Les Taures ou Tauri (en grec ancien : Ταῦροι), aussi appelés autrefois Scythotauri, Tauri Scythae, Tauroscythae (Pline l'Ancien) sont un peuple antique qui était installé sur la côte méridionale de la péninsule de Crimée, habitant les Monts de Crimée et l'étroite bande côtière entre les montagnes et la Mer Noire. Ils ont donné leur nom à la péninsule, qui était autrefois connue sous le nom de Taurica, Taurida ou Tauris.

Carte de l'Empire romain sous Hadrien (au pouvoir de 117 à 138), montrant la localisation de la Chersonèse Taurique (péninsule de Crimée), patrie des Taures.

HistoireModifier

Dans ses Histoires, Hérodote décrit les Taures comme vivant « de pillage et de guerre ». Ils étaient célèbres pour le culte qu'ils rendaient à une déesse vierge, à laquelle ils sacrifiaient les naufragés des navires échoués et les Grecs auxquels ils tendaient des embuscades[1]. Il fait remarquer qu'ils habitent dans la Scythie géographique sans être eux-mêmes des Scythes[2]. Dans sa Géographie, Strabon mentionne toutefois les Taures comme une tribu scythe[3].

Les Grecs ont identifié la déesse taure avec Artémis Tauropolos[4] ou avec Iphigénie, la fille d'Agamemnon[1]. La coutume taure des sacrifices humains a inspiré les légendes grecques d'Iphigénie et d'Oreste, évoquées par Euripide dans sa pièce Iphigénie en Tauride.

Selon Hérodote[1], ils avaient coutume, lors de leurs sacrifices humains, de frapper la victime d'un coup de gourdin à la tête avant de la lui trancher ; après quoi, soit ils enterraient le corps, soit ils le précipitaient du haut d'une falaise, et finalement ils plantaient la tête sur une perche. Les prisonniers de guerre étaient décapités de la même façon, et leur tête fichée au bout d'une perche pour assurer la protection de la maison.

Bien que la côte de Crimée ait fini par passer sous la domination des colonies grecques (et par la suite romaines), en particulier celle de Chersonèse, les Taures restèrent une menace majeure contre la puissance grecque dans la région. Ils se livraient à la piraterie contre les navires dans la Mer Noire, organisant des raids depuis leur base de Symbolon (la Balaklava actuelle). Au IIe siècle avant notre ère, ils étaient devenus des sujets et alliés du roi scythe Scilurus.

 
Les colonies grecques dans le nord du Pont-Euxin

Identité des TauresModifier

L'identité des Taures reste débattue[5]. Il n'est pas sûr qu'ils aient eux-mêmes porté ce nom, qui peut résulter de la grécisation d'un autoethnonyme réel, ou renvoyer à l'appellation Tauros que les Grecs anciens auraient donnée aux monts de Crimée comme à d'autres chaines montagneuses. Une tribu méote de la côte orientale de la Mer Noire portait le nom de Torètes (en grec ancien : Τορεᾶται).

On a envisagé un rapprochement entre les Taures et les Cimmériens, les Alains ou d'autres peuples caucasiens, ou encore l'origine aborigène d'une population parlant une langue disparue. D'un point de vue archéologique, ils ont parfois été rattachés à la civilisation dite des tombes à charpente, qui pourraient avoir été iranophones, ou à la culture de Kizil-Koba[6] (VIIIe au IIIe siècles avant J.-C.). On leur attribue unanimement des tombes en cistes ou caissons de pierre des VIe et Ve s. av. J.-C., dont la tombe de Mal-Mouz, qui contenait 68 crânes. L'habitat fortifié du Mont Kochka (Limena-Kale, ruiné au XIVe siècle) est généralement rattaché à la même culture[7].

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

Textes d'auteurs grecs anciens, version bilingue (site de Philippe Remacle)

BibliographieModifier

RéférencesModifier

  1. a b et c Hérodote 4.103 : «  Ceux d'entre ces peuples qu'on appelle Taures ont des coutumes particulières. Ils immolent à Iphigénie de la manière que je vais dire les étrangers qui échouent sur leurs côtes, et tous les Grecs qui y abordent et qui tombent entre leurs mains. Après les cérémonies accoutumées, ils les assomment d'un coup de massue sur la tête : quelques-uns disent qu'ils leur coupent ensuite la tête et l'attachent à une croix, et qu'ils précipitent le corps du haut du rocher où le temple est bâti ; quelques autres conviennent du traitement fait à la tête, mais ils assurent qu'on enterre le corps, au lieu de le précipiter du haut du rocher. Les Taures eux-mêmes disent que la déesse à laquelle ils font ces sacrifices est Iphigénie, fille d'Agamemnon. Quant à leurs ennemis, si un Taure fait dans les combats un prisonnier, il lui coupe la tête et l'emporte chez lui. Il la met ensuite au bout d'une perche qu'il place sur sa maison, et surtout au-dessus de la cheminée. Ils élèvent de la sorte la tête de leurs prisonniers, afin, disent-ils, qu'elle garde et protège toute a maison. Ils subsistent du butin qu'ils font à la guerre. » (trad. Larcher)
  2. Hérodote 4.99 : «  L'ancienne Scythie est située au midi jusqu'à la ville de Carcinitis. Le pays au-delà de cette ville, en allant vers la même mer, est montagneux ; il est habité par la nation taurique, qui s'étend jusqu'à la ville de Chersonèse-Trachée, et cette ville est sur les bords de la mer qui est à l'est. Il y a en effet deux parties des confins de la Scythie qui sont bornées, comme l'Attique, l'une par la mer qui est au sud, l'autre par celle qui est à l'est. Les Taures sont, par rapport à cette partie de la Scythie, dans la même position que serait, par rapport aux Athéniens, un autre peuple qui habiterait la pointe du promontoire Sunium, qui s'étend depuis le bourg de Thorique jusqu'à celui d'Anaphlyste, et s'avance beaucoup dans la mer. Telle est la situation de la Tauride, s'il est permis de comparer de petites choses aux grandes. Mais, en faveur de ceux qui n'ont jamais côtoyé cette partie de l'Attique, je vais expliquer cela d'une autre façon : qu'on suppose qu'une autre nation que celle des Iapyges habite le promontoire d'Iapygie, à commencer au port de Brentésium, et le coupe ou sépare depuis cet endroit jusqu'à Tarente. Au reste, en parlant de ces deux promontoires, c'est comme si je parlais de plusieurs autres pareils auxquels la Tauride ressemble. » (trad. Larcher)
  3. Strabon, Géographie 7. 4. 2 : « ... les Taures, peuple scythe d'origine... »
  4. Voir Artemis Tauropolos.
  5. Ce paragraphe est résumé de Iaroslav Lebedynsky (voir Bibliographie).
  6. « La grotte rouge », en tatar.
  7. Un avis divergent est émis sur le site (ru) simeiza.net, qui mentionne une structure funéraire mégalithique (les « dolmens taures »), mais fait remonter au Moyen-Âge les ruines des fortifications du sommet.