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Cabane du refuge (reconstitution).

La forêt de Grasla, en Vendée, principalement sur la commune des Brouzils, servit de refuge (Refuge de Grasla, ou de Grala, orthographié aussi Gralas sur les cartes) aux populations environnantes durant les guerres de Vendée en 1793-1794 : ces populations fuyaient la répression menée par les colonnes républicaines du général Turreau. Composées pour beaucoup de femmes, d'enfants et de vieillards, elles se sont abritées dans ce quartier de la forêt qu'elles connaissaient pour être le lieu où habitaient des exploitants (charbonniers, voituriers...) depuis une décennie environ. On y avait bâti des huttes de rondins et de feuillages, semblables aux huttes circulaires et aux rues pavées de bois des Gaulois. Les vastes ramures des chênes les abritaient de la pluie et des orages[1].

ÉtymologieModifier

Le terme de "refuge" n'est utilisé comme nom propre qu'au XXe siècle, les contemporains utilisent le mot comme nom commun : voir, par exemple, aux archives départementales de la Vendée à la cote L 1899 dans les minutes d'actes extrajudiciaires (25 prairial - 28 fructidor an IV soit du 14 mai au 14 septembre 1796). Le chanoine Goillandeau, qui baptise des enfants en forêt de Grasla durant la période où la population s'y cache, indique qu'il administre le sacrement en forêt de Grasla.

Le nom de la forêt, Grasla, s'orthographie de différente manière : Grala, Gralas... et son origine reste obscure.

LocalisationModifier

Article détaillé : Les Brouzils.

Le Refuge de Grasla est situé près du bourg des Brouzils dans le quartier de la forêt de Grasla dit du Demi-Jour et du Chêne Chevreux, dans un quartier de la forêt appelé " Les Pralières" ou les Loges[2] », près du bourg de La Copechagnière, village de bûcherons proche de la forêt (de cope, couper et chagne, chêne, d'où chanière plantation de chênes)[3]. Il s'y trouva ensuite des prés, connus sous le nom de prés de la « chaussée de l'étang ».

Au cœur du massif forestier de Grasla, se trouve le Refuge où les populations de communes situées au nord et à l'est se sont cachées pour fuir la violence de la répression contre les insurgés vendéens. Un sentier de la lisière, de six kilomètres, permet de joindre la « Pierre Blanche » (pierre mégalithique, Bloc de Quartz) au Chêne Chevreux : cet arbre millénaire, encore vivant, situé au carrefour de trois chemins, aurait été point de ralliement lors de la guerre de Vendée. Son nom viendrait du mot chevreuil. Ses branches qui s'élèvent au-dessus du tronc séculaire étaient dépouillées de leurs rameaux, et les branches inférieures jeunes et verdoyantes. Quelques légendes l'entouraient de mystère.

Le « sentier du Refuge » est long de 3,5 kilomètres. De la « Pierre Blanche », l'allée "du gros bois" puis un sous bois agréable vous mènent au Refuge de Grasla.

La promenade se termine par l'allée du "demi-jour" allant du Chêne Chevreux à la Pierre Blanche. Elle est appelée ainsi en raison de la faible lumière traversant ses chênes denses. Cette futaie a été coupée en bois de construction pour la ville de Napoléon (La Roche-sur-Yon) en 1810.

Le retour se fait par la croix de Charette érigée par le Souvenir vendéen en 1973, les étangs puis le Chêne Chevreux et enfin, l'allée du "demi-jour" menant à la Pierre Blanche[4].

Le Refuge de GraslaModifier

Sa populationModifier

Chacun y avait transporté son ménage et ses provisions. Cabanes et huttes formaient une véritable ville champêtre: « Des branches appuyées sur les troncs des arbres, et supportées par de forts piquets, formaient la charpente de chaque habitation ; d'autres branches entrelacées et tapissées de mottes de gazon servaient de murs ; ces cabanes alignées sur plusieurs rangs, présentaient l'aspect de rues pavées d'une herbe courte et épaisse, Au-dessus, les grandes branches des chênes touffus s'élevaient en dôme et protégeaient la ville contre les ardeurs de l'été et les vents orageux... » [5]. On y vivait sous ces cabanes [6].

