Ouvrir le menu principal

La sexualité des centaures est un sujet de recherches d’une grande complexité, tant sur le plan biologique que social. En effet, les centaures représentent un cas pratiquement unique, dans le bestiaire imaginaire, d’un membre du taxon mammalia disposant de deux appareils génitaux indépendants. En outre, leur comportement social est proche de celui des sociétés humaines, ce qui en fait un terrain d’étude idéal pour des expérimentations associées à des Gender studies.

Eros et le vieux centaure (musée du Louvre).

Sommaire

PhysiologieModifier

AnatomieModifier

 
Exemple rare de Centauresse.

Les témoignages sur l’anatomie des centaures qui nous sont parvenus à travers la statuaire et la peinture antique montrent clairement que ceux-ci disposent de deux appareils génitaux : l’un associé à l’anatomie humanoïde (appareil anthropomorphe), l’autre à la partie équine (appareil zoomorphe)[1]. Il est rare que ces deux appareils soient simultanément visibles ; une exception intéressante (quoique récente) est le centaure de César[2].

L’appareil génital des centauresses est encore plus discret. Les centauresses se laissent rarement observer, et ne se distinguent pour l’observateur de terrain que par des traits secondaires : présence d’une poitrine, et absence de barbe.

On a longtemps cru que les centaures étaient simplement de type mâle ou femelle. Un réexamen des statistiques disponibles sur les représentations antiques semble confirmer que les deux appareils génitaux peuvent être de type mâle ou femelle de manière indépendante. Ceci expliquerait que les représentations de centaures considérés comme « mâles » peuvent avoir un sexe mâle zoomorphe ou anthropomorphe, mais que les deux sont rarement représentés simultanément. La thèse actuellement acceptée est que les traits secondaires sont de type mâle lorsque l’un ou l’autre des appareils sexuels est mâle, la forme dite « centauresse » n’apparaissant que lorsque les deux appareils sont femelles.

Une étude semble montrer que les spécimens présentant un sexe anthropomorphe mâle tendent également à avoir des jambes se rapprochant du type humain, et non équin, ce qui serait un autre trait sexuel secondaire, évidemment spécifique aux centaures.

Rapport sexuelModifier

 
Accouplement de centaures de type coitus more ferarum (vue d’artiste).

Si l’on en juge par rapport à leurs homologues équins et humains, les deux types d’appareils sexuels paraissent fonctionnels[3]. L’anatomie des centaures permet deux formes d’accouplements évidents :

  • Un accouplement de type coitus more ferarum (position de la levrette), mettant en rapport les parties zoomorphes ;
  • Un accouplement en position debout, mettant en rapport les parties anthropomorphes.

D’autres postures d’accouplement seraient théoriquement possibles. Des positions cabré de face, ou allongé sur le flanc, permettant de mettre en rapport indifféremment l’un ou l’autre des appareils génitaux (voire les deux simultanément). De manière plus exotique, un accouplement croisé de type coitus more legio serait envisageable entre un appareil anthropomorphe mâle et un zoomorphe femelle. En outre, des pratiques masturbatoires variées peuvent être combinées au coït proprement dit. Cependant, si ces postures ont souvent excité l’imagination des scientifiques en chambre, elles n’ont jamais été attestées par les observateurs de terrain[4].

Cycle reproductifModifier

 
Centaure et centauresse (vue d'artiste).

Il n’existe aucune témoignage (direct ou indirect) sur la gestation des centaures.

Même en supposant que les deux appareils génitaux sont totalement fonctionnels, l’anatomie comparée montre que le liquide séminal ou les ovocytes produit par les appareils anthropomorphes et zoomorphes suivent des processus de formation distincts, et ne sont a priori pas équivalents. Dans cette hypothèse, les gamètes seraient évidemment génétiquement inter-compatibles (puisque provenant de la même espèce), mais il est très probable qu’une barrière chimique interdirait les fécondations consécutives à de tels accouplements croisés.

