Ouvrir le menu principal
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Quille.
Quille longue

La quille désigne la partie la plus basse d'un bateau. Cependant, ce mot a différentes significations suivant le type de bateau considéré :

  • Au sens général, la quille désigne la partie axiale inférieure de la coque, au sens géométrique ; on parle aussi de ligne de quille si cette définition ne correspond à aucune pièce de charpente.
  • Dans la marine à voile, la quille est la pièce de charpente de base à partir de laquelle la coque est construite.
  • Sur les coques métalliques actuelles, la quille peut être verticale (« quille massive ») soit horizontale (« quille plate »), auquel cas elle est raidie par une pièce verticale, la carlingue.
  • Sur un voilier moderne, on appelle aileron de quille l'appendice vertical fixe placé sous la coque afin de placer le lest et de servir de plan antidérive. Lorsque cet appendice est amovible et dépourvu de lest, il est appelé dérive.

OrigineModifier

Dans les navires en bois, la quille est la pièce maîtresse de la charpente, supportant d'une part les couples de la membrure verticale, ces derniers recevant le bordage (externe) et le vaigrage (interne) du navire, d'autre part les pieds de mâts et des principales pièces destinées à supporter le gréement fixé sur le pont. La quille est prolongée à l'avant par l'étrave et à l'arrière par l'étambot.

L'invention de la quille est très ancienne, les navires égyptiens du temps des pharaons en comprenaient déjà une, et a permis une augmentation notable de la taille des navires.

Le terme est souvent utilisé aujourd'hui à tort pour désigner ce qui est en général soit une dérive, soit un lest, soit les deux à la fois. Dans les navires modernes, lorsqu'ils possèdent une quille, celle-ci n'est généralement pas visible, mais dissimulée par la coque et en assure la tenue mécanique.

Le mot est issu du norrois kjölr (pluriel kilir) via le normand quille attesté au XIVe siècle dans Le Compte du clos des galées de Rouen[1],[2]. La plupart des termes de marine anciens sont issus également du norrois, par l'intermédiaire du normand. Sur le Clos des galées de Rouen ou la tradition méditerranéenne (à carvel, de type membrure première) coexiste avec la tradition normande (à clins, de type bordé premier), le terme carennne est aussi présent, de même signification, mais de provenance méditerranéenne[3].

 
L'arsenal de Toulon vers 1670. Une quille d'assemblage à trait de Jupiter sur ses tins, prolongée à la proue par le brion ou ringeot, mise en place de la poupe (étambot et arcasse) au moyen d'une chèvre à haubans (bigues et apparaux). L'étrave gît à proximité de la proue.

Les quilles – longs éléments quasi-rectilignes sur lequel vient se raccrocher la membrure – sont d'assemblage, c'est-à-dire constitués d'élément plus petits assemblés en bout (au XVIIIe siècle, pour un vaisseau de première classe, les pièces de la quille pouvaient toutefois pouvaient atteindre entre 30 et 40 pieds (entre 9,75 et 13 m) de longueur, et leur équarrissage 20 pouces (54,2 cm) sur 18 pouces (48,8 cm)[4]). Les quilles des navires romains qui ont été retrouvées étaient d'assemblage à mi-bois « à trait de Jupiter »; certains assemblages ne pouvaient se passer de boulonnage pour tenir, mais certains assemblages, atteignant des sommets de complexité spectaculaires, pouvaient s'en passer. L'assemblage trouvé sur une épave du Port de Monaco présente pas moins de trente plans de frottement communs aux deux pièces d'assemblage. Dans ces assemblages, les pièces se trouvaient emboîtées et bloquées l'une dans l'autre par une clef ; elle-même bloquée par une cheville[5]. Dans la marine en bois à partir du XVIIe siècle les assemblages de quille, appelés « écart de quille » étaient plus souvent de simples assemblages en sifflet boulonnés. L’écart du brion le lieu de la jonction du brion avec l'étrave était lui plus soigné.

Aileron de quille ou quilleModifier

La quille d'un bateau désigne la partie la plus basse du navire dit quillard. Elle permet de maintenir ce dernier en équilibre et sert également de plan anti-dérive. L'équilibre du navire est conditionné par les positions relatives de son centre de gravité et de son métacentre.

