Front de libération du peuple du Tigré

Front de libération du peuple du Tigré
(ti) ህዝባዊ ወያነ ሓርነት ትግራይ
Image illustrative de l’article Front de libération du peuple du Tigré
Logotype officiel.
Présentation
Président Debretsion Gebremichael
Fondation
Siège Meqelé
Tigré, Éthiopie
Vice-président Fetlework Gebregziabher
Positionnement Gauche
Idéologie Socialisme démocratique
Social-démocratie
Autodétermination du peuple tegré
Couleurs Rouge et jaune
Site web http://www.eprdf.org.et
Représentation
Conseillers
35 / 547

Le Front de libération du peuple du Tigré (FLPT), en tigrinya : ህዝባዊ ወያነ ሓርነት ትግራይ, hizbāwī weyānē ḥārinet tigrāy, est un parti politique et groupe armé éthiopien social démocrate de gauche fondé sous le nom de Organisation nationale du Tigré (ONT) en 1970. Il est également nommé Hewehat, l'acronyme du nom officiel : ህወሓት.
Le terme de Weyane (tigrinya : ወያነ) ou Weyané (amharique : ወያኔ) désigne aussi bien les combattants du front que le parti dans son ensemble. Le mot peut avoir une connotation aussi bien positive que péjorative.

Il est dirigé par Meles Zenawi de 1989 à sa mort en 2012.

Lors des élections législatives de 2005, le FLPT était la principale composante du Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien qui obtint 327 sièges sur 527[1]. La même année, lors des élections régionales, le parti aurait remporté l'ensemble des sièges dans la région du Tigré[2].

HistoireModifier

Au début des années 1970 un groupe de révolutionnaires du Tigré forme l'Organisation nationale du Tigré (ONT). Celle-ci organise des cellules clandestines et mène des opérations de propagande auprès du peuple. Lors du soulèvement populaire de 1974, l'organisation nationale du Tigré joua un rôle important en parvenant à mobiliser les peuples du Tigré. Après la prise du pouvoir par la junte militaire Derg, l'ONT déclara que la lutte armée était indispensable pour défaire le nouveau régime.

En , l'ONT devient le Front de libération des peuples du Tigré (FLPT) après diverses tractations politiques et militaires[3]. Au côté de partis comme le Front populaire de libération de l'Érythrée et d'autres partis démocratiques, le FLPT s'est battu contre le régime autoritaire Derg de Mengistu Haile Mariam et contrôlait certaines régions, notamment les anciennes provinces de Wollo et Gondar[4].

En 1983, les cadres dirigeants du parti fondent la Ligue marxiste-léniniste du Tigré en ajoutant ensuite à leur nom le terme Woyane pour faire référence à la rébellion Woyane, une révolte qui a émergé dans le Tigré et fut écrasée en 1943[5].

À l'époque, le parti est dirigé par un comité central et un bureau politique. Il est divisé en quatre groupes régionaux, trois étant au Tigré et étant supervisés par un quatrième groupe chargé en outre de coordonner les activités du parti à l'étranger, notamment au Soudan, au Moyen-Orient, en Europe et en Amérique du Nord[6].

En 1991, compte tenu de l'effondrement progressif des régimes communistes dans le monde, le FLPT abandonne toute référence au marxisme-léninisme. La ligue marxiste-léniniste est alors dissoute alors que le FLPT soutient le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien qui prend le pouvoir après la chute du régime Derg en 1991 jusqu'en 2018.

Conflit de novembre 2020Modifier

Le FLPT, dans l’opposition depuis 2018, est devenu séparatiste depuis que les élections nationales qui devaient se tenir en août 2020 ont été reportées. Il accuse Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed — un oromo, ethnie la plus importante en Éthiopie — d’avoir progressivement marginalisé la minorité tigréenne (6 % de la population) au sein de la coalition au pouvoir, que le parti a depuis quittée, se positionnant de facto dans l’opposition.

Le FLPT lance une attaque contre des bases des Forces de défense nationale éthiopiennes à Mekele, la capitale du Tigré, et à Dansha, une ville de l’ouest de la région, le .

La région totalise plus de la moitié de l’ensemble du personnel des forces armées et des divisions mécanisées du pays dans le Commandement du nord, selon un rapport du centre de réflexion International Crisis Group publié fin octobre 2020. Selon ICG, les autorités du Tigré peuvent compter sur « une importante force paramilitaire et une milice bien entraînée », dont les effectifs combinés sont estimés à 250 000 hommes et « semblent bénéficier d’un soutien significatif des six millions de Tigréens »[7].