Les spécialistes qui soutiennent la thèse que seuls les appareils zoomorphes permettent la reproduction disposent d’arguments de poids :

  • Le maintien dans le temps de deux appareils sexuels, malgré la pression de sélection entraîné par le coût supplémentaire qu’ils font peser sur le métabolisme, est certes un argument solide démontrant que ces deux appareils ont une utilité fonctionnelle. Cependant, la fonctionnalité correspondante n’est pas nécessairement liée au cycle de reproduction, et peut être purement comportementale.
  • Certains auteurs, se fondant sur un argument d’anatomie comparée, contestent que la gestation d’un centaure puisse être menée à terme dans un appareil sexuel anthropomorphe féminin, dans la mesure où celui-ci est (dans l’espèce humaine) bien trop étroit pour laisser le passage à un animal que l’on peut imaginer de la taille d’un poulain. Cet argument paraît fragile, faute de données précise sur l’anatomie de ce que serait le bassin osseux de la partie anthropomorphe, et sur la taille réelle des petits de l’espèce à la naissance.

Cependant, l’absence d’une double voie de fécondation possible peut être tranchée expérimentalement par certains aspects de la dynamique de leur population. Ces points sont exposés ci-après.

Génétique sexuelleModifier

Double détermination sexuelleModifier

 
Exemple d’appareil génital zoomorphe mâle sur une forme probablement hermaphrodite.
 
Exemple d’appareil génital anthropomorphe mâle sur une forme probablement hermaphrodite.

L’hypothèse d’un système XY de détermination sexuelle homologue à celui de tous les mammifères n’a jamais été contestée, mais cette question a suscité un regain d’intérêt du jour où une indépendance possible des phénotypes sexuels anthropomorphe et zoomorphe a commencé à être évoquée. En effet, cette dualité des phénotypes sexuels conduit à supposer l’existence à la fois d’un couple de chromosomes Xa/Ya, gouvernant classiquement la détermination sexuelle anthropomorphe (homme/femme), et d’un couple Xz/Yz, déterminant de son côté le phénotype zoomorphe (étalon/jument), le X étant dans les deux cas récessif sur le Y.

La relation entre génotype et phénotype, pour chaque couple, serait alors classiquement, pour l’appareil génital anthropomorphe :

  • XaXa = appareil génital anthropomorphe féminin (femme ♀a).
  • XaYa = appareil génital anthropomorphe masculin (homme ♂a).

et de même, pour appareil génital zoomorphe :

  • XzXz = appareil génital zoomorphe féminin (jument ♀z).
  • XzYz = appareil génital zoomorphe masculin (étalon ♂z).

En croisant les différentes possibilités, il y aurait donc a priori quatre sexes possibles pour les centaures[5], ce qui rendrait compte grossièrement des observations :

  • Deux formes pleinement sexuées :
    • Femme jument ♀a♀z : La centauresse, doublement femelle, apparemment la seule forme ayant une poitrine développée et sans barbe ;
    • Homme étalon ♂a♂z : Le centaure doublement mâle (correspondant à la sculpture de César) ;
  • Deux formes hermaphrodites, apparemment barbues et sans poitrine apparente :
    • Femme étalon ♀a♂z : zoomorphe mâle, dont l'appareil génital antérieur est féminin ;
    • Homme jument ♂a♀z : anthropomorphe mâle, masculin à l'avant et féminin à l'arrière.

Ces quatre formes sexuées conduisent à six formes d'accouplement possibles. La sexualité des centaures ne les faisant (d’après les témoignage de l’antiquité) reculer ni devant les humaines, ni devant les juments, il est généralement admis que toutes les forme de couples ont pu se former, y compris partiellement homosexuels (homme étalon et homme jument, homme étalon et femme étalon, homme jument et femme étalon), et donner des produits viables du fait de l’hétérosexualité partielle d’un tel accouplement.