Les multicoques ne possèdent pas de quille lestée, trimaran, catamaran, prao. Ces navires se servent de leur largeur pour se maintenir en équilibre. Par contre ils ont soit des dérives, soit de petits ailerons pour leur permettre de remonter au près.

Il est possible de rajouter un lest afin d'alourdir le bas de la quille et de descendre ainsi le centre de gravité général afin de gagner en stabilité.

Quille pendulaireModifier

Avec l'édition 2016 du Vendée Globe, les performances de monocoques de 60 pieds sont redevenues d'actualité. Vitesse et stabilité en sont deux éléments clés, bien que souvent antinomiques[6]. Un appendice qui réalise ce compromis est la quille pendulaire.

La quille pendulaire est un plan antidérive, disposé sous la coque du bateau et lesté à son extrémité, qui oscille tel un pendule[7],[8]. Grâce à la masse des voile et bulbe de quille, la quille participe à l'équilibre latéral du bateau[7].

Pour pouvoir participer au Vendée Globe, les voiliers de 60 pieds doivent satisfaire un ensemble de règles fixées par la jauge IMOCA60[9]. En ce qui concerne la quille, la jauge IMOCA60 impose, entre autres, qu'elle soit pendulaire et que l'angle de stabilité critique (AVS pour Angle of Vanishing Stability[10] en anglais), qui est l'angle à partir duquel le bateau chavire, soit supérieur à 127,5°[9], qui serait l'angle maximal obtenu avec une quille fixe. De plus, les performances souhaitées de la quille doivent être atteintes tout en assurant un angle de basculement de la quille inférieur à 38°[9].

Par rapport à une quille fixe, la quille pendulaire repousse les limites de chavirage, en augmentant l'AVS[9], et rend le bateau plus raide.

Notes et référencesModifier

  1. Site du CNRTL : étymologie de "quille"
  2. Elisabeth Ridel, les Vikings et les mots : L'apport de l'ancien scandinave à la langue française, éditions Errance, Paris, 2009, p. 208.
  3. Éric Rieth. The galley shipyard in Rouen. Mediterranean shipbuilders in Normandy (XIIIth-XVth centuries). In: Transferts technologiques en architecture navale méditerranéenne de l'Antiquité aux temps modernes: identité technique et identité culturelle. Actes de la Table Ronde d'Istanbul 19-22 mai 2007. Istanbul : Institut Français d'Études Anatoliennes-Georges Dumézil, 2010. pp. 155-160. (Varia Anatolica, 20). Lire en ligne.
  4. Henri Louis Duhamel du Monceau, De l'exploitation des bois : seconde partie, Paris, L.H. Guérin, 1764, 706 p. Lire en ligne
  5. Dubois Christian. Remarques sur les quilles des navires romains. In: Revue archéologique de Narbonnaise, tome 9, 1976. p. 155-175. Lire en ligne
  6. « Jean SANS : Stabilité d'un navire », sur sans.jean.free.fr, (consulté en novembre 2017)
  7. a et b Collectif Les Glénans : Le cours des Glénans, Éditions du Seuil, (ISBN 2020414627), p. 145 (Chapitre 4 - Les forces en présence)
  8. « Michel Desjoyaux, concepteur de la quille pendulaire. | All Boats Avenue », All Boats Avenue,‎ (lire en ligne, consulté le 19 novembre 2017)
  9. a b c et d « IMOCA 60' : Règles de Classe IMOCA 2017 », sur www.imoca.org (consulté le 19 novembre 2017)
  10. (en) « Angle of Vanishing Stability », sur sailskills.co.uk (consulté le 19 novembre 2017)

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Dominique Paulet et Dominique Presles, Architecture navale, connaissance et pratique [détail des éditions]
  • Dictionnaire Gruss de Marine, Éditions Maritimes et d'Outre-Mer
  • Michel Vergé-Franceschi (dir.), Dictionnaire d’Histoire maritime, Paris, éditions Robert Laffont, coll. « Bouquins », , 1508 p. (ISBN 2-221-08751-8 et 2-221-09744-0)
  • Jean Merrien, Dictionnaire de la mer : le langage des marins, la pratique de la voile, R. Laffont, , XIV-647 p.
    Réédité en 2001 puis en 2014 sous le titre Dictionnaire de la mer : savoir-faire, traditions, vocabulaires-techniques, Omnibus, XXIV-861 p., (ISBN 978-2-258-11327-5)

Articles connexesModifier