École de Laon

L’École de Laon était une des plus anciennes et plus illustres écoles d'occident au XIIe siècle.

Différentes écoles en Occident au XIIe siècle.

À LaonModifier

Une école devait s'y trouver depuis Remi de Reims qui y avait étudié en l'école rhétorique de l'église Notre-Dame-de-Laon et dès le VIIIe siècle, un important scriptorium existait au sein du monastère de femmes de Sainte-Marie et Saint-Jean, puis au IXe siècle un palais de Charles le chauve servait de cadre aux enseignements des plus illustres maître, irlandais, rémois entre autres dans le cadre de la renaissance carolingienne . La période la plus connue de l'école revient au temps des deux maîtres Anselme et son frère Raoul de Laon. Fin du XIe et début du XIIe siècle, ils étaient d'une telle renommée qu'ils attirèrent des élèves de tout l'Occident; à cette époque les élèves se déplaçaient pour aller suivre les cours des maîtres les plus illustres[1].

ÉlogesModifier

Guilbert de Nogent abbé de Nogent-sous-Coucy : « ... deux yeux plus brillants que les étoiles. L'un s'appelle Anselme, son magistère s'étend sur tout le monde latin. L'autre œil porte le nom de Raoul, son talent et sa doctrine ne sont en rien inférieurs à ceux de son frère ».

Wibald de Corbie abbé : « que dire de ces hommes si savants, qui dans l'Église de Dieu ont laissé la trace de leurs œuvres illustres et je parle de Bède, Ambroise, Raban Maur, Jean Scot et aussi de ces maîtres que nous avons connu comme Anselme de Laon qui ont emplis le monde entier de leurs doctrines et de leurs travaux. » in « Les miracles de Notre-Dame-de-Laon ».

Rupert de Deutz qui a fait un « long voyage à dos d'âne pour faire comme ces essaims de disciples qui se hâtent d'accourir de toutes les provinces pour écouter ces précepteurs, lumière de la France entière» : « Anselme était non seulement maître des arts, mais aussi maître dans l'interprétation de la divine Écritures ».

Philippe de l'Aumone : « Il dort en ce tombeau le très illustre maître Anselme a qui par le spays et les climats du vaste monde, ont valu partout la célébrité, partout la louange, Foi sans défaut, doctrine féconde, vie lumineuse ».

Herman de Tournai : « Le seigneur avait réservé miséricordieusement après la ruine et l'incendie de la cité lors de la commune, deux hommes très sages, Anselme et son frère Raoul pour encourager clercs et laïcs, les consoler, les réconforter et les engager à ne pas s'abandonner aux adversités, en leurs rappelant les écritures par diverses sentences ».

Jean de Salisbury : « deux frères, éblouissante lumière des Gaules, gloires de Laon ».

Pierre de Celle : « sur toutes ces roses et ces lys qui ont fleuri à l'école de Laon ».

EnseignementsModifier

Les sept arts libéraux, représentés sur la façade de la cathédrale de Laon,
(illustrations du Dictionnaire raisonné de l’architecture française du XIe au XVIe siècle, par Eugène Viollet-le-Duc).
Le Trivium :

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Elle enseignait aussi bien le Trivium (grammaire, rhétorique et dialectique) que le Quadrivium (arithmétique, musique, géométrie, astronomie) qui étaient classique mais l'école introduisit aussi les enseignements de la médecine, des arts géométriques, de l'astronomie et de la musique. Raoul de Laon fut parmi les premiers qui enseignaient les mathématiques à systématiser l'utilisation du zéro comme rond (o) car l'usage anté était sous la forme d'un point qui entrainait de nombreuses méprises. Elle enseigne aussi l'utilisation de l'abaque

Cette école a introduit la théologie et la glose des textes sacrés, la glose intra-linéaire qui s'intéresse aux mots, à ce qui est écrit dans le texte et à la glose extra-linéaire ou encore marginale que l'on peut encore lire dans les marges des manuscrits. Étude qui se répandit ensuite aux autres écoles[2] comme celle de Paris[3]. Les maîtres répondaient aux questions des écolâtres et compilaient celles-ci en des sententiaires qui furent recopiés notamment par les moines de l'abbaye de Vauclair.

PersonnalitésModifier

Comme écolâtres, l'un des plus célèbres fut Abélard qui évoque son séjour en l'école dans Livre de mes Malheurs (Historiat Calamitatum), mais aussi Roscelin de Compiègne, Guillaume de Champeaux, Albéric de Reims, Gilbert l'Universel, Matthieu d'Albano, Norbert de Xanten, Algare de Darmouth, Guillaume Le Breton, Guillaume de Harcigny, Gautier de Mortagne évêque de Laon ; l'un des élèves préférés des frères fut Lotulfus de Lombard aussi appelé le Novarais.

L'affluence des élèves a modifié l'urbanisme de la ville avec la création d'un val des écoliers autour de l'actuelle rue Vinchon mais aussi la toponymie avec la rue de Scots en références aux Écossais, Irlandais qui séjournaient en la ville.

Faisant partie de la Renaissance du XIIe siècle elle fut l'une des précurseurs à la naissance des universités au XIIIe siècle.

NotesModifier

  1. Abélard : "pour aller à la citadelle de la connaissance, l'étudiant ne craint pas de courir par les chemins; nulle étendue de terre, nulle chaîne de montagnes, nulle vallée profonde, nulle route semée d'obstacles et de voleurs, nulle tempête sur mer ne les retiennent, tant ils sont assoiffés de savoirs"
  2. Aubry de Trois-Fontaines, reconnait à l'école "d’avoir le premier (qui) introduit la glose intralinéaire et marginale, dans l’étude des textes sacrés"
  3. Beryll Smalley