En général, le résultat de ces croisements dépend de ce que les gènes Ya et Yz sont portés par deux chromosomes différents ou par un seul, et dans ce dernier cas, suivant que le caractère dominant mâle est sur le même brin que l'autre ou non.

Homme étalon et femme jumentModifier

Pour le croisement des deux formes pleinement sexuées, si les deux gênes sont portés par deux chromosomes différents, la transmission du Ya et celle du Yz sont indépendantes l'une de l'autre, et les combinaisons possibles sont en fin de compte les mêmes quand un doublement mâle ♂a♂z est croisé avec son symétrique, une centauresse ♀a♀z (donc de génotype XaXz+XaXz, qui transmet nécessairement un Xa et un Xz) :

Hypothèse de deux chromozomes indépendants
Croisement d'un
Centaure doublement mâle ♂a♂z
de génotype XaYa et XzYz
Transmission du gêne anthropomorphe
Xa Ya
Transmission du gêne zoomorphe Xz XaXa et XzXz :
Centauresse ♀a♀z femme jument)
XaYa et XzXz :
Zoomorphe mâle ♀a♂z (homme jument)
Yz XaXa et YzXz :
Anthropomorphe mâle ♂a♀z (femme étalon)
XaYa et YzXz :
Centaure doublement mâle ♂a♂z (homme étalon)
 
Homme étalon croisant une femme jument.

En revanche, si les gênes zoomorphes et anthropomorphes sont portés sur les mêmes chromosomes, il y a en réalité deux sortes de « doublement mâle » (qui peut être de génotype homologue XaXz+YaYz ou de génotype croisé XaYz+YaXz). Dans ce cas, le croisement de deux formes pleinement sexuées conduira à une transmission des sexes corrélées, et il n'y a pas de tableau de croisement puisque le sexe de la descendance d'un homme étalon et d'une femme jument, ne dépendant que d'un seul chromosome, ne peut prendre que deux formes possibles :

  • Si les deux gènes Ya et Yz de l'homme étalon sont sur le même chromosome de la paire (c'est à dire que le doublement mâle est de génotype XaXz+YaYz), ils seront pratiquement toujours transmis simultanément, au crossing-over près. Dans ce cas, les produits d’un tel homme étalon avec une femme jument seront essentiellement des hommes étalons (doublement mâle ♂a♂z) et des femmes jument (centauresses ♀a♀z), c’est à dire que cette sous-population pleinement sexuée sera presque stable, ne donnant que marginalement des hermaphrodites (zoomorphe mâle ♀a♂z ou anthropomorphe mâle ♂a♀z).
  • Inversement, si au départ chez l'homme étalon les deux gènes dominants Ya et Yz ne sont pas sur le même chromosome de la paire (le doublement mâle est de génotype XaYz+YaXz), comme seul l'un des brins de la paire est transmis, ils ne seront pratiquement jamais transmis simultanément (au crossing-over près). Dans ce cas, les produits d’un homme étalon avec une femme jument ne peuvent pratiquement qu’être des hermaphrodites différent des parents : homme jument (zoomorphe mâle ♀a♂z) ou femme étalon (anthropomorphe mâle ♂a♀z).

Les formes de société possibles chez les centaures peuvent en être dramatiquement affectées, lorsque ces formes de transmission génétiques sont couplées avec des interdits et des modes de transmissions de modèles sociaux.

Homme étalon et forme hermaphroditeModifier

Statistiquement, la fécondation entre un sujet homme-étalon doublement mâle ♂a♂z (donc de génotype XaYa-XzYz) et par exemple un homme jument (zoomorphe mâle ♀a♂z, donc de génotype XaXa-XzYz) conduit à une cellule recevant une fois sur quatre le caractère Yz de ses deux parents, non viable faute de disposer du génotype associé au chromosome X.