Les différents métiers y étaient exercés, par exemple par des forgerons, des armuriers et des charpentiers. Ceux-ci pouvaient travailler en sans inquiétude grâce aux guetteurs placés dans les arbres qui donnaient l’alerte dès que des soldats s’approchaient de la forêt. On y trouvait des boutiques et des marchands, des métiers, comme le maréchal-ferrant ou le forgeron. Un légende tenace affirme que le trésor de Charette serait caché aux environs[7]. 2 000 personnes - moins de 200 noms sont connus -, se seraient ainsi réfugiées de janvier à juillet 1794 afin d'échapper aux colonnes infernales créées par le général Turreau.

Chapelle et registres clandestinsModifier

On y trouvait une chapelle, et comme en de nombreux endroits de France, des prêtres réfractaires réfugiés là, y célébraient la messe et administraient les sacrements, tels les curés Payraudeau et Jagueneau [8] ou le chanoine Goillandeau[9], qui tenait un registre clandestin[10] et donnait l'extrême onction aux soldats de Charette mourants ou Marie la pupille du général au chirurgien Buet. Il indique pour l'ensemble de la paroisse des Brouzils, sur ce registre consultable aux Archives de la Vendée, les victimes républicaines et les décès, les mariages, des baptêmes, 162 personnes en tout, cinq naissances, vingt baptêmes, dix-huit décès, ou bien cent victimes, six enfants[11].

Un hôpital sylvestreModifier

Un hôpital de fortune, avec des ambulances et des matelas, des couvertures, organisé par le chirurgien Desormeaux accueillait les blessés qui revenaient de la guerre se faire soigner ou mourir[12].

Combats environnantsModifier

La forêt de Grasla, aux épaisses futaies, servit aussi de refuge aux soldats de Charette. « La forêt de Grala, les bois de Légé et les buissons du Grand-Luc furent principalement le théâtre de ses plus admirables évolutions. Elles déconcertèrent toujours les généraux républicains »[13].

Les soldats républicains firent souvent des incursions dans cette forêt mais sans trouver le refuge. Le 10-16 juillet 1794, le général Ferrand lance cependant une expédition avec 3 600 hommes vers le refuge de la forêt de Grasla ; il le trouve mais le refuge est abandonné. Il écrivit son histoire.

Association du Refuge de GraslaModifier

Le refuge de Grala devint tout d'abord un lieu de mémoire puis un centre touristique attractif. Le site visitable rappelle les évènements qui ont marqué l'histoire du bocage et celle de ses habitants pendant la guerre de Vendée. Depuis 1987, des bénévoles ont construit des loges de perches et de brandes, une forge, chapelle, charbonnière... afin d'évoquer la vie de Grasla telle que les documents permettent de la connaître.

  • Le 17 juin 1973, a été édifiée une croix commémorative rappelant les séjours de Charette et de ses fidèles dans le refuge. L'association a été créée en 1986, le site a été officiellement ouvert au public en 1989.
  • Des études historiques furent entreprises par l'Association du Refuge de Grasla qui assure l'animation du site, notamment par la publication d'un bulletin de 1988 à 2005 et par celle d'une courte étude le Refuge de Grasla : histoire d'un lieu et d'une population par l'abbé Georges de Guerry et Luc-André Biarnais.
  • Un Salon du livre vendéen y est organisé depuis 2006 et un concours de « Contes et Légendes » de Vendée a été créé en 2010. Le romancier Yves Viollier est le président du prix Charette remis lors de ce salon, jusqu'en 2012. Cette année là, il publie chez Robert Laffont, un roman Même les pierres ont résisté, consacré au Refuge de Grasla qui obtient le prix Charette 2013. Le prix Charette, décerné chaque année en juillet, a également couronné L'Arracheuse de dents (roman, 2016) publié par Franz-Olivier Giesbert.
  • Récemment, un spectacle, « Pierre, capitaine de paroisse », évoque cette vie dans les bois grâce au témoignage du général Ferrand, qui a découvert le site, vide, et en a dressé la description en 1794[14].

