Roberto Zucco

pièce de théâtre de Bernard-Marie Koltès

Roberto Zucco
Auteur Bernard-Marie Koltès
Pays France
Genre théâtre
Version originale
Langue français
Version française
Éditeur Éditions de Minuit
Date de parution 1990
Nombre de pages 128
ISBN 9782707321749

Roberto Zucco est une pièce de théâtre de Bernard-Marie Koltès écrite en 1988 et parue en 1990, inspirée librement de l'histoire d'un tueur en série italien, Roberto Succo, croisé à l'histoire d'une « gamine », jeune fille en perdition.

Cette pièce provoqua un scandale lors de ses premières représentations, parce qu'elle se fondait en partie sur des événements réels, tragiques, et encore récents.

HistoriqueModifier

La pièce de Bernard-Marie Koltès est créée à la Schaubühne de Berlin en avril 1990, dans une mise en scène de Peter Stein[1],[2],[3]. C'est l'ultime pièce de théâtre écrite par ce dramaturge. Celui-ci est mort en avril 1989, entre l'écriture de cette œuvre en 1988, et sa création mondiale à Berlin en avril 1990[1],[2],[3]. Il a écrit cette pièce rapidement, après être tombé en arrêt, dans le métro, devant un avis de recherche concernant un criminel concerné par plusieurs faits divers. Le visage de l'homme a retenu son attention[4].

En consultant la presse, il apprend que le dénommé Roberto Succo (qu'il décide dans sa pièce d'écrire avec un Z) a notamment tué ses deux parents à coup de couteau à Mestre, à côté de Venise, en 1981. Emprisonné, semblant désormais très docile, des permissions de sorties lui ont été accordées. Il s'échappe à l'occasion d'une de ces permissions en 1985, et passe en France, où il commet une succession d'agressions violentes dont cinq autres meurtres (sa première victime, en avril 1987 est un policer, dans la banlieue d'Aix-les-Bains en Savoie). Puis, recherché, arrêté, il se suicide finalement dans sa cellule, au pénitencier de Vicence, en Italie, le 28 mai 1988[3],[4].

Bernard-Marie Koltès laisse aller son imagination sur ce parcours sans s'intéresser davantage à l'histoire réelle de l'homme recherché. Koltès se savait malade du sida. Le temps était devenu précieux pour lui, et cette pièce est sa dernière façon de s'exprimer au théâtre, en contant un cheminement tragique qui conduit à une mort enfin acceptée[1],[5]. Bernard-Marie Koltès se serait également inspiré de la prise d'otages de Gladbeck de 1988, pour une des scènes[6].

Puis cette pièce est reprise en France, au TNP de Villeurbanne, le , dans une mise en scène de Bruno Boëglin[7].

Une polémique se déclenche en France, entraînant en particulier l'annulation des deux représentations envisagées à Chambéry, prévue les 8 et 9 janvier 1992[4],[7]. Chambéry était une des villes-étapes d'une tournée prévue après Villeurbanne et passant par Nice, Valence, Chambéry, Bruxelles et Toulouse, avant de se terminer à Paris, en février 1992, au Théâtre de la Ville[4]. Différentes personnes, des proches des victimes, un syndicat de policier, des élus politiques s'insurgent en apprenant la représentation prévue à Chambéry, le thème de la pièce, puis, pour certains, en lisant le texte publié en 1990 aux Éditions de Minuit. Les réactions sont violentes et mettent l'accent notamment sur le souvenir douloureux du fait divers « trop frais, trop proche » (la ville de Chambéry n'étant pas éloignée d'Aix-les-Bains) et sur un texte que certains d'entre eux considère, à sa lecture, comme une apologie de ce criminel[4]. Un dialogue de sourds commence. Plusieurs personnalités du monde de la culture essayent de répondre aux réactions. Bernard-Marie Koltès étant déjà disparu au moment de la polémique, une des voix qui s'exprime à sa place est celle d'un des premiers metteurs en scène, Bruno Boëglin, qui indique que cette pièce de théâtre « n'est pas une thèse et ne traite pas du véritable Succo »[4]. La représentation à Paris est un temps menacée, quelques-unes des personnes et des organisations se sentant agressées par cette pièce ayant écrit au maire de Paris, Jacques Chirac, (qui est également le patron de l'opposition à l'époque) pour qu'il interdise les représentations dans sa ville. Roger Planchon, personnalité du monde du théâtre en France, codirecteur du TNP de Villeurbanne et coproducteur de la pièce, écrit, comme d'autres (tels le critique Gilles Costaz), à Jacques Chirac pour plaider en sens inverse. Finalement, la ville de Paris n'intervient pas, officialise cette position en retrait, et laisse les représentations se dérouler[5]. Ces représentations se déroulent bien plus calmement que la polémique qui les a précédées[8].