Dans le reste des cas, la répartition des sexes ne sera pas la même suivant que les deux caractères sexuels sont portés ou non sur le même chromozome, et suivant que l'homme étalon a ses deux caractères dominants sur le même brin (centaure noble) ou pas (faux noble).

Dans le cas d'un homme étalon noble, outre la reproduction possible du sexe des deux parents se croisant avec un homme jument (le cas d'un accouplement avec une femme étalon est évidemment symétrique), il y a production d'une femme jument une fois sur trois :

Hypothèse d'un seul chromozome sexuel - homme étalon noble
Croisement homme étalon noble ♂a♂z - Génotype YaYz+XaXz
YaYz XaXz
homme jument ♂a♀z
Génotype YaXz+XaXz
YaXz YaYa+XzYz :
Non viable
XaYa+XzXz :
Zoomorphe femelle ♀a♂z (homme jument)
XaXz XaYa+XzYz :
Centaure doublement mâle ♂a♂z (homme étalon noble)
XaXa+XzXz :
Centauresse ♀a♀z (femme jument)

Dans le cas d'un faux noble, il n'y a pas de production de femme jument, mais des hermaphrodites du type alternatif peuvent être produits une fois sur trois :

Hypothèse d'un seul chromozome sexuel - faux noble
Croisement homme étalon faux noble ♂a♂z - Génotype XaYz+YaXz
XaYz YaXz
homme jument ♂a♀z
Génotype YaXz+XaXz
YaXz XaYa+XzYz :
Centaure doublement mâle ♂a♂z (homme étalon faux noble)
YaYa+XzXz :
Non viable
XaXz XaXa+XzYz :
Zoomorphe mâle ♀a♂z (femme étalon)
XaYa+XzXz :
Zoomorphe femelle ♂a♀z (homme jument)

Enfin, si les deux traits génétiques sont portés sur des chromozomes indépendants, des enfants centaures des quatre sexes peuvent être produits :

Hypothèse de deux chromozomes sexuels
Croisement homme étalon ♂a♂z - Génotype XaYa,YaXz
Ya transmit Ya non transmit
Yz transmit Yz non transmit Yz transmit Yz non transmit
homme jument ♂a♀z
Génotype YaXz,XaXz
Ya transmis YaYa, XaYz :
Non viable
YaYa, XzXz :
Non viable
XaYa, XzYz :
Centaure doublement mâle ♂a♂z (homme étalon)
XaYa, XzXz :
Zoomorphe femelle ♂a♀z (homme jument)
Ya non transmis XaYa, XzYz :
Centaure doublement mâle ♂a♂z (homme étalon)
XaYa, XzXz :
Zoomorphe femelle ♂a♀z (homme jument)
XaXa, XzYz :
Zoomorphe mâle ♀a♂z (femme étalon)
XaXa, XzXz :
Centauresse ♀a♀z (femme jument)

Homme-jument et femme-étalonModifier

En toute hypothèse, les croisements entre hermaphrodites symétriques conduisent aux quatre formes sexuées. En effet, si un zoomorphe mâle ♀a♂z (femme étalon, donc de génotype XaYz+XaXz) est croisé avec son symétrique, un anthropomorphe mâle ♂a♀z (homme jument, de génotype YaXz+XaXz), les deux traits Yz et Ya seront statistiquement équirépartits, répartissant les produits entre :

Croisement femme étalon ♀a♂z
Génotype XaYz+XaXz
Yz transmis Yz non transmis
homme jument ♂a♀z
Génotype YaXz+XaXz
Ya transmis XaYz+YaXz :
Centaure doublement mâle ♂a♂z (homme étalon)
XaXz+YaXz :
Zoomorphe mâle ♀a♂z (homme jument)
Ya non transmis XaYz+XaXz :
Anthropomorphe mâle ♂a♀z (femme étalon)
XaXz+XaXz :
Centauresse ♀a♀z (femme jument)

Centauresse et forme hermaphroditeModifier

 
Centauresse et forme hermaphrodite femme-étalon.

