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Thomas de Berkeley (3e baron Berkeley)

noble anglais et geôlier d'Édouard II

Thomas de Berkeley
Titre Baron Berkeley
(1326 - 1361)
Conflits Guerre des Despenser
Guerres d'indépendance de l'Écosse
Guerre de Cent Ans
Faits d'armes Bataille de Boroughbridge
Biographie
Dynastie Famille de Berkeley
Naissance v. 1293
Décès
Père Maurice de Berkeley
Mère Eva la Zouche
Conjoint Marguerite Mortimer
Katherine Clivedon
Enfants Maurice de Berkeley
Thomas de Berkeley
Roger de Berkeley
Alphonse de Berkeley
Jeanne de Berkeley
Thomas de Berkeley
Maurice de Berkeley
Edmond de Berkeley
John de Berkeley

Image illustrative de l’article Thomas de Berkeley (3e baron Berkeley)

Thomas de Berkeley (v. 129327 octobre 1361), 3e baron Berkeley, est un noble anglais. Il est célèbre pour avoir été en 1327 l'un des geôliers du roi déchu Édouard II, mort mystérieusement alors qu'il est sous sa garde.

Sommaire

BiographieModifier

Origines, jeunesse et rébellionModifier

Thomas de Berkeley est issu de la famille de Berkeley, qui est l'une des plus influentes du Gloucestershire et des Marches galloises à la fin du XIIIe siècle. Né aux alentours de 1293, voire vers 1296, il est l'un des deux fils de Maurice de Berkeley, fils et héritier du baron Thomas de Berkeley, et d'Eva la Zouche, fille d'Eudes de la Zouche. Thomas est l'aîné d'une fratrie de cinq enfants. La première information le concernant dont on dispose date de juin 1314, lorsqu'il participe avec son grand-père Thomas, son père Maurice et son frère cadet Maurice à la bataille de Bannockburn contre les Écossais. On ignore s'il a déjà été adoubé à cette date, mais son élévation à la chevalerie survient sans aucun doute avant 1322. Au cours de cette bataille, le jeune Thomas est capturé avec son grand-père et son frère par l'armée adverse[1] et demeure en captivité en Écosse jusqu'au paiement d'une rançon par son père.

À Bannockburn, les Berkeley ont servi dans la retenue du comte de Pembroke. Toutefois, une rupture survient entre les Berkeley et le comte à partir de 1316. Le 31 juillet 1318, Thomas de Berkeley, accompagné de ses partisans, effectue une attaque dans la forêt de Painswick, qui appartient à Pembroke[2]. En dépit des efforts de ce dernier pour faire arrêter les responsables, Thomas n'est pas traduit devant la justice royale, sans doute grâce à l'intervention en sa faveur de son père Maurice. Il va même jusqu'à capturer à l'automne 1318 les coroners du Gloucestershire chargés de la réouverture de l'affaire[3]. Finalement, Maurice de Berkeley paie une indemnisation à Pembroke en février 1319[4]. Entretemps, Thomas et ses proches ont rejoint la suite du puissant baron Roger Mortimer. En mai 1319, l'alliance des Berkeley et des Mortimer est renforcée par le mariage de Thomas avec Marguerite[5], la fille aînée de Roger.

Thomas de Berkeley participe en mai 1321 à la guerre des Despenser, une rébellion baronniale dirigée par Thomas de Lancastre ainsi que son beau-père Roger Mortimer contre le roi Édouard II et son favori honni, Hugues le Despenser. Pardonné en août 1321 comme tous les autres rebelles, il reprend les armes au cours du mois de décembre 1321 après le rappel de Despenser par le roi. Tandis que Mortimer et son père Maurice capitulent devant l'armée royale à la fin du mois de janvier et au début de février 1322, Thomas rejoint précipitamment le comte de Lancastre dans le nord de l'Angleterre mais est capturé lors de la bataille de Boroughbridge le 16 mars et promptement incarcéré au château de Pevensey. Son père Maurice est quant à lui emprisonné à Wallingford, où il mourra en captivité en mai 1326, tandis que son épouse Marguerite est recluse au prieuré de Shouldham, dans le comté de Norfolk.

