off (en) (PTO), systèmes de congés payés qui peuvent être utilisés à n'importe quelle fin[26]. Aucun système de santé n'a fait la preuve d'une complète efficacité[27].

NotesModifier

  1. . Les pays libéraux donnent une plus grande autonomie théorique par rapport aux services de santé que dans les régimes de santé des pays européens (voir annexe).

RéférencesModifier

  1. a b et c (en) A. Mark Fendrick, Arnold S. Monto, Brian Nightengale et Matthew Sarnes, « The Economic Burden of Non–Influenza-Related Viral Respiratory Tract Infection in the United States », Archives of Internal Medicine, vol. 163, no 4,‎ , p. 487 (ISSN 0003-9926, DOI 10.1001/archinte.163.4.487, lire en ligne, consulté le )
  2. « Economic impact of cold virus to be more expensive than asthma, heart failure », sur www.ur.umich.edu (consulté le )
  3. a b c d e f g et h (en) Jeanie Lerche Davis, « Cost of the Common Cold: $40 Billion », sur WebMD (consulté le )
  4. Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé. Antibiotherapie par voie generale  en pratique courante  dans les infections respiratoires hautes de l’adulte et l’enfant, octobre 2005. Lire en ligne
  5. a b c d et e Violaine Mauffrey, Rhinopharyngite en médecine générale : pourquoi encore tant de prescriptions médicamenteuses ? Étude qualitative explorant les motifs de cette surprescription et les remèdes proposés par les médecins. (thèse) (lire en ligne)
  6. « The Cost of the Common Cold and Influenza » [archive du ], sur Imperial War Museum: Posters of Conflict, vads
  7. American Health Policy Institute . Waste in the Health Care World: An AHPI/VBID Collaboration. Lire en ligne
  8. Céline Flouret-Guyot, Prescription médicamenteuse en médecine générale : les attentes des français  en cas de pathologies bénignes. (thèse) (lire en ligne)
  9. « Santé: «Le rhume est la première cause de consultation des nourrissons» », sur www.20minutes.fr (consulté le )
  10. « OMG - Top 50 des RC », sur omg.sfmg.org (consulté le )
  11. Toubiana L, Clarisse T, Nguyen TT, Landais P. Observatoire hivern@le –Khiobs: Surveillance épidémiologique des pathologies hivernales de la sphère orl chez l’enfant en France. BEH. 2009 janv ; 1–4
  12. Agence Française de Sécurité Sanitaire des Produits de Santé.Antibiothérapie par voie générale en pratique courante : rhinopharyngite aiguë. Paris: AFSSAPS. 2005
  13. Les infections ORL. 10è conférence de consensus en thérapeutique anti-infectieuse. Lyon, 19 juin 1996. Med mal inf. 1997;(27):334–40
  14. (en) Aluminum hydroxide antacid composition, (lire en ligne)
  15. Federal Register of October 5, 1983 (48 FR 45466)
  16. « Drugs banned in India » [archive du ], Central Drugs Standard Control Organization, Dte.GHS, Ministry of Health and Family Welfare, Government of India (consulté le )
  17. « Pseudoéphédrine (Rhinureflex°, Rhumagrip°, et au sein de gammes ombrelles Actifed°, Dolirhume°, Humex°, Nurofen°, Rhinadvil°) - un médicament à écarter des soins », sur www.prescrire.org (consulté le )
  18. 60 Millions de Consommateurs, « Médicaments en vente libre, mais pas sans danger ! », sur 60 Millions de Consommateurs (consulté le )
  19. Topsante.com, « Rhume : 11 médicaments dont vous n'entendrez plus parler - Top Santé », sur www.topsante.com, (consulté le )
  20. Denis Monneuse, Le surprésentéisme Travaillermalgré la maladie, De Boeck Supérieur, (ISBN 978-2-8041-9032-3, 2-8041-9032-3 et 978-2-8073-1664-5, OCLC 1225105798, lire en ligne)
  21. Jean-Pierre Brun, Pervenche Berès et Denis Monneuse, Le surprésentéisme: Travailler malgré la maladie, De Boeck Supérieur, (ISBN 978-2-8041-9032-3, lire en ligne)
  22. a et b « Loi du 3 Juillet 1978. - Loi relative aux contrats de travail. », sur www.ejustice.just.fgov.be (consulté le )
  23. « Compare U.S Labor Laws & European Labor Laws », sur Small Business - Chron.com (consulté le )
  24. a et b (en) « What evidence is required to take sick leave? », sur www.hopgoodganim.com.au (consulté le )
  25. « Arrêt maladie : quelles sont les 6 obligations du salarié ? », sur LegalPlace, (consulté le )
  26. a et b (en) « What Can Your Boss Ask When You Call In Sick? », (consulté le )
  27. a b et c F Galvis-Narinos et A Montélimard, « Le système de santé des États-Unis », Pratiques et Organisation des Soins, vol. 40, no 4,‎ , p. 309 (ISSN 1952-9201 et 1961-9391, DOI 10.3917/pos.404.0309, lire en ligne, consulté le )

Voir aussiModifier