Sur le plan génétique, le croisement d’une centauresse avec une forme hermaphrodite (quel que soit son type) conduit toujours a priori à une sous-population stable, de centauresses et de formes hermaphrodites du même type.

Autres croisementsModifier

Pour être complet, il faut signaler la possibilité de croisements entre deux formes hermaphrodites identiques, more novensexaginta. Si elles sont mécaniquement possibles (ce qui paraît parfois scabreux) et biologiquement viables (ce qui semble douteux), elles conduisent statistiquement à deux tiers de naissances reproduisant le sexe parental, et un tiers de centauresse.

Incidence sur les formes sociales des centauresModifier

Ségrégations sociales et sexuellesModifier

 
Schéma des six (ou huit) formes possibles de couples de centaures.
* En bleu, les trois formes de couples conduisant à des sous-populations stables.
* En rouge, les couples hermaphrodites hétérosexuels (faisant l’objet d’un tabou).
* En vert, les couples formés entre doublement mâles et formes hermaphrodites (ne conduisant pas à des sous-populations stables).
* En jaune, les hypothétiques couples d’hermaphrodites identiques (dont la fécondité est disputée).

Les populations de centaures sont donc composées a priori de quatre sexes, mais cette composition n'est pas nécessairement stable.

  • Les deux formes de couples entre centauresses et hermaphrodites sont stables par reproduction ;
  • Le croisement d'un doublement mâle et d'une centauresse est stable par reproduction si les deux gênes sont sur le même chromosome et le même brin, et conduit à produire des hermaphrodites sinon.
  • Le croisement d'un doublement mâle et d'un hermaphrodite n'est jamais stable par reproduction, et suivant l'organisation génétique produit des centauresses, des hermaphrodites de l'autre type, ou les deux.
  • De leur côté, les accouplements entre hermaphrodites peuvent donner des produits des quatre sexes, mais les doublement mâles issus de tels croisements auront toujours leurs gènes Y sur des chromosomes différents (aux crossing-over près).

Dans des sociétés primitives tendant à reproduire les modes d’organisation sociales, on peut donc s’attendre à rencontrer des sous-populations de centaures fondées sur ce type de réduction de la variété sexuelle. De telles populations (s’il était possible de les identifier) présenteraient un intérêt pour la recherche : leur existence donnerait un argument définitif prouvant que celui des appareils sexuels impliqué dans une relation hétérosexuelle (que ce soit l’anthropomorphe ou le zoomorphe) est de facto fonctionnel pour ce qui est de la reproduction.

Deux chromosomesModifier

 
Longtemps interprété comme une scène de bataille, ce bas-relief est à présent considéré comme la représentation de la danse de séduction d’un centaure nettement hermaphrodite (on identifie très bien à la fois le mont de Vénus anthropomorphe et le sexe masculin zoomorphe) sur un mâle humain (ici en position « homme dessous ».

Si les deux gênes sont portés par deux chromosomes différents, les différentes formes de couples conduisent généralement à reconstituer les quatre formes sexuées. Seuls les couples formés d'un hermaphrodite et d'une centauresse sont stables.

Les seules sous-populations stables sont celles où l'un ou l'autre des deux gênes Ya ou Yz aura été éliminé. On peut s'attendre, dans ce cas, à ce que l'appareil sexuel non sollicité par la reproduction tende à ne plus être fonctionnel sur ce plan. Cette situation est génétiquement instable, et tend à évoluer vers deux races distinctes, l'une formée d'hommes juments, l'autre formée de femmes étalons.

Un chromosome ?Modifier

Si les deux gênes sont portés par un même chromozone, la structure sociétale qui en découle est beaucoup plus complexe. Rappelons que si les deux gènes Ya et Yz sont sur le même chromosome, au crossing-over près, ils seront transmis soit toujours en même temps (s’ils étaient initialement sur le même chromosome), soit jamais (dans le cas contraire). En pratique, cela signifie que lorsqu’un doublement mâle est apparié à une centauresse :

  • Soit ses deux gènes Y sont sur le même chromosome, et il n’aura pratiquement que des descendants pleinement sexués (aux crossing-over près) ;
  • Soit ses deux gènes Y sont sur des chromosomes différents, et il n’aura que des descendants hermaphrodites.

