Vera da pozzo

puit décoré typiquement vénitien

Vera da pozzo (au pluriel vere da pozzo) est un terme italien pour définir la margelle des citernes souterraines vénitiennes souvent revêtue de décorations marmoréennes.

Elle est l'équipement d'utilité publique indispensable à l'approvisionnement en eau potable de la République de Venise jusqu'à la construction de son premier aqueduc à la fin du XIXe siècle.

Campo San Boldo

DescriptionModifier

À l'origine, elle se présente fort modestement pour devenir, au cours des siècles, un mobilier urbain à la décoration de plus en plus élaborée. La vera da pozzo est construite surélevée, par une ou plusieurs marches, pour empêcher l'infiltration d'eau salée lors du phénomène de l'Acqua alta. La partie inférieure pouvait servir aussi à abreuver les animaux.

Elle offre l'aspect d'un petit monument de forme circulaire, cubique, polygonale enrichie de motifs sculptés de plantes, de guirlandes de fleurs et de fruits, de putti, têtes de lion, allégories ... Les margelles privées arborent souvent les blasons des familles patriciennes. Celles publiques exhibent les armoiries de la commune, inscriptions commémoratives, ou des motifs maritimes symbole de la « Sérénissime ». Quelques-unes sont des réemplois de grands chapiteaux provenant de constructions de l'époque romaine.

FonctionnementModifier

Les puits vénitiens élaborés depuis le Moyen-Age durent avoir une capacité suffisante, éviter que l'eau de mer s'y infiltre et protéger l'eau de toute contamination. Le terrain autour des citernes était pavé en inclinaison pour permettre à l'eau de s'écouler vers des orifices, pratiqués autour des puits. L'eau recueillie était d'abord filtrée dans une fosse profonde, qui occupait toute la superficie de la place ou cour, et qui était tapissée d'argile, puis emplie de sable. Dans ce sable un puits de briques fut maçonné, ouvert par le bas. Lorsqu'il y eut suffisamment d'eau dans le bassin, celle-ci remontait par pression verticale dans le puits. Pour éviter de louper des eaux de pluie, les places ou cours vénitiennes étaient dépouillées de tout objet, arbre ou plante pouvant faire obstruction aux eaux d'atteindre le bassin. Le puits collecteur était surmonté d'une margelle : le vera da pozzo.

Les puits publics étaient munis d'un couvercle cadenassé. Un employé municipal était chargé de donner au public accès à l'eau. Il empêcha ainsi toute pollution ou empoisonnement de l'eau. Ce ne fut cependant que sous Napoléon en 1807 que le problème de la contamination par les poisons issus de la putréfaction des cadavres fut relevé et résolu par la création du Cimetière San Michele de Venise.

L'exodeModifier

En 1858, selon l’Ufficio Tecnico Comunale il existe 8 000 pièces[1] (privées et publiques) au total dans les îles de la lagune. Malheureusement au XIXe siècle ce patrimoine culturel, artistique et historique fait l'objet d'un intense commerce qui se déroule jusqu'en 1866 surtout durant l'empire autrichien d'où les œuvres rejoignent l'Allemagne et la Russie, et après le rattachement de Venise à l'Italie, vers d'autres pays européens ainsi que l'Amérique. Actuellement, dans ses six sestieres, 232 margelles[2] de puits sont encore accessibles au public dont 187 sont faites en pietra d'Istria et 43 en « marbre de Vérone ».

SourcesModifier

  1. (it)Venise cité d’eau
  2. Alberto Rizzi, Vere da pozzo di Venezia / The Well-Heads of Venice, édité en anglais et italien, Stamperia di Venezia - 1992 (ISBN 88-85084-09-5). Réédité aux Éditions Filippi en 2007.

Liens externesModifier

Quelques spécimensModifier