Palissade de saules

ancienne fortification chinoise

La palissade de saules ou palissade des saules, en chinois 柳條邊, retranscrit en translitération pinyin Liǔtiáo Biān ou liutiaobian, et en mandchou ᠪᡳᡵᡝᡤᡝᠨ ᠵᠠᠰᡝ, est un ancien système de fortifications situé en Mandchourie.

Carte francophone ancienne du nord-est de la Chine.
La palissade de saules, ici nommée « Barrière de pieux », sur une carte française de la Chine datée de 1737.

Édifié sous la dynastie Qing à la fin du XVIIe siècle, ce système comprenait un ensemble de fossés et de remblais plantés de saules, d'où son nom.

La fonction de la barrière était de limiter les déplacements internes à la Mandchourie, et de séparer physiquement les Mongols des Mandchous.

HistoriqueModifier

ContexteModifier

Au sud-est de la palissade de saules, un front pionnier paysan est progressivement mis en place sous la dynastie Ming, du XIVe siècle au XVIIe siècle[1].

À cette époque déjà, une première ébauche de muraille est construite[2].

But initialModifier

Jusqu'en 1878, la palissade de saules délimite l'espace interdit à l’immigration chinoise au nord de Shenyang[1]. En effet, la dynastie Qing est d'origine mandchoue et veille jalousement à ce que son peuple d'origine ne soit pas lésé par l'immigration chinoise[3],[4].

La palissadeModifier

ConstructionModifier

De 1638 à 1681, une première étape de la palissade, longue de huit cents kilomètres, est construite dans le prolongement de la Grande Muraille ; elle est nommée Laobian, ou « vieille frontière ». Par la suite, une extension de deux cent quarante kilomètres est réalisée, et nommée Xinbian, soit « nouvelle frontière »[2],[5].

EfficacitéModifier

Très rapidement, la palissade s'avère insuffisante pour juguler les passages ; dans sa partie septentrionale, la palissade est franchie dès la fin du XVIIIe siècle. Au XIXe, elle a perdu à peu près toute utilité[3].

Revendications territoriales ultérieuresModifier

Le , la Chine fait une réclamation au gouvernement de l'URSS. En effet, dans le cadre du conflit frontalier de 1969, ce dernier s'appuie sur la construction au XVIIe siècle de la palissade pour affirmer que les territoires situés au nord-ouest de cette structure, et notamment le Heilongjiang, ne serait « pas chinois »[6].

DescriptionModifier

ParcoursModifier

 
La palissade de saules, ici nommée Palisade Barrier sur une carte anglophone de 1883, représentée sous la forme d'une ligne crénelée dirigée du sud-ouest au nord-est.

La muraille commençait à l'est du Hebei, près de Shanhaiguan, sur la rive sud-ouest de la baie de Liaodong. Elle s'appuyait par endroits sur s'anciennes parties de la Grande Muraille tombées en ruines. Au nord-est, la première mouture de la palissade atteint Weiyuanbao, au nord-est de Shenyang ; au sud-est elle se prolonge jusqu'à Xinbin, et au sud-ouest jusqu'à Fengcheng[2].

L'extension du Xinbian permet à la palissade d'atteindre au nord-est Fate (en), près de la rivière Songhua au nord de Jilin[2].

CompositionModifier

La structure de la barrière était assez sommaire. Elle comprenait un remblai d'environ quarante pouces, soit un mètre, en hauteur comme en largeur, précédée au nord-est par un fossé équivalent. Le long du sommet du talus, des branches de saule étaient plantées à raison de trois plants par mètre, en trois rangées parallèles. Au fur et à mesure que les branches devenaient des arbres et propageaient leurs propres branches aux arbres adjacents, une épaisse barrière de saules émergeait[2].

Néanmoins, la palissade de saules était plus une barrière symbolique que physique. La plus grande partie de la palissade a totalement disparu, à l'exception de quelques monticules préservés[2].

Notes et référencesModifier

  1. a et b Michel Bruneau, « Les logiques chinoise et vietnamienne d’expansion et d’intégration territoriales : une relation fractale ? », Cahiers d'Outre-Mer, Presses universitaires de Bordeaux, nos 253-254,‎ , §20 (ISSN 0373-5834, DOI 10.4000/com.6250, lire en ligne).
  2. a b c d e et f (en) Kenneth Pletcher, « Willow Palisade », Encyclopædia Britannica, (consulté le ).
  3. a et b Michel Bruneau, « Les frontières du nord de la Chine des Qing et du Japon des Tokugawa : Richard Louis Edmonds, Northern Frontiers of Qing China and Tokugawa Japan. A Comparative Study of Frontier Policy », Annales de géographie, vol. 96, no 537,‎ , p. 643 (ISSN 0003-4010, DOI 10.4000/com.6250, lire en ligne).
  4. Michel Bruneau, Peuples-monde de la longue durée : Chinois, Indiens, Iraniens, Grecs, Juifs, Arméniens, Lyon, CNRS Éditions, , 284 p. (ISBN 9782271140081).
  5. (en) « Great Wall in Qing Dynasty », Travel China Guide, (consulté le ).
  6. « Gouvernement de la République populaire de Chine : En réfutation de la déclaration du gouvernement soviétique du 13 juin 1969 », Matérialisme dialectique, (consulté le ).

Voir aussiModifier

BibliographieModifier