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Spiruline

page d'homonymie de Wikimedia
Spiruline
Nom vulgaire ou nom vernaculaire ambigu :
l'appellation « Spiruline » s'applique en français à plusieurs taxons distincts.
Description de cette image, également commentée ci-après
Spiruline cultivée, en cours de séchage

Taxons concernés

Spiruline est un nom vernaculaire ambigu en français, pouvant désigner plusieurs espèces différentes de cyanobactéries filamenteuses originaires des eaux chaudes peu profondes et saumâtres de la ceinture intertropicale. Le plus souvent toutefois, en disant « spiruline » les francophones font référence au complément alimentaire produit majoritairement à base de Arthrospira platensis (synonyme Spirulina platensis). Le genre Spirulina existe toujours, mais ces spirulines correspondent à d'autres cyanobactéries, assez éloignées du point de vue taxinomique et sans valeur alimentaire.

DénominationsModifier

Le terme « spiruline » peut donc désigner parmi les cyanobactéries les espèces de deux genres distincts :

La confusion entre les deux noms Arthrospira et Spirulina est due à la décision en 1932 d'unifier deux genres, Arthrospira Stizenberger et Spirulina Turpin, sur la base de leurs trichomes en spirale[1]. Néanmoins le genre Spirulina est de nouveau séparé du genre Arthrospira depuis 1994[2].

Par tradition, on appelle encore « spiruline » les préparations alimentaires à base d'espèces classées depuis lors dans le genre Arthrospira.

Physiologie, comportement et écologieModifier

Les caractéristiques générales des spirulines sont celles des Cyanobacteria - anciennement appelées cyanophycées ou « algues bleues » - classées dans les genres Arthrospira ou Spirulina, avec des nuances pour chaque espèce : voir les articles détaillés pour plus d'informations sur leur description ou leur biologie.

Les lacs saturés de matières organiques et de soude de la ceinture intertropicale sont le milieu naturel de la spiruline alimentaire (genre Arthrospira). Cette microalgue, de couleur bleu-vert, est celle qui domine principalement dans cet environnement chimique extrêmement contraignant. Elle se multiplie à une très grande vitesse dès que la température dépasse les 30 degrés. Le flamant nain qui s'en nourrit, fournit par ses déjections de l'azote à la spiruline. Cependant cet azote organique ne peut être rendu assimilable par la spiruline que par l'intervention d'autres micro-organismes. En effet la spiruline étant un organisme autotrophe, elle ne se nourrit que de minéraux disponibles dans le milieu aqueux dans lequel elle vit.

UtilisationModifier

Alimentation traditionnelleModifier

Culture aztèqueModifier

 
Une illustration du Codex de Florence semble montrer comment les Aztèques récoltaient la spiruline hors des lacs par écrémage de la surface avec des cordes, suivi par un séchage des algues pour en faire des gâteaux, consommés ensuite comme condiments nutritionnels.

La spiruline a été une source de nourriture pour les Aztèques, voire d'autres Méso-Américains. Son importance dans le régime alimentaire est difficilement estimable mais l'on en retrouve des témoignages abondants de la part des Conquistadors espagnols au XVIe siècle, et notamment de son importance économique[3]. Parmi les plus notables, l'on compte Francisco López de Gómara, qui en parle dans son Historia general de las Indias (1552), relevant que « [les Aztèques] en mangent comme nous mangeons du fromage, et cela a un petit goût salé qui va très bien avec le chilmolli » (Comen esto como nosotros el queso, y así tienen un saborcillo de sal que con chilmolli es sabroso.). L'historien Juan Bautista Pomar le qualifiait à la même époque de « fromage terrestre » (queso de la tierra).