Geôlier d'Édouard II et accusations de régicideModifier

Thomas de Berkeley demeure emprisonné jusqu'en octobre 1326[6], lorsque son beau-père Roger Mortimer prend une nouvelle fois les armes avec le soutien des barons et renverse Édouard II. Thomas obtient simultanément la restitution de ses possessions paternelles[7]. Il fait également ses retrouvailles à Wigmore avec son épouse Marguerite[8]. Après avoir destitué Édouard II, Mortimer remet le 3 avril 1327 la garde du souverain déchu à Thomas de Berkeley et son beau-frère John Maltravers[9]. Édouard est emmené au château de Berkeley, où il semble avoir été honorablement confiné. Thomas de Berkeley reçoit quotidiennement la somme de 5 livres pour pourvoir aux besoins de son prisonnier[10]. Cependant, les geôliers de l'ancien roi ont plus tard été accusés de l'avoir maltraité[11]. À la suite d'une tentative de délivrance en sa faveur organisée par les frères Dunheved en juin 1327[12], Édouard II est fréquemment déplacé d'un château à l'autre par Thomas afin de rendre ces conspirations plus difficiles[13].

Le monarque destitué est finalement ramené à Berkeley au début du mois de septembre 1327, mais de nouveaux complots sont fomentés pour le faire évader. Édouard meurt apparemment le 21 septembre au château[14] et, en conséquence, Roger Mortimer est immédiatement soupçonné d'avoir orchestré son possible assassinat. Le rôle de Thomas de Berkeley dans la mort du roi demeure obscur[15], mais on ne dispose toutefois d'aucun élément pouvant certifier qu'Édouard II soit mort assassiné[16]. Le corps d'Édouard est embaumé et reste étendu en l'état à Berkeley jusqu'au 21 octobre, avant d'être escorté à l'abbaye de Gloucester par Thomas de Berkeley afin d'y être inhumé le 20 décembre 1327[17]. Thomas mène ensuite une existence discrète pendant la régence de Roger Mortimer. On sait qu'il négocie la validation de son mariage par le pape Jean XXII en 1329[18]. En mars 1330, il obtient de son beau-père quelques terres confisquées au comte de Kent[19].

Le 19 octobre 1330, le roi Édouard III procède à un coup d'État et fait arrêter Roger Mortimer. Le 26 novembre suivant, Thomas de Berkeley est convoqué devant le Parlement pour répondre aux charges de régicide prononcées à son égard. Pour la toute première fois, la mort d'Édouard II est officiellement décrite comme un meurtre, alors que Berkeley avait assuré qu'il avait trépassé de causes naturelles. Contrairement aux autres gardiens de l'ancien roi, tels Maltravers[20], William Ockley et Thomas Gurney[21], il n'essaie pas de s'enfuir du royaume et se présente devant le Parlement. Face aux accusations de meurtre sur personne de rang royal, Berkeley fait la déclaration surprenante qu'« il n'avait jamais été informé de cette mort [celle d'Édouard II] jusqu'au présent Parlement »[22],[23]. Il est possible qu'il ait voulu signifier qu'il ignorait jusque-là les causes de la mort de l'ancien roi. Édouard III fait alors part de ses doutes face à la sincérité de Berkeley, qui affirme aussitôt qu'il se trouvait à son manoir de Bradley lorsque le roi déchu est mort.

Acquittement, dernières années et mortModifier

 
Gisants de Thomas de Berkeley et de sa seconde épouse Katherine Clivedon à l'église Sainte-Marie-la-Vierge de Berkeley.