Une telle société ne peut évoluer que vers un seul état stable, où le fait d’être « doublement mâle » correspond à une position dominante, et l’hermaphrodisme à une situation dévalorisée, parce que cette stratification sociale est la seule qui soit stable d’une génération à l’autre. La société se structurera en trois classes :

  • Les « nobles » mâles pleinement sexués, hommes étalons dont les ancêtres l’étaient également ;
  • Les « faux nobles », mâles pleinement sexués (hommes étalons) mais issus d’ancêtres hermaphrodites (donc pour lesquels les deux caractères mâles sont portés par deux chromozomes différents) ;
  • Les hermaphrodites, hommes juments ou femmes étalons.

Par ailleurs, les centauresses, femmes juments, permettent aux nobles et aux hermaphrodites de se reproduire sans changement (mais accouplées aux faux nobles elles produisent des hermaphrodites).

Existence de sous-sociétés semi-homosexuellesModifier

Il avait été depuis longtemps constaté que les formes trouvées en Crète étaient des formes anthropomorphe mâle (homme jument), tandis que celles rencontrées dans le Péloponèse étaient des mâles zoomorphe (femmes étalons). L’interprétation de ces données était autrefois celle de deux sous-espèces, donc non interfécondes.

La découverte des formes doublement sexuées (hommes étalons) a conduit à réinterpréter ces éléments comme étant plus probablement deux sous-populations semi-homosexuelle, mais potentiellement interfécondes. L'interfécondité aurait alors deux conséquences importantes :

  • La stabilité de la composition des populations grecques et crétoise implique effectivement l'existence de tabous sociaux excluant les éventuels individus hermaphrodites de la population principale, formée d'hommes-étalons et de femmes-juments.
  • Cette exclusion implique à son tour que les deux traits génétiques de détermination sexuelle sont bien portés sur le même chromozome.

Par ailleurs, si la population grecque (femmes étalons) se reproduit par les voies zoomorphes classiquement admises avec les femmes juments, il faut bien admettre que l’anatomie des spécimens crétois (hommes juments) impose un cycle reproductif passant par les voies anthropomorphes de leurs partenaires femmes juments, ce qui démontrerait que ces deux voies sont fonctionnelles dans la population générale.

Ce point fait cependant encore l’objet de débats.

Hermaphrophobie structurelle des centauresModifier

 
Couple de centaures après l’effort.

Les auteurs qui admettent l’interfécondité des deux sous-populations interprète leur ségrégation par une hermaphrophobie (sorte d’homophobie spécifique aux centaures) culturellement entretenue, structurellement nécessaire pour assurer la stabilité des sous-populations pleinement sexuées.

Comme exposé ci-dessus, en effet, une sous-société fondée sur des formes doublement sexuées est stable (au crossing-over près, qui produit des formes hermaphrodites). Mais cette stabilité n’est assurée que s’il n’y a pas de mélange avec des doublement mâles issus de couples hermaphrodites, dont les produits, eux-mêmes toujours hermaphrodites, ne reproduisent pas le modèle parental admis par cette sous-population (et sont de ce fait socialement exclus).

Les origines d’un doublement mâle ne se distinguant pas autrement que par la mémoire conservée de sa lignée, le seul moyen d’éviter la présence de doublement mâles issus de couples hermaphrodites est, en amont, d’interdire la formation de couples de ce type, et en aval, d’en exclure les produits doublement mâles. L’intelligence du centaure étant proche de l’humaine, les zoo-ethnologues admettent généralement que cette interdiction aura pris la forme de légendes, décrivant les malheurs que subissent de tels couples « maudits par les dieux », et mettant en place un tabou fort contre de tels croisements.