Son exploitation à partir du lac Texcoco et la vente de gâteaux sont décrites avec précision au XVIe siècle[3] mais le drainage des lacs du pourtour de l'ancienne capitale aztèque de Mexico-Tenochtitlan par les Espagnols après la Conquista et le dépeuplement massif de l'empire aztèque ont entraîné un déclin majeur de l'utilisation de spiruline[4]. Le prêtre jésuite Francisco Javier Clavijero en remarquait toutefois encore l'utilisation en 1780 [5] : « Ils ne mangeaient pas seulement des choses vivantes mais aussi une substance vaseuse qui surnageait sur le lac, qu'ils récoltaient, séchaient un peu au soleil et en faisaient des galettes qu'ils séchaient à nouveau et conservaient pour l'utiliser comme fromage, dont le goût s'en rapproche. » (Comían no solamente de las cosas vivientes, sino aun de cierta substancia limosa que sobrenadaba en el lago, la cual recogían, secaban un poco al sol y hacían de ella unas tortas que volvían a secar y guardaban para que les sirviese de queso, cuyo sabor remeda. Daban a esta substancia el nombre de tecluitlatl.).

Les Aztèques appelaient ce produit tecuitlatl (en langue nahuatl classique), étymologiquement interprété comme signifiant « excrément du rocher » (Simeon, 1988:453) ou « excrescence/résidu de pierres » (Karttunen, 1992:73). Robelo (1941:245) remarque toutefois que le mot cuitlatl habituellement traduit par l'idée d'« excrément » pouvait en réalité prendre en nahuatl une connotation extrêmement positive, comme c'est apparent dans le cas des mots pour « or » (costicleocuitla – littéralement, « excrément jaune des dieux ») et « argent » (iztacteoclIitlak – littéralement, « excrément blanc des dieux »). Il note par ailleurs qu'il y a un doute sur le suffixe exact utilisé dans le mot tecuitlatl : il pourrait s'agir non pas de tetl (« pierre » ou « rocher »), mais plutôt de teotl (« sacré, merveilleux, étrange, surprenant ») – Robelo propose donc également comme traduction, « excrément sacré »[3].

Le lexicologue Rémi Siméon mentionnait encore l'utilisation de tecuitlatl en 1885, mais l'usage quotidien avait alors quasiment disparu bien que la spiruline, de l'espèce Arthrospira maxima, ait été trouvée en abondance au bord du lac Texcoco dans les années 1960 et exploitée commercialement dans les années 1970.

Culture Kanem (Tchad actuel)Modifier

Il est possible que la spiruline ait une origine encore plus ancienne dans les frontières du Tchad actuel, où elle serait connue dès le IXe siècle sous l’Empire du Kanem. Elle est encore dans l'utilisation quotidienne aujourd'hui, dans des gâteaux secs appelés « Dihé », qui sont utilisés pour faire des bouillons pour les repas, et elle est également vendue sur les marchés. La spiruline est récoltée à partir de petits lacs et dans des étangs autour du lac Tchad, mise à sécher sur le table. Les Kanembou en consomment actuellement environ 40 grammes par personne et par jour, répondant à une partie significative de leurs besoins nutritionnels[6].

À noter que la spiruline alimentaire utilisée dans le Kanem provient du même genre que celle qui était utilisée par les Aztèques, mais d'une espèce différente : Arthrospira platensis.

Complément alimentaireModifier

La spiruline alimentaire est produite à partir d'espèces du genre Arthrospira. Les souches mises en culture sont principalement issues de l'espèce Arthrospira platensis.

De nombreuses souches d'Arthrospira sont cultivées industriellement sous le terme de spiruline en raison de leur valeur nutritionnelle[7].

Systèmes de support spatiauxModifier

Le projet MELiSSA [8] (Micro-Ecological Life Support System Alternative) de l'ESA, la considère comme une plante viable pour satisfaire leur objectif : recréer un écosystème ayant pour modèle l'écosystème terrestre susceptible d'accompagner des astronautes dans l'espace lors de voyages habités de longue durée. Celle-ci serait alors un aliment indispensable à la survie des hommes à bord. Elle produirait également une grande quantité d'oxygène.