Édouard III semble avoir accepté ses contre-arguments, en dépit du fait qu'il est prouvé que Thomas se trouvait dans son château à l'annonce de la mort d'Édouard II[24]. Il convoque un tribunal le 20 janvier 1331, qui conclut que Berkeley n'a pas été complice du meurtre d'Édouard II, qui est par la suite imputé à William Ockley et à Thomas Gurney[25]. Thomas de Berkeley échappe de ce fait au sort des principaux inculpés dans la mort du roi[26], comme son beau-père Roger Mortimer qui a été exécuté dès le 29 novembre 1330 ou Gurney qui est capturé en Italie par des agents royaux et meurt avant juillet 1333 pendant son extradition vers l'Angleterre. En outre, le roi ne confisque pas les biens de Thomas et lui rembourse même une dette que la couronne avait jadis contractée envers lui[27]. Berkeley est seulement accusé d'avoir désigné Gurney et Ockley comme gardiens du roi déchu[25],[28]. Le 16 mars 1337, Thomas de Berkeley est finalement blanchi de toute accusation par un second tribunal composé de douze pairs convoqué sur ordre d'Édouard III[20].

Berkeley sert par la suite militairement et diplomatiquement le roi Édouard. Au cours de l'expédition royale en Écosse en juillet 1335, Thomas est l'un des barons anglais qui accompagnent depuis Berwick le détachement commandé par Édouard Balliol[29]. Du fait de son statut de chevalier banneret, il conduit à cette occasion une suite de 48 hommes d'armes et de douze archers montés. Il commande par ailleurs les troupes anglaises dans les Marches écossaises et y exerce plusieurs fonctions à la demande d'Édouard III. En 1336, il est désigné par le roi comme gardien du Gloucestershire, du Worcestershire et du Herefordshire. Deux ans plus tard, il est nommé shérif du Gloucestershire. Au cours de la guerre de Cent Ans, il sert en tant que maréchal de l'armée anglaise en France en 1340 et 1342. Il accompagne dans les années qui suivent l'armée royale sur le contient à de nombreuses autres reprises. Enfin, en 1361, il est missionné par le roi auprès du pape Innocent VI en Avignon.

Thomas de Berkeley continue à être convoqué régulièrement au Parlement en tant que baron et ce jusqu'au 20 novembre 1360. Il meurt le 27 octobre 1361 et est inhumé dans l'église Sainte-Marie-la-Vierge de Berkeley aux côtés de sa seconde épouse Katherine Clivedon, qu'il a épousée le 30 mai 1347 et qui lui survit jusqu'en 1385. De sa première union avec Marguerite Mortimer, décédée en 1337, Thomas de Berkeley a eu quatre fils et une fille, mais seuls son fils aîné et héritier Maurice ainsi que sa fille Jeanne ne meurent pas en bas-âge. De son second mariage, il a quatre fils, dont seul le dernier, John, survit jusqu'à l'âge adulte. Par son fils aîné, Thomas est l'ancêtre de plusieurs comtes anglais, dont ceux de Northampton, de Shrewsbury, de Worcester, de Devon, de Huntingdon et d'Essex, et de plusieurs ducs de la pairie anglaise, tels ceux de Somerset, de Beaufort, de Buckingham et d'Exeter. Par ailleurs, au cours de la neuvième saison du documentaire généalogique américain Who Do You Think You Are?, l'actrice Courteney Cox découvre qu'elle descend de Thomas de Berkeley à la 23e génération.