Ce modèle social comprend finalement trois sous-populations stables : celle des centaures doublement sexués, et les deux sous-populations semi-homosexuelles ; et un fort tabou contre le croisement de centaures hermaphrodites hétérologues. Ces trois sous-populations se distinguent par la forme sexuelle du mâle, le rôle féminin dans le couple reproductif étant toujours tenu par une centauresse. Ces dernières, qui peuvent jouir d’une sexualité libérée et sans tabou dans ce modèle social, assurent donc la communication génétique nécessaire pour conserver dans le long terme l’interfécondité des trois sous-populations.

Certains auteurs soulignent que l’hermaphrophobie n’est structurellement nécessaire que par rapport au croisement de centaures hermaphrodites hétérologues, ce qui en toute rigueur n’exclut qu’une seule forme des six (ou peut-être huit) formes de couples reproducteurs possibles. Quand le croisement d’un doublement mâle (homme étalon) avec un hermaphrodite (homme jument ou femme étalon) produit un doublement mâle, celui-ci est génétiquement stable, donc a priori acceptable dans ce modèle social. La question que pose cette nouvelle voie de recherche est lourde d’enjeux en termes de modèle de lutte contre l’exclusion sociale : la société centaure était-elle simplement hermaphrophobe (ce qui autorisait toutes sortes d’accouplement aux doublement mâles) ou plus généralement homophobe (interdisant la formation de tout couple comportant un élément mâle) ? La question reste ouverte.

Références et liensModifier

NotesModifier

  1. Les données concernant les bucentaures et onocentaures sont beaucoup plus éparses, et ne permettent pas de conclure sur ce sujet.
  2. Centaure (1983-1985), de César Baldaccini (1921-1998). Exposé carrefour de la Croix-Rouge, à l’angle de la rue de Sèvres et de la rue du Cherche Midi, Paris 6e.
  3. Voir en particulier Ovide, Les Métamorphoses, XII, montrant que l’appareil mâle anthropomorphe est suffisamment fonctionnel pour justifier l’enlèvement de femmes humaines lors des noces de Pirithoüs et Hippodamie.
  4. Ovide (op. cit.) signale l’accouplement des centaures Cyllare et Hylonomé, mais sans décrire la scène de manière très détaillée.
  5. Pour mémoire, il convient de rappeler qu’une cellule doublement mâle (de type YaYa ou YzYz) n’est pas viable, faute de disposer des gênes qui se trouvent sur le chromosome X manquant, ce qui limite le nombre de sexes possibles à quatre, au lieu des six qui apparaîtraient sinon.


Articles connexesModifier

 
Wilhelm Trübner, couple de centaures à la chute d'eau.

Liens externesModifier

BibliographieModifier

  • Miller, Patricia Cox. Jerome’s Centaur: A Hyper-Icon of the Desert. Journal of Early Christian Studies - Volume 4, Number 2, Summer 1996, p. 209-233
  • Page duBois, Sexual Difference: Ancient and Modern. Pacific Coast Philology, vol. 19, No. 1/2 (Nov., 1984), p. 43-49. Published by: Pacific Ancient and Modern Language Association
  • (en)Freud’s Centaur Model of Human Nature: An Existentialist Critique
  • Lawrence E. Atwood, The centaur: its history and meaning in human culture, Journal of popular culture 1994, vol. 27, no4, p. 57-68. (ISSN 0022-3840)
  • Bjarke Rink, The Centaur Legacy, Long Riders’ Guild Press (23 septembre 2004) (ISBN 1590481569)
  • (en)Anatomy of the Centaur, by Univ.-Prof. Dr. Dr. H.C. Reinhard V. Putz - Institute of Anatomy, Ludwig Maximilian University Munich/Germany. Annals of Improbable Research - September-October 2006.

RomansModifier