Le Premier ministre éthiopien, Abiy Ahmed, dans une intervention télévisée, a déclaré que l'attaque avait été repoussée par des forces de sécurité de la région d’Amhara, qui bordent le sud du Tigré. Elle a fait « de nombreux morts, des blessés et des dégâts matériels ».

Le bureau du Premier ministre a accusé dans un communiqué le TPLF d’avoir habillé ses soldats avec des uniformes semblables à ceux portés par l’armée érythréenne afin « d’impliquer le gouvernement érythréen dans les fausses revendications d’agression contre le peuple du Tigré »[8].

Le , l'état d'urgence est déclaré pour six mois par le gouvernement éthiopien qui a lancé la veille une opération militaire avec de l'artillerie contre le FLPT[9].

Le même jour, le président de Front de libération du peuple du Tigré Debretsion Gebremichael a confirmé que les forces tigréennes contrôlaient le quartier général du commandement nord de l'armée éthiopienne et avaient saisi la plupart de ses armes[10]. Debretsion Gebremichael a également déclaré que le Commandement du Nord lui-même avait fait défection et rejoint le soulèvement, et que l'armée de l'air éthiopienne bombardait des zones proches de Mekele, la capitale du Tigré[11].

PersonnalitésModifier

Parmi les membres anciens ou actuels du parti, on peut citer Meles Zenawi (chef du parti jusqu'à son décès en 2012), Tedros Adhanom Ghebreyesus, Seyoum Mesfin, Sebhat Nega, Arkebe Equbay, Tesfaye Hayara, Aregawi Berhe, Abay Tsehaye, Tsegay Berhe, Siye Abraha, Sara Abraham, Tadesse Gebregzabier, Haftom Abraha, Gebrezgi Alemayahu (décédé) et Weyen (décédé). Plusieurs de ses membres ont fait partie du gouvernement, par exemple Fetlework Gebre-Egziabher qui a été la ministre du Commerce et de l'Industrie dans le gouvernement d'Abiy Ahmed de 2018 à 2020.

NotesModifier

  1. Site du Conseil des représentants des peuples
  2. Données sur les élections africaines
  3. Torstensson, Gösta. Befrielsekampen i Tigray. Stockholm: Kommunistiska Arbetarförlaget, 1986. p. 4-5.
  4. Torstensson, Gösta. Befrielsekampen i Tigray. Stockholm: Kommunistiska Arbetarförlaget, 1986. p. 8.
  5. Bahru Zewde, A History of Modern Ethiopia, second edition (Oxford: James Currey, 2001), p. 215, 259.
  6. Torstensson, Gösta. Befrielsekampen i Tigray. Stockholm : Kommunistiska Arbetarförlaget, 1986. p. 14.
  7. Le Monde avec AFP, « L’Ethiopie tente de rassurer après le lancement d’opérations militaires contre la région dissidente du Tigré », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 7 novembre 2020).
  8. Le Monde avec AFP, « Ethiopie : le premier ministre annonce une riposte après l’attaque d’un camp militaire dans le Tigré », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le 7 novembre 2020).
  9. Christelle Gérand, « L’Éthiopie fait un pas de plus vers la guerre civile », Le Figaro,‎ (lire en ligne, consulté le 7 novembre 2020).
  10. (en) « Tigray crisis : Ethiopia's Abiy Ahmed vows to continue military offensive », sur yahoo.com, Yahoo News, (consulté le 8 novembre 2020).
  11. « Ethiopia says forced into 'aimless war' as bombings alleged », sur apnews.com, Associated Press, (consulté le 7 novembre 2020).

BibliographieModifier

  • Kahsay Berhe, Ethopia: Democratization and Unity: The Role of the Tigray's People Liberation Front, Münster, 2005 (ISBN 3-86582-137-5)
  • Jenny Hammond, Fire From the Ashes: A Chronicle of the Revolution in Tigray, Ethiopia, 1975-1991, Lawrenceville, 1999 (ISBN 1-56902-087-6)
  • John Young, Peasant Revolution in Ethiopia: the Tigray People's Liberation Front, Cambridge, 1997 (ISBN 0-521-59198-8)
  • Aregawi Berhe, A Political History of the Tigray People's Liberation Front (1975-1991) - Revolt, Ideology, and Mobilisation in Ethiopia, Tsehai Publishers, , (ISBN 978-1599070414)