RéférencesModifier

  1. Georges Bordonove cité par JL Le Quellec, Le chouan dans le chêne et l'arbre sur la tombe [1]
  2. « Le mot loge, qui tire son origine du haut allemand lauba, laubja [...] désignait originellement une cabane de feuillage établie dans une forêt; c'est de ce mot que viennent logis et loger... On a donné le nom de loges aux abris-refuges établis dans la forêt de Grasla par les Vendéens insurgés en 1793. À noter que la forme pluriel "les Loges" désignait primitivement un groupe de cabanes, de "loges" ». Source : Archives-Vendée, Dictionnaire [2]
  3. [3]- Notes Historiques sur la paroisse de Chavagnes La Copechanière
  4. Le sentier en images
  5. Isidore Massé, dans Histoire des guerres de la Vendée: comprenant l'histoire de la Révolution...
  6. Médecine et médecins pendant la guerre de Vendée: 1793-1796 Gaston Blandin Éditions du Choletais, 1990 - page 132
  7. le trésor de Charette Avec cartes
  8. Ils furent massacrés ensuite au Poiré. Cf. Vie de M. Monnereau, curé des Brouzils et Le clergé vendéen, victime de la Révolution française: notices biographiques (1904) - Armand Baraud, page 331
  9. Notices sur les confesseurs de la foi dans le diocèse de Nantes, Volume 1 - Page 645 P. M. Briand - 1908 : M. Goillandeau (Pierre-Étienne), né à Vieillevigne, ordonné le 27 février 1779, vicaire, mort à Vieillevigne le 17 août 1822, à l'âge de 69 ans.
  10. conservé en Mairie des Brouzils et numérisé : Archives de la Vendée etLE REGISTRE GOILLANDEAU De 1794 à 1797
  11. La Vendée aux lèvres closes : Pierre Monnereau, le saint oublié, 1787-1856, Marguerite Vrignaud, Centre vendéen de recherches historiques, 1998, page 57 et 121
  12. La bataille de Savenay dans la Révolution, l'hôpital sylvestre et Annales de Bretagne et des pays de l'ouest, Anjou, Maine, Touraine, Volume 97 , Les Hôpitaux Forestiers, page 396. et Médecine et médecins pendant la guerre de Vendée: 1793-1796, Gaston Blandin, Éditions du Choletais, 1990 - 157 pages
  13. Deniau (?)
  14. http://www.refugedegrasla.fr

Liens externesModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • Bibliographie générale, Association Refuge de Grasla
  • La forêt de Grasla - Maurice de Gouttepagnon.-Éditeur impr. Lafolye, 1897
  • La Vendée: Poème en douze chants Par B. Moreau
  • Le registre paroissial de Grasla : martyrologe de la paroisse des Brouzils (1793-1794).- Amblard de Guerry de Beauregard. - Fontenay-le-Comte : Impr. Lussaud frères., 1944. -24 cm.. In : Revue du Bas-Poitou (tiré à part). - (Juillet 1944)
  • La reconstruction du refuge de Grasla : pages d'histoire [publié par l'] Association du refuge de Grasla. - Les Brouzils : Association du refuge de Grasla, [1991] 1991. - 23 p.
  • Refuge de Grasla : histoire d'un lieu et d'une population / Georges de Guerry, Luc-André Biarnais. - Les Brouzils : Association Le Refuge de Grasla, 2002.
  • Dabreteau Armand Le général Ferrand découvre le "Refuge de Grasla", 12 juillet 1794, 2005.
  • L'abbé Grégoire, Chateaubriand, Pierre Larousse, compagnies franches, combat du chêne, refuge de Grasla : journée historique de Legé, 30 juin 2007 / dir. abbé Alain Chantreau, Jean-Marc Gaillard
  • Le refuge de Grasla : 1794. - N°34 (juill. 2000) - . - Les Brouzils : Association du refuge de Grasla.
  • En mémoire des réfugiés de la Terreur dans la forêt vendéenne, L'association du Refuge de Grasla en Vendée, Marie-Odile Butel, 26 févr. 2010 (sur le net).
  • Viollier, Yves. Même les pierres ont résisté. Paris, Robert Laffont, 2012. 249 p.

VidéoModifier