RésuméModifier

Les différentes scènes composant la pièce peuvent évoquer certains faits du criminel Robert Succo, mais la succession de ces faits n'est pas la même et la mise en correspondance est quelquefois sans objet. La pièce de Bernard-Marie Koltès est une sorte de chemin de croix en quinze stations, quinze scènes, un chemin qui conduit à l'évasion suprême, la mort. Quinze scènes qui ne sont pas toujours des actions : certaines sont constituées de monologues. La pièce compte une trentaine de personnages. L’histoire de ce Roberto Zucco s’entremêle notamment avec celle d’une jeune fille, appelée «la gamine». Cette pièce commence par la découverte de l’évasion de Roberto Zucco, par deux gardiens. L'évadé va chez sa mère, qui lui dit ne plus le supporter depuis qu’il a tué son père, et qu’elle l’a évacué de ses pensées. Il l'étrangle, et change sa tenue de prisonnier pour un treillis. On le retrouve ensuite chez «la gamine» qu'il a séduite (ou agressée, on ne sait pas), qui vit entre un frère et une sœur, à côté de parents enlisés dans une vie médiocre. Elle s'échappe puis va chercher à le retrouver durant toute la pièce, dans un quartier (fictif), «le Petit Chicago». L’ayant reconnu sur un acte de recherche, elle le dénonce pour retrouver sa trace. Il tue un inspecteur de police, rencontre un vieil homme dans le métro, provoque une bagarre dans un bar puis dans un parc public, prend une femme et son enfant en otage et, toujours sans raison aucune, abat cet enfant. Il s'enfuit avec la femme. Il est en quelque sorte dénoncé par l'amour de la gamine : sous le regard des policiers, en effet, celle-ci, l'apercevant, se précipite sur lui et l'embrasse. Les policiers l'interceptent. Il avoue alors ses crimes et se reconnaît pour la première fois comme un tueur. C'est à compter de ce moment que Zucco s'identifie à partir des actes qu'il a commis. La pièce se termine alors qu’il est de nouveau arrêté et qu’il cherche à s’enfuir par le toit de la prison. Sur ce toit, silhouette en contre-jour. Une voix crie « Il tombe ! ». C'est fini, Roberto Zucco s'est élancé[1],[6],[9].

Mises en scène (sélection)Modifier

Après ses premières représentations, dans un climat tendu, cette pièce de théâtre est devenue l'une des plus représentée en France et dans le monde[10]. Sans être exhaustif, voici quelques-unes des mises en scène marquantes, avec le lieu et l'année de représentation :

Notes et référencesModifier

  1. a b c d et e « Le chemin qui conduit à la mort. La dernière pièce de Bernard-Marie Koltès, " Roberto Zucco ", a été créée à Berlin à la Schaubühne, dans la mise en scène de Peter Stein », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  2. a b et c (de) Rolf Michaelis, « Uraufführung in Berlin: "Roberto Zucco" von Bernard-Marie Koltes. Requiem für einen Todesengel », Die Zeit,‎ (lire en ligne)
  3. a b et c « Roberto Zucco sera toujours en récidive », L'Humanité,‎ (lire en ligne)
  4. a b c d e et f « Z, comme Succo. L'évocation théâtrale du " monstre de Mestre " sur le lieu de ses crimes, en Savoie, est très contestée », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  5. a et b « La polémique autour de la pièce de Bernard-Marie Koltès " Roberto Zucco ". Elle sera jouée à Paris », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  6. a b et c (de) « Der Desperado als Messias », Der Spiegel,‎ (lire en ligne)
  7. a et b « Rencontre avec Bruno Boëglin, metteur en scène de " RobertoZucco ". Koltès, dernières nouvelles », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  8. a et b Gilles Costaz, « “Roberto Zucco” au Théâtre de la Ville », Les Échos,‎ (lire en ligne)
  9. Robert Casavant, « Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès », L'Annuaire théâtral, nos 19-20,‎ (DOI 10.7202/041295ar, lire en ligne)
  10. Armelle Héliot, « De Succo à Zucco, itinéraire d'un forcené », Le Figaro,‎ (lire en ligne)
  11. « Roberto Zucco de Bernard-Marie Koltès », sur ubucc.ca
  12. « Théâtre. Roberto Zucco à Barcelone. Visages du crime », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  13. Brigitte Salino, « Les mises à nu cruelles de Bernard-Marie Koltès », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  14. René Solis, « Martinelli tient “Roberto Zucco” à distance respectueuse », Libération,‎ (lire en ligne)
  15. « Koltès vu par Armel Roussel. Roberto Zucco : un rhinocéros fort et solitaire », Le Soir,‎ (lire en ligne)
  16. Brigitte Salino, « "Roberto Zucco" : les cauchemars sublimés de "Roberto Zucco", par Klaus Michael Grüber », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  17. Laurence Liban, « Roberto Zucco, de Bernard-Marie Koltès », L’Express,‎ (lire en ligne)
  18. Frédérique Roussel, « Pauline Bureau, sans faillir », Libération,‎ (lire en ligne)
  19. Odile Morain, « "Roberto Zucco" de Malaguerra et Lambert-wild fascine Séoul », France Info,‎ (lire en ligne).

Voir aussiModifier

Texte de la pièceModifier

Article connexeModifier

Lien externeModifier