Production en algocultureModifier

La culture (algoculture) se pratique dans des bassins aquatiques de quelques décimètres de profondeur exposés au soleil, dans une eau alcaline (pH proche de 10) et maintenue à une température comprise entre 30 et 35 °C. La production atteint 20 g m−2 j−1). Après filtration, égouttage, lavage, puis séchage, on obtient une fine poudre verte. La culture est facilitée par le fait que cette espèce est extrêmophile et celle qui se développe le mieux dans ce contexte à condition que l'eau soit très alcaline[9], ce qui limite le risque de contamination des cultures par d'autres espèces d'algues ou de cyanophycées.

Des essais de cultures autonomes sont mises sur pied en Afrique[10], en Inde, au Pérou, au Viêt Nam et en Chine (produit industriellement dans le nord de la province du Yunnan, vers Dali). La cyanobactérie se multiplie dans de grands bassins en béton dans lesquels sont dissous du bicarbonate de soude, du sel marin, du nitrate de potassium, de l'urée et du sulfate de magnésium[11]. Un ensoleillement important est nécessaire pour lancer la reproduction accélérée du micro-organisme.

La spiruline permet de produire une grande quantité d'éléments nutritifs essentiels sur un espace très réduit. Dans une ferme, le rendement annuel est en effet de 9 tonnes de protéines à l'hectare, contre 1 tonne pour le blé ou le soja[12].

La Chine, qui fournit 50 % des 5 000 tonnes de spiruline sèche produites dans le monde en 2013, l’a déclarée aliment d’intérêt national et, malgré l’absence d’étude clinique officielle, les victoires obtenues par les ONG grâce à cette protéine végétale, dans la lutte contre la malnutrition des enfants des pays pauvres, ont convaincu l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) de recommander sa production et son utilisation[13].

FranceModifier

Cent cinquante fermes artisanales produisent de la spiruline en France, principalement dans le sud du pays, car elle exige une eau chauffée à 37 °C. En 2013, 2 % des Français mangent régulièrement de la spiruline ; avec une centaine de tonnes de spiruline sèche produites par an sur le territoire et de plus en plus de demandes de formation professionnelle, le marché est en expansion[13]. Dans le nord, une exploitation agricole produit néanmoins de la spiruline en valorisant du biogaz comme source de chauffage de l'eau[14].

En plus des divers groupes de recherches répartis sur le territoire français, il existe aussi, depuis 2009 un groupe de recherche implanté dans le Var.

En 2001 en France, le CFPPA, un centre de formation varois du Ministère de l’Agriculture Français, lance une « formation publique mondiale » avec pour objectif de développer une filière artisanale et une filière solidaire internationale de production de spiruline[réf. nécessaire].

Un consortium de recherche, nommé PLAISIR associant l'entreprise Alg&You (leader du consortium), le Groupe SEB, les laboratoires Prayon, le laboratoire TBI, le laboratoire IFREMER et l’association la Voie bleue engagée dans le développement des microalgues comme aliments pour tous, travaille à sa valorisation auprès du grand public et des collectivités locales. Ce projet est l’un des lauréats du « concours mondial de l’innovation 2030 » lancé par le gouvernement en 2013[13].

La Fédération nationale des paniers de la mer a lancé en 2014 un programme collaboratif (ADRIA, Valorial, Algosource Technologie), soutenus par des fondations mécènes, en vue de développer sa culture dans des structures d'insertion par l'activité économique et sa distribution dans les réseaux nationaux d'aide alimentaire. En 2014, les établissements de thalassothérapie Thalassa Sea & Spa lancent la distribution d'une boisson à base de spiruline[15].

Le projet spiruline paysanne d'une durée de trois ans à partir de 2016 vise à produire une spiruline de grande qualité nutritionnelle et sanitaire tout en ayant un impact environnemental minimal[16] et de valoriser la spiruline française face aux Européens qui importent 80 % de leur spiruline consommable de Chine et des États-Unis[17].

