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Nager avec les piranhas
Carnet guyanais
Auteur Michel Onfray
Pays Drapeau de la France France
Genre Essai
Éditeur NRF
Lieu de parution Paris
Date de parution
Type de média Livre papier
Nombre de pages 79
ISBN 978-2-07-272310-0

Nager avec les piranhas est un essai de Michel Onfray, paru en novembre 2017 à la La Nouvelle Revue française (Gallimard). Il est sous-titré « Carnet guyanais ».

Le contenu de l'ouvrage est précédé d'une citation de Friedrich Nietzsche : « Nous sommes d'un temps dont la civilisation est en danger de périr par ses moyens de civilisation » (Humain, trop humain, I, § 520).

RésuméModifier

L'ouvrage est divisé en deux parties.

« Sur le Maroni »Modifier

Michel Onfray évoque ses souvenirs de son séjour en 2015 à Cayenne, à Kourou, à Maripasoula et surtout à Taluhwen (Taluhen), parmi les Wayanas, qui habitent le long du fleuve Maroni. Dans son voyage, il était accompagné du photographe Miquel Dewever-Plana. Selon lui, la population améridienne est menacée de destruction par la pénétration des « instruments de la modernité occidentale » : l'électricité, l'internet, l'école publique, la télévision, le téléphone portable.

Il déclare que l'État français impose aux populations locales une « loi jacobine », centralisatrice et inadaptée aux spécificités locales. Ainsi, les habitants de ces « peuples premiers » sont devenus, inéluctablement, des « peuples derniers » qui, menacés par la civilisation occidentale, vivent une déchirure psychique, une véritable schizophrénie sociale.

Il développe ses idées concernant le suicide des jeunes Améridiens, le fleuve pollué par le mercure, l'orpaillage illégal et destructeur, l'alcoolisme, l'enseignement public inadéquat, la disparition du chamanisme, la baisse de la pratique du Maraké, etc.

Quel est l'avenir des jeunes Amérindiens ? Il prend l'exemple de Derrick, qui a le choix de quitter le village et se priver des solidarités familiales et claniques, ou bien d'y rester, sans travail, en ayant oublié sa culture ancestrale et en proie au désœuvrement.

Il déclare notamment :

«  (…) Dans sa bêtise, la France hexagonale, via son ministère de la Culture, a proposé d'inscrire le Maraké au patrimoine mondial immatériel de l'Unesco, comme le repas français ou les paysages de Champagne. Outre que l'inscription au patrimoine, tout comme la muséification dans la rubrique des arts premiers, est un enterrement ontologique de première classe et que l'État voudrait sauver d'une main ce qu'il tue depuis des années avec détermination de l’autre, il y a eu rivalité de sottise sur ce sujet car le désir d'inscription était pitoyable, tout autant que le refus d'inscription, sous prétexte que l'Unesco ne pouvait classer une pratique barbare selon les critères des blessures volontaires infligées avec intention de la donner. L'État français n'a rien compris, pas plus que les fonctionnaires internationaux de l'Unesco. (…)  »

« Philaminte & Bélise sont en pirogue »Modifier

Philaminte et Bélise sont deux personnages ridicules de la comédie de Molière Les Femmes savantes.

Michel Onfray critique le rapport rédigé par la sénatrice écologiste Aline Archimbaud et la députée socialiste Marie-Anne Chapdelaine en 2015[1], concernant la prévention des suicides des jeunes Amérindiens en Guyane. Les jeunes Amérindiens se suicident en effet entre dix et vingt fois plus que les jeunes de Métropole.

Onfray compare les deux parlementaires françaises à des « Femmes savantes » qui, après avoir passé six mois sur le terrain pour rédiger leur rapport et formuler 37 propositions, n'ont en fait rien compris aux spécificités guyanaises. Au surplus, leurs propositions auraient pour effet d'aggraver les aspects négatifs qu'elles ont constatés. Le suicide des jeunes Amérindiens est le résultat, selon Onfray, d'une schizophrénie sociale résultant de l'imposition par l'État français d'un modèle de civilisation et d'une culture qui ne sont pas ceux des Améridiens. Au lieu de protéger leur culture, on fait tout pour accélérer leur acculturation et renforcer les effets destructeurs de l'internet, de la télévision, etc. « De la même manière que jadis, chez Lénine, le bonheur des peuples européens passait par le soviet + l'électricité, celui des Amazoniens passe désormais par la préfecture + l'Internet ».

