Ouvrir le menu principal

Référendum de 2019 sur la création d'une région Sidama

Référendum de 2019 sur la création d'une région Sidama
20 novembre 2019
Création d'une région Sidama
Pour
0 %
Contre
0 %

Un référendum sur la création d'une région Sidama a lieu le 20 novembre 2019 dans la région des nations, nationalités et peuples du Sud (RNNPS), en Éthiopie. La population est amenée à se prononcer sur la création d'une nouvelle région à part entière à partir de la zone Sidama, l'une des quinze zones de la RNNPS. La création d'une telle région est une revendication de longue date du peuple Sidama[a].

ContexteModifier

HistoriqueModifier

 
Carte des régions éthiopiennes et des zones les composant. La région des nations, nationalités et peuples du Sud figure en violet clair, et la zone Sidama à l’extrêmité Est de celle ci.
Articles détaillés : Région d'Éthiopie et Zone d'Éthiopie.

Depuis l'entrée en vigueur de la constitution de 1994, l’Éthiopie est un état fédéral divisé en neuf régions - parfois appelées états - établies sur des bases ethniques, auxquelles s'ajoutent deux "villes régions" pour la capitale Addis-Abeba et la seconde plus grande ville du pays, Dire Dawa. Les régions sont à leurs tour divisées en 68 zones. Elles disposent de pouvoirs limités en matière d'éducation, de santé et d'organisation du territoire, peuvent lever des impôts locaux et se choisir une langue officielle[2]

Si la constitution utilise l’ethnicité comme base pour organiser la fédération, seuls cinq des neufs régions sont à nette prédominance mono-ethnique : l'Oromia, l'Afar, le Tigré, l'Amhara et la région Somali. Les quatre restantes sont quant à elles pluriethniques, dont la région des nations, nationalités et peuples du Sud (RNNPS)[3].

La zone Sidama est peuplée de 3 millions d'habitants sur le total national de 108 millions. Si les Sidamas représentent le cinquième groupe ethnique du pays, ils ne constituent au sein de la RNNPS qu'une majorité relative d'un peu moins de 20 %, les 14 millions d'habitants de cette région multi ethnique étant dispersée en plus d'une cinquantaine d'ethnies[4],[3]. La zone est cependant dotée de plusieurs atouts économiques qui lui confère un certain poids politique. Deux cafés de grande valeur, le Sidamo et le Yirgacheffe, y sont cultivés, et le parc industriel de sa capitale Hawassa dédié au textile et à l'habillement est considéré comme l'un des fleurons de l’Éthiopie moderne[5],[6].

Les Sidamas ont par le passé connu une existence administrative distincte à l'époque de l'Empire éthiopien, aboli en 1974 suite au renversement de l'empereur Hailé Selassié lors de la révolution de 1974, récupérée par le régime militaire marxiste du Derg. Les Sidamas connaissent un bref retour à l'autonomie à la chute du Derg avec la création en 1991 d'un état propre, mais celui çi n'est pas conservé par la constitution de 1994, qui l'incorpore à la RNNPS. Depuis, les Sidamas ont régulièrement réclamés le rétablissement de leur région, prenant pour exemple la région Harar, qui dispose de ce statut bien qu'elle ne soit peuplée que de deux cent mille habitants[3]. Cette demande est constitutionnellement rendu possible par l'article 47 du texte fédéral, qui donne à toute nation, nationalité ou peuple du pays le droit de former sa propre région, si les conseils locaux concernés en font la demande auprès du Conseil d'état. Ce dernier dispose alors d'un an pour fixer la date d'organisation d'un référendum, qui doit être approuvé à la majorité absolue par la population concernée[3],[7]. L’Éthiopie est cependant un état autoritaire dirigé depuis des décennies par la même coalition, le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (FDRPE), qui maintient à l'ordre toute velléité d'autonomie[8].

Détente politique et montée des tensionsModifier

 
Le premier ministre Abiy Ahmed, à l'origine d'une libéralisation politique du pays.

La situation change début 2018 lorsque le pays est agité par des troubles socio-politique qui conduisent en avril au report des élections municipales et à la démission du Premier Ministre Hailemariam Desalegn[9]. Le FDRPE nomme alors Abiy Ahmed au poste de Premier ministre d'Éthiopie. Celui-ci se lance très vite dans un vaste programme de réformes, dont la libération de dissidents, une ouverture de l’espace démocratique ainsi que le retour à la paix avec l’Érythrée voisine, ce qui lui vaut une importante popularité et l'obtention le 11 octobre 2019 du Prix Nobel de la paix[10],[11],[12]. La libéralisation politique impulsée par Abiy Ahmed pousse les partisans de la régionalisation à mettre en avant leurs revendications. Menés par le principal parti de leurs ethnie, le Mouvement de libération sidama (MLS), ils déposent officiellement une demande de formation d'une région autonome le 18 juillet 2018[13],[14].

Les autorités choisissent initialement d'ignorer la requête, n'y donnant pas suite ni ne l'infirmant. Le gouvernement craint notamment que l'octroi de cette autonomie ne suscite des demandes similaires chez les nombreuses autres ethnies du pays, fragilisant le pays[13]. Au moins huit autres groupes ethniques chercheraient ainsi à emboiter le pas aux Sidama[2]. Devant la silence des autorités, le MLS menace de proclamer unilatéralement l'autonomie, jugeant que l'absence de mise en place du référendum vaut acte de validation par le gouvernement. La constitution, rédigée de manière peu précise, peut en effet faire l'objet d'une interprétation très large de son article 47[3]. Début juillet 2019, des réunions de responsables politiques sidamas sont empêchées par les autorités, suscitant des manifestations au cours desquelles des manifestants en colère affrontent les forces de l'ordre et bloquent les principaux accès de la capitale zonale, Hawassa[14]. Les violences qui s'ensuivent s'étendent aux villes avoisinantes, dont notamment Woreta Rassa et Yirgalem[15]. Ces violences interviennent dans le contexte national d'une spirale de violences intercommunautaires[16] : de nombreux conflits larvés entre ethnies éclatent fin 2018 suite à la levée soudaine du carcan de l'état policier, conduisant à des massacres interethniques. L’Éthiopie compte alors 3 millions de déplacés internes[17],[18].

