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L'écobuage, souvent confondu avec le débroussaillement par le feu (« brûlis »), est une pratique agricole qui consiste à « arracher d'un terrain les herbes qui le couvrent, les brûler et répandre les cendres »[1], souvent pratiqué après l'été pour enrichir le sol avec la cendre générée sur place.

Cette pratique coûteuse en main-d'œuvre, a progressivement disparu au profit du brûlage direct des végétaux sur pied (qui nécessite que le milieu soit sec ou que l'on utilise un carburant (essence...). Quand elle est pratiquée dans le cadre du pastoralisme, elle est dénommée brûlage pastoral (ou improprement d'écobuage, terme plus usité).

Dans tous les cas en période sèche existe un risque d'incendie incontrôlé.

SémantiqueModifier

Originellement, le terme désigne un travail du sol associant un arrachage de la végétation (strate herbacée) et de la couche superficielle de l'humus (étrépage[2]) au moyen d'une « écobue », outil tranchant proche de la pelle et de la houe, à l'incinération (autrefois en petits tas ou en piles de mottes) de ces éléments, suivi d'un épandage des cendres sur le terrain, afin de l'enrichir en éléments nutritifs.

HistoireModifier

Xénophon décrit déjà vers de la technique d'écobuage, au chapitre XVIII de l’Économique, comme suit : le chaume, laissé sur la terre, fertilise si on le brûle ; si on le jette au fumier, il augmente la masse d’engrais.

Aux époques où les jachères permettaient le repos du sol après un cycle de cultures, ou quand il fallait convertir un pâturage ou une friche en champs, l'écobuage était un moyen de défricher (une friche ou jachère, un Essart commençant à se reboiser...) pour ensuite effectuer un semis efficace, de même dans les systèmes temporaires de cultures (sur tourbières asséchées ou sur landes pauvres et acides par exemple)[3] ;

En 1762, Duhamel du Monceau le décrit comme une succession d'opérations s'effectuant autour du brûlage en fourneaux des mottes. L'écobuage était en partie un analogue du déchaumage et une charrue-ratissoire (équivalent d'une bêche traînée) pouvait être utilisée pour cette partie du travail. A la différence de l'essartage il s'agit d'un travail du sol, mais pas en profondeur (pas de labour nécessaire).

Les outils traditionnels étaient utilisés à la main, de type pelle à tourbe, houes destinés à trancher et lever des mottes avec plantes et racines. On a aussi utilisé des bêches poussées (ex : « breast-plough à oreillette verticale et long manche, typique des îles britanniques »[3].

Dans certaines zones de savane en Afrique, une pratique proche est le ‘Maala’, qui consiste  « à former, en début de saison sèche, des andains avec les herbes de savane (Hyparrhenia diplandra) qui sont recouverts de terre, puis brûlés avant l'installation de cultures associées de façon sélective sur les billons écobués et entre les billons »[4] ; selon une étude publiée en 1998, dans la région du Niari (Congo) où les sols sont ferrallitiques et acides, ce système impose un travail important et pénible aux paysans locaux, mais - « sans apport d’engrais ni d’amendements et ni transfert de fertilité à l’échelle locale » - il se montre « beaucoup plus productif que le simple système de culture sur brûlis et se trouve aussi plus performant que les systèmes intensifs modernes qui ont été expérimentés dans la région et ne se sont pas avérés durables »[4].

À partir des années 1850 des charrues ont été adaptées à cette activité ; dotée d'un coutre circulaire (fen-plough des sols tourbeux en Grande-Bretagne), ou d'un râteau scarificateur, ou d'un soc-bêche associé à un coutre vertical sans versoir[3].

Une hypothèse est que la première charrue pourrait avoir été inventée pour faciliter l'écobuage, au début de notre ère, plutôt que pour retourner le sol[3].

Intérêts de la techniqueModifier

Cette technique offre de multiples intérêts :

  • elle permet d'éliminer les broussailles et les résidus végétaux secs qui occupent l'espace et ralentissent le démarrage des plantes herbacées au printemps ;
  • les cendres générées ont un effet fertilisant ;
  • il s'agit souvent de la seule méthode économiquement acceptable d'entretien des espaces pastoraux en terrain accidenté ;
  • c'est une méthode efficace de diminution de la biomasse disponible en été lors des incendies ;
  • les études existantes indiquent que, bien dosé, l'écobuage a un effet relativement neutre sur les sols, la faune et la flore. Dans certains cas, l'effet peut même être positif notamment par la réouverture des milieux qui contribue à la biodiversité.