Il critique les bonnes intentions affichées par les deux parlementaires ainsi que leurs propositions inutiles :

  • mettre en place un Observatoire régional du suicide (proposition no 1 du rapport) ;
  • multiplier les cellules d'urgences médico-psychologiques (propositions no 1 et no 2) ;
  • activer le Comité français d'éducation pour la santé et la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et conduites addictives (proposition no 4 - page 79 du rapport) ;
  • renforcer la Cellule régionale pour le mieux être des populations de l’intérieur, dite « CerMePI » (proposition no 5) ;
  • développer l'écotourisme (proposition no 14), « autrement dit (selon Onfray), faire venir en masse des bobos européens qui soutiendront l’artisanat local en achetant des souvenirs écotouristiques » ;
  • augmenter les pouvoirs du Comité consultatif des peuples amérindiens et bushinengués de Guyane, dit « CCPAB », en le renommant « Grand Conseil coutumier » (proposition no 15).

Il déclare que, « pour lutter contre le suicide des jeunes, le rapport conclut qu'il faut leur donner des raisons supplémentaires de se suicider ».

Il reproche aux parlementaires de ne faire aucune proposition concrète pour lutter contre l'orpaillage et la pollution du fleuve (« Que l'idée n'en soit pas venue à l'élue écologiste ne m'étonne pas. (…) La police et la gendarmerie françaises du gouvernement qui se goberge de la COP 21 disposent là d'une possibilité concrète d'agir pour la planète en même temps que pour ces peuples »).

Il souligne que les parlementaires ne se contentent que d' « encourager la diversification alimentaire, pour réduire la contamination mercurielle et remédier à l’appauvrissement des ressources de gibier », sans proposer de revaloriser les modes de vie locaux fondés sur la pêche et la chasse (proposition no 26 du rapport).

Il remarque que les parlementaires demandent en réalité à TF1, à France Televisions et à SFR « d'apporter des solutions alors que ces pieuvres sont une grande partie du problème ».

S'agissant de l'éducation, il expose :

«  (…) Que proposent les femmes savantes ? Non pas de renoncer à l'État jacobin et à sa mythologie qui n'ont aucun sens sous le ciel amazonien ; ni non plus d'enseigner autre chose ou autrement. Pas question (...) de s'adresser à des élèves concrets. À Paris, capitale mondaine et arbitre des élégances, la règle le dit : à Montcuq comme à Taluhen, on compose avec des élèves tels qu'ils doivent être, et non tels qu'ils sont. (…) Peu importe qu'on leur inculque des choses inutiles et qu'on ne leur transmette pratiquement jamais les savoirs utiles - ce qui les désoriente tous et en tue certains. (…)  »

Il conclut son propos sur ce sujet par les phrases suivantes :

«  (…) Des comités, des observatoires, des algorithmes, des conseils, des cellules, des missions, des grands conseils, le tout pour réfléchir aux conditions de possibilités du « mieux-être », comme il est dit dans le sabir de l’administration et de la bureaucratie avec forces acronymes : voilà qui va en effet ralentir, réduire, stopper et éradiquer les suicides en terre de Guyane ! Des populations sont intoxiquées par le mercure libéré dans le fleuve ? On ne met rien en place contre les orpailleurs, mais on réduit la nourriture issue de l'eau contaminée. Des enfants déroutés mettent fin à leurs jours ? On décrète l'urgence de les munir de téléphones portables et de les doter d'ordinateurs connectés à Internet. Des adolescents veulent se tirer une balle dans la tête ? On met à leur disposition un numéro de téléphone qui leur permet d'appeler un ethnopsychiatre (…). Des parents n'en peuvent plus, boivent comme des trous, frappent leurs enfants, violent leurs petites filles ? Qu'on leur apporte l'électricité qui leur permettra de s'abrutir devant la télévision jusqu'à des heures avancées de la nuit. (…)  »

CritiquesModifier

L'essai a été critiqué de manière négative, dans un article de Slate.fr, par Maxime Brousse, qui estime que l'auteur n’a pas effectué d'enquête sérieuse de terrain et qu'il « s'est vautré dans des propos de comptoir »[2].

Notes et référencesModifier

ComplémentsModifier