En France, la Fédération des spiruliniers de France (FSF) regroupe la majorité des producteurs français, tous produisent la spiruline sous la forme d'aliment : les brindilles (ou paillettes) et pratiquent la vente directe. La FSF a mis en œuvre un travail de recherche en lien avec les institutions Françaises et participe aux travaux de normalisation, afin de garantir une traçabilité par des contrôles stricts sur les qualités bactériologiques et physico-chimiques des spirulines en brindilles. La FSF est porteuse du projet Spiruline paysanne française et du guide de bonnes pratiques et d’hygiène (GBPH) pour la production de spiruline paysanne - déposé par la Fédération des spiruliniers de France à la DGAL en avril 2016 (Direction générale de l’Alimentation, service du ministère de l’Agriculture).

Notes et référencesModifier

  1. Geitler L. (1932) Cyanophyceae. In : Rabenhorst’s Kryptogamenflora von Deutschland, Sterreich und der Schweiz, Leipzig, Akad. Verslagsges. 1932. Reprinted 1971, New York, Johnson, p. 1-1196.
  2. Nelissen, B., Wilmotte, A., Neefs, J.M. & De Wachter, R. (1994) Phylogenetic relationships among filamentous helical cyanobacteria investigated on the basis of 16S ribosomal RNA gene sequence analysis. In : Systematic and Applied Microbiology, vol 17, p. 206-210.
  3. a b et c José Luis Godínez et Martha M. Ortega, « Traditional Knowledge of Mexican Continenant Algae », Journal of Ethnobiology, vol. 21, no 1,‎ , p. 57–88 (lire en ligne)
  4. Raymond Sokolov, Why We Eat What We Eat: How Columbus Changed the Way the World Eats, Simon and Schuster, , 34, 35 p. (ISBN 9780671797911)
  5. Francisco Javier Clavijero, Storia antica del Messico,
  6. Abdulqader, G., Barsanti, L., Tredici, M. M., « Harvest of Arthrospira platensis from Lake Kossorom (Chad) and its household usage among the Kanembu », in Journal of Applied Phycology. 12: 493-498. 2000.
  7. Simpore J, Kabore F, Fox R, Villard C, Zongo F, Dansou D, Bere A, Pignatelli S, Biondi DM, Ruberto G, Musumeci S. Nutrition rehabilitation of undernourished children utilizing Spiruline and Misola. Nutr J. 2006 Jan 23;5:3
  8. (en) « Advance life support - European Space Agency », sur Projet MELiSSA (consulté le 15 mai 2015)
  9. Jourdan JP (2006) Manuel de culture artisanale pour la production de spiruline [archive] (version mise à jour 1/3/2006)
  10. « Programmes Spiruline », sur antenna.ch (consulté le 19 décembre 2018)
  11. Manuel_Cultivez_votre_spiruline_REVISION_2013.pdf
  12. « Planetoscope - Statistiques : Production mondiale de spiruline », sur www.planetoscope.com (consulté le 17 janvier 2019)
  13. a b et c Microalgue : La spirale vertueuse, Libération,
  14. Article sur Metha Ternois, par bio-énergie
  15. Accor propose Springwave a Quiberon et Dinard, www.tradingsat.com, 23 octobre 2014 (consulté le 9 juillet 2019)
  16. Sylvie Richard, « Microalgues : la spiruline superstar », Revue de l'Industrie Agroalimentaire,‎  :

    « P36 Un projet intitulé Spiruline paysanne est initié depuis 2016, pour se terminer en 2019. Son premier objectif est de mieux caractériser et d'optimiser les systèmes de production de la spiruline, et notamment les procédés de croissance, de récolte et de transformation, afin d'aboutir... »

  17. Sylvie Richard, « Microalgues : la spiruline superstar », La Revue de l'Industrie Agroalimentaire,‎  :

    « P34 "La consommation européenne de spiruline provient à plus de 80 % des importations, en particulier de Chine ou des États-Unis , qui en produisent depuis les années 80, déclare Bernard Sacy... »

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