Principaux risquesModifier

 
Ecobuage dans les Hautes-Pyrénées

En revanche elle comporte certains risques :

  • simplement utilisée, l'écobuage gêne la protection et le repeuplement du gibier[5] ;
  • il détruit une partie de la biodiversité incapable de fuir (mollusques, insectes lents, larves, etc) ;
  • l'écobuage, surtout s'il est répété tous les ans peut porter atteinte au maintien de l'équilibre biologique ;
  • mal utilisé, il dégrade les sols ;
  • en contexte d'eutrophisation aéroportée, il favorise l'invasivité de certaines plantes, dont certaines produisent alors des phénotypes riches en silice qui les rendent moins appétentes pour les moutons ou d'autres herbivores, ce qui peut leur conférer un caractère invasif[6] ;
  • mal maîtrisée, elle dégénère en incendie ;
  • pollution par émission de dioxines, furanes (notamment en contexte salin, près de la mer ou sur sol salinisé) et de divers goudrons ;
  • pollution par émission de particules fines dans certaines configurations météorologiques[7]. ATMO Auvergne-Rhône-Alpes indique que « brûler 50 kg de végétaux émet autant de particules qu’une voiture à moteur Diesel récente qui parcourt 13000 km »[8].

Il faut attendre un temps minimum avant de laisser paître le bétail de crainte de retrouver des polluants organiques dans la viande ou le lait. Les apiculteurs de montagne notent une diminution de la diversité de fleurs dans les zones écobuées.

Consécutivement à l'abandon de nombreuses surfaces autrefois mises en culture et qui depuis ont été envahies par les broussailles, l'écobuage n'est plus désormais l'outil exclusif du pastoralisme : il est également utilisé dans un but écologique et de gestion de l'environnement, pour la réouverture des espaces là où les (grands) herbivores ont disparu et où le paysage évolue vers un maquis ou une forêt homogène.

Dans le mondeModifier

Les agriculteurs de nombreux pays ont abandonné l'écobuage. Mais dans quelques régions du monde, souvent pauvres et très peuplées, en Chine et dans le Nord-ouest de l'Inde notamment, ils continuent à l'utiliser (brûlage des pailles de riz...), voire l'utilisent de plus en plus (ou n'arrivent plus à contrôler les incendies agricoles qui dans les années 2000 augmentent (en Inde notamment[9]). Ces brûlages sont une source de pollution de l'air des milieux ruraux, de courtes durées, mais significatives. La Chine et l'Inde ont édicté des réglementations pour limiter les incendies agricoles qu'ils génèrent, mais pour l'instant cette législation est peu efficace dans des régions où les agriculteurs estiment manquer de solutions de remplacement ou des moyens financier de les mettre en oeuvre. Des études ont porté sur la rentabilisation des pratiques alternatives, les incertitudes qui subsistent dans ces contextes, et proposent des méthodes pour diffuser ces alternatives[9].

Écobuage en FranceModifier

 
Brûlage pastoral ou écobuage sur le Béout, à Lourdes (Hautes-Pyrénées)
 
L'écobuage est souvent assimilé, par méconnaissance, à un incendie - Écobuage de grande ampleur dans les Hautes-Pyrénées

En France, l'écobuage est pratiqué principalement dans les zones montagneuses ou accidentées où il persiste depuis des siècles.

Bien que l'étymologie du nom Pyrénées soit soumise à diverses interprétations, elle pourrait signifier « montagnes en feu » (du grec ancien πῦρ pŷr, feu) selon un récit de Diodore de Sicile (Ier siècle av. J.-C.). Ce massif est un témoin de cette pratique séculaire qui a profondément modelé les paysages sans appauvrir la nature qui est particulièrement riche en espèces endémiques ou protégées. L'écobuage y est pratiqué généralement sur un sol relativement froid, pendant la saison de repos de la végétation. Ainsi ses conséquences sur les milieux vivants sont radicalement différentes de celles observées sur un incendie d'été.

Cristallisant l'opposition entre l'agriculture et le monde de l'élevage d'une part et celui de la forêt d'autre part, la pratique de l'écobuage a connu des périodes allant de l'autorisation sans réserve à l'interdiction complète. Par exemple, à l'époque de la Révolution française, l'abolition des privilèges et la loi de 1793 sur le partage des biens communaux[10] ont déclenché une reprise des défrichements de bois et forêts, parfois incendiées pour en vendre la cendre[11]. Ainsi, en 1804 le préfet du département des Deux-Sèvres, Dupin écrivait « L'écobuage détruit tous les principes de la végétation et la terre écobuée... tombe dans la classe des terres ruinées et stériles ; il est même de vastes communes qui sont entièrement dépourvues de bois. Les forêts du nord du département sont généralement dévastées »[11].