DénouementModifier

 
Drapeau Sidama

Devant la montée des tensions à l'approche de la date limite, qui voit la mort de quatre manifestants à la suite de tirs à balles réelles de la part de soldats, le gouvernement finit par céder. Le Conseil électoral national proclame le jour même l'organisation du référendum d'autonomie dans les cinq prochains mois, la date exacte devant être annoncée dans de brefs délais[19]. Le gouvernement soutenait alors n'avoir reçu la demande qu'en novembre 2018. Malgré le décalage de date, auparavant jugé inacceptable par le MLS, son porte parole, Desalegne Mesa, déclare accepter le nouveau calendrier pour mettre un terme aux violences. Le bilan les jours suivants s'établit à dix-huit morts, les affrontements se poursuivant malgré tout pendant plusieurs jours avant le retour au calme[19],[15]. Le dénouement de la crise aurait fait l'objet de négociations de dernières minutes entre les différents acteurs politiques[6],[13],[14]

Dans les semaines qui suivent, Abiy Ahmed semble temporiser, évoquant dans un discours au parlement la complexité de la question, qui pourrait éventuellement nécessiter un amendement constitutionnel, le nombre et le nom des neuf régions étant explicitement mentionnés dans la constitution. Hors, un tel amendement nécessiterait un vote favorable à la majorité des deux tiers par les membres des deux chambres du parlement fédéral réunies en congrès, suivi du vote favorable d'au moins deux tiers des neuf conseils régionaux[7]. Bien qu'en partie fondé, l'argument est considéré par les observateurs comme une manière détournée pour le premier ministre de s'extraire d'une situation délicate. L'article 47 disposant qu'un nouvel État approuvé par référendum n'a pas besoin de demander son adhésion, la situation mène à des interprétations divergentes. Pour autant, le gouvernement fédéral, celui de la zone Sidama ainsi que celui de la RNNPS choississent comme en juillet de s'orienter vers une solution négociée[3]. Le 29 août, le conseil électoral annonce la tenue du référendum pour le 13 novembre 2019[6]. Le 15 octobre, le scrutin est cependant repoussé d'une semaine par décision de la commission électorale afin de bénéficier de plus de temps pour les préparatifs. Plus de 8 500 assesseurs répartis dans près de 1 700 bureaux de vote sont ainsi déployés pour le scrutin[2].

Les heurts interethniques dans le reste du pays continuent par ailleurs de manière sporadique, notamment au sein de la région Oromia où 86 personnes trouvent la mort début novembre suite à des appels à manifester de la part du nationaliste Oromo Jawar Mohammed qui accuse le Premier Ministre de planifier son assassinat après le retrait de ses gardes du corps[20].

RésultatsModifier

Résultats
Choix Votes %
Pour
Contre
Votes valides
Votes blancs et invalides
Total ' 100
Abstention
Inscrits/Participation

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Le gentilé varie selon les sources. On observe ainsi plusieurs variantes : Sidama, Sidamas, Sadama, Sadaminya, Sidaminya, Sidamo, Sidamos[1].

RéférencesModifier

  1. Sidamo (peuple d'Afrique)
  2. a b et c AfricaNews, « Ethiopia: Sidama's self-determination referendum set for Nov. 20 », sur Africanews (consulté le 18 octobre 2019)
  3. a b c d e et f Éthiopie : pourquoi la demande de sécession de Sidamo doit-elle être négociée ?
  4. « Country Level », sur 2007 Population and Housing Census of Ethiopia, CSA, (consulté le 18 janvier 2013)« Country Level »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?),
  5. Ethiopie: Les exportations des usines de textile du parc industriel d'Awassa rapportent 1,5 million de dollars en un mois
  6. a b et c Éthiopie: vers un référendum pour la création d’un État Sidama
  7. a et b Constitution
  8. Les six clés du développement éthiopien
  9. Ethiopia postpones local elections due to security challenges
  10. Éthiopie : Sahle-Work Zewde, première femme présidente du pays
  11. Pour la première fois, l’Éthiopie a une femme présidente
  12. « Le prix Nobel de la paix attribué à Abiy Ahmed, Premier ministre éthiopien » (consulté le 18 octobre 2019)
  13. a b et c En Éthiopie, un possible référendum d'autonomie pour le peuple Sidama
  14. a b et c Ethiopie : Les Sidamas obtiennent leur référendum d’autodétermination
  15. a et b Éthiopie: 18 morts dans des heurts entre soldats et manifestants sidama
  16. Éthiopie: plusieurs dizaines de morts dans des affrontements ethniques
  17. Éthiopie : l'abiymania ne fait plus rêver
  18. En Ethiopie, le regain de violences signe la fin de l’état de grâce pour Abiy Ahmed
  19. a et b Ethiopie: 18 morts dans les manifestations pour la création d'une nouvelle région
  20. « In Ethiopia, a growing clamour for ethnic autonomy », sur The New Humanitarian (consulté le 9 novembre 2019)