PostéritéModifier

Thomas de Berkeley apparaît dans deux œuvres de fiction consacrées à la déposition et au meurtre d'Édouard II d'Angleterre, dans lesquelles il est à chaque fois présenté comme le geôlier du roi mais non comme son assassin. Dans sa pièce historique Édouard II, le dramaturge Christopher Marlowe le mentionne brièvement à travers un court échange entre Roger Mortimer et l'évêque de Winchester : ce dernier informe Mortimer que le seigneur de Berkeley éprouve beaucoup de pitié pour Édouard II, poussant alors Mortimer à le révoquer et à le remplacer par Gurney et Matrevis, chargés de tourmenter et, finalement, d'assassiner le roi d'Angleterre. Thomas est aussi un personnage mineur à la fin du roman La Louve de France, qui est le cinquième tome de la saga historique Les Rois maudits, écrite par Maurice Druon. L'auteur décrit de la façon suivante sa personnalité ainsi que sa réaction à l'annonce de la mort de son captif :

« Thomas de Berkeley, assez brave jeune homme que n'animait aucune férocité à l'égard de son semblable, ne possédait pas de raisons toutefois de se montrer bienveillant à l'excès envers l'ancien roi Édouard II qui l'avait tenu quatre ans en prison à Wallingford, en compagnie de son père Maurice, mort pendant cette détention. En revanche, tout l'incitait au dévouement envers son puissant beau-père, Roger Mortimer, dont il avait épousée la fille aînée en 1320, qu'il avait suivi dans la révolte de 1322, et auquel il devait sa délivrance l'année précédente. Thomas recevait la considérable somme de cent shillings par jour pour la garde et l'hébergement du roi déchu.
[...]
Thomas de Berkeley resta éloigné une bonne semaine et se montra en divers lieux d'alentour, essayant d'accréditer qu'il n'avait pas été dans son château au moment de la mort [d'Édouard II]. Il eut, à son retour, la mauvaise surprise d'apprendre que le cadavre était toujours chez lui. Aucun des monastères voisins ne s'en voulait charger. Berkeley dut garder son prisonnier en bière, pendant tout un mois, durant lequel il continua de percevoir ses cent shillings quotidiens. »

RéférencesModifier

  1. Phillips 1972, p. 75.
  2. Phillips 1972, p. 262.
  3. Phillips 1972, p. 265.
  4. Phillips 1972, p. 266.
  5. Mortimer 2003, p. 95.
  6. Mortimer 2003, p. 161.
  7. Phillips 2010, p. 512.
  8. Phillips 2010, p. 543.
  9. Mortimer 2003, p. 173.
  10. Mortimer 2003, p. 185.
  11. Phillips 2010, p. 541.
  12. Mortimer 2003, p. 177.
  13. Mortimer 2003, p. 184.
  14. Phillips 2010, p. 548.
  15. Mortimer 2003, p. 193.
  16. Mortimer 2003, p. 189.
  17. Mortimer 2003, p. 245.
  18. Mortimer 2003, p. 320.
  19. Mortimer 2003, p. 234.
  20. a et b Phillips 2010, p. 576.
  21. Mortimer 2003, p. 248.
  22. Phillips 2010, p. 578.
  23. Haines 2003, p. 57.
  24. Phillips 2010, p. 581.
  25. a et b Phillips 2010, p. 573.
  26. Ormrod 2011, p. 94.
  27. Phillips 2010, p. 572.
  28. Mortimer 2003, p. 251.
  29. Nicholson 1965, p. 201.

BibliographieModifier

  • Roy Martin Haines, « Sir Thomas Gurney of Englishcombe in the County of Somerset, Regicide? », Proceedings of the Somerset Archaeology and Natural History, no 147,‎
  • Ian Mortimer, The greatest Traitor. The Life of Sir Roger Mortimer, 1st Earl of March, Ruler of England, 1327–1330, Londres, Pimlico, (ISBN 0-7126-9715-2)
  • Ranald Nicholson, Edward III and the Scots. The formative Years of a Military Career, Oxford, Oxford University Press,
  • Mark Ormrod, Edward III, New Haven, Yale University Press, (ISBN 978-0-300-11910-7)
  • Seymour Phillips, Aymer de Valence, earl of Pembroke, 1307–1324. Baronial politics in the reign of Edward II, Oxford, Clarendon Press, (ISBN 0-19-822359-5)
  • Seymour Phillips, Edward II, New Haven, Yale University Press, (ISBN 978-0-300-15657-7)