L'écobuage est en France aujourd'hui réglementé et fait l'objet d'arrêtés préfectoraux fixant les périodes d'autorisation, la procédure de déclaration préalable ainsi que les conditions de sécurité à respecter[12]. Les sanctions financières pour un écobuage illégal peuvent être appliquées par exemple en Lozère : dans un premier temps, ce sera un rappel à la loi et une amende forfaitaire de 135 . Cela pourra aussi aller, si les dégâts sont importants, à des amendes de 200 à 300 . Enfin, pour ceux qui engendreront de graves préjudices, les amendes pourront aller jusqu'à plusieurs milliers d'euros assortis de peine de prison.

Bien qu'un équilibre réglementaire semble généralement avoir été trouvé, la pratique est cependant menacée par une perte progressive du savoir-faire due à la conjonction de plusieurs facteurs tels que notamment la crise de l'élevage, la crainte des conséquences et des poursuites en cas de débordement, les tensions fréquentes avec l'opinion qui, par méconnaissance, associe souvent les pratiquants de l'écobuage à des incendiaires.

Conscients de l'intérêt d'une pratique raisonnée de l'écobuage, certains départements mènent depuis plusieurs années des politiques d'accompagnement visant à faciliter la réalisation des travaux dans des conditions de sécurité améliorées. Ces actions portent sur la formation, la mise en commun des savoirs et des ressources, des aides financières ou plus exceptionnellement la mise à disposition d'un service de sécurité, voire la réalisation des chantiers par des équipes spécialisées. Dans les Pyrénées, ces politiques s'appuient généralement sur la mise en place de commissions locales d'écobuage.

Brûlage dirigé comme outil de gestion forestièreModifier

En France le code forestier organise désormais la pratique du « brûlage dirigé », discipline voisine de celle de l'écobuage, pratiquée cette fois par l'État, les collectivités territoriales ou leurs mandataires (tels que notamment le Service départemental d'incendie et de secours ou l’Office national des forêts), dans un but de Défense des Forêts Contre l'Incendie (DFCI), au moyen de personnels spécifiquement formés et entraînés.


RéférencesModifier

  1. Petit Larousse
  2. l'étrépage exporte les végétaux et la terre récoltés, pour les décomposer à proximité ou à l'étable (soutrage) pour faire un substrat/engrais exporté ailleurs, alors que l'écobuage valorise la matière brûlée sous forme de cendre et toujours sur le lieu même.
  3. a b c et d Pingaud M.C (1977) F. Sigaut, L'Agriculture et le feu. Rôle et place du feu dans les techniques de préparation du champ de l'ancienne agriculture européenne. Homme, 17(4), 125-126.
  4. a et b Moreau, R., Nzila, J. D. D., & Nyeté, B. (1998). La pratique de l’écobuage ‘Maala’et ses conséquences sur l’état du sol au Congo. In Proc. 16th Congress of International Soil Science Society, Montpellier, France.
  5. Conservation nature et biodiversité
  6. (en) Barbara Köhler, Andreas Gigon, Peter J. Edwards, Bertil Krüsi, Regula Langenauer, André Lüscher et Peter Ryser, « Changes in the species composition and conservation value of limestone grasslands in Northern Switzerland after 22 years of contrasting managements », Elsevier, vol. 7, no 1,‎ , p. 51-67 (ISSN 1433-8319, DOI 10.1016/j.ppees.2004.11.003)
  7. Réglementation du brûlage à l'air libre des déchets végétaux, Préfecture de la Savoie, 9 mars 2018
  8. Le brûlage des déchets verts, ATMO Auvergne-Rhône-Alpes
  9. a et b P. Shyamsundar, N. P. Springer, H. Tallis, S. Polasky, M. L. Jat, H. S. Sidhu, P. P. Krishnapriya, N. Skiba, W. Ginn, V. Ahuja, J. Cummins, I. Datta, H. H. Dholakia, J. Dixon, B. Gerard, R. Gupta, J. Hellmann, A. Jadhav, H. S. Jat, A. Keil, J. K. Ladha, S. Lopez-Ridaura, S. P. Nandrajog, S. Paul, A. Ritter, P. C. Sharma, R. Singh, D. Singh, R. Somanathan (2019) Fields on fire: Alternatives to crop residue burning in India ; Science 09 Aug 2019;Vol. 365, Issue 6453, pp. 536-538 | DOI: 10.1126/science.aaw4085 | [ethttps://science.sciencemag.org/content/365/6453/536 résumé]
  10. La loi du 10 février 1793, sur le partage des biens communaux
  11. a et b Antoine César Becquerel, Mémoire sur les forêts et leur influence climatérique, , 157 p. (lire en ligne), p. 43 et suivantes
  12. http://droit-finances.commentcamarche.net/legifrance/22-code-de-l-environnement/65546/article-r422-91

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

Liens externesModifier

  • L'écobuage dans Les mots de l'agronomie, Dictionnaire historique et critique.

BibliographieModifier